Questions-réponses sur l’opération Turquoise

1)    Pourquoi la France a-t-elle lancé l’Opération Turquoise ?

Le 6 avril 94, l’assassinat du Président du Rwanda déclenche la guerre civile dans ce pays. Des unités de la garde présidentielle et des milices hutus massacrent les populations tutsis, mais aussi les hutus modérés, c’est un véritable génocide.

L’essentiel de la force de l’ONU (MINUAR 1) s’étant inexplicablement retirée, près de 800000 personnes sont tuées, sans que la communauté internationale intervienne.  Devant l’étendue des massacres qui se perpétuent, et l’absence de réactions concrètes des grandes puissances, la France insiste auprès des Nations Unies pour qu’une intervention ait lieu. Le 23 Juin, elle est mandatée par l’ONU pour conduire une force plurinationale d’interposition afin d’arrêter les massacres et protéger les populations de manière impartiale : c’est l’Opération Turquoise. La mission est limitée à deux mois à la demande de la France, ce délai étant nécessaire à la mise sur pied d’une nouvelle force de l’ONU  la MINUAR 2.

 

2)    Comment s’est déroulée l’Opération ?

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Opération Turquoise : Mr Alain Juppé s’engage

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Début de citation

 

"Mon Général,

 

J'ai lu avec beaucoup d'attention l'article que vous avez publié dans le Monde le 20 mai dernier sous le titre « Ma vérité sur l'opération « Turquoise » au Rwanda ».

 

Je tiens à vous redire que votre vérité est aussi la mienne.

 

Comme j'ai eu l'occasion de le déclarer devant la mission d'information parlementaire de notre Assemblée Nationale en 1998, je suis scandalisé par la tentative de réécriture de l'histoire qui vise à faire porter sur la France tout ou partie de la responsabilité de l'abominable génocide rwandais.

 

Sous l'autorité d'Edouard Balladur, le gouvernement français a tout fait en 1993 et en 1994 pour encourager la réconciliation entre les forces politiques rwandaises qui se déchiraient.

 

Nos efforts ont permis la conclusion des accords d'ARUSHA dont la mise en œuvre a commencé au début de 1994.

 

Après l'attentat qui a coûté la vie aux Présidents Rwandais et Burundais et qui a été suivi par le déclenchement de la tragédie, la France a été l'une des premières puissances à dénoncer le génocide.

 

Devant la carence de la communauté internationale qui s'était traduite à la fois par le retrait des casques bleus du Rwanda et l'inaptitude du conseil de sécurité des Nations Unies à prendre les initiatives souhaitées par leur Secrétaire Général, la France a été la seule à s'engager dans l'action humanitaire de protection des populations.

 

Ce fût l'opération « Turquoise » qui a été menée dans le strict respect du mandat que nous avions reçu du conseil de sécurité des Nations Unies. Nos soldats, comme vous l'écrivez, ont agi avec courage, loyauté et abnégation et ont sauvé des dizaines de milliers de vies.

 

Comme je l'ai déclaré devant la mission d'information parlementaire, l'opération « Turquoise » fait honneur à la France et à son armée.

 

Je tenais à vous redire ce que j'ai déjà eu l'occasion de déclarer publiquement et à vous apporter mon total soutien.

 

Vous pourrez faire de cette lettre l'usage public que vous jugerez utile. […]    Alain Juppé "

 

Fin de citation

 

Ecouter l'interview de monsieur Alain Juppé à l'occasion du dixième anniversaire du génocide au Rwanda (avril 2004)

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Opération Turquoise

 

 

 

Dans une situation particulièrement complexe, le général commandant en chef, comme le simple exécutant, doivent faire à chaque instant des choix douloureux entre le souhaitable et le possible.

 

Pour terminer, le général Lafourcade pose les questions lancinantes qui restent sans réponse :

 

Pourquoi les français étaient ils seuls pour mettre fin à un génocide ?

 

Comment peut-on aujourd'hui accuser les militaires de Turquoise d'avoir participé à ce génocide alors que toutes les opérations se sont passées sous l'œil de très nombreux journalistes internationaux et en présence d'une centaine d'ONG qui ont reconnu à l’époque l’aspect positif de l’opération?

 

Que penser du silence actuel des plus hautes autorités de l'état français ?

 

Par son témoignage, le général Lafourcade ne veut pas que le moindre doute s’inscrive dans l’histoire.

AS

Editions Perrin, 216 pages, 18€

 

 Le général Lafourcade parle de son livre et répond aux questions de CF.

Mai 2010 4' 28" {mp3}lafourcadeok2{/mp3}

 


 

L' AFP vérifie-t'elle ses sources ?

Communiqué du général Lafourcade 12 avril 2010

 

Le général Jean-Claude Lafourcade, qui a commandé l'Opération Turquoise dépêchée au Rwanda en 1994 afin d‘arrêter les massacres dans ce pays où se perpétrait un génocide, s'élève en faux contre les récentes déclarations de l’adjudant-chef Prungnaud, reprises par l’AFP, concernant le rôle que celui-ci aurait joué en désobéissant aux ordres, dans la découverte des massacres de Tutsis à Bisesero le 30 juin 1994.

 

Si l'adjudant-chef Prungnaud figurait bien au sein du groupe de commandos marine qui a effectué la première reconnaissance dans cette région, c'est en réalité, comme l’a toujours affirmé le capitaine de corvette Marin Gillier chef du commando, un autre membre de cette unité qui, dans le cadre de sa mission, a découvert l’ampleur du drame trois jours plus tard et alerté le commandement. En aucun cas et à aucun moment, l’adjudant chef Prungnaud n’a pu agir en désobéissant aux ordres.

 

Pour accréditer ses dires, l’adjudant-chef Prungnaud prétend aussi que ses officiers l’auraient informé que les Hutu étaient victime des Tutsi. En annexe du livre du général Lafourcade, Opération Turquoise (aux éditions Perrin), on trouvera le premier ordre d’opération signé de ce dernier qui signale clairement qu’il s’agit d’« un génocide perpétré par certaines unités rwandaises et par des miliciens hutus à l'encontre de la minorité tutsi ».

 

Le Général réfute ces nouvelles mises en cause dont sont l'objet les militaires français : « Beaucoup de nos hommes sont rentrés traumatisés par ce qu'ils ont vu au Rwanda. On le serait à moins, mais cela ne justifie en aucuns cas de la part de M.Prungnaud de fausses versions des faits », a souligné le général Lafourcade.

Comment un film de fiction instrumentalise l’histoire

« Opération Turquoise » est un film bien fait et bien joué. Reflétant correctement l’ambiance et l’environnement de cette opération, il « colle à la réalité ». La chronologie, les événements, les lieux, sont très proches du déroulement de l’opération et les personnages principaux, officiers des Forces Spéciales notamment, sont aisément identifiables.

Mais si le film montre avec réalisme un aspect limité de l’opération, il donne une présentation fausse et tendancieuse de l’attitude et de l’action des militaires français. Ces derniers apparaissent hésitants, remplis de doutes et peu convaincus du bien fondé de leur engagement. Au motif de liens antérieurs établis, ils affichent un manque d’objectivité dans l’exécution de cette mission présentée comme ambiguë et imprécise. Certains événements réels, tels que ceux qui se sont passés à Bisesero et à Butaré, sont modifiés en appui de la thèse générale du film qui se dégage au fur et à mesure de sa projection : les soldats de l’opération Turquoise n’ont pas tout fait pour arrêter les massacres car ils étaient complaisants avec les génocidaires. On suggère ainsi qu’ils ont peut être été complices du génocide.

 La réalité est toute autre et je tiens à réaffirmer des vérités incontestées en 1994 à l’issue de l’opération : la force Turquoise, qui agissait avec un mandat très clair de l’ONU, a arrêté les massacres  en pénétrant dans le Sud Ouest du Rwanda dés le 20 juin 1994 et sauvé des milliers de vies, ce qui n’apparaît nullement dans le film. Puis elle a désarmé les miliciens et les Forces armées rwandaises (FAR) qui se trouvaient dans la zone de sécurité créée (ZHS). Outre un soutien humanitaire important, elle a surtout permis de fixer dans le Sud Ouest du Rwanda trois millions de réfugiés qui fuyaient au Zaïre devant l’avance du Front Patriotique Rwandais (FPR) du général Kagamé risquant de provoquer une nouvelle catastrophe politique et humanitaire.

Je récuse l’insinuation, faîte dans le film, selon laquelle l’armée française aurait protégé les génocidaires dans la zone de sécurité et aurait facilité le passage des FAR vers le Zaïre sans les désarmer. Les principaux responsables du génocide avaient déjà quitté le Rwanda à notre arrivée et le gros des FAR, sachant qu’il serait désarmé dans la zone de sécurité, est passé au Nord de cette zone pour refluer vers Goma au Zaïre. J’ajoute que si le FPR avait à l’époque accepté le cessez le feu proposé par l’ONU et par les FAR, il y aurait eu moins de victimes et le Rwanda n’aurait sans doute pas eu de prétexte pour envahir la République Démocratique du Congo (RDC) en 1996 avec pour conséquences plusieurs millions de morts. Il est également vraisemblable que les affrontements et les massacres qui se produisent aujourd’hui dans l’Est de la RDC n’auraient pas lieu.

L’action positive de l’Opération Turquoise qui s’est déroulée sous le regard permanent de très nombreux observateurs français et étrangers, a été saluée en 1994 dans le monde entier. Les Nations Unies ont alors demandé à la France de prolonger son mandat. Alors pourquoi cette présentation partiale des faits ?

 Alors qu’une action judiciaire est en cours d’instruction à l’encontre de militaires de l’opération Turquoise, suite à des plaintes pour « complicité de génocide et crimes contre l’humanité » (sic), on peut penser que la thèse développée dans le film montrant l’action ambiguë des soldats français pourrait venir conforter ces accusations. Cela n’est pas sans conséquences, et je m’interroge sur l’alibi médiatique et juridique que procure le seul fait d’appeler « fiction » une réalisation qui instrumentalise l’histoire. Car est il légitime, sous couvert de fiction, de modifier impunément la réalité de faits concernant un drame historique bien réel ?

La réalisation de ce film au Rwanda, avec la bienveillance d’autorités qui ont rompu les relations diplomatiques avec la France parce que mécontentes d’une Ordonnance de la Justice Française les mettant en cause, laisse planer de sévères doutes  sur l’objectivité de ce film et sur ses objectifs.

Les militaires qui ont rempli au Rwanda une mission particulièrement difficile ne peuvent admettre que, au prétexte d’une fiction, leur personnalité soit ainsi représentée et leur action gravement mise en cause.

Général (2S) Jean Claude Lafourcade

Film « Opération Turquoise »

Comment un film de fiction instrumentalise l’histoire.

 

A la suite de de la diffusion sur l’antenne de Canal+ du film "Opération Turquoise" l’association France Turquoise communique :

« Oeuvre de pure fiction, ce téléfilm ne reflète pas la réalité de l’opération humanitaire Turquoise, menée à l’initiative de la France du 22 juin au 22 août 1994 au Rwanda. Il comporte de graves inexactitudes sur l’attitude de l’armée française face au génocide rwandais. Le commandement de l’opération Turquoise s’élève contre cette présentation inexacte et met en garde le public contre toute interprétation qui pourrait en être tirée. »

Le discernement nécessaire sur le Rwanda.

Revenons sur les faits. Suite à l’attentat du 6 Avril, l’essentiel de la force de l’ONU (MINUAR) s’étant retirée, près de 800000 personnes en majorité des tutsis sont massacrées par les hutus sans que la communauté internationale intervienne. Fin Juin, la France est mandatée par l’ONU pour l’envoi d’une force plurinationale neutre d’interposition : c’est l’opération Turquoise . L’action de la France est naturellement suivie sur le terrain, souvent avec suspicion, par de très nombreux observateurs français et étrangers (médias, ONG etc.…). Il est trop tard pour empêcher le génocide, mais Turquoise permet d’y mettre fin en sauvant plusieurs dizaines de milliers de vies. Elle fixe sur le territoire une grande partie de la population fuyant vers le Zaïre, face à l’avancée de l’armée du FPR (tutsis de l’extérieur), commandée par le Général Kagamé, qui met en déroute celle du régime en place. Malgré plusieurs appels à la trêve, celui-ci poursuit son offensive, provoquant la fuite des populations qui engendre une grave épidémie de choléra. Le bilan de Turquoise est à l’époque largement salué à l’ONU et dans les médias du monde entier.

Mais voici que 10 ans après ces évènements, des plaintes, étonnamment tardives, sont déposées contre l’action de soldats français au Rwanda qui se seraient rendus « complices du génocide ». Parallèlement des campagnes de presse développent le thème selon lequel Turquoise n’aurait servi qu’à couvrir la fuite des génocidaires.

Naturellement, si des fautes avaient été commises, il reviendrait à la Justice de les sanctionner. Mais j’affirme qu’il n’y a eu aucune ambiguïté dans les instructions données et dans la façon dont elles ont été exécutées. Dire que l’Armée Française a agi en complice du génocide est faux et diffamatoire. C’est pourquoi j’ai créé l’Association France-Turquoise. Son objet est de défendre les militaires injustement attaqués et de contribuer à l’établissement de la vérité sur ce drame .

Car dès 1994 je me suis posé des questions sur la stratégie du Général Kagamé :- intervention inexplicablement tardive de son armée pour secourir les Tutsis de l’intérieur – refus de tout cessez-le-feu malgré les demandes répétées de l’ONU, de l’armée vaincue et du commandant de Turquoise – volonté d’expulser la population au Zaïre en favorisant ainsi la fuite des génocidaires… Face à l’impossibilité de prendre le pouvoir par la voie démocratique initiée par les accords d’Arusha, la solution n’était-elle pas une conquête militaire par la force, au prix de massacres prévisibles enclenchant le processus incontrôlable ? Ce point central est au cœur du sujet. Car, comme le notait Carla del Ponte, ancien Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda : s’il s’avérait que « c’est le FPR qui a abattu l’avion, il faudrait réécrire l’histoire du génocide ». Ce qui ne consiste nullement à nier celui-ci.

Devant la menace d’une instruction judiciaire, le régime de Kigali a préventivement contre attaqué : outre les violentes critiques et les plaintes mentionnées, en créant une commission d’enquête interne destinée à montrer l’implication de la France dans le génocide, dont la mission et les conclusions sont ainsi fixées à l’avance.

Jouant sur l’émotion que suscitent de telles horreurs et s’appuyant efficacement sur des relais d’opinion très bien organisés, M. Kagamé fera tout pour attiser la culpabilité de l’opinion et accuser la France. Je constate que ce sont les mêmes qui condamnent l’inaction de la communauté internationale et fustigent celle de la France, qui a eu seule le courage d’intervenir. Les mêmes qui déplorent l’inaction de la Justice internationale, mais récusent l’action de la Justice française, parce qu’elle n’a pas conclu dans le sens souhaité par ceux qui voulaient l’empêcher d’enquêter.

Oui, les responsabilités engagées dans cet attentat, générateur des violences qui ont mené au génocide, doivent être portées devant la Justice Internationale. Mais il faut s’attendre à de nouvelles instrumentalisations de la Justice et de la population rwandaise. Devant de nouvelles accusations contre les soldats de Turquoise, qui ne sauraient tarder, il faudra alors aux médias et aux citoyens français faire preuve de beaucoup de sens critique et de discernement.