BISESERO, LA COUR DE CASSATION ET LE LIVRE-BRÛLOT DE PATRICK DE SAINT-EXUPÉRY UTILISÉ POUR ACCUSER TURQUOISE, UNE ANALYSE BRILLANTE DE BERNARD LUGAN.

Les associationsSurvie, Ibuka, FIDH (Fédération internationale pour les droits humains), LDH (Ligue des droits de l’Homme) et Licra, viennent d’être définitivement déboutées dans leur acharnement judiciaire contre l’armée française. Au terme de plus de vingt années de procédure, un arrêt définitif dans l’affaire de Bisesero a en effet été rendu le 9 septembre 2026 par la Cour de Cassation, confirmant le non‑lieu prononcé dans l’enquête visant à déterminer une éventuelle complicité des militaires français dans les massacres de Bisesero, au Rwanda, au mois de juin 1994.
Cette artificielle « affaire » a débuté en 2004 avec la publication par Patrick de Saint-Exupéry, journaliste au Figaro, de L’Inavouable, un livre brulot qui, en 2005, donna aux soutiens français du régime rwandais du général Kagamé – les « Blancs menteurs » de Pierre Péan-, le prétexte et une large partie de l’argumentaire de leur dépôt de plainte contre l’armée française. Jusque-là, et je le montre dans cet article, le régime du général Kagamé n’avait jamais évoqué cette « affaire» pour attaquer la France.

La thèse de Patrick de Saint-Exupéry qui vient d’être totalement balayée par la Cour de cassation est que, entre le 27 et le 30 juin 1994, à Bisesero, au Rwanda, les troupes françaises de l’opération Turquoise auraient sciemment  laissé des Tutsi se faire massacrer par les génocidaires.

En 2005,  j’ai publié un livre aux éditions du Rocher sous le titre « François Mitterrand, l’armée française et le Rwanda ». Résultat d’une enquête fouillée menée dans les archives et auprès des acteurs, sa conclusion était que la prétendue « affaire » de Bisesero reposait sur le vent affabulatoire soufflé par Patrick de Saint Exupéry.

Retour sur cette enquête qui vient donc d’être indirectement validée par la Cour de Cassation et qui est illustrée dans les pages qui suivent par une carte mettant en évidence les élucubrations du journaliste du Figaro ([1]).

Patrick de Saint-Exupéry accuse un lieutenant-colonel de l’armée française d’avoir abandonné des réfugiés tutsi aux égorgeurs le 27 juin 1994 à Bisesero, dans la préfecture de Kibuye. Il fait même de cette accusation le point de départ et la trame de son livre-brûlot  (l’Inavouableop. cité) dont la thèse centrale est que la France est complice des génocidaires.

Nous allons donc revenir  en arrière puisque ce qui est reproché aux soldats français se situe au tout début de l’opération Turquoise. Dans une certaine mesure nous pourrions même dire avant son démarrage effectif. Commençons donc par reconstituer la chronologie et le contexte afin de tenter de voir si ces accusations sont fondées.

Mais avant toutes choses, il est essentiel de bien comprendre que les hommes du COS  découvrent  un pays totalement nouveau pour eux. Les paysages, les odeurs, le relief et le climat n’ont rien à voir avec ce qu’ils ont pu observer ailleurs en Afrique. Certains cadres connaissent certes le Rwanda pour y avoir mené des missions entre 1990 et 1993, mais aucun d’entre eux n’a servi dans la partie du pays dans laquelle Turquoise va être déployée.

La grande originalité de cette région comprise entre la forêt et le lac Kivu est l’abrupt. Sur cette lèvre de la vallée du Rift qui a pour nom Crête Congo-Nil,  la montagne  « tombe » en effet de 2500m à 1450m avec une pente moyenne de 4% pour venir mourir dans le lac Kivu. Les plus curieux de ces militaires français ont certes entendu parler des Hutu et des Tutsi mais nul ne sait qui ils sont au juste. Or leur mission est précisément de faire que les premiers cessent de tuer les seconds… En un mot, ils ne savent pas qui est qui, ce qui vient encore augmenter l’ambiance tendue de ce début de mission. Ils sont en effet projetés en pleine zone d’insécurité car ils entendent des coups de feu et partout des cadavres jonchent le sol. Les voilà donc plongés dans une mission humanitaire qui va se dérouler dans un terrible contexte de guerre et de massacres génocidaires.

Ils sont enfin une poignée, à peine 222 dont 150 sur le terrain. Ils sont les éclaireurs ou les « ouvreurs » d’une opération humanitaire qui ne pourra être véritablement déclenchée que s’ils réussissent leur mission. Et ils savent  qu’en cas de problème grave ils ne pourront compter que sur leurs propres forces car le COS qui n’est pas encore totalement déployé ne dispose pas de réserves qui pourraient éventuellement venir à leur secours.

Perdre de vue ces divers éléments, ne serait-ce qu’un seul instant, interdirait de comprendre ce que fut la réalité d’une périlleuse mission humanitaire que seule la France eut le courage d’entreprendre et  qui est aujourd’hui dénaturée par des campagnes aussi injustes qu’infondées.

Le 23 juin 1994 les premiers éléments de Turquoise composés du groupement du COS entrent au Rwanda par Cyangugu avec  mission de mettre sous  protection le camp de Nyarushishi où sont regroupés plusieurs milliers de Tutsi. Une quarantaine d’hommes du 1erRPIMa (colonel Tauzin) participent à cette première opération. Il n’est pas possible d’en faire plus avec des moyens aussi réduits.

Le 24 juin, les commandos Marine (capitaine de corvette Gillier « alias Omar ou Homard ») s’engagent sur l’axe Cyangugu-Kirambo et les commandos de l’Air (lieutenant-colonel Duval « alias Diego »), sont héliportés à Kibuye, mais sans leurs véhicules, ce qui fait que durant presque deux jours ils vont, et par la force des choses, rester en  position  dans la cité.

Le 26 juin, vers 13 heures, après perception de trois véhicules VLRA [2], Duval part en reconnaissance vers Bwakira. Sa mission est essentielle : il doit marcher plein est afin de reconnaître la route Kibuye-Bwakira pour tenter de baliser les positions de l’APR au nord et à l’est de la zone de déploiement française, mais sans toutefois entrer au contact. Il n’est en effet pas question de lancer véritablement l’opération humanitaire tant que la ligne de front APR-FAR n’est pas clairement située. En un mot, la mission est extrêmement difficile. Il bivouaque la nuit.

Le 27 juin en fin de matinée le colonel Rosier réalise une jonction par hélicoptère avec Duval [3] qui se trouve toujours sur la piste Bwakira-Kibuye. Un point de situation est fait. Duval signale qu’un obus de mortier est tombé le matin même sur le marché de Bwakira, ce qui laisserait entendre que le FPR serait dans la zone. Rosier qui ne dispose que de quelques dizaines d’hommes dans le secteur est préoccupé par la tension qui règne à Kibuye où une communauté de religieuses rwandaises majoritairement tutsi semble menacée. Il demande donc à son subordonné de retourner à Kibuye. Les deux hommes s’y retrouvent entre 14 heures et 15 heures. Après avoir eu une entrevue en tête à tête avec la Mère supérieure tutsi qui se trouve dans un état proche de la panique, Rosier décide l’évacuation des religieuses (entretien avec le général Rosier). Duval sera chargé de la protection de l’opération et l’action débutera le lendemain à l’aube. Rosier  s’envole ensuite vers Bukavu.

Peu avant 16 heures, toujours le 27 juin, Duval lance une  reconnaissance vers Gishyita  avec deux de ses trois véhicules dans lesquels ont embarqué moins d’une quinzaine d’hommes, le reste de son détachement demeurant à Kibuye, notamment en protection du couvent menacé. Page 53 de son livre (op. cité), P. de Saint-Exupéry dit que les effectifs de la mission Duval sont d’une « dizaine » d’hommes. Les VLRA sont suivis par un véhicule civil dans lequel ont pris place quatre journalistes [4]. Toujours p. 53, P. de Saint-Exupéry précise qu’il s’agit d’un minibus et que quelques-uns des soldats de Duval y ont pris place aux côtés des journalistes [5].

Vers 16 heures, alors qu’il se trouve au sud de Kibuye et au nord d’un vaste secteur largement montagneux qui a pour nom Bisesero, le lieutenant-colonel Duval arrive dans une zone de massacres située à la hauteur du secteur de Mubuga. Il faut bien se représenter qu’il ne découvre pas un lieu précis, bien délimité et donc facile à sécuriser. Il s’agit tout au contraire d’une vaste étendue montagneuse au relief accidenté parsemée de crevasses, de profondes entailles dont les têtes de vallons constituent autant de gorges couvertes de taillis et même parfois d’une végétation semi-forestière. C’est d’ailleurs pourquoi cette zone a servi de refuge à des fugitifs tutsi traqués depuis le début du mois d’avril et qui s’y sont  éparpillés pour tenter d’échapper à leurs poursuivants. Certains survivants s’approchent des Français et ils expliquent qu’ils sont environ 2000, cachés plus haut, dans les derniers lambeaux forestiers qui s’accrochent aux anfractuosités du thalweg de la crête Congo Nil.

Avec la douzaine d’hommes dont il dispose Duval n’est évidemment  pas en mesure de sécuriser  la vaste zone concernée et, de plus, comme il n’a aucun moyen médical il ne peut rien pour les malheureux. Ne perdons pas de vue qu’il n’est pas en mission de secours car, dans cette région, et à la différence de ce qui s’est passé à Cyangugu, la partie humanitaire de l’opération Turquoise n’a pas encore débuté. Il n’est pas non plus en mission de combat, mais simplement de reconnaissance. Ses moyens en armement individuel ne lui permettraient donc pas de faire face, le cas échéant, à un véritable affrontement contre les tueurs. Qui sont-ils d’ailleurs, des civils, des miliciens, des militaires ou les trois à la fois ? Il l’ignore. Les fugitifs lui parlent certes de miliciens, mais également et surtout de l’armée régulière qui les pourchasse. Avec ses 10 à 12 hommes, va-t-il risquer de devoir les affronter? Une telle attitude serait aussi insensée qu’irresponsable. Enfin et là n’est pas le moindre de ses soucis, il est garant de la sécurité des journalistes qui l’ont suivi…

P. de Saint-Exupéry qui fait partie du groupe a, alors, d’ailleurs très honnêtement décrit la situation et le dilemme de l’officier français : « Le lieutenant-colonel Diego (Duval) reste pensif : la mission attribuée à ses hommes se révèle plus compliquée que prévu : comment intervenir tout en restant neutres face à de tels agissements ? (…) Comment intervenir dans un pays à la géographie aussi difficile avec une logistique aussi modeste ? (…) Si on part là-haut protéger ces milliers de gens traqués comme des animaux, on s’engage d’un côté et on risque d’avoir toutes les milices et les autorités locales contre nous (…) »( Saint-Exupéry, le Figaro, 29 juin 1994 : « Rwanda : les assassins racontent leurs massacres »).

Il faut en effet imaginer les difficultés auxquelles  se heurtent alors les soldats français. Qu’il s’agisse de la poignée d’hommes de Duval, de Gillier ou de Tauzin, ils sont tous engagés sur un terrain extrêmement cloisonné par le relief et la végétation, grand comme un département français et peuplé de un à deux millions d’habitants dispersés en une multitude de hameaux. Les pistes et les routes sont encombrées de dizaines de milliers de réfugiés dont l’état physique est lamentable, un peu partout il y a des cadavres, souvent en putréfaction. Or, au total, ils sont, comme nous l’avons déjà dit plusieurs fois moins de cent cinquante hommes déployés dans cette zone qui s’étend de Cyangugu à Kibuye et jusqu’à Gikongoro, une poignée dans les prémices d’une opération d’envergure, sollicités de toutes parts – commandement, population, ONG, médias – avec pour impératif catégorique d’observer une stricte neutralité entre les partis et d’éviter tout accrochage avec le FPR. La tâche est inhumaine et à l’époque P. de Saint-Exupéry l’a bien vu et bien compris, ce qui rend d’autant plus insolites les accusations qu’il portera dix ans plus tard dans son livre (op.cité).

Le lieutenant-colonel Duval est confronté à une autre difficulté car la nuit tombe. Or, il n’est évidemment pas question de demeurer sur place et donc de diviser encore ses maigres forces. D’autant qu’une urgente mission humanitaire l’attend le lendemain dès l’aube avec l’exfiltration de la communauté religieuse de Kibuye. De plus, à ce stade de l’opération, et en cas d’accrochage avec des éléments hostiles, il sait que l’état-major de Turquoise ne sera pas en mesure de lui envoyer des renforts.  Il n’a donc pas le choix et quoiqu’il puisse lui en coûter il lui faut  rentrer.Toute autre décision eut risqué de mettre en péril l’opération Turquoise qui venait juste de démarrer. Imaginons en effet un seul instant que la patrouille de Duval se soit trouvée en mauvaise posture ou même ait été détruite, soit par les FAR ou pourquoi pas par un élément avancé de l’APR car tout était en effet possible à ce moment, il en aurait alors été fait de l’opération humanitaire.

Le 28 juin, les religieuses de Kibuye sont extraites par rotation d’hélicoptères et le détachement Duval assure la totalité de la couverture de l’opération avec la totalité de ses moyens. A l’issue de cette évacuation, Duval reçoit pour mission de renforcer le contrôle de Kibuye où les tensions sont encore très fortes et où le génocide a été particulièrement intense.

Le 29 juin toutes les missions sont  gelées en raison de la visite annoncée de François Léotard, ministre de la Défense. Cette venue tombe particulièrement mal car elle se fait au moment où Turquoise va prendre son élan et elle a donc pour résultat de bloquer l’ensemble du dispositif sur ses positions. Dans la matinée, Duval profite d’un moment de pause pour faire le compte-rendu des journées du 27 et du 28 juin [6] qui, comme nous l’avons vu, ont été bien remplies [7].

Le 30 juin 1994 vers 15 heures, plus au sud, dans la région de Gishyita, et après plusieurs heures de progression à pied, le capitaine Dunant qui opère sous les ordres du capitaine de corvette Gillier parvient sur un autre des nombreux sites de massacres du secteur de Bisesero.

Dans son livre (L’Inavouable, op. cité, pp 56-87), P. de Saint-Exupéry  s’appuie sur la différence de dates entre la découverte de Duval le 27 juin et celle de Gillier/Dunant le 30 juin pour mener une charge d’une extrême virulence contre l’armée française, faisant même de Bisesero le symbole de la prétendue collusion  française avec les génocidaires. Le livre qui est construit autour de cette affaire sert en réalité à tenter d’étoffer le postulat de l’auteur qui est que c’est parce que les responsables français [8] voulaient donner aux génocidaires le temps d’achever  leur forfait que Duval s’est replié [9] ; c’est également pourquoi, selon ses sous-entendus, aucune opération de secours n’a été déclenchée.

Afin de tenter de rendre cohérente l’idée d’une complicité de toute la chaîne de commandement, P. de Saint-Exupéry affirme que le lieutenant-colonel Duval a rendu compte, notamment à son « supérieur » (p. 87), le capitaine de corvette Gillier, mention qui lui permet ainsi d’associer d’une manière tout à fait artificielle ce dernier à la « découverte » du premier. Or, il convient de préciser que le capitaine de corvette Marin Gillier alias « Omar », n’a jamais été le supérieur du lieutenant-colonel Duval (Diego). Tous deux, ainsi que le colonel Tauzin étaient  responsables de leurs détachements respectifs du COS et leur chef commun à tous les trois était le colonel Rosier (Romuald). Quand il rendait compte, Duval ne le faisait donc pas à Gillier.

Poursuivant dans la même voie, P. de Saint-Exupéry  écrit également : « Cette nuit-là (…) nous avons mal dormi (…) Les gardiens de l’auberge de Kibuye étaient fidèles au poste, arpentant les couloirs à la recherche d’une bière ou d’un coin où s’allonger. A quelques centaines de mètres, Diégo restait pendu à son téléphone crypté adressant à Paris rapport sur rapport » (L’Inavouable, op. cité, p.71)

Cette dernière indication permet de distiller le doute, en suggérant que le plus haut niveau de l’Etat était au courant de la situation des Tutsi de Bisesero. A ce sujet, là n’est certes pas l’essentiel, mais il importe tout de même de le signaler, les trois chefs de détachement du COS ne rendaient pas compte  à « Paris », ce que le journaliste du Figaro ignore. La chaîne de commandement  était en effet la suivante :

a) Amiral Jacques Lanxade, chef d’Etat-major des Armées à Paris.

b) Général Lafourcade à Goma

c) Colonel Jacques Rosier à Bukavu.

d) Sous les ordres directs de Rosier, les chefs des trois détachements    engagés sur le terrain, qui étaient, comme nous l’avons déjà dit Tauzin, Gillier et Duval.

Diego (Duval) ne pouvait donc pas adresser « à Paris rapport sur rapport » car le seul habilité à le faire était le commandant de l’opération, à savoir le général Lafourcade. Laissons-lui la parole :

« J’étais le seul à correspondre avec Paris, c’est-à-dire avec le Chef d’Etat-major des Armées, l’amiral Lanxade dans les domaines politique et opérationnel. Le colonel Rosier avait l’autorisation de correspondre avec le commandement du COS dans le domaine « organique », c’est-à-dire pour la gestion de ses personnels ou les besoins en matériels et équipements spécifiques. Avant mon arrivée à Goma, le colonel Rosier, en tant que « précurseur » correspondait avec l’Etat-major des Armées dans le domaine opérationnel ». (Entretien avec le général Lafourcade).

En dépit du nuage d’encre que P. de Saint-Exupéry répand afin de tenter d’instiller le doute, la situation est on ne peut plus claire : le lieutenant-colonel Duval a normalement rendu compte à sa hiérarchie par les circuits habituels, notamment par écrit le 29.

Ces précisions apportées, il est tout de même nécessaire d’aller plus loin afin de pénétrer au cœur de l’affaire de Bisesero car l’historien a la conviction que nous sommes  en présence d’un montage.

Ainsi, c’est tout à fait artificiellement que P. de Saint-Exupéry tente de faire l’amalgame entre les actions menées par Duval et par Gillier. Seuls peuvent être abusés ceux qui ne connaissent pas la région car, même si les distances sont réduites, les deux détachements n’ont en effet pas opéré dans la même zone, celle de Duval étant Kibuye, celle de Gillier Gishyta. Les deux agglomérations sont certes distantes d’à peine 26 kilomètres, mais le relief est là. De plus, il faut bien voir que Bisesero est  le nom de tout un secteur administratif lui-même sous division territoriale de la commune de Gishyita. Cette commune était alors composée de huit secteurs. Dans les trois premiers, à savoir Mara, Musenyi et Gishyta il y eut « relativement peu » de massacres. En revanche, dans les secteurs de Ngoma, Marangara, Mubuga, Mpembe et Bisesero, les tueries furent importantes. Chacun de ces secteurs était lui-même subdivisé en cellules. Le secteur de Bisesero était ainsi composé des cellules Kigarama, Jurwe, Kazirandimwe, Gitwa, Uwingabo et Nyarutovu qui ont toutes subi le génocide.

Tout visiteur étranger, journaliste ou militaire qui demandait à la population de l’une ou l’autre de ces cellules le nom du lieu où il se trouvait s’entendait invariablement répondre « secteur Bisesero ». Le nom de Bisesero couvrait donc une superficie représentant environ le 1/5° de la commune de Gishyita. Il s’agissait d’un vaste quadrilatère occupant la partie la plus occidentale de la crête Congo Nil, région zébrée de collines et au relief particulièrement cloisonné. Voilà qui explique pourquoi les descriptions de Bisesero ne sont pas les mêmes selon les auteurs. Certains ont ainsi vu et décrit le massacre du « ravin crevasse » de Nyakavumo, alors que d’autres ont parlé de celui de la colline Mubuga ou encore de celui de Kigarama où les corps de Tutsi assassinés ont été brûlés dans une fosse etc.

Dans son secteur Gillier a  tâtonné comme Duval dans le sien. La seule différence est que Gillier a été plus méthodique car, avant d’agir d’avancer, il a prioritairement privilégié le renseignement .

Revenons sur l’emploi du temps de ce dernier, ce qui va nous permettre de prendre la mesure de ce qu’écrit P. de Saint-Exupéry.

1) Tôt le matin du 27 juin, Gillier quitte Kirambo avec une partie seulement de ses moyens. Vers midi il parvient à la hauteur de Gishyita après avoir roulé le long du lac Kivu. C’est alors qu’il détecte des détonations dans la montagne, à l’est de l’agglomération, mais il ne parvient pas à en savoir plus. La population parle d’éléments APR infiltrés et de combats. Or les ordres sont clairs : éviter tout incident, donc toute possibilité de contact avec l’APR et pour cela, surtout ne pas s’approcher de la ligne de front afin de ne pas laisser croire que Turquoise  pourrait cacher une opération d’aide aux FAR.

Pour mémoire, revenons à l’ordre d’opération n°1 du 25 juin 1994 signé par le général Lafourcade commandant de l’opération Turquoise  qui précise :  « La légitimité de notre action (…) suppose de respecter une stricte neutralité vis-à-vis des parties prenantes au conflit et d’éviter tout contact armé avec le FPR (…) Le FPR pourrait tenter de prendre le contact avec nos unités pour rechercher l’affrontement : soit en accentuant sa poussée vers Kibuye (nous soulignons), soit en s’emparant de Butare puis en progressant vers l’Ouest (Gikongoro).»

Or, la zone dans laquelle les détonations ont été entendues  est exactement située dans l’axe de la progression supposée du FPR. C’est d’ailleurs ce qui va expliquer la prudence de Gillier car, respectant à la lettre les consignes qui lui ont été données, il va donc tout naturellement chercher à affiner le renseignement avant d’avancer.

Le général Lafourcade a  bien restitué le contexte : « (…) c’était les premiers jours ; la situation était extrêmement tendue ; très peu de moyens étaient encore déployés (…) on ne savait pas ce qu’on allait trouver au Rwanda ; surtout, l’analyse de renseignement dont disposait le commandement était que le FPR, qui tenait une poche allant (…) de Gitarama jusqu’au col d’Endaba , voulait foncer sur Kibuye. Si cette analyse était bonne, le groupement était au milieu de la zone (…) dans ce contexte, un groupe entend des explosions. Il ne peut distinguer s’il s’agit de grenades ou d’autres armes et on lui dit que c’est le FPR. Les directives étant qu’il était exclu d’aller au contact du FPR, la consigne a été donnée d’affiner le renseignement en attendant un peu que le dispositif se complète. Mais le renseignement lui-même était délicat à obtenir puisqu’il était exclu, politiquement, d’aller au contact du FPR ».

2) Le 28 juin Gillier resserre son dispositif sur Gishyita. A la jumelle il observe la ligne de crête où FAR et APR sont réputées au contact, mais sans obtenir de renseignement concret. Vers midi, il est toujours dans l’inconnu. C’est alors qu’il reçoit la visite du bourgmestre hutu de Gishyita qui lui parle d’infiltrations de « terroristes » et de combats contre l’APR.  Gillier qui n’est pas dupe fait un rapport au colonel Rosier : il l’informe que selon le bourgmestre de Gishyita, depuis « 10 h du matin 300 à 500 « terroristes »( en réalité des civils tutsi)  seraient réfugiés dans une galerie de mine d’étain à la sortie est de Bisesero ». Le bourgmestre sollicite l’aide des militaires français pour éliminer ces « terroristes » et il demande des grenades car il manque de munitions… Gillier lui fait selon les propres termes de son rapport « une réponse dilatoire ». Ce même bourgmestre lui parle d’un barrage que le FPR aurait installé la veille, 27 avril, vers 14 heures, dans la partie nord du secteur de Bisesero. Comme les renseignements sont confus et contradictoires et qu’il importe de prendre garde aux manipulations, Gillier qui veut en avoir le cœur net va profiter de la nuit pour lancer une reconnaissance à pied dans la zone suspecte (entretien avec le général Rosier).

3) Le 29 juin au matin la patrouille rentre bredouille. Gillier n’a toujours pas recueilli d’élément nouveau tandis que la population continue à lui dire que l’APR est bien dans la zone, ce qui se révèlera ultérieurement être pure intoxication, mais Gillier ne peut pas ne pas en tenir compte. Il ne peut cependant pas vérifier l’information car il doit interrompre toutes les recherches en raison des contraintes de sécurité liées à l’inspection du Ministre de la défense François Léotard. Une journée va donc être perdue. Sans cette visite qui mobilise les faibles moyens dont dispose le groupement, le site que Gillier découvrira le 30 aurait été probablement sécurisé un jour plus tôt, et il n’y aurait jamais eu d’« affaire de Bisesero ».

En début de soirée, trois ou quatre journalistes se présentent au PC de Gillier à Gishyita. Ils lui disent qu’ils ont obtenu un  renseignement  laissant entendre que des évènements graves se dérouleraient à l’est de l’agglomération [10]. Gillier leur répond  que depuis le 27 il cherche précisément à élucider l’origine de tirs provenant de cette zone mais jusque-là en vain et que, dès le petit matin, il relancera ses patrouilles afin de savoir s’il s’agit comme le lui disent les civils hutu de combats entre commandos infiltrés de l’APR et  FAR  ou d’autre chose.

4) Le 30 juin la situation n’est plus celle du 27. Tous les moyens du COS sont en effet à pied d’œuvre et la zone est mieux reconnue grâce notamment aux patrouilles de reconnaissance. Turquoise monte lentement en puissance et va donc pouvoir élargir sa zone d’action à l’ensemble des préfectures de Kibuye et de Gikongoro.

Dans la région de Gishyita,  l’action de reconnaissance est reprise au lever du jour avec tous les moyens dont dispose Gillier. Aucun journaliste n’y participe car la progression se fait à pied. Elle est lente compte tenu du relief mais elle est également prudente car  le souci de Gillier est toujours de ne pas avoir à se heurter à d’éventuels éléments APR infiltrés. Il décide néanmoins d’avancer le plus loin possible vers l’Est et ce faisant il dépasse le secteur de Bisesero.

Vers midi, après plus de six heures de marche, un informateur lui montre une colline dans la direction du lac Kivu, affirmant qu’il s’y passe des choses graves. Le capitaine Dunant chef de l’équipe de recherche du 13° RDP (Régiment de Dragons parachutistes) venue renforcer les commandos marine de Gillier reçoit l’ordre de se diriger vers le point en question. Vers 15 h, après un peu plus de deux heures de marche, il découvre un des importants sites de massacre du secteur de Bisesero. Aucun journaliste n’est présent. Deux heures plus tard, Gillier rejoint lui aussi à pied. Il faut faire vite car la nuit tombe vers 18 heures. Le secteur est donc sécurisé tandis que les blessés sont secourus. Immédiatement prévenu, Rosier fait activer l’hôpital  militaire de campagne où sont accueillis les plus touchés d’entre eux. (Entretien avec le général Rosier). Juste avant la nuit, les premiers journalistes, au nombre d’une demi-douzaine et qui appartiennent en majorité à la presse télévisée, arrivent sur les lieux du massacre avec les hélicoptères de secours, le colonel Rosier leur ayant donné l’autorisation d’embarquer. P. de Saint-Exupéry qui ne fait pas partie de ce groupe  arrivera sur place dans la matinée du 1° juillet comme il l’écrit d’ailleurs dans son livre.

Trois jours se sont  donc effectivement écoulés entre le 27 juin en fin d’après-midi, quand le lieutenant-colonel Duval qui procède à une  reconnaissance dans le nord du secteur de Bisesero « tombe » sur une première zone de massacres, et le 30 juin vers 15 heures, moment où le capitaine Dunant découvre, plus au sud, un autre des nombreux sites de massacre du même secteur.

Voir dans ce décalage de dates une complicité avec les génocidaires comme le fait P. de Saint-Exupéry  relève du fantasme syllogistique. D’autant plus qu’entre sa « découverte » faite avec le lieutenant-colonel Duval le 27 juin 1994 en fin d’après-midi, et la date de celle faite par Gillier  le 30 juin,  P. de Saint-Exupéry a passé trois jours à Kibuye comme il le précise d’ailleurs dans son livre à la page 82. Si, contrairement à ce qu’il a pourtant écrit à l’époque [11], il pensait alors qu’il pouvait y avoir collusion avec les génocidaires, pourquoi n’a-t-il pas profité de la visite du ministre de la Défense pour l’interpeller publiquement ? François Léotard n’avait pourtant pas la réputation de repousser les journalistes. D’ailleurs, P. de Saint-Exupéry l’a approché  de très près le 29 juin : « François Léotard est arrivé en hélicoptère (…) Il était entouré de nombreux hommes cravatés (…) il portait de très belles chaussures. Nous étions en loques, nous l’avons écouté ». (L’Inavouable,op.cité p.82.)

Pourquoi P. de Saint-Exupéry a-t’il donc attendu des années pour instrumentaliser Bisesero contre l’armée française ? Que s’est-il donc passé entre le moment de rédaction de son article du 29 juin 1994, 1998 avec ses premiers articles critiques et  surtout 2004 date de la parution de son livre pour que le journaliste-témoin se mue ainsi en accusateur ?

Etrangement, c’est également à partir de la même époque que le régime de Kigali commence véritablement à utiliser Bisesero comme un moyen de pression contre la France. En 1998 en vue de tenter de faire « ralentir » les investigations du juge Bruguière au sujet de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Habyarimana et qui fut le catalyseur puis le déclencheur du génocide. Puis, afin d’empêcher la publication du rapport du juge. Avant cette date les autorités rwandaises ne faisaient à la France aucun reproche au sujet de Bisesero comme la synthèse officielle gouvernementale rwandaise concernant les lieux de génocide ([12]) publiée au Rwanda en 1996 l’établit : « (…) Préfecture de Kibuye. Commune Gishyita, (….) Date des grands massacres : on a commencé à tuer le 7/4/1994, mais les grands massacres ont eu lieu le 15/4/1994. Ils ont cessé le 30 juin 1994. (…) Tous les secteurs ont été touchés, mais particulièrement Bisesero où la plupart des poursuivis s’étaient repliés pour mener la résistance dans les cellules Kigarama, Jurwe, Kazirandimwe, Gitwa, Uwingabo et Nyarutovu. (…)

-Secteur de Bisesero, cellule Nyarutovu, colline Mubuga (…) Cette colline a été une colline de résistance jusqu’au 30 juin où les Français sont arrivés dans cette partie de la « Zone Turquoise ».

-Secteur Bisesero, cellule Kigarama, ravin crevasse de Nyakavumo. Plus de 400 personnes avaient trouvé refuge dans cette crevasse. Le 5 juin, les Interahamwe sont venus les tuer à la grenade qu’ils lançaient dans le ravin. Voyant leur forfait inefficace, ils ont amené des stères de bois à l’entrée de la grotte, ont allumé un feu comme pour un four à briques. Les réfugiés sont morts d’asphyxie (…) (pp 138-149).

Quels enseignements pouvons-nous tirer de ce document produit par les nouvelles autorités FPR du Rwanda? :

1) Les massacres ont commencé dans le secteur de Bisesero dès le début du mois d’avril 1994, soit plus de deux mois avant l’intervention française qui y a précisément mis fin le 30 juin [13].

2) Les rédacteurs de ce document ne parlent à aucun moment d’une découverte française antérieure au 30 juin suivie de l’abandon des victimes. Cette date du 30 juin est même citée deux fois pour Bisesero.

3) Sur 252 pages décrivant les centaines de lieux de massacre du Rwanda,  ceux de Bisesero sont traités en 19 lignes.

En réalité, la Cour de Cassation a bien vu que l’affaire de Bisesero est un récit écrit par Patrick de Saint-Exupéry et qui fut habilement utilisé par les agents d’influence rwandais dans la campagne que menait alors le régime de Kigali contre la France. Une campagne décidée afin de faire oublier que le juge Bruguière avait délivré des mandats d’arrêt contre une dizaine de personnalités du premier cercle du président Kagamé qu’il accusait d’avoir assassiné le président hutu Habyarimana. Or, ce fut cet attentat qui fut l’étincelle qui déclencha le génocide.

Les « machettes » du RICM ou les fantasmes de Patrick de Saint-Exupéry

Bisesero est un montage médiatisé par M. de Saint-Exupéry. L’affaire des « machettes du RICM » est quant à elle une emblématique illustration des insolites méthodes de ce  journaliste.

Dans son livre «  L’Inavouable » ( op. cité, 2004), il écrit ainsi qu’à Kibuye, base d’implantation du RICM (Régiment d’infanterie char marine) [14] (durant l’opération Turquoise, lors d’une visite effectuée au mois de juillet 1994, l’Amiral Lanxade, Chef d’Etat-major des Armées, se vit offrir par les officiers du régiment une plaquette de bois ornée de  machettes…

En mentionnant ce cadeau P. de Saint-Exupéry laisse ainsi entendre que les officiers français seraient les complices des génocidaires ou, qu’à tout le moins, le génocide serait pour eux matière à plaisanterie ou à lourds sous-entendus… Nous n’inventons rien car c’est  exactement ce qu’écrit  ce membre de la rédaction du Figaro. Le lecteur en jugera : « Ce qui est (important) c’est la nature de ce présent (…) Dessus, en guise de décoration, avaient été apposées de petites machettes….Oui, Monsieur, des machettes.(….) Fier de son idée, le colonel Sartre souriait. Il rayonnait de contentement. Je fus pris de vertige. Tant d’indécence ! Ce pouvait être du pur mauvais goût. Ce pouvait être aussi un symbole. » (L’Inavouable, op. cité, p 106).

L’imagination de P. de Saint-Exupéry semble ne pas connaître de limites car le cadeau que les cadres du RICM offrirent à l’amiral Lanxade n’était pas celui qu’il décrit.

Il s’agissait très exactement d’une carte du Rwanda taillée dans du bois, peinte à la main et ornée des deux outils traditionnels du paysan rwandais, à savoir la houe  (isuka) et la serpette à long manche (umuhoro) (Entretien avec le général Sartre).

Or, ces deux outils n’ont rien de commun, ni dans la forme, ni dans l’usage, avec une machette. Sur la carte du Rwanda offerte à l’amiral Lanxade, ils avaient été miniaturisés et présentés entrecroisés.

P. de Saint-Exupéry n’a du Rwanda qu’une connaissance superficielle, aussi, on lui pardonnera d’ignorer que ces deux outils (isuka et umuhoro) associés à l’arc bandé et à trois flèches composaient  les armoiries du Rwanda d’avant 1994. La symbolique de cette association était claire : les trois flèches représentaient Hutu, Tutsi et Twa, c’est-à-dire les trois populations du pays rassemblées ou tenues unies dans l’arc rwandais, toutes trois nourries par l’agriculture figurée par l’isuka et l’imuhoro.  P. de Saint-Exupéry ignore que le cadeau offert à l’amiral Lanxade était le présent commode généralement destiné aux hôtes de passage car il constituait, avec la vannerie, une des seules productions de base de l’artisanat rwandais.

P. de Saint Exupéry ne sait pas davantage que la machette ( panga) est d’introduction récente au Rwanda où elle n’a jamais fait partie de l’outillage traditionnel du paysan. Il s’agit  d’un dérivé du sabre d’abattis, outil européen inventé pour couper la canne à sucre dans les plantations des Antilles. Adapté à l’Afrique au début du XX° siècle, il a été allégé puis généralisé dans toute l’Afrique orientale sous le nom swahili de « panga » avant d’être introduit au Rwanda dans les années 1950. L’artisanat local ne le représentait jamais car il s’agissait d’une introduction étrangère contemporaine.

Avant d’accuser des militaires français des pires turpitudes, P. de Saint Exupéry aurait dû se documenter.

 


[1] Pour l’histoire globale du génocide et de ses causes, on se reportera à mon livre « Rwanda, un génocide en questions » aux éditions du Rocher et à mes expertises devant le TPIR.

[2] Véhicules de liaison de reconnaissance et d’appui. Il s’agit de véhicules tout-terrain pouvant transporter un maximum de 8 à 12 hommes, chauffeur et chef de bord compris. Il existait cependant divers modèles de VLRA. Ceux qui étaient en dotation parmi les commandos Marine étaient un peu plus long et pouvaient embarquer 16 hommes dont 14 sur le plateau.

[3] Duval guide son chef sur sa position en émettant une « porteuse », jargon servant à désigner l’émission radio sur laquelle se guide l’hélicoptère par radio-compas.

[4] Deux du Figaro dont P. de Saint-Exupéry, un de Libération et un de RFI.

[5] Dans son article du Figaro « Rwanda : les assassins racontent leurs massacres », Le Figaro, 29 juin 1994, P. de Saint-Exupéry parle de 40 hommes et de 3 « jeeps », ce qui est inexact car Duval n’a pas abandonné ses positions de Kibuye pour mener cette reconnaissance faite avec des effectifs extrêmement réduits.

[6] Il sera repris le jour même dans la note quotidienne de situation du PC de Turquoise.

[7] Le 30 juin, à Kibuye débute la relève de Duval par le RICM du colonel Patrice Sartre. Dès le 1° juillet au matin, Duval participe par héliportage avec une partie de ses hommes à une reconnaissance vers Butare.

[8] Lesquels ? Il ne le dit pas, se contentant de semer la suspicion.

[9] L’idée n’est pas défendable car nous avons vu que c’est Duval lui-même qui décide, et à juste titre d’ailleurs de se replier.

[10] P. de Saint-Exupéry n’est vraisemblablement pas du nombre. S’il avait fait partie de ce groupe il aurait en effet immanquablement décrit à Gillier la « découverte » faite en suivant Duval le 26 ou le 27 juin. Il l’aurait évidemment clairement mis sur la voie, lui permettant ainsi d’intervenir immédiatement sur un lieu précis et repéré.

[11] Cf son article du 29 juin cité supra.

[12] République Rwandaise. Office National des Mémoriaux du Génocide et des Massacres au Rwanda. Rapport préliminaire d’identification des sites du génocide et des massacres d’avril-juillet 1994 au Rwanda. Kigali, février- septembre 1996, 252 pages.

[13] Sur un site au moins, celui du ravin crevasse de Nyakavuma, les massacres sont terminés le 5 juin, soit 25 jours avant l’arrivée des troupes françaises.

[14] Nom actuel du Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc, unité la plus décorée de l’armée française