LA GUERRE DU KIVU

Paul Kagame est-il allé trop loin ?
La communauté internationale commence à prendre conscience de l’étendue des responsabilités du Rwanda dans la situation catastrophique de cette région.
Kigali perd peu à peu ses plus fidèles appuis.

On le sait, le Nord-Kivu est le théâtre d’une guerre larvée depuis la prise de pouvoir du FPR à Kigali et l’exode des hutus. Cette guerre a connu des épisodes aigus, notamment quand, avec l’appui du Rwanda et de l’Ouganda, Joseph-Désiré Kabila a pris le pouvoir à Kinshasa.
Depuis, les troubles ont continué, entretenus par des voisins très intéressés sous le regard plus ou moins complice des appuis traditionnels du régime de Kigali et permettant le pillage fructueux des richesses de cette région.
La guerre traverse une nouvelle phase critique depuis que le M23, mouvement rebelle rallié au pouvoir central congolais, est retourné à la dissidence, a bousculé les forces armées congolaises et marche sur Goma, provoquant un nouvel exode et de nouveaux massacres.
Rien de bien neuf, dira-t-on, c’est comme d’habitude. Eh bien si, car dans un rapport de l’ONU du 26 juin 2012, le groupe d’experts de la MINUSCO accuse le Rwanda de soutenir le M23 en fournissant « des armes, du ravitaillement militaire et de nouvelles recrues ».
Cette fois, Paul Kagame a beau accuser, selon son habitude, Steve Hege, coordinateur du groupe des experts de la MINUSCO, de révisionnisme pro-génocidaire et qualifier ces allégations de « ridicules et insensées », l’ONU appelle tous les pays de la région à « coopérer activement » pour stopper le M23 et, dans une déclaration du Conseil de sécurité, condamne « tout appui extérieur apporté » à la rébellion congolaise dans le Nord-Kivu et demande au M23 de cesser « toute avancée vers la ville de Goma ».
Parallèlement, les appuis traditionnels du régime de Kigali ont commencé à faire défection :
– le 27 juillet, les Pays-Bas ont suspendu leur aide au Rwanda tandis que les pays scandinaves reportaient leur aide budgétaire et que la Grande-Bretagne manifestait sa perplexité ;
– le 28 juillet, c’était au tour de l’Allemagne de suspendre son aide tandis que la France appelait à une déclaration du Conseil du de sécurité par la voix de Yamina Benguigui, ministre de la Francophonie ;
– le 29 juillet enfin, les Etats-Unis gelaient leur aide militaire au Rwanda.
Bref, le vent tourne pour Paul Kagame qui apparaît de plus en plus clairement pour ce qu’il est, un grand manipulateur qui, depuis les origines, utilise le génocide et le mensonge pour masquer la réalité de son pouvoir et de sa politique.
On pourra consulter avec intérêt :
– l’annexe au rapport des experts sur :
– 1 article de Jeune Afrique sur :

 

http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120729120807/?utm_source=feed

burner&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+jeune_afrique_Politique+%28Jeune+Afrique+Politique%29

-article dans le monde

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/08/10/face-a-l-ingerence-du-rwanda-rdc

-les-pays-occidentaux-reduisent-leurs-aides_1744660_3212.html

-digitalcongo
  http://www.digitalcongo.net/article/85832

-slateafrique

http://m.slateafrique.com/92751/rwanda-paul-kagame

L’ONU accuse le Rwanda de participer à la déstabilisation de la République démocratique du Congo.

 

   C’est dans une annexe de 48 pages au rapport annuel du Comité des sanctions de l’ONU sur la République démocratique du Congo qu’on trouve une mise en cause sévère du Rwanda.

   Le groupe d’experts de l’ONU, se fondant sur les témoignages de 80 mutins déserteurs du mouvement rebelle M23, affirme que les forces armées rwandaises « fournissent du matériel militaire, des armes, des munitions et des fournitures diverses au M23 » tout en apportant aide et protection au général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre. Des officiers rwandais assurent aussi le recrutement de soldats au profit du M23.

    Le Rwanda rejette évidemment ces accusations, mais selon le rapport, il n’a pas encore fourni une « quelconque preuve fondée à cet égard ».

    Les masques continuent donc de tomber un à un.

    On peut accéder à une version en français de cette annexe sur  le lien ci dessous

 http://www.veritasinfo.fr/article-l-annexe-du-rapport-des-experts-de-l-onu-sur-la-rdc-rwanda-107727702.html

Opération amaryllis

Opération Amaryllis  8 avril 1994 – 14 avril 1994

 

Décollant de Bangui dans la nuit du 8 au 9 avril, un état major tactique et deux compagnies parachutistes du 3eme RPIMa aux ordres du colonel Henri Poncet se posent le 9 avril à 1h30 du matin sur l’aéroport de Kigali. Après avoir occupé les points névralgiques de l’aéroport et procédé à leur motorisation avec des véhicules abandonnés ou réquisitionnés, les parachutistes mettent en place le dispositif de regroupement des ressortissants et procèdent aux premières évacuations en fin d’après midi. Le groupement reçoit le renfort d’une compagnie du 8eme RPIMa en provenance de Libreville, suivie le 11 avril de plusieurs centaines  de para-commandos belges et d’un détachement italien.

Les évacuations des ressortissants français et étrangers vont s’accélérer compte tenu de la dégradation de la situation dans la capitale rwandaise.

Dans la nuit du 11 avril, le gouvernement français décide de la fermeture de son ambassade et l’ensemble du corps diplomatique et des coopérants militaires français est évacué le 12 avril au petit matin.

Les parachutistes  poursuivent les opérations d’évacuations des ressortissants étrangers de toutes nationalités jusqu’au 14 avril qui marque la fin de l’opération et leur retour sur Bangui.

Au total, en moins d’une semaine, les parachutistes français ont évacué près de 1500 personnes dont 450 français, les Belges pour leur part ayant procédé à l’évacuation de plus d’un millier de leurs ressortissants.

 

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Chronologie rwandaise par Hervé Cheuzeville

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cheuzeville.jpgHervé Cheuzeville est avant tout un travailleur humanitaire en Afrique. Il écrit des livres sur ces expériences et s’exprime régulièrement sur son site : http://sthiramany.free.fr/kadogo/. Dans l’extrait suivant il expose point par point les différentes étapes de l’histoire rwandaise.

 

·    Le gouvernement du président Habyarimana était, jusqu’en avril 1994, le gouvernement légal du Rwanda, internationalement reconnu. Ce dernier était loin d’être le pire du continent africain. Moins corrompu et beaucoup moins meurtrier que d’autres, il était loin d’incarner un « nazisme tropical » dépeint par certains. N’oublions pas qu’en 1990, la majorité des régimes africains étaient encore soit des régimes militaires, soit des systèmes à parti unique. C’est cette année-là que le discours de La Baule fut prononcé par François Mitterrand, en présence d’Habyarimana. Ce n’est qu’après qu’un vent de démocratisation se mit véritablement à souffler sur l’Afrique. Il n’y avait donc rien d’inadmissible ou d’anormal, à l’époque, à ce que le gouvernement français entretienne de bonnes relations avec le gouvernement rwandais.
·    La guerre et les massacres n’ont pas commencé en avril 1994, comme on l’entend trop souvent, mais en octobre 1990. Il faut rappeler que cette guerre débuta lorsque des unités de l’armée ougandaise franchirent la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda et attaquèrent les positions de l’armée rwandaise. Ces unités ougandaises, composées majoritairement de fils de réfugiés rwandais, établis en Ouganda depuis la fin des années 50, avaient formé le Front Patriotique Rwandais, afin de masquer l’implication ougandaise dans cette invasion. C’est alors que les premiers massacres furent commis. Ils visèrent les populations du nord du Rwanda et furent commis par des éléments de ce FPR que personne ne connaissait encore. Lequel FPR était dirigé par Fred Rwigyema qui, avant le déclenchement de la guerre, occupait les fonctions de vice-ministre de la défense de l’Ouganda. En réaction à ce qui pouvait légitimement être vu, à l’époque, comme une agression militaire venue d’un pays voisin, il n’était pas anormal que la France réponde favorablement à la demande d’aide formulée par le gouvernement légitime d’un pays ami.
·    Tout au long de cette guerre, le gouvernement rwandais a été soumis à un embargo de l’ONU sur les fournitures d’armement, alors que l’Ouganda a constamment violé ledit embargo en fournissant secrètement à son allié FPR de grandes quantités d’armes et de munitions, et en lui permettant de maintenir des bases arrières sur son territoire.
Tout au long de cette guerre, des massacres ont été commis, visant principalement les populations du nord du Rwanda, majoritairement hutu.
·    En pleine guerre et sous la pression de la communauté internationale, le président rwandais a été contraint d’introduire le multipartisme dans son pays. C’est cette libéralisation du régime qui a permis l’émergence de mouvements politiques au discours ouvertement racistes et hostiles aux Tutsi. Il faut rappeler que ce sont des Tutsi qui composaient l’essentiel des forces et de la hiérarchie du FPR.
·    Le président Habyarimana a signé les accords d’Arusha qui prévoyaient le partage du pouvoir et des élections libres et démocratiques.
·    En vertu de ces accords, la France a retiré ses troupes du Rwanda en 1993.
·    C’est le président ougandais Museveni, « parrain » du FPR, qui a convoqué le sommet de Dar es-Salam du 6 avril 1994 et qui en a délibérément retardé la clôture. C’est ce retard qui a provoqué le décollage tardif de Dar es-Salam du président Habyarimana, en compagnie de son homologue burundais, et qui fit que leur vol dut entamer de nuit sa procédure d’approche de l’aéroport de Kigali. Cette arrivée tardive a facilité le travail de ceux qui ont perpétré l’attentat contre l’avion présidentiel. Cet attentat coûta la vie aux deux présidents, à plusieurs ministres rwandais et burundais, au chef d’état-major de l’armée rwandaise ainsi qu’à l’équipage français du Falcon 50. Premier attentat de l’Histoire dans lequel périrent deux chefs d’États en exercice, il n’a donné lieu à aucune enquête internationale. À titre de comparaison, une commission d’enquête internationale fut créée après l’attentat qui coûta la vie à Rafik Hariri, alors que ce dernier n’était même plus premier ministre du Liban lors de sa mort.
·    L’attentat contre l’avion présidentiel a été immédiatement suivi par deux évènements: le début des massacres à Kigali et la rupture du cessez-le-feu alors en vigueur, par le FPR. Ce dernier déclencha, la nuit même de l’attentat, une offensive générale contre les Forces Armées Rwandaises. Les massacres de Kigali visaient les Tutsi et les opposants au gouvernement, essentiellement des Hutu. Ces massacres s’étendirent, dans les jours et les semaines suivantes, à la quasi totalité du territoire encore tenu par les forces du gouvernement de Kigali. D’une ampleur inégalée, ils se sont poursuivis durant les cent jours dramatiques qui ont séparé l’assassinat d’Habyarimana de la prise de Kigali par le FPR (avril-juillet 1994). Cependant, alors que ces épouvantables massacres étaient commis en zone gouvernementale, d’autres, tout aussi épouvantables étaient commis par les éléments du FPR au fur et à mesure de leur avance.
·    Dès le déclenchement des massacres de Kigali, en avril 1994, la France a demandé au Conseil de Sécurité des Nations Unies de renforcer le contingent de casques bleus présents au Rwanda. Les États-Unis, qui s’opposèrent à cette requête, exigèrent au contraire l’évacuation des forces onusiennes. Tout au long de ces dramatiques cent jours, la France a continué à demander l’envoi d’une force internationale qui aurait permis l’arrêt des massacres. Ce n’est que fin juin que la voix de la France fut entendue et que l’Opération Turquoise put enfin avoir lieu, trop tard malheureusement pour des centaines de milliers de victimes. Cette opération militaire ne couvrit qu’une petite portion du territoire rwandais, dans le sud-est du pays. Trop tardive et trop limitée dans le temps et dans l’espace, elle permit malgré tout de mettre fin aux massacres dans cette zone. Certes, l’arrivée des soldats français ne mit pas un terme immédiat et absolu aux tueries, et on peut bien sûr le regretter. Un semblant d’ordre fut cependant progressivement rétabli et l’Opération Turquoise a indéniablement sauvé la vie de dizaines de milliers de Rwandais, Tutsi et Hutus: Tutsi en mettant un terme aux agissements des massacreurs interahamwe, Hutu en stoppant la progression du FPR. Les États-Unis et l’ONU portent donc une lourde responsabilité dans les évènements d’avril-juillet 1994: si le contingent des casques bleus avait été renforcé, comme le demandait la France, au lieu d’être réduit, l’ampleur des massacres, leur étendue et leur propagation auraient certainement été plus réduites.
·    Malheureusement, après la victoire du FPR, les massacres ont continué, visant essentiellement les Hutu, commis par les forces du nouveau régime. On se souviendra, entre autres, de la tragédie de Kibeho, entre le 18 et le 22 avril 1995, lorsque l’armée de Paul Kagame massacra les déplacés du camp, comme en témoignèrent les soldats de l’ONU présents sur place. Ce massacre qui fit au moins 8000 victimes civiles, fut loin d’être un cas isolé, et ses instigateurs n’ont jamais été inquiétés.
À partir de 1996, la tragédie rwandaise fut exportée au delà des frontières, lorsque l’armée de Paul Kagame envahit le Zaïre voisin et donna la chasse aux réfugiés rwandais qui y avaient trouvé refuge. Selon les chiffres du HCR, ce sont 200 000 réfugiés hutu qui ont disparu durant cette offensive, la plupart massacrés par l’Armée Patriotique Rwandaise. Il conviendrait aussi d’évoquer les millions de morts congolais, victimes directes ou indirectes de cette guerre qui n’en finit pas, depuis 1996. Cette guerre est une conséquence directe des évènements du Rwanda de 1990-94.  "

 

In  http://sthiramany.free.fr/kadogo/

Intérêts français selon Survie

France-Rwanda Les dessous d’un rapprochement

"À l’occasion du déplacement de Nicolas Sarkozy à Kigali le 25 février 2010, l’association Survie tient à décrypter ce qui constitue un profond revirement de la diplomatie française dans la région des Grands Lacs, et tient à alerter l’opinion sur le fait que ce revirement reste fort éloigné d’une véritable réforme de la politique de la France sur le continent."

Lundi 22 février 2010

"Par ce rapprochement avec le Rwanda, entamé il y a deux ans et consacré par cette visite, la diplomatie française vise trois objectifs :

– La réintégration de la France dans les nouveaux partenariats économiques et industriels de la région ;

– Le règlement définitif de l’accusation de complicité de génocide pesant sur elle et quelques-uns de ses hommes politiques et de ses militaires ;

– Enfin l’affirmation d’une « rupture » avec certains réseaux traditionnels de la Françafrique.

[…]

En effet, en 2009, malgré un volontarisme de façade de l’Elysée, les termes de la cooptation de la France sur des gouvernements profondément anti-démocratiques n’ont guère évolué (Cameroun, Congo-Brazzaville, Mauritanie, Madagascar, Gabon, Niger, etc.). Le rapprochement Paris-Kigali s’inscrit dans cette filiation, car il pèse sur Paul Kagamé de graves soupçons sur le rôle tenu par son pays dans les conflits du Kivu voisin depuis 1998, ainsi que sur les nombreuses entraves à la démocratie relevées sous son autorité au Rwanda.

Il apparaît donc que ce « dégel » entre les deux pays ne s’encombre d’aucune condition démocratique. En revanche, il vise une nouvelle fois à positionner la France et ses entreprises dans la compétition internationale qui se joue pour l’accès aux ressources naturelles de la région, au mépris de la justice pour les victimes du génocide et des autres crimes commis. De ce fait, Survie tient à prévenir des risques de la normalisation en cours, qui pourraient s’assimiler à une amnistie mutuelle pour des crimes imprescriptibles, hors de tout contrôle des peuples concernés et sans tenir compte de l’intérêt des populations de la sous-région."

Source Survie sur www.afrik.com

 

Balkanisation de la RDC

Sera-t-il question de la République démocratique du Congo (RDC) au cours de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Paul Kagame, le président du Rwanda ? Sans aucun doute. Le "plan Sarkozy", dénoncé en RDC, prévoyait un partage des richesses minières, dont regorge l’immense congo avec le "petit" Rwanda. Nicolas Sarkozy souhaitait ni plus ni moins mettre en place un "marché commun" pour favoriser les échanges économiques. Il n’en fallait pas plus pour les congolais d’y voir une "OPA" rawandaise sur le riche Kivu.

En visite officielle à Kinshasa, Nicolas Sarkozy s’était défendu de disposer d’un "plan" . Selon lui, ses propos ont été "mal interprétés", et il avait réaffirmé son attachement à "l’intangibilité des frontières" de la République démocratique du Congo (RDC). "La première vérité, c’est que la souveraineté du Congo est inaliénable et la France sera toujours à vos côtés pour le respect de cette souveraineté", avait déclaré le président français à Kinshasa.

    Pour rassurer tout le monde, l’ambassadeur de France en RDC, avait martelé que la "coopération régionale est un facteur de paix" et que "la balkanisation de la RDC n’a jamais été à l’ordre du jour en France". Quel discours tiendra Nicolas Sarkozy à Paul Kagame ?

Christophe Rigaud

www.afrikarabia.com 25/02/2010

Analyse du quotidien Le Potentiel de Kinshasa

Mais auparavant, au mois de mai, lors du prochain sommet qui aura lieu à Nice, sur la Côte d’Azur, les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats de l’Afrique des Grands Lacs débattront de cette question avec le président Nicolas Sarkozy. Les directives qui y seront arrêtées, seront certainement transmises aux ministres des pays concernés qui se retrouveront au mois de juin avec les bailleurs de fonds.
Selon le Journal Les Echos, la France souhaite l’éclosion des « projets communs » entre ces pays en matière économique, notamment dans l’Energie, le développement agricole ou l’exploitation forestière. Selon la même source, « l’idée, c’est que si on veut aider à surmonter les clivages politiques, les conflits dans cette région, il faut favoriser la coopération et l’intégration régionale ».
On ne doute pas que pendant son séjour de trois heures à Kigali, le président français s’entretiendra de la tenue de cette conférence avec son homologue rwandais, le président Paul Kagame.

Marché Commun

Cependant, ce n’est pas la première fois que le président Sarkozy évoque l’organisation de cette conférence. En janvier 2009, lors de la présentation des voeux au corps diplomatique, le président français s’était attardé sur les perspectives de paix dans la région des Grands Lacs. Aussi, appelait-il à une « nouvelle approche de paix » dans l’Afrique des Grands Lacs. Il avait suggéré le « partage en commun de l’espace et les abondantes richesses minières dont regorge la République démocratique du Congo, un pays immense à la gouvernance étrange avec le « petit » Rwanda ». Il souhaitait la mise en place d’un « Marché commun » pour favoriser les échanges économiques.
C’était le « Plan Sarkozy » dénoncé par des Congolais pour autant qu’ils y voyaient une tentative de balkanisation de la RDC. En visite officielle à Kinshasa, après avoir accordé une interview à la presse congolaise, le président français s’était défendu de disposer d’un plan, que ses propos ont été mal interprétés, mais avait réaffirmé son attachement à « l’intangibilité des frontières » de la RDC. « La première vérité, c’est que la souveraineté du Congo est inaliénable et la France sera toujours à vos côtés pour le respect de cette souveraineté », avait-t-il déclaré, à Kinshasa.
A cette occasion, le président Sarkozy avait annoncé l’organisation de cette conférence en 2010. Il avait saisi cette opportunité pour déclarer qu’il avait proposé à la RDC, et à ses voisins proches, à savoir le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya, la création d’une « Agence régionale pour le développement et l’aménagement ». A son avis, cette démarche contribuerait au « bon voisinage » dans la région et donnerait un « nouvel élan » à leur coopération autour des projets communs. Sûr que la création de cette agence sera à l’ordre du jour tant à Nice, au mois de mai, qu’en juin lors de cette conférence des bailleurs de fonds de Grands Lacs. Au bout du tunnel, ce sera bien sûr la mise sur pied d’un « Marché commun ».
Abondant dans le même sens, l’ambassadeur de France à Kinshasa, Pierre Jacquemot, avait rappelé que la « coopération régionale est un facteur de paix ». Et que la balkanisation de la RDC n’a jamais été à l’ordre du jour en France.

CIRGL marginalisée?

L’abondance des biens ne nuit pas, dit-on. Mais l’abondance des initiatives de paix peut nuire à la paix. Car l’impression qui se dégage de plus en plus, c’est qu’on se bouscule un peu trop dans la région des Grands Lacs.
En effet, l’une des importantes initiatives saluées par tout le monde et qui a bénéficié du soutien de la Communauté internationale demeure justement l’institutionnalisation de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL. Elle n’a pas permis seulement aux Etats membres de signer le Pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région des Grands Lacs, mais de disposer de 10 programmes prioritaires d’actions pour la reconstruction des pays de la région. Un fonds spécial de reconstruction a même été constitué et a reçu la contribution de certains Etats membres ; notamment la République démocratique du Congo.
Bien plus, la relance de la CEPGL est également une réalité grâce aux efforts fournis dans le cadre de la CIRGL. Un groupe d’Amis des Grands Lacs se charge même de contacter des bailleurs de fonds pour la mise en œuvre des « projets intégrateurs ».
La mise en place de cette « Agence régionale de développement et d’aménagement » viendra-t-elle en appui aux projets de développement de la CIRGL ? Les bailleurs de fonds des Grands Lacs sont-ils les mêmes qui font partie du « Groupe des Amis des Grands Lacs » ? Apparemment, la réponse est négative. Cela d’autant plus vrai qu’à en croire le journal Les Echos, Elysée aurait intéressé les Américains à cette proposition et que ceux-ci « lui ont fait part de leur soutien ».
Dans l’intérêt de l’Afrique des Grands Lacs, il serait utile que toutes ces initiatives soient coordonnées et ne visent qu’un seul objectif. Question d’éviter le « télescopage » au risque de décourager certains bailleurs de fonds, voire de cette « agence de développement », au-delà ce « Marché commun », une utopie. Devant cette hypothèse, ce sont les pays de la région qui perdraient, alors que l’intégration économique est une option levée par l’Union africaine depuis l’OUA, avec le Plan d’Action de Lagos 1971, la CEPGL, la CEEAC et la CIRGL.
D’autre part, si la tendance consisterait à confier à quelques pays de la région le « leadership économique » au détriment de ceux producteurs des richesses, l’Afrique des Grands Lacs se trouverait dans la même situation que les pays du balkan. Pour des raisons économiques, les Européens sont divisés, car la Russie ne parle pas le même langage avec ses voisins européens, membres de l’OTAN qui compte également les Etats-Unis.
Or, dans les Grands Lacs, le coltan, la cassitérite, le nickel… opposent déjà l’Europe aux Etats-Unis ainsi qu’aux Asiatiques dans le Kivu.