Délire antifrançais à Kigali

Valeurs actuelles 13 avril 2007

 

Le régime rwandais a sans doute voulu remobiliser ses partisans et se poser une nouvelle fois en victime aux yeux du monde, à l’occasion de l’anniversaire du déclenchement du génocide de 1994. Le 6 avril, le président Paul Kagamé s’en est pris une nouvelle fois à Paris, accusant les soldats français de l’opération humanitaire Turquoise d’être venus « pour tuer des Rwandais et non pas pour les sauver ». La répression qui s’abat sur l’opposition et les mauvais résultats économiques font penser à une évolution interne comparable à celle du Zimbabwe : l’autodestruction idéologique. 

Rwanda : soutien français aux instances impartiales et indépendantes

S’agissant des évènements survenus au Rwanda en 1994, la France a apporté une coopération constante et étroite à la justice à chaque fois qu’elle a été saisie :

  • par la justice française dans le cadre de l’information ouverte auprès du juge d’instruction du tribunal aux armées saisi de plaintes contre X du chef de complicité de génocide ;
  • par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda devant lequel quatre officiers français ont apporté récemment leur témoignage écrit et oral. La France a soutenu la création de cette juridiction au Conseil de Sécurité et entend comme elle le doit favoriser la conduite de ses investigations en toute indépendance.

 
Dans ce contexte, nous avons appris qu’une commission d’enquête rwandaise envisageait de se rendre en France pour procéder à des auditions de personnalités françaises. Chargée par les autorités rwandaises de « rassembler les preuves de l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 », cette commission ne présente, de toute évidence, aucune garantie d’indépendance et d’impartialité.

La décision unilatérale prise par le Rwanda de rompre les relations diplomatiques avec la France ne nous paraît pas propice à la venue de cette commission dans notre pays qui ne lui reconnaît ni légitimité ni compétence pour y conduire ses auditions.

L’enquête et les documents confidentiels

Chaque jeudi, www.geopolitique.com met en ligne des éléments de preuve pour dépasser les stratégies de communication des acteurs de l’actualité internationale, pour déchiffrer, pour comprendre.

Et tous les matins, nous traduisons des articles d’enquête parus dans la presse non-occidentale (russe, israélienne, arabe, chinoise…), pour profiter d’un panorama plus large sur le monde en marche.

La rédaction

Rwanda : Des accusations inacceptables

Menée à la demande des Nations Unies, sous l’égide et sous le contrôle de l’ONU et de ses Agences, l’Opération Turquoise s’est déroulée sous le regard permanent de plus d’une centaine de journalistes français et étrangers, ainsi que sous celui de nombreuses ONG.

L’intervention de l’armée française a ainsi permis de sauver des milliers de vies, principalement de Tutsis. Elle a mis fin au génocide et maintenu une grande partie de la population à l’intérieur du Rwanda, tout en lui assurant un important soutien humanitaire.

L’action de la Force Turquoise a été largement saluée par l’ensemble de la communauté internationale qui demandait même à la France de prolonger son mandat.

L’outrance des propos tenus par le régime de Kigali suffit à discréditer leurs auteurs et conduit à s’interroger sur les véritables motivations de ceux qui portent de telles accusations et de ceux qui les soutiennent.

Paris, le 10 Avril 2007

Le discernement nécessaire sur le Rwanda.

Revenons sur les faits. Suite à l’attentat du 6 Avril, l’essentiel de la force de l’ONU (MINUAR) s’étant retirée, près de 800000 personnes en majorité des tutsis sont massacrées par les hutus sans que la communauté internationale intervienne. Fin Juin, la France est mandatée par l’ONU pour l’envoi d’une force plurinationale neutre d’interposition : c’est l’opération Turquoise . L’action de la France est naturellement suivie sur le terrain, souvent avec suspicion, par de très nombreux observateurs français et étrangers (médias, ONG etc.…). Il est trop tard pour empêcher le génocide, mais Turquoise permet d’y mettre fin en sauvant plusieurs dizaines de milliers de vies. Elle fixe sur le territoire une grande partie de la population fuyant vers le Zaïre, face à l’avancée de l’armée du FPR (tutsis de l’extérieur), commandée par le Général Kagamé, qui met en déroute celle du régime en place. Malgré plusieurs appels à la trêve, celui-ci poursuit son offensive, provoquant la fuite des populations qui engendre une grave épidémie de choléra. Le bilan de Turquoise est à l’époque largement salué à l’ONU et dans les médias du monde entier.

Mais voici que 10 ans après ces évènements, des plaintes, étonnamment tardives, sont déposées contre l’action de soldats français au Rwanda qui se seraient rendus « complices du génocide ». Parallèlement des campagnes de presse développent le thème selon lequel Turquoise n’aurait servi qu’à couvrir la fuite des génocidaires.

Naturellement, si des fautes avaient été commises, il reviendrait à la Justice de les sanctionner. Mais j’affirme qu’il n’y a eu aucune ambiguïté dans les instructions données et dans la façon dont elles ont été exécutées. Dire que l’Armée Française a agi en complice du génocide est faux et diffamatoire. C’est pourquoi j’ai créé l’Association France-Turquoise. Son objet est de défendre les militaires injustement attaqués et de contribuer à l’établissement de la vérité sur ce drame .

Car dès 1994 je me suis posé des questions sur la stratégie du Général Kagamé :- intervention inexplicablement tardive de son armée pour secourir les Tutsis de l’intérieur – refus de tout cessez-le-feu malgré les demandes répétées de l’ONU, de l’armée vaincue et du commandant de Turquoise – volonté d’expulser la population au Zaïre en favorisant ainsi la fuite des génocidaires… Face à l’impossibilité de prendre le pouvoir par la voie démocratique initiée par les accords d’Arusha, la solution n’était-elle pas une conquête militaire par la force, au prix de massacres prévisibles enclenchant le processus incontrôlable ? Ce point central est au cœur du sujet. Car, comme le notait Carla del Ponte, ancien Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda : s’il s’avérait que « c’est le FPR qui a abattu l’avion, il faudrait réécrire l’histoire du génocide ». Ce qui ne consiste nullement à nier celui-ci.

Devant la menace d’une instruction judiciaire, le régime de Kigali a préventivement contre attaqué : outre les violentes critiques et les plaintes mentionnées, en créant une commission d’enquête interne destinée à montrer l’implication de la France dans le génocide, dont la mission et les conclusions sont ainsi fixées à l’avance.

Jouant sur l’émotion que suscitent de telles horreurs et s’appuyant efficacement sur des relais d’opinion très bien organisés, M. Kagamé fera tout pour attiser la culpabilité de l’opinion et accuser la France. Je constate que ce sont les mêmes qui condamnent l’inaction de la communauté internationale et fustigent celle de la France, qui a eu seule le courage d’intervenir. Les mêmes qui déplorent l’inaction de la Justice internationale, mais récusent l’action de la Justice française, parce qu’elle n’a pas conclu dans le sens souhaité par ceux qui voulaient l’empêcher d’enquêter.

Oui, les responsabilités engagées dans cet attentat, générateur des violences qui ont mené au génocide, doivent être portées devant la Justice Internationale. Mais il faut s’attendre à de nouvelles instrumentalisations de la Justice et de la population rwandaise. Devant de nouvelles accusations contre les soldats de Turquoise, qui ne sauraient tarder, il faudra alors aux médias et aux citoyens français faire preuve de beaucoup de sens critique et de discernement.

Rwanda : interview de Paul Quilès dans Libération le 24 novembre 2006

Comment réagissez-vous à cette décision?
Je ne suis pas étonné. A l’époque de la Mission d’information, nous savions qu’il y avait une zone d’ombre dans l’origine de l’attentat du 6 avril 1994. Nous avons demandé que la justice se saisisse de cette affaire au plus vite pour comprendre qui était à l’origine de ce qui a déclenché le génocide. Nous avions retenu deux hypothèses: celle d’une action des extrémistes au sein des Forces armées rwandaises (hutu) ou celle du Front patriotique rwandais (FPR) de Kagamé. Nous ne tranchions pas, mais les présomptions pesant sur le FPR étaient assez fortes.

En quoi consistaient-elles?
Il y avait des arguments techniques et politiques. Nous savons que le FPR possédait des missiles sol-air, retrouvés dans une «série» ougandaise (l’Ouganda était un allié proche du FPR, ndlr) De plus, nous avons noté une volonté délibérée chez les responsables rwandais, politiques et militaires (issus du FPR, ndlr), de dissimuler la vérité sur la possession de ces missiles. Par ailleurs, nous avions prévu d’entendre un ancien compagnon de route du FPR. Mais il a été mystérieusement assassiné…

Et la piste hutue?
Nous n’excluions pas que des extrémistes hutus, opposés à l’application des accords de paix d’Arusha (entre tutsis et hutus, parrainés par la France, ndlr), aient voulu se débarrasser du président Habyarimana. Mais au lendemain de l’attentat, il est apparu que ces extrémistes étaient totalement désarçonnés. Reste que, sur le plan technique, ils possédaient eux aussi des missiles sol-air.

Sans surprise, Paul Kagamé a réagi très vivement aux accusations du juge Bruguière. Pensez-vous qu’un point de non-retour a été atteint entre la France et le président rwandais ?
Kagamé n’a jamais hésité à s’appuyer sur le drame du génocide pour asseoir son pouvoir. Il en fait porter la responsabilité – au-delà des Rwandais eux-mêmes – aux puissances étrangères, notamment à la France. La Mission parlementaire a fait justice de cette accusation. Il ne faut jamais oublier – malheureusement – que ce sont des Rwandais qui ont massacré d’autres Rwandais.

Paul Quilès Libération 24 novembre 2006

Rwanda : une mise en cause fondamentale

Elles mettent en évidence la responsabilité directe du proche entourage du Chef du Front Patriotique Rwandais (FPR), actuellement au pouvoir au Rwanda, dans le déclenchement du terrible génocide intervenu en 1994 dans ce pays.  Cette annonce confirme ainsi les témoignages et indices convergents, déjà révélés par de nombreux témoins et observateurs, cet attentat paraissant bien s’inscrire dans une stratégie planifiée de prise militaire du pouvoir. L’instruction du juge Jean-Louis Bruguière apporte des données radicalement nouvelles, permettant de mieux comprendre l’enchaînement des très graves événements qui se sont déroulés à cette époque au Rwanda et d’éclairer d’un jour nouveau l’ensemble de cette tragédie.  Comme le déclarait Carla Del Ponte, ancien Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), s’il s’avérait que « c’est le FPR qui a abattu l’avion, il faudrait réécrire l’histoire du génocide ».    Cette information apporte un éclairage essentiel sur les accusations diffamatoires portées contre l’action de l’Armée Française et des militaires français dans le cadre de l’opération Turquoise de 1994, qui avait permis de mettre fin au génocide en sauvant de très nombreuses vies. 

Le 21 novembre 2006

Pour l’association France TurquoiseJacques Hogard, porte-parole.

 

 Consultez le rapport du juge Bruguière dans son intégralité

 

Lire l’interview de monsieur Paul Quilès dans Libération

Inkingi – Forces Démocratiques Unifiées

Inkingi – Forces Démocratiques Unifiées – United Democratic Forces
postbus 3124 2280 GC Rijswijk, Netherlands

Communiqué 01/06/SG/PP

Les FDU-Inkingi accueillent avec satisfaction la décision des autorités judiciaires françaises d’émettre des mandats d’arrêt internationaux contre les dirigeants ainsi que les membres du Front patriotique rwandais, FPR, impliqués dans l’attentat du 6 avril 1994 contre le Falcon 50 présidentiel rwandais.

Manipulation à Kigali.

Le régime rwandais veut en réalité se sortir d’un mauvais pas, à l’heure où le juge français Jean-Louis Bruguière se prépare à délivrer des mandats d’arrêt contre des responsables rwandais hauts placés, dans l’enquête sur l’attentat du 6 avri11994 qui coûta la vie à l’ancien président Juvénal Habyarimana et à l’équipage français de son avion. Cet attentat fut probablement fomenté par des proches du président Paul Kagamé. Ce fut l’élément déclencheur des massacres.

Des officiers français sont mis en cause dans le génocide. Certains sont déjà appelés à témoigner devant le
Tribunal pénal international sur le Rwanda qui siège à Arusha (Tanzanie). Le procureur du tribunal aux armées de Paris a aussi ouvert une instruction judiciaire contre X pour"complicité de génocide" et "complicité de crimes contre l’humanité", sur la foi d’une plainte déposée contre l’armée française en février 2005 par des Rwandais. Paris a décidé de jouer la transparence.

Michèle Alliot-Marie vient de déclassifier 105 notes de la DGSE concernant la présence militaire française dans ce pays en 1994. Les militaires qui ont servi au Rwanda n’entendent pas se laisser faire. Leurs arguments sont solides. Ils viennent de créer l’association France Turquoise, présidée parle général Jean-Claude Lafourcade, ancien patron de l’opération Turquoise (juin-août 1994).
Frédéric Pons

Rwanda : Les militaires français réagissent

Cette décision doit contribuer à rétablir la vérité sur l’engagement de l’armée française au Rwanda et, en ce sens, elle doit être approuvée.

L’opération Turquoise s’est déroulée dans un contexte humain particulièrement difficile et éprouvant pour les militaires qui y ont participé. Cette mission a permis de sauver des milliers de vies lors du génocide rwandais. Elle a été reconnue comme exemplaire par l’ensemble de la communauté internationale (ONU et UNHCR, notamment) et par la grande majorité des médias présents à l’époque sur le terrain.
Malgré cela, l’armée française est aujourd’hui accusée de « complicité de génocide et de crimes contre l’humanité ».

Cette accusation voudrait faire le procès de l’opération Turquoise et, au-delà, de la politique française au Rwanda. Cela n’est pas admissible.

S’il s’avérait que des fautes individuelles ont été commises, il reviendrait à la justice de les sanctionner. Si les accusations sont infondées, il faudra le faire savoir et d’en tirer les conséquences. Mais, en aucun cas, cette instruction ne saurait jeter l’opprobre sur l’action de l’armée française au Rwanda.

En tant que commandant de l’opération Turquoise sur le terrain, je peux, mieux que personne, certifier que le mandat de l’ONU était très clair et qu’il a été rempli en toute impartialité. D’ailleurs, les nombreux observateurs de l’ONU, des ONG et des médias, présents en permanence, auraient immédiatement réagi à tout manquement.

Par ailleurs, des informations récentes disponibles sur les événements du Rwanda éclairent d’un jour radicalement nouveau la genèse et le déroulement de cette épouvantable tragédie.

J’attends de la procédure en cours qu’elle me permette, avec d’autres, acteurs et témoins, de dire certaines vérités et de démontrer la réalité d’une opération de désinformation.

L’Association France Turquoise, récemment créée en vue de rassembler tous ceux qui souhaitent défendre et promouvoir l’honneur de l’armée française et des militaires français ayant servi au Rwanda, se réserve le droit de prendre toute initiative en ce sens.

Paris, le 5 juillet 2006.
Le Général (2S) Jean Claude LAFOURCADE