Visite de Paul Kagame : la France brade l’honneur de ses soldats et couvre un tissu de mensonges.

La communauté internationale et les responsables politiques de l’époque l’ont pourtant affirmé clairement : l’opération Turquoise s’est exactement déroulée, sous les yeux de nombreux observateurs, dans les conditions prévues par la résolution 929 des Nations Unies en respectant strictement les directives du gouvernement français. Elle a permis de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies et d’arrêter l’exode massif au Zaïre des populations fuyant devant l’avance des troupes du FPR du général Kagame. Cette intervention est à l’honneur de la France et la mission d’information parlementaire présidée par Paul Quilès en 1998 a d’ailleurs rejeté toute implication de notre pays et de son armée dans le génocide.
Or les accusations contre l’armée française perdurent. Des plaintes ont été déposées par des Rwandais  au Tribunal aux armées de Paris, en 2005 puis en 2010, accusant les soldats français de « crimes contre l’humanité et de complicité de génocide ». Le 7 avril 2007, le Président Kagame déclarait publiquement que les soldats de Turquoise « étaient venus au Rwanda pour tuer les Tutsis ». En août 2008 le gouvernement rwandais, dans un communiqué officiel, accusait la France et l’armée française « d’avoir participé à l’exécution du génocide » en publiant une liste d’officiers mis en cause. En l’absence de réactions du gouvernement français, ces officiers ont porté plainte contre le ministre rwandais signataire du communiqué. Nous déplorons que, malgré nos multiples demandes,  les procédures en cours ne soient toujours pas instruites à ce jour,  car nous attendons que la vérité apparaisse au grand jour.
Ces accusations ont été qualifiées de « tissu de mensonges » par monsieur Alain Juppé et les « témoignages » sur lesquels elles s’appuient sont instrumentalisés. Elles proviennent d’un régime dont la nature plus qu’autoritaire est de plus en plus soulignée par la communauté internationale. Les Nations Unies, dans un Rapport publié le 5 Octobre 2010, accusent le régime rwandais d’avoir massacré des centaines de milliers de personnes  dans la décennie 1990.Plusieurs pays et de nombreuses organisations gouvernementales ou non gouvernementales, dénoncent aujourd’hui les graves atteintes aux droits de l’homme dans ce pays. Ils soulignent  la répression politique, les restrictions aux libertés individuelles et à la liberté de la presse. Plusieurs pays occidentaux, prenant acte de ces dérives, ont décidé, au cours de ces derniers mois, de prendre leurs distances avec ce régime et les chefs d’Etat espagnol, belge et britannique ont refusé de recevoir le président Kagame. Dans le contexte actuel, l’attitude complaisante de la France à l’égard d’un tel régime ne pourra qu’être très mal comprise.
La normalisation des relations avec le Rwanda est peut-être souhaitable, mais pas à n’importe quel prix. Elle ne peut sûrement pas justifier que la France ferme les yeux sur la réalité du régime rwandais, ni que le président de la République, chef des armées, couvre de son silence les calomnies proférées contre les soldats de l’opération Turquoise. Forte du soutien de plusieurs grandes associations patriotiques, l’association France-Turquoise ne peut accepter, en l’absence de démenti ou de dénonciation formelle des très graves accusations portées, que l’honneur des soldats ayant servi la France au Rwanda soit bafoué par la visite de M. Kagame.

Général (2S) Jean-Claude Lafourcade, président de l’association France Turquoise.

 

 

leotard[1].jpg » François Léotard, Ministre de la Défense en 1994, tient à préciser qu’il partage sans réserve les termes de ce mémorandum et approuve entièrement notre indignation face a la visite de Paul Kagamé qu’il juge inacceptable dans les conditions actuelles.

Il assure l’association France Turquoise de son total soutien et est prêt a se joindre a toute action contribuant à rétablir l’honneur bafoue des soldats français ayant servi au Rwanda. »

Général (2S) Jean Claude Lafourcade, président de l’association France-Turquoise.

Relations France Rwanda. Point de vue de monsieur Alain Juppé

Audition de monsieur Alain Juppé, ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères et européennes, devant la commission des affaires étrangères de l’assemblée nationale le 4 mai 2011.
Question de monsieur Jacques Remiller : (…) lors de votre nomination, monsieur le ministre d’Etat, le président du Rwanda a déclaré que vous ne seriez pas le bienvenue dans son pays. Au-delà de la réaction –très sèche- du Quai d’Orsay, quel est votre sentiment personnel ?

Réponse de monsieur Alain Juppé.

(…) Quant au Rwanda, je distinguerai mon sentiment personnel, que je garde pour moi, et l’intérêt de la France. J’espère seulement qu’un jour la vérité historique sera faite sur ce qui s’est passé au Rwanda à partir de 1993. Un rapport du Conseil de sécurité, qui n’a pas fait l’objet d’une grande publicité jusqu’à présent, pointe les crimes commis en République démocratique du Congo. Sur un plan diplomatique, nous avons intérêt à avoir de bonnes relations avec le Rwanda et le processus amorcé par le Président de la République doit être poursuivi dans des conditions convenables. M. Kagamé a dit que je ne serais pas le bienvenu au Rwanda, et je lui ai répondu que je n’avais pas l’intention d’y aller tant que circulerait le rapport qui met en cause M. Mitterrand, M. Balladur, M. Védrine, M. de Villepin, M. Léotard, moi-même et l’armée française. Ce tissu d’inventions et de mensonges est destiné à créer un contre-feu à l’instruction judiciaire menée en France. Comme je l’ai dit devant la commission de l’Assemblée nationale présidée par M. Quilès, l’opération Turquoise est à l’honneur des militaires français qui ont sauvé des centaines de milliers de vies.

Pourquoi la France ne peut pas recevoir Paul Kagame

Il convient de rappeler qu’un rapport officiel des Nations Unies publié le 1er Octobre 2010 a
établi que l’armée du Front Patriotique Rwandais commandée par le Général Paul Kagame a
commis des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des actes de génocide contre
les réfugiés hutu et les populations congolaises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire
de la République démocratique du Congo.
Compte tenu du contexte politique de la région des grands lacs, certains observateurs
considèrent cette mission comme une tentative de sauvetage d’un dictateur en fin de course.
Les parents des victimes rwandaises et congolaises se demandent légitimement si cette
collaboration du Medef avec un chef d’état responsable de telles atrocités répond aux
orientations de la diplomatie française.
Le patronat français a-t-il pris toute la mesure des conséquences que ses « contrats » vont
avoir sur le sort des populations rwandaises et congolaises ? La France – hier encore accusée
par le dictateur rwandais de complicité de génocide – a-t-elle intérêt à se jeter dans les bras
d’un criminel dont le régime peut basculer à tout moment ? Autant la France a pu
commettre des erreurs d’appréciation en 1994 – reste à préciser lesquelles -, comme l’a du
reste reconnu le président Sarkozy lors de sa visite au Rwanda, autant une trop grande
proximité avec le régime rwandais actuel accusé de crimes contre l’humanité risque de
ternir irrémédiablement l’honneur de la France. Les intérêts économiques en présence
justifient-ils que la France s’implique une nouvelle fois dans ce bourbier à relents
génocidaires, en donnant l’impression de voler au secours d’un criminel africain en fin de
course, aux dépens des droits de l’homme et des peuples de la région des grands lacs ?
S’agissant d’une visite éventuelle de Paul Kagame en France, annoncée le 06/01/2011 par
l’hebdomadaire Jeune Afrique dont on connait les accointances avec le régime de Kigali, elle
apparait pour le moins inopportune pour les raisons suivantes : la France, membre du
Conseil de Sécurité, a des droits mais aussi et surtout des devoirs spécifiques liés à cette
qualité. Elle a notamment l’obligation de contribuer à garantir la paix et le respect de la
légalité internationale, en mettant tout en oeuvre afin que les préconisations et les décisions
des organes ou des institutions des Nations Unies soient traduites dans les actes. Il en va
ainsi notamment en matière de respect du droit à la vie, pierre angulaire du droit
international humanitaire.
Or comme on vient de le voir, l’une des recommandations expresses du rapport des Nations
Unies ci-haut rappelé concerne la mise en place urgente d’un tribunal international ad hoc
chargé de poursuivre et de juger les auteurs des atrocités dénoncées dans ce rapport. Déjà
pointé du doigt par les justices française et espagnole pour son rôle présumé dans l’attentat
terroriste contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, attentat au cours
duquel trois ressortissants français ont perdu la vie et qui fut l’élément déclencheur du
génocide, le général Paul Kagame a aussi été le donneur d’ordre et l’organisateur de
nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Rwanda et en République
Démocratique du Congo. Il apparaît par conséquent plus que probable qu’il soit placé sous le
coup d’un mandat d’arrêt international dès la mise en place du tribunal international ad hoc
attendu. La diplomatie française ne peut pas feindre de l’ignorer.
Dans ce cas, au nom de quelle éthique diplomatique ou pour quels intérêts nationaux la Patrie
des droits de l’homme prendrait-elle le risque, sans être accusé de complicité, de dérouler le
tapis rouge à un dictateur responsable d’avoir planifié, préparé, organisé, ordonné et supervisé
le massacre de plus de 300000 réfugiés hutu et de 5 millions de Congolais innocents ? Un
membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies peut-il se permettre de recevoir
un criminel contre l’humanité désigné comme tel par les Nations Unies sans insulter les
peuples victimes de ces crimes et sans renier son rôle au sein de la communauté internationale?

La seule décision de sagesse à prendre par la diplomatie française est celle qui correspond
aux valeurs de la République et à ses engagements internationaux. La France doit écouter les
peuples de la région des grands lacs et non les tyrans par qui le génocide est arrivé. En
s’inspirant de l’expérience tunisienne et égyptienne, le principe de précaution diplomatique et
politique devrait s’appliquer au cas rwandais sans état d’âme. La France ne peut pas recevoir
un chef d’état étranger accusé de génocide. Tomber dans le piège d’une normalisation à tout
prix mais dont les enjeux paraissent pour le moins éphémères serait une erreur
d’appréciation de plus, une faute grave dont la diplomatie française ne se relèverait pas.

Jean-Marie NDAGIJIMANA
Ancien Ambassadeur
Ancien Ministre

Kagamé rejoint le club des infréquentables

 L’affront est difficile à avaler pour Paul Kagamé. Yves Leterme aurait, officiellement, annulé leur entretien pour mieux organiser son emploi du temps. Le soufflet est d’autant plus humiliant que le même agenda a permis de maintenir, le jour même et le lendemain, les rendez-vous avec trois officiels étrangers. L’agence Belga met en avant cette incongruité : « M. Leterme rencontrera en revanche bien lundi (le même jour) ses homologues zimbabwéen Morgan Tsvangirai et palestinien Salam Fayyad, ainsi que le président tanzanien Jakaya Mrisho Kikwete. Mardi soir, il s'entretiendra avec le chef de l'Etat béninois Thomas Boni Yayi. »

Cette mise au ban de Kagamé mérite d’être suivie avec une attention particulière, le régime de Kigali étant de plus en plis mis en cause. En 2010, le gouvernement rwandais a été critiqué pour l’organisation des élections présidentielles, des membres ou proches de celui-ci ont été menacés par des mandats d’arrêt internationaux et enfin, de nombreux manquements aux principes de base qui constituent une démocratie ont été observés. En octobre dernier, un rapport de l’ONU, le rapport Mapping, accusait directement le Rwanda d’avoir participé à des massacres de masse en Republique Démocratique du Congo. C’est sans aucun doute la somme de ces événements qui amène les responsables diplomatiques à se méfier du Général Kagamé. Il est certain qu’il ne fait plus bon être pris en photo lui serrant la main !Mis à part quelques observateurs engagés qui de façon plus ou moins honnête tentent de nier cette impopularité internationale, personne n’est dupe. Si cette tendance se confirme en 2011, il sera intéressant de regarder  comment notre gouvernement accueillerait-t-il un chef de l’Etat que nos voisins ont clairement jugé infréquentable ?

C.F

Violations des droits de l’homme en RDC -1993 2003-

Articulé en quatre sections le rapport traite successivement :

  • des actes de violence graves classés par région et par ordre chronologique
  • des actes de violence spécifiques : violences sexuelles, contre les enfants et liées à l’exploitation des ressources naturelles.
  • du système de justice de la république démocratique du Congo (RDC)
  • des options de la justice transitionnelle pour la RDC

La participation de l’armée régulière du Rwanda (APR) est attestée pour les auteurs du rapport par l’existence d’un accord international (accord de Prétoria) réglant le retrait de l’APR du territoire de la RDC. Quant à l’existence d’un soutien du Rwanda à l’AFDL, il est revendiqué publiquement par les acteurs eux-mêmes :

« Dans une interview accordée au Washington Post le 9 juillet 1997, le Président rwandais Paul Kagame (ministre de la défense à l’époque) a reconnu que des troupes rwandaises avaient joué un rôle clef dans la campagne de l’AFDL. Selon le Président Kagame, le plan de bataille était composé de trois éléments:

– démanteler les camps de réfugiés,

– détruire la structure des ex-FAR et des Interahamwe basés dans les camps et autour des camps

– renverser le régime de Mobutu.

Selon l’article, le Rwanda avait planifié la rébellion et y avait participé en fournissant des armes et des munitions et des facilités d’entraînement pour les forces rebelles congolaises. Les opérations, surtout les opérations clefs, ont été dirigées, selon Kagame, par des commandants rwandais de rang intermédiaire (« Mid-level commanders »). Washington Post, «Rwandans Led Revolt in Congo », 9 juillet 1997.

Voir également l’entretien accordé par le général James Kabarebe, l’officier rwandais qui a dirigé les opérations militaires de l’AFDL, à l’Observatoire de l’Afrique centrale : « Kigali, Rwanda. Plus jamais le Congo », Volume 6, numéro 10 du 3 au 9 mars 2003.

Voir également les interviews télévisées du Président de l’Ouganda, du Président du Rwanda et du général James Kaberere expliquant en détail leurs rôles respectifs dans cette première guerre, dans « L’Afrique en morceaux », documentaire réalisé par Jihan El Tahri, Peter Chappell et Hervé Chabalier, 100 minutes, produit par canal Horizon, 2000. » (Note n°18 du rapport) (…)
« Ainsi, tant la participation des forces armées étrangères en territoire congolais que l’appui direct en matériel, armement et combattants à plusieurs groupes rebelles congolais durant toute cette période de la « deuxième guerre » permet d’affirmer qu’un conflit armé de nature internationale se déroulait en RDC en même temps que des conflits internes entre différents groupes de miliciens congolais. »

 

Ces faits étant actés les auteurs du  rapport proposent une qualification des actes violents qui sont recensés. En particulier ils s’interrogent sur la qualification juridique de génocide qui pourrait être apportée aux massacres des hutus réfugiés en RDC.

« Au moment des incidents couverts par le présent rapport, la population hutu au Zaïre (ndlr : ancien nom de la RDC), y compris les réfugiés venus du Rwanda, constituait un groupe ethnique au sens de la Convention susmentionnée. Plusieurs incidents répertoriés semblent indiquer la possibilité que les multiples attaques visaient les membres du groupe ethnique hutu comme tel, et non pas seulement les criminels responsables du génocide commis en 1994 à l’égard des Tutsi au Rwanda et qu’aucun effort n’avait prétendument été fait par l’AFDL/APR pour distinguer entre les Hutu membres des ex-FAR et les Hutu civils, réfugiés ou pas.(…).
L’intention de détruire un groupe en partie est suffisante pour constituer un crime de génocide et les tribunaux internationaux ont confirmé que la destruction d’un groupe peut-être limitée à une zone géographique particulière. (…) »

 

En conclusion

« En dressant l’inventaire des violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la RDC entre mars 1993 et juin 2003, le rapport conclut que la grande majorité des 617 incidents recensés constitue des crimes internationaux, qu’il s’agisse de crimes de guerre commis pendant les conflits armés, internes ou internationaux, ou de crimes contre l’humanité commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, ou dans de nombreux cas, qu’il s’agisse des deux. La question de savoir si les nombreux actes de violence graves commis à l’encontre des Hutu en 1996 et 1997 constituent des crimes de génocide a également été examinée et le rapport souligne qu’il existe des éléments pouvant indiquer qu’un génocide a été commis mais que la question ne pourra être tranchée que par un tribunal compétent, statuant au cas par cas. »

 

Rappelons que jusqu’à ce jour aucun militaire de l’armée régulière rwandaise (APR) ou responsable politique du Rwanda n’a été traduit devant le tribunal international pour le Rwanda (TPIR).

AS

 

Consulter le rapport mapping de l’ONU 1er octobre 2010

Article Valeurs actuelles 

Article Marianne 

Article El Païs

Carnages

couverture du livre carnages

Que dit Pierre Péan ?

Qu’après la chute du mur de Berlin (9 décembre 1989… assaut du FPR : 1er octobre 1990), l’Afrique est devenue une des aires privilégiées du déploiement du « choc des civilisations » pour les Etats-Unis aidés par la Grande-Bretagne et  pilotés par Israël.

Cette révélation de l’influence décisive d’Israël pourrait susciter des remous et je gage qu’il a fallu un courage certain à l’auteur pour la mettre en évidence aussi clairement. Pourtant on savait depuis longtemps qu’Israël était présent en Afrique dès avant les indépendances. Ce que le livre révèle au profane, c’est l’importance que l’Etat hébreux accorde au continent dans sa quête de sécurité, et notamment au Soudan qu’il considère comme un gage essentiel de profondeur stratégique.

Partant, une stratégie de déstabilisation de l’Afrique centrale va être élaborée entre les trois puissances et conduite implacablement jusqu’à aujourd’hui. Elle vise à faire d’une pierre deux coups en y remettant en cause les frontières issues de la décolonisation et en démantelant les deux géants régionaux :

– le Soudan considéré comme une plaque tournante du terrorisme islamique (nous y sommes presque),

– le Zaïre,  désigné  comme  une «erreur  géologique »  du  fait  des  richesses  contenues dans son sous-sol (nous n’en sommes pas loin).

 

Pour mener à bien cette stratégie, les Etats-Unis et leurs alliés vont s’appuyer sur les Etats des Grands Lacs et sur des hommes qu’il vont y placer: en tout premier lieu, le président ougandais Yoweri Museveni, le « Bismarck des Grands Lacs » apparenté aux Tutsi, et puis John Garang , le chef historique de la rébellion au Sud-Soudan, et encore Paul Kagame, chargé du renseignement de l’armée ougandaise avant de devenir le maître du Rwanda après la victoire du FPR et les massacres de 1994. On compte d’autres cartes dans le jeu américain : Issias Afewerki, président de l’Erythrée, Meles Zenawi, homme fort de l’Ethiopie… Ils ont le même profil : ils sont jeunes, issus de la guérilla et chrétiens dans des pays où l’islam ne cesse de progresser.

Par la même occasion, la stratégie américaine conduit à  évincer la France de son « pré carré ». On ne peut pas dire que cette perspective soit pour déplaire aux Anglo-Saxons.

Partant, tout s’enchaîne : la conquête du Rwanda par les Tutsi du FPR venus d’Ouganda, le génocide des Tutsi de l’intérieur pendant que tout le monde (y compris le FPR, mais sauf la France) regarde ailleurs, les massacres niés ou tus de Hutu par les forces de Paul Kagame, la conquête du Kivu par le nouveau pouvoir rwandais sous prétexte de sécurité, l’installation de Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa… sans compter la déstabilisation du Darfour.

 

Cette « recomposition » de l’Afrique centrale se serait accompagnée de huit millions de morts sans qu’on prononce les mots de génocide ni de crimes contre l’humanité ou si peu !

C’est que la machine à travestir la vérité qu’on avait si bien vu fonctionner à propos de la crise rwandaise et à propos de l’opération Turquoise continue à étouffer tout ce qui peut filtrer.

Pierre Péan pointe du doigt les « blancs menteurs » qu’il avait déjà dénoncés, les ONG, les services secrets, les agents d’influence. Bien sûr, il y a des lacunes, des affirmations pas toujours très étayées. Pierre Péan le reconnaît lui-même. Il est vrai que d’une guerre secrète on ne peut voir que la partie émergée, c’est-à-dire peu de choses.

Quoi qu’il en soit, ce livre éclaire beaucoup d’énigmes du drame rwandais et au-delà des crises africaines.

Personnellement, je me pose encore des questions sur l’attitude de la France qui n’a pas pu ignorer la totalité de ces faits : pourquoi alors avoir laissé faire après 1994 ? Pourquoi en 2009 ce rapprochement avec le régime de Kigali qui continue à traîner la France et ses soldats dans la boue ?

 

A ce jour, à part l’article de Jean-Dominique Merchet, dans Marianne, il y a eu peu de commentaires sur ce livre qui démonte quelques « vérités » admises. Il est vrai qu’un rapport de l’ONU vient de confirmer les massacres commis par les forces rwandaises au Kivu. Y aurait-il une conspiration du silence (gêné) ?

MF

Article Nouvel Observateur

Article Hubert Védrine

Disparition d’Abdul Ruzibiza

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La disparition d’Abdul Ruzibiza relance la polémique sur la validité des déclarations de cet ex lieutenant du FPR (armée du général Paul Kagamé) qui après avoir accusé ses anciens compagnons d’armes d’avoir commis l’attentat, s’était rétracté.
Lire article : Rétractation d’Abdul Ruzibiza

 

Abdul Ruzibiza  avait de nouveau été entendu par le juge Trévidic  récemment en Norvège et, selon des extraits de cette audition publiés par l’hebdomadaire français Marianne, il aurait alors affirmé être revenu sur ses accusations en raison d’intimidations du régime rwandais.

 Lire l’article de Mariannemarianne2.jpg

 

 

Opération Turquoise : Mr Alain Juppé s’engage

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Début de citation

 

"Mon Général,

 

J'ai lu avec beaucoup d'attention l'article que vous avez publié dans le Monde le 20 mai dernier sous le titre « Ma vérité sur l'opération « Turquoise » au Rwanda ».

 

Je tiens à vous redire que votre vérité est aussi la mienne.

 

Comme j'ai eu l'occasion de le déclarer devant la mission d'information parlementaire de notre Assemblée Nationale en 1998, je suis scandalisé par la tentative de réécriture de l'histoire qui vise à faire porter sur la France tout ou partie de la responsabilité de l'abominable génocide rwandais.

 

Sous l'autorité d'Edouard Balladur, le gouvernement français a tout fait en 1993 et en 1994 pour encourager la réconciliation entre les forces politiques rwandaises qui se déchiraient.

 

Nos efforts ont permis la conclusion des accords d'ARUSHA dont la mise en œuvre a commencé au début de 1994.

 

Après l'attentat qui a coûté la vie aux Présidents Rwandais et Burundais et qui a été suivi par le déclenchement de la tragédie, la France a été l'une des premières puissances à dénoncer le génocide.

 

Devant la carence de la communauté internationale qui s'était traduite à la fois par le retrait des casques bleus du Rwanda et l'inaptitude du conseil de sécurité des Nations Unies à prendre les initiatives souhaitées par leur Secrétaire Général, la France a été la seule à s'engager dans l'action humanitaire de protection des populations.

 

Ce fût l'opération « Turquoise » qui a été menée dans le strict respect du mandat que nous avions reçu du conseil de sécurité des Nations Unies. Nos soldats, comme vous l'écrivez, ont agi avec courage, loyauté et abnégation et ont sauvé des dizaines de milliers de vies.

 

Comme je l'ai déclaré devant la mission d'information parlementaire, l'opération « Turquoise » fait honneur à la France et à son armée.

 

Je tenais à vous redire ce que j'ai déjà eu l'occasion de déclarer publiquement et à vous apporter mon total soutien.

 

Vous pourrez faire de cette lettre l'usage public que vous jugerez utile. […]    Alain Juppé "

 

Fin de citation

 

Ecouter l'interview de monsieur Alain Juppé à l'occasion du dixième anniversaire du génocide au Rwanda (avril 2004)

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{mp3}alain_Juppe2{/mp3}

 

Rwanda. De la guerre au génocide

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Le livre est accompagné d’un site Internet proposant de nombreux compléments, souvent inédits.

www.rwandadelaguerreaugenocide.fr

 

Lire aussi :

TV5 MONDE   "Génocide au Rwanda : entretien avec André Guichaoua" 7 avril 2010

L’Express  "Des archives contre Kagame" 31 mars 2010
Commentaires de Claudine Vidal : Rwanda, la marche vers le génocide. 20 septembre 2010

 

Regarder :

Entretien avec André Guichaoua TV5 MONDE 23 février 2010 Durée 8′ 40 » 

{flv}andre_guichaoua{/flv}

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SOS racisme et le Rwanda par Hervé Cheuzeville

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    Dans mes livres et dans mes précédents articles sur le sujet, je n’ai eu de cesse que d’essayer de rétablir un certains nombre de vérités historiques, allègrement ignorées par Dominique Sopo et ses amis. (voir article sur le site de l’association et sur le site de l’auteur ).
[…]                 

Lors du procès que SOS Racisme intenta au journaliste Pierre Péan, auteur d’un livre remarqué sur le génocide rwandais, Dominique Sopo osa déclarer: « Évoquer le sang des Hutu, c’est salir le sang des Tutsi ». Curieuse phrase sortie de la bouche du dirigeant d’une organisation à vocation anti-raciste. Le sang des Tusti aurait-il plus de prix que celui des Hutu? Nicolas Sarkozy semble malheureusement lui avoir donné raison, en écrivant la phrase suivante, dans le livre d’or du mémorial du génocide, lors de la visite qu’il y fit le 25 février 2010: « Au nom du peuple français, je m’incline devant les victimes du génocide des Tutsi ». En s’exprimant de la sorte, le président français a « tribalisé » la commémoration des victimes du génocide. Il aurait dû rendre hommage aux victimes du génocide rwandais: cela aurait inclus toutes les victimes, qu’elles fussent tutsi, hutu ou twa.
          Il est indéniable que la France a commis des erreurs au Rwanda. La cohabitation entre François Mitterrand et le gouvernement d’Édouard Balladur durant cette période a certainement compliqué les prises de décisions politiques, diplomatiques et militaires, et a nui à la cohérence de ces dernières. Mais les allégations venant de Paul Kagame et de ses relais français selon lesquelles la France aurait directement et délibérément participé à la préparation et à l’exécution du génocide rwandais m’ont toujours profondément révolté.
          Pour que le Rwanda panse ses profondes plaies, il faudra que soient reconnues et commémorées toutes les victimes de la tragédie qui l’a frappé durant la dernière décennie du XXè siècle. Nul n’a le monopole de la souffrance et du malheur. Au Rwanda, il n’y pas eu deux génocides. Il y a eu un génocide, perpétré par des bourreaux appartenant à des camps différents, dont furent victimes des Rwandais de toutes origines.
          Il devient de plus en plus difficile d’évoquer le tragédie rwandaise. Lorsqu’on le fait, on court le risque d’être taxé de « négationnisme » par les porte-voix du dictateur de Kigali, tant au Rwanda qu’en France. Paul Kagame, qui a pourtant commencé cette guerre et qui a participé au génocide, semble inattaquable. Une certaine presse, un certain réseau d’activistes, voudraient le présenter comme étant l’homme qui a mis fin au génocide. Rien ne saurait être plus loin de la vérité. Si Paul Kagame avait continué à occuper son poste de chef de la DMI, les services secrets de l’armée ougandaise, au lieu de se lancer dans cette tragique aventure, le sang n’aurait pas autant coulé au pays des mille collines. "

©Hervé Cheuzeville

http://sthiramany.free.fr/kadogo/