Les racines de la colère et les véritables causes du génocide

En 1993, les offensives successives menées par l’APR avaient fini par  vider le nord du Rwanda de tous ses habitants.  Le processus était toujours le même : après l’arrivée des soldats de l’APR, les élites étaient séparées de la masse puis exécutées tandis que le gros de la population était convié à une réunion d’information afin, prétendait-on, de recevoir les directives des nouvelles autorités. Une fois rassemblée, cette population majoritairement hutu était prise sous le feu des armes automatiques et s’enfuyait en panique. Piétinant et abandonnant femmes, vieillards et enfants, fuyant vers le sud les rescapés s’arrêtaient dans ces terribles camps de réfugiés contenus au nord de Kigali , dont celui de Nyaçonga décrit par la vidéo ci-dessous. Regroupés par commune, hommes , femmes et surtout enfants y crevaient à petit feu de faim, de froid, de maladie et de malnutrition. En 1994, l’année suivante, les survivants qui ne parviendront pas à fuir vers l’ouest auraient été impitoyablement massacrés par l’APR.

Regardez bien cette trop rare vidéo. Elle expose très clairement la situation du Rwanda en 1993, quelques mois avant le génocide.  La colère d’une population trop longtemps, trop durement  et trop injustement martyrisée par l’agression venue d’Ouganda est parfaitement ressentie par le cameraman comme par le conteur. Ils pressentent l’inéluctable drame à venir, si la guerre ne prend pas fin rapidement.

Or, non seulement elle n’a pas pris fin mais elle a redoublé. Et , de surcroît, comme si les malheurs ne s’étaient pas suffisamment abattus sur ce peuple, en abattant l’avion présidentiel, on a éliminé le seul rempart auquel croyaient encore ces malheureux.  Cette vidéo vous  explique pourquoi le génocide de 1994, le génocide de la colère, le génocide du désespoir, était plus que prévisible, inévitablement amené par la stratégie du désastre délibérément choisie par le FPR depuis 1990, délibérément provoqué par ceux qui ont abattu l’avion présidentiel le 6 avril 1994.

Cette vidéo datant de 1993 est un terrible réquisitoire contre ceux qui ont déclenché la guerre et qui récidiveront le 6 avril 1994. Elle  est d’une lumineuse – et très sombre – clarté :

https://youtu.be/1gOYTSPq75I

KIVU : SUITE ET PROBABLEMENT PAS FIN.

kivuAu début de décembre 2013, nous nous sommes faits l’écho des interrogations que suscitait l’annonce de l’effondrement du mouvement rebelle M23, soutenu par le Rwanda.

Pour autant, deux questions se posent toujours :

1- Est-ce la fin du M23?

Rien n’est moins sûr. On sait qu’il s’est réfugié en Ouganda avec environ 1600 hommes.

Selon Jeune Afrique, un rapport d’experts de l’ONU indiquerait que le mouvement rebelle y serait en train de se reconstituer en recrutant au Rwanda et en Ouganda.

Le doute est donc permis.

2-Est-ce le début de la sortie de crise du Kivu?

En fait, personne ne le croit vraiment, pas plus Russ Feingold, l’envoyé spécial américain dans la région des Grands Lacs, dans une interview accordée à Jeune Afrique, le 6 décembre 2013, que les experts de la région.
On lira donc avec profit, pour s’éclaircir les idées, le dossier du professeur Bernard Lugan paru dans le numéro 48 de L’Afrique Réelle dossier afrique réelle 48

A la question:  » Le Rwanda peut-il renoncer au Kivu? », il répond par la négative: 50% du budget du Rwanda provient du pillage de cette région. On s’en persuadera à travers cette rétrospective des trois guerres du Kivu.

LE M23 EN DEROUTE ?

kivuBrusquement, nous apprenons que le M23 qui mettait depuis des mois en coupe réglée le Nord-Kivu, s’est effondré devant l’assaut de l’armée congolaise soutenue par une brigade d’intervention de l’ONU.

Est-il définitivement éliminé de la région des Grands Lacs? Le gouvernement de la RDC semble le penser (voir l’interview du ministre des Affaires étrangères congolais par France 24).

Ce n’est pas l’avis de la Démocratie Chrétienne congolaise qui parle de victoire à la Pyrrhus dans l’article qu’on pourra lire ci-dessous.

Victoire à la Pyrrhus ?

Victoire de Pyrrus de la RDC ? Les rebelles sont tous en Ouganda, libres…Face aux atermoiements de Kinshasa concernant  la signature déjà négociée d ‘un accord de paix, L’Ouganda obtient gagne de cause car France 24 vient d ‘annoncer en ce moment que la signature de l’Accord de Paix avec le M23 est fixée pour lundi 11/11/2013

ET A KIGALI, QUE SE PASSE-T-IL ?

Malgré la chape de plomb qui pèse sur les médias afin de faire passer une image idyllique de la situation intérieure rwandaise, les langues se délient : le moins qu’on puisse dire, c’est que le régime qui accuse les soldats français de crimes contre l’humanité est loin d’être exemplaire au regard de la démocratie et des droits de l’homme. A l’heure où la désinformation sur le Rwanda règne, le rapport annuel d’Human Rights Watch, dont l’objectivité ne peut être mise en doute, apporte des éléments intéressants sur la réalité du régime en recensant les atteintes à la liberté d’expression, les tortures et les dénis de justice.

 

JANVIER 2013 RAPPORT HUMAN RIGHTS WATCH RÉSUMÉ PAYS RWANDA

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LA GUERRE DU KIVU

Paul Kagame est-il allé trop loin ?
La communauté internationale commence à prendre conscience de l’étendue des responsabilités du Rwanda dans la situation catastrophique de cette région.
Kigali perd peu à peu ses plus fidèles appuis.

On le sait, le Nord-Kivu est le théâtre d’une guerre larvée depuis la prise de pouvoir du FPR à Kigali et l’exode des hutus. Cette guerre a connu des épisodes aigus, notamment quand, avec l’appui du Rwanda et de l’Ouganda, Joseph-Désiré Kabila a pris le pouvoir à Kinshasa.
Depuis, les troubles ont continué, entretenus par des voisins très intéressés sous le regard plus ou moins complice des appuis traditionnels du régime de Kigali et permettant le pillage fructueux des richesses de cette région.
La guerre traverse une nouvelle phase critique depuis que le M23, mouvement rebelle rallié au pouvoir central congolais, est retourné à la dissidence, a bousculé les forces armées congolaises et marche sur Goma, provoquant un nouvel exode et de nouveaux massacres.
Rien de bien neuf, dira-t-on, c’est comme d’habitude. Eh bien si, car dans un rapport de l’ONU du 26 juin 2012, le groupe d’experts de la MINUSCO accuse le Rwanda de soutenir le M23 en fournissant « des armes, du ravitaillement militaire et de nouvelles recrues ».
Cette fois, Paul Kagame a beau accuser, selon son habitude, Steve Hege, coordinateur du groupe des experts de la MINUSCO, de révisionnisme pro-génocidaire et qualifier ces allégations de « ridicules et insensées », l’ONU appelle tous les pays de la région à « coopérer activement » pour stopper le M23 et, dans une déclaration du Conseil de sécurité, condamne « tout appui extérieur apporté » à la rébellion congolaise dans le Nord-Kivu et demande au M23 de cesser « toute avancée vers la ville de Goma ».
Parallèlement, les appuis traditionnels du régime de Kigali ont commencé à faire défection :
– le 27 juillet, les Pays-Bas ont suspendu leur aide au Rwanda tandis que les pays scandinaves reportaient leur aide budgétaire et que la Grande-Bretagne manifestait sa perplexité ;
– le 28 juillet, c’était au tour de l’Allemagne de suspendre son aide tandis que la France appelait à une déclaration du Conseil du de sécurité par la voix de Yamina Benguigui, ministre de la Francophonie ;
– le 29 juillet enfin, les Etats-Unis gelaient leur aide militaire au Rwanda.
Bref, le vent tourne pour Paul Kagame qui apparaît de plus en plus clairement pour ce qu’il est, un grand manipulateur qui, depuis les origines, utilise le génocide et le mensonge pour masquer la réalité de son pouvoir et de sa politique.
On pourra consulter avec intérêt :
– l’annexe au rapport des experts sur :
– 1 article de Jeune Afrique sur :

 

http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120729120807/?utm_source=feed

burner&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+jeune_afrique_Politique+%28Jeune+Afrique+Politique%29

-article dans le monde

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/08/10/face-a-l-ingerence-du-rwanda-rdc

-les-pays-occidentaux-reduisent-leurs-aides_1744660_3212.html

-digitalcongo
  http://www.digitalcongo.net/article/85832

-slateafrique

http://m.slateafrique.com/92751/rwanda-paul-kagame

L’ONU accuse le Rwanda de participer à la déstabilisation de la République démocratique du Congo.

 

   C’est dans une annexe de 48 pages au rapport annuel du Comité des sanctions de l’ONU sur la République démocratique du Congo qu’on trouve une mise en cause sévère du Rwanda.

   Le groupe d’experts de l’ONU, se fondant sur les témoignages de 80 mutins déserteurs du mouvement rebelle M23, affirme que les forces armées rwandaises « fournissent du matériel militaire, des armes, des munitions et des fournitures diverses au M23 » tout en apportant aide et protection au général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre. Des officiers rwandais assurent aussi le recrutement de soldats au profit du M23.

    Le Rwanda rejette évidemment ces accusations, mais selon le rapport, il n’a pas encore fourni une « quelconque preuve fondée à cet égard ».

    Les masques continuent donc de tomber un à un.

    On peut accéder à une version en français de cette annexe sur  le lien ci dessous

 http://www.veritasinfo.fr/article-l-annexe-du-rapport-des-experts-de-l-onu-sur-la-rdc-rwanda-107727702.html

Balkanisation de la RDC

Sera-t-il question de la République démocratique du Congo (RDC) au cours de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Paul Kagame, le président du Rwanda ? Sans aucun doute. Le "plan Sarkozy", dénoncé en RDC, prévoyait un partage des richesses minières, dont regorge l’immense congo avec le "petit" Rwanda. Nicolas Sarkozy souhaitait ni plus ni moins mettre en place un "marché commun" pour favoriser les échanges économiques. Il n’en fallait pas plus pour les congolais d’y voir une "OPA" rawandaise sur le riche Kivu.

En visite officielle à Kinshasa, Nicolas Sarkozy s’était défendu de disposer d’un "plan" . Selon lui, ses propos ont été "mal interprétés", et il avait réaffirmé son attachement à "l’intangibilité des frontières" de la République démocratique du Congo (RDC). "La première vérité, c’est que la souveraineté du Congo est inaliénable et la France sera toujours à vos côtés pour le respect de cette souveraineté", avait déclaré le président français à Kinshasa.

    Pour rassurer tout le monde, l’ambassadeur de France en RDC, avait martelé que la "coopération régionale est un facteur de paix" et que "la balkanisation de la RDC n’a jamais été à l’ordre du jour en France". Quel discours tiendra Nicolas Sarkozy à Paul Kagame ?

Christophe Rigaud

www.afrikarabia.com 25/02/2010

Analyse du quotidien Le Potentiel de Kinshasa

Mais auparavant, au mois de mai, lors du prochain sommet qui aura lieu à Nice, sur la Côte d’Azur, les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats de l’Afrique des Grands Lacs débattront de cette question avec le président Nicolas Sarkozy. Les directives qui y seront arrêtées, seront certainement transmises aux ministres des pays concernés qui se retrouveront au mois de juin avec les bailleurs de fonds.
Selon le Journal Les Echos, la France souhaite l’éclosion des « projets communs » entre ces pays en matière économique, notamment dans l’Energie, le développement agricole ou l’exploitation forestière. Selon la même source, « l’idée, c’est que si on veut aider à surmonter les clivages politiques, les conflits dans cette région, il faut favoriser la coopération et l’intégration régionale ».
On ne doute pas que pendant son séjour de trois heures à Kigali, le président français s’entretiendra de la tenue de cette conférence avec son homologue rwandais, le président Paul Kagame.

Marché Commun

Cependant, ce n’est pas la première fois que le président Sarkozy évoque l’organisation de cette conférence. En janvier 2009, lors de la présentation des voeux au corps diplomatique, le président français s’était attardé sur les perspectives de paix dans la région des Grands Lacs. Aussi, appelait-il à une « nouvelle approche de paix » dans l’Afrique des Grands Lacs. Il avait suggéré le « partage en commun de l’espace et les abondantes richesses minières dont regorge la République démocratique du Congo, un pays immense à la gouvernance étrange avec le « petit » Rwanda ». Il souhaitait la mise en place d’un « Marché commun » pour favoriser les échanges économiques.
C’était le « Plan Sarkozy » dénoncé par des Congolais pour autant qu’ils y voyaient une tentative de balkanisation de la RDC. En visite officielle à Kinshasa, après avoir accordé une interview à la presse congolaise, le président français s’était défendu de disposer d’un plan, que ses propos ont été mal interprétés, mais avait réaffirmé son attachement à « l’intangibilité des frontières » de la RDC. « La première vérité, c’est que la souveraineté du Congo est inaliénable et la France sera toujours à vos côtés pour le respect de cette souveraineté », avait-t-il déclaré, à Kinshasa.
A cette occasion, le président Sarkozy avait annoncé l’organisation de cette conférence en 2010. Il avait saisi cette opportunité pour déclarer qu’il avait proposé à la RDC, et à ses voisins proches, à savoir le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya, la création d’une « Agence régionale pour le développement et l’aménagement ». A son avis, cette démarche contribuerait au « bon voisinage » dans la région et donnerait un « nouvel élan » à leur coopération autour des projets communs. Sûr que la création de cette agence sera à l’ordre du jour tant à Nice, au mois de mai, qu’en juin lors de cette conférence des bailleurs de fonds de Grands Lacs. Au bout du tunnel, ce sera bien sûr la mise sur pied d’un « Marché commun ».
Abondant dans le même sens, l’ambassadeur de France à Kinshasa, Pierre Jacquemot, avait rappelé que la « coopération régionale est un facteur de paix ». Et que la balkanisation de la RDC n’a jamais été à l’ordre du jour en France.

CIRGL marginalisée?

L’abondance des biens ne nuit pas, dit-on. Mais l’abondance des initiatives de paix peut nuire à la paix. Car l’impression qui se dégage de plus en plus, c’est qu’on se bouscule un peu trop dans la région des Grands Lacs.
En effet, l’une des importantes initiatives saluées par tout le monde et qui a bénéficié du soutien de la Communauté internationale demeure justement l’institutionnalisation de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL. Elle n’a pas permis seulement aux Etats membres de signer le Pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région des Grands Lacs, mais de disposer de 10 programmes prioritaires d’actions pour la reconstruction des pays de la région. Un fonds spécial de reconstruction a même été constitué et a reçu la contribution de certains Etats membres ; notamment la République démocratique du Congo.
Bien plus, la relance de la CEPGL est également une réalité grâce aux efforts fournis dans le cadre de la CIRGL. Un groupe d’Amis des Grands Lacs se charge même de contacter des bailleurs de fonds pour la mise en œuvre des « projets intégrateurs ».
La mise en place de cette « Agence régionale de développement et d’aménagement » viendra-t-elle en appui aux projets de développement de la CIRGL ? Les bailleurs de fonds des Grands Lacs sont-ils les mêmes qui font partie du « Groupe des Amis des Grands Lacs » ? Apparemment, la réponse est négative. Cela d’autant plus vrai qu’à en croire le journal Les Echos, Elysée aurait intéressé les Américains à cette proposition et que ceux-ci « lui ont fait part de leur soutien ».
Dans l’intérêt de l’Afrique des Grands Lacs, il serait utile que toutes ces initiatives soient coordonnées et ne visent qu’un seul objectif. Question d’éviter le « télescopage » au risque de décourager certains bailleurs de fonds, voire de cette « agence de développement », au-delà ce « Marché commun », une utopie. Devant cette hypothèse, ce sont les pays de la région qui perdraient, alors que l’intégration économique est une option levée par l’Union africaine depuis l’OUA, avec le Plan d’Action de Lagos 1971, la CEPGL, la CEEAC et la CIRGL.
D’autre part, si la tendance consisterait à confier à quelques pays de la région le « leadership économique » au détriment de ceux producteurs des richesses, l’Afrique des Grands Lacs se trouverait dans la même situation que les pays du balkan. Pour des raisons économiques, les Européens sont divisés, car la Russie ne parle pas le même langage avec ses voisins européens, membres de l’OTAN qui compte également les Etats-Unis.
Or, dans les Grands Lacs, le coltan, la cassitérite, le nickel… opposent déjà l’Europe aux Etats-Unis ainsi qu’aux Asiatiques dans le Kivu.