France, Rwanda : relations politiques.

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Affaire française à Kigali pour Sarkozy  par AfricaIntelligence 18/02/2010(extraits)

La première visite à Kigali d’un président français, depuis le génocide de 1994, sera autant judiciaire que politique. (…)

(…) l’ex-premier ministre Edouard Balladur s’est (il) étranglé de rage quand il a entendu, le 26 janvier 2008, Bernard Kouchner évoquer la « faute politique » de la France au Rwanda. (…). Les plus hauts gradés de la Grande Muette sont aussi l’arme au pied sur ce dossier. (…)

C’est dire si la visite de Sarkozy à Kigali est délicate : les moindres mots et gestes du président français seront épiés autant à Paris qu’à Kigali.

Totalité de l’éditorial à lire  sur


jacques myard .png Le député UMP Jacques Myard, collaborateur de l’enquête parlementaire pour le Rwanda en 1998, réagit à l’actualité Franco-rwandaise en publiant ce communiqué :


le 25 février 2010

COMMUNIQUE DE PRESSE
de Jacques MYARD
Député UMP
Président du Cercle Nation et République


A/S : Rwanda : Non à la repentance !
Au moment où le Président de la République effectue une visite à Kigali, il convient de rappeler avec force que la France n’a pas à rougir de l’action qu’elle a menée au Rwanda pour stabiliser la situation politique et pour éviter la catastrophe.
Après les accords d’Arusha, le Président Mitterrand avait retiré tous les conseillers militaires français présents. Au moment où le Président Kagamé a ordonné d’abattre l’avion d’Habyarimana, abattu le 6 avril 1994, il n’y avait plus de troupe française au Rwanda mais des casques bleus commandés par le Général Dallaire qui s’est dérobé et n’a pas levé le petit doigt pour s’opposer au début des massacres.
Lors de l’opération Amaryllis, la France a évacué ses ressortissants, les étrangers ainsi que nombre de personnels rwandais de l’ambassade Hutus et Tutsis sans faire, bien évidemment, la différence entre les uns et les autres. Ce sont là des faits avérés.
Il est donc particulièrement scandaleux, comme l’ont fait certains médias, de mettre en avant quelques témoignages de personnels des services culturels qui n’avaient pas été évacués par les forces françaises d’Amaryllis.
La France est le premier Etat à avoir parlé de génocide après le Pape Jean-Paul II et a eu énormément de mal à convaincre les Américains, notamment, qui refusaient cette évidence pour ne pas agir.
Elle a donc supporté seule l’opération Turquoise, qui a permis effectivement de mettre un terme aux massacres, malgré les difficultés qu’il a fallu résoudre pour monter cette opération.
Il est donc entièrement faux de dire que la France avait les moyens d’empêcher les massacres dès le lendemain du 6 avril 1994.
La vérité est tout autre : l’actuel Président du Rwanda a sciemment fait abattre le Falcon qui transportait le Président Habyarimana. Il porte, à ce titre, une responsabilité énorme dans le déclenchement des massacres. C’est la raison pour laquelle il accuse des officiers français, pour mieux cacher ses crimes.
La France n’a pas à s’excuser, non à la repentance.
Jacques Myard rappelle qu’il avait activement fait partie de la mission d’information parlementaire qui a travaillé sur le sujet en 1998.

 

Relations entre la France et le Rwanda.

portrait_alain_juppe.jpgAnalyse de monsieur Alain Juppé le 1er mars 2010

A l’occasion du tout récent voyage de notre Président de la République à Kigali, la France et le Rwanda viennent de se réconcilier. C’est une bonne nouvelle pour les deux pays.(…)

 

Une commission d’enquête constituée à Kigali a établi et diffusé un rapport qui conclut en ce sens et qui taxe aussi de complicité de génocide plusieurs personnalités françaises dont Hubert Védrine, Edouard Balladur, Dominique de Villepin, François Léotard , moi-même et plusieurs officiers de l’armée française. Sur ce point, le rapport n’est évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères. Mais la technique du contre-feu est vieille comme le monde…

 

J’ai (…) quelques convictions précises, voire quelques certitudes sur la politique de la France au Rwanda d’avril 1993 à avril 1995, période où j’ai été ministre des affaires étrangères du gouvernement Balladur, sous la présidence de François Mitterrand.

Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. (…) le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française.

 

Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité.

 

Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un "aveuglement" scandaleux. (….)

Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France.

 

Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994.

 

Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions, ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre "Rwanda: cessons de diaboliser la France".

 

Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent.

Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire.

 

Lire la totalité de l’article sur le blog de monsieur Alain JuppéAlain.

 

Rétablissement des relations France-Rwanda: chantage à la clef ?

Le gouvernement rwandais tente de s’opposer au juge français Bruguière.

 

Le 11 janvier 2010 le gouvernement rwandais a publié un rapport sur les circonstances de l’attentat de 1994 contre l’avion transportant le président de la république du Rwanda de l’époque. L’explosion de cet avion qui atterrissait à Kigali avait marqué le début d’un massacre généralisé des tutsis résidant au Rwanda.
Ce rapport dit Mutsinzi, s’oppose en tout point à l’enquête menée par le juge d’instruction anti-terroriste français Bruguière, qui avait conclu à l’implication de personnages proches du président en exercice Paul Kagame et avait émis en 2006 neuf mandats d’arrêts internationaux qui restent d’actualité.
Quel est le contenu et la valeur de ce contre-feu allumé à quelques semaines de la visite au Rwanda du président de la république française ?

 

Le colonel (cr) Luc Marchal, ancien adjoint du général Dallaire chef des soldats de l’ONU au Rwanda (MINUAR), monsieur Filip Reyntjens, constitutionaliste et politologue belge, le major pilote rwandais Kanyamibwa donnent ici leur avis reprenant point par point des arguments techniques.

Mais il est particulièrement frappant qu’en déclaration liminaire, les experts mettent en doute l’impartialité des auteurs du rapport Mutsinzy commandités par le gouvernement rwandais:
 

« D’emblée le comité part du postulat que les autorités rwandaises de l’après-génocide n’ont aucune implication dans l’attentat du 6 avril 1994 et que les accusations contraires sont de nature idéologique, proférées par les génocidaires et leurs alliés. Il y a de quoi s’étonner qu’une commission "indépendante" dont l’objet est, précisément, de dénouer le vrai du faux, débute ses travaux par un tel a priori. » (colonel Marchal)

 

« Dans un rapport comme celui-ci, tout dépend de l’authenticité des faits ; l’interprétation vient ensuite et se fonde sur ces faits. C’est ici que réside la grande faiblesse de ce rapport. Tout comme la commission Mucyo, « chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide », le comité Mutsinzi part d’un postulat : il est chargé de rassembler les preuves montrant l’innocence du FPR et la culpabilité des FAR dans l’attentat. Nous verrons que cela amène le comité à procéder à chaque fois de la même façon : il part de supputations non prouvées et parfois de contrevérités qu’il érige en faits ; à leur tour, ces faits permettent de dégager une vérité. » (Filip Reyntjens)

 

 

D’une manière très explicite monsieur Brauman (Médecins sans frontières) avait dit de la commission Mucyo «(…)elle est a été mise en place, elle est le produit d’un gouvernement qu’il faut bien appeler par son nom, c’est à dire une dictature qui règne par la terreur. (…)."

Mucyo, Mutsinzi, même démarches, mêmes conclusions !
AS

Consulter les archives :

Rapport de la commission Mutsinzi

Analyse du colonel Marchal

Analyse de Filip Reyntjens

Analyse du major pilote rwandais Kanyamibwa