Rapport dit »Mucyo ». Réaction du minDEF France

PARIS, 7 août 2008 (AFP)Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a jugé jeudi "absolument insupportables" les accusations de Kigali contre la France au sujet du génocide de 1994, et a assuré que les militaires français n’avaient "rien à se reprocher"."J’ai encore en mémoire ce qu’ont pu faire les militaires pour sauver des vies humaines par centaines et par milliers dans des conditions abominables", a déclaré sur RFI monsieur Morin, depuis la Colombie.Monsieur Morin était à l’époque collaborateur du ministre de la Défense François Léotard et avait accompagné ce dernier au Rwanda "quelques jours après la mise en place de l’opération Turquoise", a-t-il rappelé.Il a précisé ne pas avoir lu le rapport de la commission d’enquête, publié mardi à Kigali, qui accuse à nouveau la France d’avoir activement "participé" à l’exécution du génocide, et porte des accusations très lourdes contre des soldats français de l’opération militaro-humanitaire Turquoise (fin juin-fin août 1994)."Ce procès là est absolument insupportable pour la mémoire des militaires français qui ont participé à cette opération", a déclaré M. Morin."En tant que ministre de la Défense, je n’accepterai pas qu’on dise n’importe quoi sur les militaires français", a-t-il dit.Il a rappelé qu’une commission d’enquête parlementaire avait été menée en France sur le sujet. Elle "avait clairement montré que les militaires français n’avaient rien à se reprocher", a-t-il déclaré.

Rapport dit « Mucyo ». Réaction minAE France

PARIS, 6 août 2008 (AFP)

Le ministère français des Affaires étrangères a dénoncé mercredi des "accusations inacceptables" portées contre la France par une commission d’enquête rwandaise sur le génocide de 1994, tout en soulignant vouloir "construire une nouvelle relation" avec Kigali."Il y a dans ce rapport des accusations inacceptables portées à l’égard de responsables politiques et militaires français", a déclaré à la presse un porte-parole du ministère, Romain Nadal, précisant que le texte n’avait pas été communiqué à la France "pas les voies officielles".Le rapport d’une commission d’enquête, publié mardi à Kigali, accuse à nouveau la France d’avoir activement "participé" à l’exécution du génocide, et laisse entendre pour la première fois la possibilité de poursuites judiciaires contre d’anciens dirigeants politiques et responsables militaires français."On peut s’interroger sur l’objectivité du mandat confié à cette commission indépendante chargée par les autorités rwandaises de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda", a poursuivi monsieur Nadal.Mais "notre détermination de construire une nouvelle relation avec le Rwanda, au-delà de ce passé difficile, reste intacte", a souligné le porte-parole.Il a notamment rappelé certaines étapes accomplies en vue d’une réconciliation, comme la rencontre entre le président français Nicolas Sarkozy et son homologue rwandais Paul Kagame à Lisbonne en décembre dernier, et la visite du chef de la diplomatie Bernard Kouchner à Kigali, un mois plus tard."Nous continuons à placer notre relation avec le Rwanda dans cette perspective d’avenir", a insisté monsieur Nadal.

Au rang des 13 dirigeants français incriminés par le rapport, figurent notamment le président français de l’époque François Mitterrand, décédé depuis, et le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.

La stratégie du mensonge

Ce document largement médiatisé a pour but de faire oublier que les actuels dirigeants de Kigali sont considérés par la justice française et espagnole comme des criminels de guerre. Pour les juges Bruguière et Merelles, le président Kagame est même directement à l’origine de la tragédie rwandaise puisqu’il a fait abattre l’avion du président Habyarimana. L’étau se resserre d’ailleurs sur l’actuel maître de Kigali: – en 2006, le juge français a lancé des mandats d’arrêt contre plusieurs membres de son premier cercle pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide; – en février 2008, via Interpol, le juge espagnol a, pour les mêmes motifs, lancé plusieurs dizaines de mandats d’arrêt contre de hautes personnalités de l’actuel régime rwandais; – en mars dernier, l’ancien procureur du TPIR, Carla Del Ponte, a révélé que depuis 2003, le TPIR détient des preuves contre Paul Kagame. Elle a longuement expliqué pourquoi, après les pressions du département d’État américain, aucune procédure n’a à ce jour été ouverte; – au mois de juin, le procureur du TPIR a déclaré devant le Conseil de sécurité de l’Onu que pendant le génocide de 1994, les hommes du général Kagame avaient assassiné la quasi-totalité des évêques du Rwanda, et qu’il s’apprêtait à lancer plusieurs mandats d’arrêt.

 

Le rapport qui accuse la France a été confectionné par une commission “indépendante” présidée par Jean de Dieu Mucyo, procureur général de la République du Rwanda,dont le nom a été cité devant le TPIR pour assassinats de civils hutus. Parmi ses membres, un fonctionnaire français, José Kagabo, universitaire ayant bénéficié du droit d’asile dans les années 1970 avant d’être naturalisé. Aujourd’hui maître de conférences à l’EHESS à Paris, cet agent de l’État est également membre de la commission française de l’Unesco. Le rapport dont il a bâti l’habillage scientifique repose sur la technique classique de la manipulation: mélange des époques, avec attribution à l’armée française,qui a quitté le Rwanda au début décembre 1993, de faits qui n’auraient pu se produire qu’après le 6 avril 1994, imputations imprécises et donc invérifia- bles, faux témoignages et faux en écriture.Or, les accusations contenues dans ce rapport sont en total décalage avec l’état des connaissances.Devant le TPIR, en quatorze années d’existence, au terme de milliers d’heures de témoignages, aucune des parties n’a produit le moindre document pouvant laisser entendre une implication française dans le génocide. Tout au contraire, les travaux ont montré que si, à la suite de l’ultimatum de Paul Kagame, les troupes françaises n’avaient pas été retirées du Rwanda en décembre 1993, le génocide d’avril 1994 n’aurait pas eu lieu.

La crédibilité du rapport rwandais est totalement détruite par la seule « preuve concrète » de la « culpabilité » française qu’il contient. Il s’agit d’une lettre que le colonel Gilles Bonsang, chef de corps du 7e RIMa, aurait signée « place de Caylus » en date du 2 juin 1998, soit quatre ans après le génocide, par ordre du général «Yves Germanos »,« chef d’état-major des Forces spéciales », et adressée aux miliciens hutus réfugiés au Congo pour leur annoncer de prochaines livraisons d’armes françaises. Or:

1. – le 7e RIMa a été dissous le 30 juin 1977, vingt et un ans plus tôt;

2. – le lieutenant-colonel Gilles Bonsang n’a jamais été colonel et ne l’a pas commandé;

3. – le 2 juin 1998, il était affecté depuis un an à Marseille et non à Caylus;

4. – le général Germanos ne se prénomme pas Yves mais Raymond, et le 2 juin 1998, il n’exerçait pas les fonctions qui lui sont prêtées puisque, du 1er septembre 1995 au 17 juillet 1998, il fut chef du cabinet militaire du ministre de la Défense.

Cette lettre étant un faux grossier, les auteurs du rapport se sont donc rendus coupables de confection et d’usage de faux en écriture et, dans le cas de M.Kagabo, d’intelligence avec une puissance étrangère. C’est en fait une monnaie d’échange: si la France retire les mandats d’arrêt lancés par le juge Bruguière,Kigali ne déposera pas de plaintes contre les personnalités françaises. Selon les « recommandations » du rapport, il faudra en plus que Paris « reconnaisse l’entière étendue de sa responsabilité » et prenne « des mesures de réparation conséquentes, en accord avec le gouvernement rwandais ». Rien de moins.

 

Dernier ouvrage de Bernard Lugan paru: Rwanda. Contre-enquête sur le génocide, Privat.

Lire le communiqué officiel du gouvernement rwandais sur le rapport Mucyo
Lire le rapport Mucyo 

 

Rapport dit « Mucyo ». Réaction asso France Turquoise

Par un communiqué en date du 5 août 2008 le Gouvernement rwandais accuse la France d’avoir été complice de la préparation et de l’exécution du génocide au Rwanda en 1994. Avec un certain nombre de responsables politiques et militaires, des officiers de l’opération Turquoise sont accusés d’implication dans le génocide. Plus généralement, les militaires français de Turquoise auraient « pleinement pris en charge le projet génocidaire ».

 

Ayant été le commandant de cette opération, je récuse formellement ces accusations infondées et indignes. Elles visent des hommes qui ont mis fin au génocide, sauvé des milliers de vies et permis d’éviter une catastrophe humanitaire  en persuadant trois millions de personnes fuyant au Zaïre de rester au Rwanda.

 

Le régime rwandais, gravement mis en cause par les justices de grands pays démocratiques, croit devoir instrumentaliser le génocide, manipuler l’opinion et inverser les responsabilités.

 

A l’issue de l’opération Turquoise les Nations Unies ont souligné que la France avait rempli avec succès tous les objectifs qui lui avaient été fixés. Les nombreux témoins sur le terrain de l’action des militaires de Turquoise, comme ceux qui portent un intérêt à cette affaire, ne sauraient rester indifférents à une telle falsification des faits.

Accuser de complicité de génocide les militaires français qui ont contribué au rétablissement de la paix au Rwanda, comme dans de nombreuses régions du monde, est inacceptable.

 

7 août 2008, Général (2S) Jean Claude Lafourcade, commandant de l’opération Turquoise, président de l’association France Turquoise

 

Le 19 septembre 2008 le général Lafourcade a complété son propos initial et précisé les actions envisagées par l’association France Turquoise qu’il préside :

 

"Commandant de l’opération Turquoise en 1994, je suis Président de l’Association France Turquoise qui a pour objet de défendre les militaires ayant servi au Rwanda. De nombreuses associations patriotiques, sensibles au dossier du Rwanda, apportent un soutien déterminé à France Turquoise.

 

Les soldats français ont rempli de manière exemplaire  au Rwanda la mission qui leur a été assignée par le  Gouvernement et le Président de la République. Les ordres qu’ils ont reçus ont été exécutés scrupuleusement et dignement. Les Nations Unies et la communauté internationale leur en ont donné acte en 1994 et, en 1998, la commission parlementaire française a écarté toute ambiguïté sur leur action.

 

Les accusations totalement infondées, s’appuyant sur de faux témoignages, dont les militaires sont l’objet aujourd’hui sont intolérables. Les militaires n’accepteront pas qu’elles restent sans réponse devenant ainsi une « vérité » qui restera dans l’histoire.

 

Victimes d’une manœuvre, à l’évidence politique, du régime de Kigali ils considèrent  que celle ci  doit avoir une réponse politique au plus haut niveau de l’Etat.

C’est pourquoi ils demandent instamment au Président de la République, chef des Armées, de dénoncer publiquement ces accusations inacceptables et d’agir à son niveau pour ne pas laisser se développer une stratégie d’instrumentalisation du génocide rwandais."

 

Rapport Mucyo

Ce rapport s’appuie sur des témoignages invérifiables et des faux patents, démentis par les innombrables articles de presse et reportages réalisés par la cinquantaine de journalistes internationaux qui ont en permanence librement circulé dans la zone Turquoise et pu prendre contact avec les populations et les unités déployées sur le terrain. Ces journalistes, en particulier les anglo-saxons, ne cherchaient pas tous à se faire les laudateurs des militaires français !

En outre deux cents ONG se sont déployées dans le sillage de l’opération Turquoise à Goma et dans une moindre mesure dans la zone humanitaire sûre (ZHS). Toutes ont salué le travail réalisé en coopération avec la force Turquoise. Le rapport Mucyo est donc à considérer comme une grossière opération de propagande et son intérêt réside dans ce qu’il cherche à masquer les turpitudes de ses auteurs poursuivis par la justice internationale.

AS

 

 Communiqué officiel du gouvernement rwandais sur le rapport Mucyo

 Rapport Mucyo

Un suspect de meurtre au sein de la force de paix au Darfour

Pointé du doigt

Dans le cas du père Pinard, abattu dans son église en 1997 après avoir donné la communion à son assaillant, le tribunal espagnol pointe du doigt Karenzi Karake, à l'époque chef des renseignements militaires du Rwanda. Or, depuis, Karenzi Karake a été nommé commandant adjoint de la Force de l'ONU et de l'Union africaine au Soudan, selon l'avocat espagnol Palou-Loverdos, qui a révélé ce fait la semaine dernière à Montréal.

Et la semaine dernière, le ministre Bernier était au Soudan. «Le ministre a rencontré le général Agwai, commandant des forces de la paix, et Karenzi Karake était présent pendant une partie de la rencontre», a confirmé Shaun Tinkler, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Vu au Soudan

«Karenzi Karake a été vu durant une réunion à laquelle je participais. Il est entré et il est sorti. Je ne lui ai pas parlé. J'ignorais qu'il était l'objet d'un mandat d'arrestation», a dit le ministre Bernier au Journal de Montréal.

C'est en 2005 que le Tribunal central d'instruction du royaume d'Espagne a débuté son investigation. Des ressortissants espagnols avaient été assassinés au Rwanda, dont trois membres de Médecins du monde. Le père Pinard aurait été témoin de ses actes et, selon son frère Gilles, «l'armée a décidé de l'éliminer. Il était un témoin gênant.»

Le responsable du meurtre du père Claude Simard, tué à coups de marteau en 1994, a été identifié comme étant Fred Ibingira, qui était à l'époque commandant du 157e bataillon de l'Armée patriotique rwandaise.

Rwanda et justice espagnole

L’Audience nationale, principale instance pénale espagnole, poursuit ces 40 militaires, parmi lesquels 11 généraux, pour "génocide, crime contre l’humanité et terrorisme".

L’actuel président Paul Kagame, dont l’arrivée au pouvoir en 1994 avait mis fin au génocide rwandais, n’est pas poursuivi en raison de l’immunité que lui confère son statut présidentiel, précise l’Audience nationale.

Le génocide de 1994 avait fait selon l’ONU environ 800.000 morts, majoritairement parmi la minorité tutsie ainsi que chez les Hutus modérés.

Mais la justice espagnole estime que les hommes de Kagame ont sciemment déstabilisé le régime extrémiste hutu de Juvenal Habyarimana en place à l’époque, en commettant des actes terroristes avant de s’emparer du pouvoir.

Il existe des "indices rationnels" selon lesquels "à partir d’octobre 1990, un groupe de structure politico-miliaire, fortement armé et organisé, a entamé une série d’actions criminelles, à partir de l’Ouganda, sur le territoire du Rwanda", selon l’acte de renvoi.

Le coeur de cette structure, l’APR et le FPR (Armée patriotique rwandaise et et Front patriotique rwandais), est composé essentiellement de Tutsis réfugiés en Ouganda avant 1990, explique la justice espagnole.

Elle leur reproche toute une série d’attaques et d’attentats sur le territoire rwandais, notamment contre des leaders hutus, ce qui, selon l’Audience nationale, a déclenché le génocide contre les Tutsis.

L’APR/FPR "a commis des attaques sélectives contre différents leaders intellectuels hutus afin de les éliminer de la vie sociale, provoquer la terreur et tester la réaction de la population civile (qui a son tour commettait des tueries en représailles)", selon l’acte de renvoi.

"Les massacres et attaques contre les personnes d’ethnie tutsie se sont systématiquement produites après chaque assassinat d’un leader hutu ou d’attaques contre la population hutue dans le nord du pays", ajoute l’acte.

La justice espagnole affirme que "durant les années 90, plus de quatre millions de Rwandais ont été assassinés ou ont disparu dans le cadre d’un plan d’extermination pour raisons ethniques et/ou politiques". Un chiffre jusqu’à présent jamais évoqué.

L’Audience nationale accuse aussi les militaires de Kagame d’avoir "pris le pouvoir par la force (…), prenant le contrôle absolu de la structure de l’Etat et mettant en place à partir de ce moment-là (après le génocide) un authentique régime de terreur".

La justice espagnole poursuit les 40 militaires pour avoir "commis des crimes contre la population civile, nationale et étrangère, sélectionnée pour des raisons ethniques et/ou politique (…) sous prétexte d’assurer la sécurité".

Elle s’octroie une compétence universelle pour les faits de "génocide" et de "crimes contre l’humanité", ce qui avait notamment permis au juge Baltasar Garzon d’obtenir en 1998 l’arrestation à Londres de l’ancien dictateur chilien, Augusto Pinochet.

La justice espagnole avait démarré son enquête en 2005, portant initialement sur la mort de neuf ressortissants assassinés au Rwanda entre 1994 et 2000, à la suite d’une plainte du Forum international pour la vérité et la justice dans l’Afrique des Grands Lacs.

En 2006, un magistrat français avait émis neuf mandats d’arrêt contre des proches du président Kagame, qu’il soupçonne d’être impliqués dans le meurtre de l’ancien chef de l’Etat Juvenal Habyarimana, dont la mort a marqué le début du génocide.

Kigali avait ensuite rompu ses relations diplomatiques avec Paris.

  Lire l’arrêt de poursuite (version française)

 http://www.rwamucyo.com/fileadmin/user_upload/documents/20080206-Acte-accusation-juges-pagnol-versionFr.pdf

 

Le général Kagame et la justice espagnole

Le général Kagame et la justice espagnole (10 février 2008)

 

Un élément nouveau fondamental : l’arrêt de poursuite judiciaire de la Cour nationale espagnole à l’encontre de l’entourage du général Kagamé

 

J’ai eu, il y a quelques mois, l’occasion de m’exprimer à plusieurs reprises dans la presse pour donner mon point de vue de commandant de l’opération Turquoise au Rwanda en 1994. Plus de dix ans après cette opération qui visait à mettre fin au génocide, l’action de l’armée française était en effet gravement mise en cause. Il m’apparaissait essentiel de rappeler les faits, mais aussi de comprendre les origines et les motivations de ces attaques qui me semblaient s’inscrire dans une stratégie d’ensemble. Plusieurs faits constatés au cours de cette opération m’avaient déjà amené à m’interroger sur les objectifs du général Kagamé.

 

Un certain nombre de témoignages, et en particulier une ordonnance du tribunal de grande instance de Paris, ont, depuis, conforté cette lecture des événements. Mais je souhaite attirer votre attention sur un récent Arrêt de poursuite judiciaire de la Cour nationale espagnole tout à fait fondamental sur ce sujet, même s’il a été assez peu relevé dans les médias français. Le document dont nous vous présentons une traduction, apporte des éléments nouveaux et déterminants, incitant à faire une lecture du drame rwandais différente de celle qui a été trop longtemps sa version imposée. Venant d’un pays non impliqué dans l’histoire du Rwanda, ce jugement ne peut être, à priori, suspecté de partialité.

 

Le document mérite une lecture complète, mais pour une lecture rapide, on peut lire avec intérêt les pages 2 et 3, de même que les pages 150 et 151 qui exposent les actions  accompagnant cette stratégie de prise du pouvoir.

 

Toute remise en cause de la version établie étant immédiatement qualifiée de négationniste, alors que le génocide n’est nullement nié, nous espérons que ce texte aidera à éclairer le débat et contribuera à l’établissement de la vérité.

 

Général Jean Claude Lafourcade.

Rwanda : aux origines du génocide.

Officier supérieur belge, j’ai exercé les fonctions de commandant du secteur de Kigali au sein de la MINUAR (Mission des Nations Unies pour le Rwanda) de décembre 93 à avril 94. Je souhaite apporter ma pierre à la compréhension de ce qui s’est passé avec les éléments suivants, qui ont étayé ma propre évaluation :

  •  les responsables des Forces Armées Rwandaises (FAR), avec lesquels le Général Dallaire (commandant de la composante militaire de la MINUAR) et moi-même nous sommes retrouvés en réunion deux heures après l’attentat, étaient, de toute évidence, totalement étrangers à cet acte. Les sentiments qui prévalaient à ce moment là étaient la stupéfaction, l’inquiétude, la crainte que la situation n’échappe à tout contrôle, et surtout la volonté de mettre sans retard les institutions de transition en place. En outre, aucun dispositif particulier, destiné à garantir la réussite d’un éventuel coup d’Etat, n’a eu lieu durant la nuit du 6 au 7 avril 1994 ;
  • par contre l’offensive du FPR a bel et bien débuté durant cette même nuit ; or pour amorcer un tel mouvement il est indispensable que des ordres aient été donnés au préalable et qu’une mise en place des unités de première ligne ait été effectuée 24 à 48 heures avant le déclenchement des opérations ;
  • aucune offensive militaire de l’ampleur et de la durée (plus de trois mois) de celle du FPR ne peut être menée sans la constitution de stocks importants d’équipements et de matériels pour en assurer l’élan et la continuité ;
  • si le FPR a été capable d’infiltrer dans Kigali au moins trois bataillons entre le 7 et le 12 avril, sans le moindre combat avec les FAR, il aurait aussi été capable d’arrêter, si du moins cela avait été sa volonté, les massacres de civiles innocents ;
  • au contraire, toutes les tentatives d’aboutir à un cessez-le-feu, pour précisément mettre un terme à ces massacres, ont essuyé une fin de non recevoir des autorités du FPR ;
  • la pugnacité avec laquelle ces mêmes autorités ont exigé le départ des troupes étrangères venues évacuer les expatriés, plutôt que de requérir leur collaboration pour stopper net les massacres, est éminemment suspecte ; comme si le FPR craignait se voit contré dans ses plans de conquête par la communauté internationale ;
  • tout aussi interpellant est la durée de la guerre alors que la haute valeur militaire du FPR aurait dû permettre une issue beaucoup plus rapide et donc un niveau de pertes dans la population nettement moindre.

La liste n’est pas exhaustive, mais je pense qu’elle est suffisamment explicite pour admettre qu’il y a plus qu’une troublante corrélation entre l’attentat, l’offensive du FPR et les légitimes interrogations que l’on peut avoir sur la stratégie du général Kagamé.

Quand va-t-on enfin comprendre que l’on se trompe de combat dans la polémique en cours contre l’action de la France au Rwanda ? Afin d’éviter que l’honneur des soldats français et belges soit mis en cause, les autorités politiques de nos pays devraient exiger de l’ONU qu’une commission d’enquête internationale soit chargée d’identifier les commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994. Qu’est ce qui justifie qu’un mois et demi à peine après l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, l’ONU décide la mise sur pied d’une commission d’enquête, alors que douze ans après l’assassinant de deux chefs d’Etat et, dans son sillage, la mort de plusieurs millions d’êtres humains, rien n’a été fait pour savoir qui est à l’origine de cet holocauste ?

Les responsables actuels du Rwanda, qui ont systématiquement évincé la quasi-totalité des hutus présents au sein des organes du FPR lors de leur prise de pouvoir, ont au contraire tout fait pour que la vérité soit cachée. « Insupportable vérité » écrivaient récemment à ce sujet, MM A.Guichaoua et S.Smith…
Quand la vérité sera connue, et seulement à ce moment là, on pourra en connaissance de cause porter un jugement de valeur sur les motivations de l’engagement de la France au coté des Rwandais. A défaut de preuve contraire irréfutable, je conserverai l’intime conviction que la France fût un allié loyal du Rwanda, ce qui ne fût pas le cas de tout le monde.

Pétition

« A ce jour en effet, seule une partie au conflit a été traduite devant le TPIR alors que les crimes relevant de la compétence de ce Tribunal ont été commis par les deux parties belligérantes. Concernant les crimes de génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’Humanité commis du côté du FPR, plusieurs rapports vous ont été soumis par des agences des Nations unies telles que le HCR en 1994, des ONG tels que Human Rights Watch, Amnesty International en 1994, et en 1995 concernant les massacres de Kibeho, l’extermination de centaines de milliers de réfugiés rwandais et de millions de Citoyens de la République Démocratique du Congo entre 1996 et 2003. »

« En effet, la guerre menée par le FPR contre le Rwanda depuis octobre 1990 a provoqué une exacerbation des tensions ethniques parmi la population. L’épreuve de force qu’il a engagée durant les années 1992 à 1994 pour prendre le pouvoir a provoqué des milliers de morts. Les massacres et exterminations qu’il a commis, soit à Kibeho, en République Démocratique du Congo ou ailleurs, après la prise du pouvoir, sont postérieurs à l’année 1994. Si le TPIR clôturait ses travaux sans juger les auteurs de ces crimes, les Nations unies auraient créé un tribunal non pour rendre justice mais pour en faire « le Tribunal du Vainqueur », créant ainsi un obstacle majeur à la réconciliation des Rwandais, et auraient de ce fait consacré la culture de l’impunité au Rwanda et dans toute la région des grands lacs. »

Texte dans son intégralité:  http://www.ipetitions.com/petition/fedar/index.html