KIVU (suite) : SILENCE, ON MASSACRE

    Après les exactions sanglantes perpétrées par les bandes du M23 à la fin de 2012, massacres et pillages qui ont un temps suscité une timide réprobation internationale sans que, pour autant, la MONUSCO intervienne alors qu’ils se déroulaient sous ses yeux,, un silence complice est retombé sur l’est de la République démocratique du Congo.

    Encore une fois, le Rwanda a manœuvré pour s’exonérer de toute accusation de complicité en remplaçant le « général » Bosco Ntaganda, le fameux « terminator », dont les crimes devenaient trop voyants par le « colonel » Sultani Makenga.

    Dans le numéro d’avril 2013, Bernard Lugan donne une analyse limpide de la manœuvre. afriquereelle40

    Cependant, les témoignages des tueurs du FPR sont disponibles et révèlent ce qu’est la réalité du rôle du Rwanda et des forces du Nord-Kivu.

 

Rwanda: Crimes du FPR en RDC, un ex-soldat exilé témoigne

 

 « Je vais vous livrer mon témoignage sur ce qui s’est passé au Congo, où j’étais soldat de l’APR (devenu RDF Rwandese Defense Force) avant d’être affecté à la DMI (Directorate of Military Intelligence). On nous a envoyés à Kisangani tuer les réfugiés sur le commandement du capitaine Shema de la DMI et le sous-lieutenant Franck Bashimake. Jusqu’à Kisangani les réfugiés dans leur fuite marchaient sur les routes, arrivés à Kigangani, ils ont été bloqués par le fleuve, c’est là qu’ils ont péris. C’est ce qui s’y est passé que je vais vous raconter amis Rwandais ». Déclare l’ex-DMI qui se reconnait lui-même être un ex tueur du FPR, aujourd’hui réfugié en Europe, et qui n’a pas voulu dévoiler son nom ni son adresse pour sa sécurité et celle de sa famille. Il a livré son récit en Kinyarwanda à la radio Itahuka le samedi 09 février. Radio Itahuka est une webradio fondée par la plateforme du « RNC », une plateforme initiée et dirigée par d’anciennes personnalités du FPR, autrefois proches de Paul Kagame.

 

Un réfugié transformé en tueur

 

Né à Rutshuru à l’Est du Congo, cet ex-DMI est un descendant des anciens réfugiés tutsis chassés du Rwanda en 1959. Il a intégré la rébellion du FPR en 1993, un an avant la victoire de ce mouvement sur le régime de Habyarimana. Peu après, il a été affecté à la fameuse DMI (Directorate of Military Intelligence), le service de renseignement militaire rwandais mis en cause pour son rôle dans l’exécution de plusieurs milliers de Rwandais et étrangers.

« Je veux donner globalement mon témoignage sur les dirigeants rwandais et ce qu’ils ont fait depuis que le FPR a déclenché la guerre de libération ; je vais vous le dire parce que ça me fait très mal au cœur et c’est cela qui m’a poussé à s’exiler encore » déclare-t-il.

 

Un objectif : liquider tout Hutu sur le sol congolais

 

 « On attaquait les Rwandais et les massacrait sauvagement et de façon inimaginable, celui qui nous commandait et qui était à son tour sous les ordres des généraux Paul Kagame et Jacques Nziza, nous demandait à ce que tout réfugié hutu sur le sol congolais soit assassiné, et ils ont annoncé que celui qui refusera de le faire sera exécuté sur le champ. (…) parmi mes collègues il y en a qui furent exécutés par ce qu’ils refusaient d’obéir aux ordres » ; « On embarquait les réfugiés qui s’enfuyaient de Tingi-Tingi (camp de réfugiés NDRL) dans les camions et les acheminait dans plusieurs endroits : il y en a qu’on a conduit sur l’autre côté du fleuve, un endroit qu’on appelait « rive gauche ». C’est des milliers et des milliers qu’on y a massacrés. Un autre lieu c’est Devansende à 59 kilomètres de la ville de Kisangani : à ce lieu on y a massacré plusieurs milliers de personnes. On avait creusé des trous où on jetait des corps, on ne faisait pas distinction : enfants, femmes et personnes âges, tout le monde y passait parce que les ordres étaient de tuer tout ce qui est Hutu sur le sol congolais. On employait tous les moyens à notre disposition : balles, agafuni (petite houe), sac plastique sur la tête, attacher les mains par derrière, etc.… », continue-t-il.

« On a tué jusqu’à s’épuiser. Certains réfugiés mourant même de faim. Le capitaine Shema nous disait que nous nous fatiguons en se donnant pour notre pays. « Ils sont nombreux si on ne les éradique pas ils vont revenir nous chasser dans le pays » aimait-il répéter (42 :05).

Ce témoin revient également sur les massacres perpétrés à Mbandaka, dans la région d’équateur : « Sur la rive gauche de Mbandaka, on y a massacré également beaucoup de gens, car les réfugiés y étaient coincés, ils ne pouvaient plus avancer, les religieux qui ont tenté de s’interposer ont subi à leur tour le même sort. Après leur mort on a pillé leurs véhicules qu’on a utilisé par après pour transporter et brûler les corps ».

« Les gens qu’on massacrait étaient tous des civils, par exemple à Rafasenti, on a fait croire aux réfugiés qu’on allait les ramener au Rwanda, on les a fait monter dans plusieurs camions, on a chargé surtout les hommes, plus de 4000 en tout. Ils ont été tous tués le même jour »

« Ceux qui ont échappé à la mort, c’est ceux que le HCR ramassait un peu partout dans les forêts, ce sont les seuls qui ont pu nous échapper. (…) Nos activités criminelles se sont déroulées de 1997 jusqu’à 1998 quand Laurent Kabila nous a prié de partir » précise l’ex agent de la DMI.

 

Ne pas laisser de traces

 

D’après le témoin, tout était fait pour ne pas laisser des traces de ces massacres, car déjà la communauté internationale suivait de prés la situation de ces réfugiés. « On avait creusé les fosses dans les alentours de la ville de Kisangani ; tout était bien planifié et piloté de haut par le Général Paul Kagame. On empilait les corps dans ces fosses comme les stères de bois de chauffage. En haut, on couvrait avec des bâches, cela nous permettait d’ouvrir facilement et mettre d’autres corps puis bruler une fois les trous remplis. Chaque nuit on utilisait un bateau de moteur pour transporter les cendres et les jeter dans le fleuve zaïre. Dans tout ce qu’on faisait, on nous ordonnait de ne pas nous reposer, on était obligé d’exécuter les ordres pour ne pas à notre tour y laisser nos vies. On était des petits soldats aux ordres du Général Paul Kagame, du Général Nziza, et du Général Kabarebe qui était notre chef direct sur le terrain, le capitaine Shema commandait quant à lui notre section » rapporte le témoin.

Les tueurs étaient minutieusement choisis

D’après le témoin, les tueurs étaient minutieusement choisis, ils étaient sélectionnés parmi les Tutsi venus du Congo, car selon lui, le commandement de l’APR ne fait pas confiance aux Tutsi venus d’Ouganda, du Burundi et de la Tanzanie pour exécuter cette mission, qui se devait être rapide, bien faite et surtout discrète. Le choix se portait en grande partie sur les Tutsi originaires du Congo. Le témoin affirme même que les gardes rapprochés de Paul Kagame, ceux qui veillent à sa sécurité et ses biens, sont ceux qui viennent du Congo, car l’homme fort du Rwanda ne ferait pas confiance à ses compatriotes venus d’Ouganda, de Tanzanie et du Burundi.

« Avant les massacres, une réunion s’est tenue un soir dans la ville de Kisangani, dirigée par le capitaine Shema aujourd’hui Major, et son adjoint le lieutenant Bashimake qui est aujourd’hui capitaine et chef de la brigade 408 de police à Ruhengeri. Au cours de cette réunion, une question nous a été posée : « selon vous pourquoi ici vous n’êtes que d’une seule ethnie ? » nous avons répondu, « nous n’en savons rien ». C’est ainsi qu’ils nous ont expliqué que si nous ne sommes que des Tutsi, c’est que nous avons un travail à faire sans préciser de quoi il s’agissait « . ; « On se connaissait pas car on venait de bataillons différents, (…). Capitaine Shema nous expliquait que c’était l’état major qui nous avait choisi pour ce travail ; c’est pourquoi il ne fallait pas dire « je refuse de le faire ou je suis malade ». A Kigali pour nous sélectionner, on regardait où l’on est né, la famille et notre pays d’origine » affirme le témoin.

 

Tenir éloigner les témoins gênants

 

Le témoin livre également son récit sur tout ce que son escadron faisait pour tenir loin les témoins, surtout les ONG qui étaient nombreuses à entreprendre les démarches afin de connaitre le sol des réfugiés. « On nous ordonnait de retenir les humanitaires dans la ville de Kisangani, si nécessaire de leur tirer dessus pour les faire croire que certains endroits étaient dangereux. Je vous donne l’exemple de la Croix rouge, on a tué certains de ses membres. Parce qu’ils étaient obstinés à connaitre la vérité » dit-il.

D’après lui les humanitaires ont été empêchés de se rendre sur les lieux de massacres, avant que les bourreaux n’aient fini leur travail. « On a contenu les humanitaires à Kisangani jusqu’à ce qu’on transfère les corps à 150km à l’intérieur de la forêt pour ne pas laisser de preuves aux enquêteurs. (…) Capitaine Shema et Lieutenant Frank Bashimake nous ordonnaient de travailler 24heures sur 24 sans se reposer ». affirme-il avant d’ajouter qu’ils ont même tiré avec des armes lourdes sur les avions des Nations Unies qui survolaient la zone des tueries pour tenter de comprendre ce qui se passait. « Quand on tirait sur un avion, il ne repassait plus au-dessus de la même zone » dit-il.

« Quand les Nations Unies ont commencé à soulever des soupçons sur nos atrocités à Kisangani, la presse interrogeait Paul Kagame sur les massacres qui se commettaient sur le terrain. Ce dernier ne faisait que nier, Kabarebe qui dirigeait les soldats rwandais au Congo répondait la même chose, Kabila (père NDRL) niait aussi les faits. Ces derniers disaient tous qu’aucun réfugié hutu n’est tué sur le sol congolais. Nous qui étions sur place, on était étonné d’entendre cela, on suivait tout le temps la BBC ».

L’ancien soldat donne même les exemples de certains officiels qui ont été éliminés, car ayant supervisé les massacres, « le régime voulait s’assurer de leur silence éternel ». C’est le cas de major Ruzindana et Birasa, qui ont été éliminés par la DMI. Bagire qui est mort empoissonné. « Ce dont je suis certain est que toute personne utilisée dans les massacres soit, il part en exil soit il est tué. Moi aussi quand j’ai quitté le pays en mars 2006, on voulait m’assassiner. – Major Birasa, adjudant chef Abbas qui supervisait les massacres dans le camp Kami, lieutenant Rushoke qui était connu comme le plus cruel de tous, ils sont tous été assassinés dans le camp Kami et puis transportés vers Nyungwe – » affirme le témoin.

 

Les massacres au Rwanda

 

Le témoin a livré également à la radio Itahuka certains cas de massacres au Rwanda auxquels il a assisté directement ou indirectement. Il revient sur les massacres qui se commettaient au stade régional de Ruhengeri (dans le Nord du Rwanda) en 1998, sur les ordres de Gasheja qui dirigeait le bataillon 408 Ruhengeri, et Gasana qui dirigeait la brigade 408 de Ruhengeri. D’après lui, ces officiers ramassaient les gens à Nyakinama, Kinigi, Nyamutera et Giciye, et les rassemblaient dans le stade de Ruhengeri. Les personnes arrivaient au stade ligotées dans les camions à conteneur, puis elles étaient peu à peu conduites vers le camp Mukamira pour y être achevées. Selon le témoin, les corps étaient transportés dans les mêmes camions vers la forêt de Nyungwe dans un lieu qu’ils appelaient « Icyokezo », pour y être brulés.

L’ancien DMI affirme que la forêt de Nyungwe a servi, en 1997 et 1998, de lieu où l’on brûlait les corps des personnes tuées un peu partout au Rwanda. Selon lui, Kugiti Kinyoni (tout prés de Kigali) il y avait des barrières redoutées, les gens venant de Ruhengeri, Kibuye, Gitarama et Butare y étaient arrêtés, on regardait l’origine de la personne et son faciès. « On choisissait surtout les personnes qui ont encore la force de se battre, on appelait cela « guca imbaraga abahutu » (décourager les Hutu) ». Il affirme que ce climat de terreur avait fini par persuader les gens de prendre des taxis car une fois monté dedans, on n’était pas sûr de rentrer, surtout ceux qui venant de Gisenyi et Ruhengeri ne franchissaient aucune barrière. Ces derniers étaient arrêtés puis conduits au camp Kami, un camp selon lui abritant en 1998, dans sa cave, une prison où les gens étaient gardés avant d’être tués. « Tous ces massacres étaient coordonnés et supervisés par Jacques Nziza » dit-il. Pour transporter les corps de camp Kami vers la forêt Nyungwe, le témoin affirme qu’ils utilisaient un camion bleu pillé au Congo de marque Benz.

 

Usage massif de poison

 

Le témoin évoque aussi les cas d’assassinat par le poison. « Il y avait aussi les gens qui ont été assassinés empoissonnés, le marché de poison était dans les mains des Indiens, ce sont eux qui l’importaient au Rwanda pour le vendre à la DMI. Ce poison était injecté souvent par seringue. Le poison était le plus souvent utilisé pour assassiner les gens connus dont il était impossible d’éliminer dans la masse sans attirer l’attention, c’est pourquoi ce sont les hauts gradés comme le capitaine Mutiganda et le capitaine Burabyo qui s’occupaient personnellement d’utiliser cette méthode. La personne à éliminer était soit invitée à une réunion ou approchée dans une fête ; « on attendait qu’elle soit distraite pour mettre le poison dans son verre » affirme le témoin qui dit que lui-même avoir été chargé un jour d’une mission d’éliminer un collègue :

« On m’a donné un jour le poison à mettre dans le lait de Sankara qui était en prison à ce moment. Je ne l’ai pas fait car ce dernier était un homme intègre, dans ses chansons, il défendait les droits des soldats. Ils n’ont pas su que je n’avais pas empoisonné le lait de Sankara, et disaient à ce dernier, « tu as vraiment de la chance, tu ingère le poison et tu es toujours en vie ».

 

Les massacres des réfugiés tutsis de Mudende

 

L’ex agent de la DMI, revient également sur les massacres des réfugiés tutsis de 1959 qui sont revenus au Rwanda en 1995 après 30ans d’exil au Congo. Le témoin se dit choqué que Paul Kagame et Nziza aient décidé de les éliminer pour attribuer leur mort aux rebelles hutus (abacengezi) venus du Congo, alors qu’à cette période tout l’Est du Congo et la frontière étaient sous le contrôle du nouveau gouvernement rwandais.

En effet, ces réfugiés à leur rentrée au Rwanda, ont été installés à Mudende, non loin de l’université qui porte le même nom, et à Nkamira. « Les massacres se sont déroulés la nuit, le matin tous les militaires qui gardaient le camp avaient été rappelés ». Le général Munyakazi qui dirigeait la brigade 211 de Gisenyi, et à qui les victimes ont fait appel durant les événements, voulait se rendre sur les lieux des massacres pour intervenir mais il en a été empêché parce que ceux qui commettaient ces assassinats étaient les hommes de Kagame venus de Kigali. Pourtant la garde rapprochée de Paul Kagame est en majorité composée des fils de ces personnes assassinées. « Ces gardes ne le savent pas, c’est pourquoi je livre ce témoignage » déclare l’ancien agent de la DMI. « A ce moment, plusieurs militaires dont les parents des personnes assassinées ce soir-là, voulaient manifester, mais ils ont du se résigner et regagner leurs camps après que le général Kagame les ait menacés de tous les liquider ».

Le 1er octobre 2010, les massacres des réfugiés hutus en République démocratique du Congo entre 1996 et 2002 ont donné lieu à un rapport d’enquête du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme connu sous le nom de Mapping Report. Selon ce rapport, ces massacres pourraient, si prouvés devant un tribunal compétent, être qualifiés de génocide.

 

Ce témoignage terrible, montre surtout la réalité des modes d’action du FPR agissant  sur ordre de Paul Kagame. Alors que ce dernier accuse les soldats français des pires crimes, les nombreux observateurs internationaux présents au Rwanda en 1994 au cours de l’opération Turquoise ont-ils constaté de tels actes de la part des soldats français ?

 

    Une lueur d’espoir ? L’ONU a approuvé le principe de la création d’une brigade d’intervention rapide pour « mener des opérations offensives ciblées » contre les groupes de rebelles dans l’est de la RDC. Souhaitons qu’elle soit plus efficace que la MONUSCO.

 

 

                                                                         France Turquoise le 26 avril 2013

« GUERRE DU KIVU:LE RAPPORT FINAL DU GROUPE D’EXPERTS DE L’ONU »

Rapport final du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo conformément au paragraphe 4 de la résolution 2021 (2011) du Conseil de Sécurité (S/2012/843)

Résumé  (voir l’intégral en pièces jointes).

L’est de la République démocratique du Congo demeure la proie de dizaines de groupes armés congolais et étrangers. L’instabilité s’est accentuée depuis la mutinerie d’anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et la création subséquente, cette année, du mouvement du 23 mars (M23). Les rebelles ont, en juillet 2012 et avec une aide considérable de l’étranger, étendu leur emprise sur le territoire de Rutshuru et ils ont récemment profité d’un cessez-le-feu informel pour consolider leurs alliances et pour faire mener par des supplétifs des opérations dans d’autres zones.

Le Gouvernement rwandais continue de violer l’embargo sur les armes; il fournit directement une aide militaire aux rebelles du M23, facilite le recrutement de combattants pour le compte du Mouvement, incite et facilite la désertion de soldats des forces armées congolaises, fournit au M23 des armes, des munitions et des renseignements, et le conseille sur le plan politique. La chaîne de commandement de facto dont fait partie le général Bosco Ntaganda a à sa tête le général James Kabarebe, Ministre rwandais de la défense. Après la publication de l’additif à son rapport intérimaire (S/2012/348/Add.1), le Groupe s’est entretenu avec le Gouvernement rwandais et a pris en considération sa réponse écrite, mais il juge qu’aucun élément fondamental des constatations qu’il a faites antérieurement ne mérite d’être modifié.

De hauts responsables ougandais ont également prêté appui au M23 : renforts militaires en RDC, livraison d’armes, assistance technique, planification commune, conseils d’ordre politique et appui dans les relations extérieures. Des unités des forces armées ougandaises et des forces armées rwandaises ont conjointement porté appui au M23 lors de la série d’attaques que le Mouvement a lancées en juillet 2012 pour s’emparer des principales villes du Rutshuru et bouter les forces armées congolaises hors du camp de Rumangabo. Les deux États, qui ont toujours défendu la cause des rebelles, ont également coopéré pour favoriser la création et l’expansion de la branche politique du M23. Le M23 et ses alliés comptent six personnes faisant l’objet de sanctions internationales, dont certaines résident en Ouganda ou au Rwanda, ou s’y rendent régulièrement.

Profitant d’une accalmie sur les lignes de front officielles, le M23 a cherché à constituer des coalitions avec d’autres groupes armés dans les deux provinces du Kivu ainsi que dans le district d’Ituri et au Kasaï Occidental. Le colonel Sultani Makenga s’est affirmé comme étant le « coordonnateur » des groupes armés alliés du Mouvement. En août et septembre, il a donné l’ordre aux Raia Mutomboki de lancer des attaques meurtrières motivées par des considérations d’ordre ethnique, qui se sont soldées par l’incendie de plus de 800 habitations et la mort de centaines de civils issus des communautés hutues congolaises de Masisi, dont les milices avaient refusé de s’allier au M23.

L’exploitation et le recrutement d’enfants soldats par des groupes armés, notamment le M23, se sont amplifiés. En particulier, plusieurs commandants du M23 connus pour avoir déjà recruté des enfants ont supervisé le recrutement et la formation de centaines de jeunes garçons et de jeunes filles. En outre, certains commandants du M23 ont ordonné l’exécution sommaire de dizaines de recrues et de prisonniers de guerre.

Les nombreuses tentatives du M23 de forger un front commun avec les groupes armés des ethnies hema et lendu, en Ituri, ainsi qu’avec les Banyamulenge du SudKivu se sont heurtées à une forte résistance. Pour contrer les alliances souhaitées par le M23, le Gouvernement congolais s’est employé à favoriser l’intégration de groupes armés, notamment en Ituri et au Masisi.

Alors que leurs effectifs sont au plus bas, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui continuent cependant à commettre des exactions contre les populations civiles, reçoivent encore moins d’appui de l’extérieur qu’auparavant. Elles s’emploient essentiellement à résister aux attaques des forces armées congolaises et des alliés du M23. Des officiers subalternes des FDLR ont cherché à s’allier avec le gouvernement congolais contre le M23 et certains réseaux criminels des forces armées congolaises continuent de leur vendre des munitions en petites quantités. Cependant, il n’existe pas de preuve d’une coopération stratégique entre les FDLR et le Gouvernement congolais.

En ce qui concerne les groupes rebelles burundais, les Forces nationales de libération (FNL) restent divisées et font appel à des groupes armés congolais sur le terrain, tandis que le Front national pour la révolution au Burundi se dénomme désormais Front du peuple murundi (FPM) et s’est allié au M23 dans le Sud-Kivu.
Les Forces démocratiques alliées (FDA), sous contrôle ougandais, ont renforcé leurs moyens militaires en coopérant avec la mouvance Al-Chabab en Afrique de l’Est.

Les forces armées congolaises continuent d’être la proie de réseaux criminels qui permettent aux officiers supérieurs de s’enrichir par l’emprise sur les ressources naturelles et la contrebande, notamment par le trafic d’ivoire mené par des groupes armés. Le général Gabriel Amisi, chef d’état-major des forces terrestres, contrôle un réseau de distribution de munitions de chasse à des braconniers et des groupes armés, dont les Raia Mutomboki. Le désarmement et la gestion des stocks d’armes sont également entravés par la progression de la demande d’armes en rapport avec le M23 : sur le marché des armes légères, les prix ont été multipliés par quatre.

L’application des directives du Gouvernement congolais enjoignant aux exportateurs de minerai d’exercer leur devoir de diligence conformément aux lignes directrices de l’ONU et de l’Organisation de coopération et de développement économiques a quasiment mis un terme aux exportations d’étain, de tantale et de tungstène en provenance de l’est de la RDC; seules les exportations en provenance du nord du Katanga, où l’origine des minerais est certifiée depuis 2011, se poursuivent. La contrebande vers le Rwanda et le Burundi est en progression. La crédibilité du système rwandais de certification des minerais est menacée par le blanchiment de produits miniers congolais, les certificats d’origine étant couramment vendus par les coopératives minières. Plusieurs négociants ont financé le M23 au moyen des bénéfices qu’ils tirent de la contrebande de minerais d’origine congolaise au Rwanda.

Alors que la production de minerai d’étain a régressé dans les Kivus, celle de minerai de tantale et de tungstène se poursuit malgré la certification exigée par la communauté internationale, ces deux produits étant plus faciles à exporter en contrebande. Les exportations rwandaises de tantale et de tungstène ont donc progressé d’autant en 2012, tandis que celles d’étain ont reculé.

La baisse des cours et le recul de la production ont eu, dans certains bassins miniers, des incidences préjudiciables sur le plan socioéconomique. Toutefois, de nouveaux débouchés sont apparus là où ces bassins se sont adaptés à d’autres secteurs de l’économie. La sécurité s’est améliorée dans la plupart des grands bassins d’extraction de l’étain et du tantale, de sorte que le financement des conflits s’y est amenuisé, et la surveillance ainsi que les contrôles exercés par les autorités civiles et les organisations non gouvernementales s’y sont approfondis.

Les groupes armés, les réseaux criminels des forces armées congolaises et les mineurs se déplacent aisément vers les bassins aurifères, où le devoir de diligence n’a pas eu d’incidences sur les échanges. Le minerai d’or extrait dans l’est de la RDC est en quasi-totalité exporté en contrebande; quelques grands négociants de Kampala et de Bujumbura en réexportent ainsi plusieurs tonnes par an, qui représentent des centaines de millions de dollars des États-Unis. La plus grande partie de l’or d’origine congolaise qui se retrouve dans les Émirats arabes unis est fondu et revendu à des bijoutiers. Le gel des avoirs imposé par le Conseil de sécurité n’a en rien entravé les opérations de l’ancien propriétaire de l’entreprise Machanga Ltd.; en effet, bien que visé par les sanctions, il continue d’exporter sa marchandise par le biais de sociétés-écrans, et à transférer d’importantes sommes d’argent à ses fournisseurs en RDC.

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ET LA DÉMOCRATIE AU RWANDA ?

 

    Deux rapports récents et complémentaires signalent les dérives autoritaires du régime de Kigali dont on sait déjà qu’à sa naissance, il n’a pas été porté sur les fonts baptismaux par la Démocratie.

 

    Il s’agit tout d’abord du rapport annuel du service civil de renseignement belge publié le 21 novembre 2012.

    Ce rapport note d’abord que « le régime rwandais « se crispe » et [que] le cercle des proches autour du président Kagame se rétrécit de plus en plus ». Les défections de proches, notamment du général Faustin Kayumba, ancien chef d’état-major de l’armée, ont amené à des postes clés de l’armée et du renseignement des durs du régime.

    Il signale encore la censure et la répression contre les médias et l’anéantissement presque total de l’opposition politique : « L’opposition politique intérieure n’existe pas et tous les leaders politiques importants se trouvent en prison ou ont fui à l’étranger. » Car c’est bien à l’étranger que se trouve l’opposition rwandaise et on ne peut que déplorer sa fragmentation.

 

    Il s’agit ensuite d’un rapport d’Amnesty International paru en octobre 2012 et intitulé « Rwanda : Dans le plus grand secret. Détention illégale et torture aux mains du Service de renseignement militaire. »

    Il révèle qu’à côté des progrès apparents accomplis par le Rwanda en matière d’amélioration des conditions de vie dans les prisons dépendant du Service national correctionnel, un système parallèle de détention par les militaires a été mis en place.

    Le rapport, dont on peut lire l’intégralité sur le site amnesty.org (index AFR47/004/2012/French), expose en détail les cas de détention illégale, d’actes de torture et de disparitions qui sont le fait des agents du Service de renseignement militaire et qui se sont multipliés à l’approche de l’élection présidentielle d’août 2012.

LA GUERRE DU KIVU

LA GUERRE DU KIVU ET LA SITUATION
DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS

Petite tentative pour essayer d’y voir clair

 Pour tous ceux qui s’intéressent au Rwanda, mais aussi à la République démocratique du Congo (RDC), il est fondamental d’essayer de suivre et de comprendre ce qui se passe au Kivu depuis le mois d’avril 2012.
Là se joue une partie du bras de fer entre Joseph Kabila, le président peu fréquentable de la RDC qui peine à trouver des alliés, et Paul Kagame, le Bismarck rwandais dont les méthodes
peu recommandables commencent à être dénoncées de toute part malgré son art consommé de « l’enfumage ». Les amis traditionnels du président rwandais prennent de la distance, mais n’en continuent pas moins à l’aider en sous-main. Business is business !
De l’issue de cette confrontation dépendent le sort de la RDC et, nous le croyons, la place de la France en Afrique !
Ce modeste point de situation a été réalisé à partir de documents ouverts et n’engage que nous.

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POURQUOI CETTE NOUVELLE GUERRE AU KIVU?

Pour ceux qui s’interrogent sur la situation au Kivu, voici une synthèse de Bernard Lugan qui dévoile les mécanismes et les enjeux de cet incompréhensible imbroglio et explique le jeu des Etats-Unis et de leur valet d’armes, le Rwanda. Ils liront également avec profit l’article de l’ambassadeur Francis Saudubray paru dans « Le Figaro » du 22 novembre 2012.
 
 
POURQUOI CETTE NOUVELLE GUERRE AU KIVU?

20 000 Casques bleus sont stationnés en RDC dans le cadre de la Monusco (Mission des Nations Unies au Congo). Leur entretien coûte 1 milliard de dollars par an à la communauté internationale (trois fois plus que la Finul). Sur cette somme, la France participe pour 1,84 million de dollars en versement direct, plus sa quote-part dans les 16,8 millions de dollars versés par la Commission européenne…

Pourquoi ces « soldats de la paix » n’ont-ils rien tenté pour s’opposer à l’actuelle offensive du Rwanda dans le nord Kivu ? La réponse est simple : le Rwanda a reçu le feu vert des Etats-Unis dans sa politique visant à faire du Kivu un protectorat.

Depuis 1996 le Rwanda occupe les deux Kivu et pille leurs richesses. En 2007, poussé par son opposition, le président Kabila sembla vouloir reprendre le contrôle de la région, ce qui provoqua la guerre. Au mois de décembre 2007, les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo), furent défaites par les combattants du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) de Laurent Nkunda, un ancien officier de l’armée de Paul Kagamé. Aux termes d’un accord de paix signé le 23 mars 2009, la milice du CNDP intégra l’armée nationale, les FARDC.

Au mois de mars 2012, quand il fut question de déployer les hommes du CNDP ailleurs qu’au Kivu, ces derniers se mutinèrent et créèrent un mouvement nommé M23 en référence aux accords du 23 mars 2009 qu’ils accusaient Kinshasa de violer.  Leur chef était le « général » Bosco Ntaganda que la Cour pénale internationale (CPI) considère comme un criminel de guerre pour des massacres commis entre 1998 et 2003. Ce Tutsi congolais ancien de l’armée rwandaise fut ensuite rejoint par un autre Tutsi congolais, le colonel Sultani Makenga.

Avec près de 5000 hommes bien entraînés et très largement aidés par le Rwanda, le M23 a surclassé les FARDC sous le regard aussi passif qu’impuissant des Casques bleus de la Monusco.

Le fond du problème est que Washington et Kigali ont des intérêts régionaux communs au Kivu :

– Pour les Etats-Unis, la RDC n’existe plus. Or, dans l’est du pays, se trouvent ces minerais rares, dont le coltan, tant recherchés par la Chine et les autres puissances asiatiques pour  la fabrication des puces électroniques. Or encore, ces mines sont sous contrôle rwandais, pays qui doit tout aux Etats-Unis et que ces derniers ont réussi à faire nommer comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l’Onu alors que les rapports successifs rendus par cette même organisation dénoncent tous le rôle dans la déstabilisation de la région…

En réalité, les Etats-Unis et les compagnies pétrolières occidentales ont intérêt à ce que la RDC soit incapable de reprendre le contrôle de ses provinces orientales car si l’autorité de Kinshasa y était rétablie, les acheteurs ne seraient plus rwando-américains, mais chinois. Voilà pourquoi ils permettent au Rwanda de mener sa guerre conquête à travers le M23.

– Le Rwanda est quant à lui face à une obligation géopolitique vitale qui est que sa prospérité est largement bâtie sur le pillage des richesses du Kivu. Selon l’ONU, le pays constituerait même la plaque tournante du commerce illicite des pierres précieuses congolaises qui se fait à travers des sociétés écran et des coopératives minières qui accordent le label « Rwanda » aux productions congolaises. En plus du coltan et de l’or, le pétrole de la région de Rutshuru, prolongement de celui du bassin du lac Albert, fait que le Rwanda ne peut pas se retirer d’une région dont le sous-sol pourrait abriter des réserves pouvant atteindre plusieurs milliards de barils. Quant à sa suicidaire surpopulation elle doit, sous peine d’apocalypse, se déverser dans un  Kivu sous-peuplé.

Voilà pourquoi, au Kivu, Kigali s’emploie donc à créer une situation de non-retour débouchant sur une sorte d’autonomie régionale sous son contrôle.

Existe-t-il une politique alternative au fait que les Etats-Unis ont décidé d’ancrer leur présence régionale sur le Rwanda ? Non, car la RDC est un immense ventre mou, une façon d’Etat dont l’artificielle unité a volé en éclats avec le renversement du régime Mobutu que la France, une fois encore au nom des « droits de l’homme », a laissé se produire après avoir été littéralement désarmée moralement par l’insidieuse campagne rwando-américaine qui la dénonçait comme complice des génocidaires rwandais.

A travers la guerre du Kivu nous mesurons aujourd’hui les conséquences de la politique anti française menée depuis les années 1990 par nos « alliés » et « amis » américains et leur partenaire rwandais avec la complicité de bien des journalistes et ONG français. 

Bernard Lugan

25/11/12

Insécurité, maffia et «minerais de sang»


Pour ceux qui s’intéressent au Rwanda, il n’est pas possible de fermer les yeux la situation dans l’est du Congo. C’est pourquoi, il nous a paru opportun de diffuser cette analyse d’une équipe italienne qui permet de comprendre un peu mieux le drame qui s’y déroule et les intérêts en jeu.
 
 ÉDITORIAL CONGO ACTUALITÉ 143
Ces derniers mois, des groupes armés nationaux et étrangers encore actifs dans le Kivu, ont repris et intensifié leurs activités militaires à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDCongo). La population locale continue à vivre dans une situation de grande insécurité: les attaques contre les villages, les pillages, les viols, les enlèvements, les assassinats et les arrestations arbitraires sont toujours à l’ordre du jour, tant et si bien que l’armée et les forces de la Mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo (MONUSCO) ont récemment entrepris de nouvelles opérations militaires contre ces groupes armés: "Paix Parfaite" au Sud-Kivu et "Coup de foudre" au Nord-Kivu. D’autres opérations similaires avaient été entreprises dans le passé (les opérations Umoja Wetu, Kimia II, Amani leo), mais toutes avec des résultats négatifs. Il faudrait comprendre pourquoi. Il a été constaté qu’une approche essentiellement militaire est nettement insuffisante et provoque, en effet, des dommages collatéraux inacceptables.
A la racine du conflit il  y a, en effet, un réseau mafieux qui tourne autour du commerce illégal de minerais. Il est composé de chefs des groupes armés, d’officiers de l’armée régulière, des agents des services de sécurité et de l’administration, des politiciens, des courtiers et des agents des entreprises minières. Ce réseau mafieux n’est pas seulement local, mais il a des ramifications au niveau international, en particulier dans les pays voisins comme le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, la Tanzanie et le Kenya. Le commerce clandestin et illégal de minerais du Kivu est devenu une source de financement des groupes armés, d’enrichissement illicite de certaines autorités militaires et politiques et un moyen d’hégémonie et d’occupation du territoire congolais par des pays tiers. 
Au nom de ses intérêts, on n’hésite pas à former des alliances contre nature. Il y a complicité entre des groupes armés supposés ennemis, entre l’armée régulière et les groupes armés, entre les chefs de groupes armés et les commerçants, entre les officiers de l’armée et les hommes d’affaires. 
Ce qui rend difficile le démantèlement de ce réseau mafieux est la présence, en son sein, d’importants officiers de l’armée. Les rapports de diverses organisations internationales des droits de l’homme et du Groupe des experts des Nations Unies pour la RDC en mentionnent les noms, dont le plus fréquent est celui de Bosco Ntaganda, commandant adjoint de l’opération Amani Leo au Nord Kivu, bien qu’il soit l’objet d’un mandat d’arrêt délivré en 2006 par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le problème est que, dans le Kivu, l’armée est essentiellement composée de soldats du RCD et du CNDP, deux anciens mouvements politico-militaires créés et soutenus par le Rwanda voisin. En outre, le commandement des troupes est encore dans les mains des officiers issus de ces deux mouvements, au détriment des autres composantes qui se sentent marginalisées et frustrées. Le chef d’état major des forces terrestres à Kinshasa, le général Gabriel Amisi Kumba provient, lui aussi, de ces anciens mouvements. 
Dans ce contexte, le problème de l’insécurité à l’Est du pays doit être abordé dans le cadre de la réforme du secteur minier, de l’armée, des services de sécurité et de la justice, pour ne pas mentionner les relations internationales.
Au niveau de la réforme du secteur minier, le problème majeur est celui la traçabilité des minéraux. Dans ce sens, la «certification d’origine" de minéraux, avec étiquetage des produits avant l’exportation, est une étape essentielle et nécessaire. La réforme de l’armée ne concerne pas seulement la formation, l’équipement et le salaire des militaires, mais aussi la logistique et les nominations aux postes de commandement. Étant certains militaires trop impliqués dans le commerce illégal de minerais, la réforme devrait procéder à la mutation de ces troupes dans d’autres provinces du pays et à la nomination d’autres officiers aux postes de commandement. On avait déjà procédé à une tentative de mutation. Mais en vain. Les autorités militaires actuelles justifient leur permanence au Kivu pour combattre les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR). Mais, entre temps, ils collaborent avec elles dans l’exploitation illégale des minéraux et n’ont aucune intention de les combattre, car ils savent qu’après les avoir neutralisées, ils n’auront plus aucune raison pour rester au Kivu. Sous des motivations officielles qui, en réalité sont des vrais prétextes, ils ont fait savoir qu’ils ne sont pas prêts à renoncer aux gros profits découlant du commerce des minéraux. Il est très difficile de réaliser cette réforme, car non seulement les militaires ont les armes dans leurs mains, mais aussi car ils ont le soutien du régime rwandais qui les utilise comme une force d’occupation du Kivu. Une grande partie des minerais du Kivu transite, en effet, par le Rwanda, constituant ainsi une source d’enrichissement pour les dignitaires du régime rwandais. 
Le système judiciaire aussi devrait être fort et indépendant, pour être à mesure de poursuivre les individus et les entreprises qui sont impliquées dans le commerce illégal de ressources naturelles ou qui sont responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Récemment, la CPI a renouvelé au gouvernement congolais une requête pour l’arrestation et la remise de Bosco  Ntaganda. Mais le gouvernement a répondu qu’il ne peut pas le livrer, car il "a joué un rôle très important pour ramener la paix au Pays". En fait, Il n’est pas à exclure que, conscient de la fragilité de son armée, le gouvernement craigne la naissance d’une nouvelle rébellion à l’est, fomentée par le régime rwandais comme les précédentes (l’AFDL, le RCD et le CNDP). L’on sait que Ntaganda est juste un pion au service de Paul Kagame, actuel président du Rwanda. Si la CPI voulait mettre la main sur Bosco Ntaganda, elle ne pourrait que délivrer un mandat d’arrêt international contre le même Paul Kagame. Il ne serait pas du tout difficile de trouver les chefs d’accusation! Il suffirait d’examiner le Rapport Mapping sur les crimes de guerre et contre l’humanité commis en RDCongo des 1993 à 2003, publié par la Commission des Nations Unies pour les droits de l’homme. Et si elle ne pouvait pas le faire en raison de l’immunité présidentielle dont Kagame bénéficie, l’ONU, l’Union Africaine, l’Union Européenne et la communauté internationale tout entière auraient le devoir d’exercer toute forme de pression sur lui, pour qu’il quitte le pouvoir!