PENDANT CE TEMPS, L’ENFUMAGE CONTINUE

A l’approche de l’anniversaire de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, comme chaque année une offensive médiatique s’est déployée à base de pseudo-révélations afin de continuer d’accuser la France et les militaires français de complicité de génocide et de dissimuler derrière un écran de fumée les responsabilités réelles du régime de Kigali.

Comme d’habitude, le quotidien « Libération » est à la pointe de la désinformation. Après l’échec de son livre, Maria Malagardis y lance, le 9 janvier 2013, un scoop à propos de la mort, au début du génocide, de deux gendarmes français de la coopération. Un certificat de décès serait un faux, ce qui désignerait, bien sûr, celle à qui le crime profite, la France…

Oui, mais dans « Marianne » du 6 février 2013, Alain Léauthier démonte avec méthode les conclusions orientées de Maria Malagardis.

Il récidive (« Marianne » du 20 au 26 avril 2013 : « Rwanda. Qui a assassiné les gendarmes français ? ») après avoir interviewé longuement l’ancien secrétaire général du ministère rwandais de la Défense, exilé depuis 2011 en Belgique, Jean-Pierre Micombero.

Celui-ci confirme que les gendarmes ont bien été assassinés sur ordre par le FPR. Il affirme connaître le nom de l’exécutant de même que ceux des auteurs (toujours membres du FPR) de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana.

Espérons que ce témoin capital sera entendu par le juge Trévidic.

De son côté, Bernard Lugan analyse dans une note pertinente les motifs et les méthodes de ces manipulations périodiques et annonce un dossier sur l’attentat dans le futur numéro de « L’Afrique Réelle » (mai 2013).

Lire la suite

LE GENOCIDE ET SES SUITES: TEMOIGNAGE D’UN PRÊTRE.

Nous publions, avec son autorisation, la très belle lettre du Père Joyeux s.j. Il fut un témoin direct de la réalité politique rwandaise alors qu’il était en charge de camps de réfugiés en 2005 et dut quitter le pays en urgence , sa vie étant menacée. C’est cette expérience qui lui permet d’analyser avec beaucoup de hauteur de vues la situation actuelle de la région des Grands Lacs.
 
Chère amie,
 
Je vous remercie beaucoup pour votre mail et ses pièces jointes, la référence du site concernant « Des hommes debout ». Je me sens et désire bien sûr très concerné car l’histoire tragique du Rwanda –  et à partir du Rwanda – est en cours. Elle n’est pas du tout de l’ordre du passé seulement. La violence ad intra comme ad extra se prolonge dans les forêts congolaises comme au coeur de la société rwandaise d’aujourd’hui. Il faudrait ne pas oublier cela, ne pas laisser 2014 se préparer dans une orientation aussi manipulée que celle qui suscita la montée idéologique du Hutu Power certes ( je ne suis en rien un révisionniste du génocide rwandais anti tutsi) mais aussi – pour ainsi dire –  d’un « tutsi power »  hors des frontières du pays ( Ouganda , USA) au service d’une pression de l’angoisse, d’une reprise « à tout prix » du pouvoir à Kigali … et, ce « à tout prix » se concrétisa par l’abandon sous les machettes hutus du million de frères tutsis considérés comme des traitres et collabos qui étaient restés dans le pays sous Habyarimana et, ce qui était devenu, dans le fil trop long du temps, une « ethnocratie ».
 Ce sont ces familles là , ce peuple là qui mourut, fut sacrifié dans l’orgie de sang , sexe et alcool que furent les mois d’Avril, Mai, Juin et Juillet 1994.
 La marche à grands pas vers Kinshasa pour une prise du pouvoir et d’influence militaire au service d’une hégémonie économique sur les sous sols de l’Est du Congo est connue de tous. Elle ne visait que de façon tristement adjacente la poursuite des génocidaires hutus mêlés aux innocents en exode.
 
J’espère que vous me comprenez : j’ ai découvert au Rwanda, dans les camps où j’ai oeuvré avec goût et beaucoup d’énergies combien nous ne sommes pas, dans ce pays et toute la géo stratégie qui le concerne et l’entoure ( on devrait dire « l’enserre ») dans un western et ses simplifications classiques des bons ( les tutsis) et des méchants ( les Hutus) . Nous ne sommes pas davantage dans une belle et bonne intention de « réconciliation » sous les yeux embués de l’ONU, de l’Unesco , des Eglises , des US et autres pays ayant demandé « pardon ». A qui exactement ont ils demandé pardon ?…
C’est plus complexe, c’est davantage cynique et triste que nous le pensons. Et ceci se joue au présent.
La mémoire peut se trouver cerner dans les sillons d’intentions graves qui enflammèrent les soifs de pouvoir et de vengeance, de domination et manipulation des populations de la région.
 Massacres sur massacres, dans les imaginaires mutuels , dans les mots comme dans les actes, armés pas des puissances étrangères cachées ou bêtement « commerçantes » sont au coeur du génocide rwandais. Un génocide des « grands lacs », une géopolitique des « grands profits » où se mettent en scène sous les caméras du monde entier des bons et des méchants…au service d’une Real Politik de puissance industrielle entre des grands de ce monde.
 
Oui, il nous faut devenir davantage des hommes debout, des « coeurs pensants de la baraque » (« baraque monde  » aujourd’hui ?) aussi, comme disait ETTY HILLESUM dans son livre « Une Vie bouleversée » devant la montée inexorable du mensonge génocidaire nazi. Elle en est morte avec ses parents à Auchwitz.
 
Penser le complexe, refuser le trop simple…
 
Refuser que les morts, que les victimes tutsis ayant tant souffert ne souffrent encore dans leurs corps dressés, « cyniquement relevés des morts » comme en une danse de résurrection au service de la bonne conscience nationale et internationale couvrant tant d’exactions d’hier et d’aujourd’hui.
Refuser dans un élan de vrai discernement et de haute dignité et liberté que soient manipulés les morts par milliers, les vivants survivants et les vivants psychiatriquement muselés dans le vertige rwandais. Là est pour moi, la vraie compassion, en amont de toute réconciliation faussée sinon forcée… Sans âme.
 
Des « âmes, consciences et corps debout » …en éveil, OUI… « Des hommes – corps debout » n’interrogeant que les Hutus amalgamés au Hutu Power et n’interrogeant que  des consciences humaines, par delà les frontières, à la mémoire et à la pensée embuées pour ne pas dire  » enfumées » dans la bonne conscience, NON.
 
Vous comprenez, Fanny, mon insistance et la longueur de mes lignes que je prends le temps de vous écrire. Elles veulent alerter sur une menace en cours : la continuation, la couverture d’une danse macabre bien orchestrée qui couvre les agissements de domination au service d’une guerre économique mondiale dont le Congo, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda composent le théâtre. Théâtre d’opérations  et désinformations trop claires pour  seulement gens informés ! Si peu nombreux ! si peu nombreux !
 
Je vous reste disponible pour continuer notre échange si vous le désirez et si mes lignes ne vous ont pas trop « choquée ». J’ai préféré risquer vous paraître un révisionniste plutôt que de lâchement – gentiment me taire. J’ai trop d’amis tutsis comme hutus pour ne tolérer davantage leur manipulation et humiliation. J’ai écouté suffisamment d’horreurs et de mensonges au bord des charniers de tout bord dans ce pays, du nord au sud, d’est en ouest pour ne pas vous alerter.
 
L’avenir ne s’arrête pas pour les habitants de ce pays et de ces régions  à 2014 et les nuages noirs sont déjà suffisamment amoncelés sur l’ immense et chaotique Congo voisin. Osons quelque vérité, osons au nom des bourreaux comme des victimes ! Jean Hatzfeld leur a donné si respectueusement la parole et l’écrit ! Il faut aller davantage « en eaux profondes  »
 
 

« GUERRE DU KIVU:LE RAPPORT FINAL DU GROUPE D’EXPERTS DE L’ONU »

Rapport final du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo conformément au paragraphe 4 de la résolution 2021 (2011) du Conseil de Sécurité (S/2012/843)

Résumé  (voir l’intégral en pièces jointes).

L’est de la République démocratique du Congo demeure la proie de dizaines de groupes armés congolais et étrangers. L’instabilité s’est accentuée depuis la mutinerie d’anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et la création subséquente, cette année, du mouvement du 23 mars (M23). Les rebelles ont, en juillet 2012 et avec une aide considérable de l’étranger, étendu leur emprise sur le territoire de Rutshuru et ils ont récemment profité d’un cessez-le-feu informel pour consolider leurs alliances et pour faire mener par des supplétifs des opérations dans d’autres zones.

Le Gouvernement rwandais continue de violer l’embargo sur les armes; il fournit directement une aide militaire aux rebelles du M23, facilite le recrutement de combattants pour le compte du Mouvement, incite et facilite la désertion de soldats des forces armées congolaises, fournit au M23 des armes, des munitions et des renseignements, et le conseille sur le plan politique. La chaîne de commandement de facto dont fait partie le général Bosco Ntaganda a à sa tête le général James Kabarebe, Ministre rwandais de la défense. Après la publication de l’additif à son rapport intérimaire (S/2012/348/Add.1), le Groupe s’est entretenu avec le Gouvernement rwandais et a pris en considération sa réponse écrite, mais il juge qu’aucun élément fondamental des constatations qu’il a faites antérieurement ne mérite d’être modifié.

De hauts responsables ougandais ont également prêté appui au M23 : renforts militaires en RDC, livraison d’armes, assistance technique, planification commune, conseils d’ordre politique et appui dans les relations extérieures. Des unités des forces armées ougandaises et des forces armées rwandaises ont conjointement porté appui au M23 lors de la série d’attaques que le Mouvement a lancées en juillet 2012 pour s’emparer des principales villes du Rutshuru et bouter les forces armées congolaises hors du camp de Rumangabo. Les deux États, qui ont toujours défendu la cause des rebelles, ont également coopéré pour favoriser la création et l’expansion de la branche politique du M23. Le M23 et ses alliés comptent six personnes faisant l’objet de sanctions internationales, dont certaines résident en Ouganda ou au Rwanda, ou s’y rendent régulièrement.

Profitant d’une accalmie sur les lignes de front officielles, le M23 a cherché à constituer des coalitions avec d’autres groupes armés dans les deux provinces du Kivu ainsi que dans le district d’Ituri et au Kasaï Occidental. Le colonel Sultani Makenga s’est affirmé comme étant le « coordonnateur » des groupes armés alliés du Mouvement. En août et septembre, il a donné l’ordre aux Raia Mutomboki de lancer des attaques meurtrières motivées par des considérations d’ordre ethnique, qui se sont soldées par l’incendie de plus de 800 habitations et la mort de centaines de civils issus des communautés hutues congolaises de Masisi, dont les milices avaient refusé de s’allier au M23.

L’exploitation et le recrutement d’enfants soldats par des groupes armés, notamment le M23, se sont amplifiés. En particulier, plusieurs commandants du M23 connus pour avoir déjà recruté des enfants ont supervisé le recrutement et la formation de centaines de jeunes garçons et de jeunes filles. En outre, certains commandants du M23 ont ordonné l’exécution sommaire de dizaines de recrues et de prisonniers de guerre.

Les nombreuses tentatives du M23 de forger un front commun avec les groupes armés des ethnies hema et lendu, en Ituri, ainsi qu’avec les Banyamulenge du SudKivu se sont heurtées à une forte résistance. Pour contrer les alliances souhaitées par le M23, le Gouvernement congolais s’est employé à favoriser l’intégration de groupes armés, notamment en Ituri et au Masisi.

Alors que leurs effectifs sont au plus bas, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui continuent cependant à commettre des exactions contre les populations civiles, reçoivent encore moins d’appui de l’extérieur qu’auparavant. Elles s’emploient essentiellement à résister aux attaques des forces armées congolaises et des alliés du M23. Des officiers subalternes des FDLR ont cherché à s’allier avec le gouvernement congolais contre le M23 et certains réseaux criminels des forces armées congolaises continuent de leur vendre des munitions en petites quantités. Cependant, il n’existe pas de preuve d’une coopération stratégique entre les FDLR et le Gouvernement congolais.

En ce qui concerne les groupes rebelles burundais, les Forces nationales de libération (FNL) restent divisées et font appel à des groupes armés congolais sur le terrain, tandis que le Front national pour la révolution au Burundi se dénomme désormais Front du peuple murundi (FPM) et s’est allié au M23 dans le Sud-Kivu.
Les Forces démocratiques alliées (FDA), sous contrôle ougandais, ont renforcé leurs moyens militaires en coopérant avec la mouvance Al-Chabab en Afrique de l’Est.

Les forces armées congolaises continuent d’être la proie de réseaux criminels qui permettent aux officiers supérieurs de s’enrichir par l’emprise sur les ressources naturelles et la contrebande, notamment par le trafic d’ivoire mené par des groupes armés. Le général Gabriel Amisi, chef d’état-major des forces terrestres, contrôle un réseau de distribution de munitions de chasse à des braconniers et des groupes armés, dont les Raia Mutomboki. Le désarmement et la gestion des stocks d’armes sont également entravés par la progression de la demande d’armes en rapport avec le M23 : sur le marché des armes légères, les prix ont été multipliés par quatre.

L’application des directives du Gouvernement congolais enjoignant aux exportateurs de minerai d’exercer leur devoir de diligence conformément aux lignes directrices de l’ONU et de l’Organisation de coopération et de développement économiques a quasiment mis un terme aux exportations d’étain, de tantale et de tungstène en provenance de l’est de la RDC; seules les exportations en provenance du nord du Katanga, où l’origine des minerais est certifiée depuis 2011, se poursuivent. La contrebande vers le Rwanda et le Burundi est en progression. La crédibilité du système rwandais de certification des minerais est menacée par le blanchiment de produits miniers congolais, les certificats d’origine étant couramment vendus par les coopératives minières. Plusieurs négociants ont financé le M23 au moyen des bénéfices qu’ils tirent de la contrebande de minerais d’origine congolaise au Rwanda.

Alors que la production de minerai d’étain a régressé dans les Kivus, celle de minerai de tantale et de tungstène se poursuit malgré la certification exigée par la communauté internationale, ces deux produits étant plus faciles à exporter en contrebande. Les exportations rwandaises de tantale et de tungstène ont donc progressé d’autant en 2012, tandis que celles d’étain ont reculé.

La baisse des cours et le recul de la production ont eu, dans certains bassins miniers, des incidences préjudiciables sur le plan socioéconomique. Toutefois, de nouveaux débouchés sont apparus là où ces bassins se sont adaptés à d’autres secteurs de l’économie. La sécurité s’est améliorée dans la plupart des grands bassins d’extraction de l’étain et du tantale, de sorte que le financement des conflits s’y est amenuisé, et la surveillance ainsi que les contrôles exercés par les autorités civiles et les organisations non gouvernementales s’y sont approfondis.

Les groupes armés, les réseaux criminels des forces armées congolaises et les mineurs se déplacent aisément vers les bassins aurifères, où le devoir de diligence n’a pas eu d’incidences sur les échanges. Le minerai d’or extrait dans l’est de la RDC est en quasi-totalité exporté en contrebande; quelques grands négociants de Kampala et de Bujumbura en réexportent ainsi plusieurs tonnes par an, qui représentent des centaines de millions de dollars des États-Unis. La plus grande partie de l’or d’origine congolaise qui se retrouve dans les Émirats arabes unis est fondu et revendu à des bijoutiers. Le gel des avoirs imposé par le Conseil de sécurité n’a en rien entravé les opérations de l’ancien propriétaire de l’entreprise Machanga Ltd.; en effet, bien que visé par les sanctions, il continue d’exporter sa marchandise par le biais de sociétés-écrans, et à transférer d’importantes sommes d’argent à ses fournisseurs en RDC.

cliquez ici integral

ET LA DÉMOCRATIE AU RWANDA ?

 

    Deux rapports récents et complémentaires signalent les dérives autoritaires du régime de Kigali dont on sait déjà qu’à sa naissance, il n’a pas été porté sur les fonts baptismaux par la Démocratie.

 

    Il s’agit tout d’abord du rapport annuel du service civil de renseignement belge publié le 21 novembre 2012.

    Ce rapport note d’abord que « le régime rwandais « se crispe » et [que] le cercle des proches autour du président Kagame se rétrécit de plus en plus ». Les défections de proches, notamment du général Faustin Kayumba, ancien chef d’état-major de l’armée, ont amené à des postes clés de l’armée et du renseignement des durs du régime.

    Il signale encore la censure et la répression contre les médias et l’anéantissement presque total de l’opposition politique : « L’opposition politique intérieure n’existe pas et tous les leaders politiques importants se trouvent en prison ou ont fui à l’étranger. » Car c’est bien à l’étranger que se trouve l’opposition rwandaise et on ne peut que déplorer sa fragmentation.

 

    Il s’agit ensuite d’un rapport d’Amnesty International paru en octobre 2012 et intitulé « Rwanda : Dans le plus grand secret. Détention illégale et torture aux mains du Service de renseignement militaire. »

    Il révèle qu’à côté des progrès apparents accomplis par le Rwanda en matière d’amélioration des conditions de vie dans les prisons dépendant du Service national correctionnel, un système parallèle de détention par les militaires a été mis en place.

    Le rapport, dont on peut lire l’intégralité sur le site amnesty.org (index AFR47/004/2012/French), expose en détail les cas de détention illégale, d’actes de torture et de disparitions qui sont le fait des agents du Service de renseignement militaire et qui se sont multipliés à l’approche de l’élection présidentielle d’août 2012.

LA GUERRE DU KIVU

LA GUERRE DU KIVU ET LA SITUATION
DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS

Petite tentative pour essayer d’y voir clair

 Pour tous ceux qui s’intéressent au Rwanda, mais aussi à la République démocratique du Congo (RDC), il est fondamental d’essayer de suivre et de comprendre ce qui se passe au Kivu depuis le mois d’avril 2012.
Là se joue une partie du bras de fer entre Joseph Kabila, le président peu fréquentable de la RDC qui peine à trouver des alliés, et Paul Kagame, le Bismarck rwandais dont les méthodes
peu recommandables commencent à être dénoncées de toute part malgré son art consommé de « l’enfumage ». Les amis traditionnels du président rwandais prennent de la distance, mais n’en continuent pas moins à l’aider en sous-main. Business is business !
De l’issue de cette confrontation dépendent le sort de la RDC et, nous le croyons, la place de la France en Afrique !
Ce modeste point de situation a été réalisé à partir de documents ouverts et n’engage que nous.

Lire la suite  LA GUERRE DU KIVU SITUATION

POURQUOI CETTE NOUVELLE GUERRE AU KIVU?

Pour ceux qui s’interrogent sur la situation au Kivu, voici une synthèse de Bernard Lugan qui dévoile les mécanismes et les enjeux de cet incompréhensible imbroglio et explique le jeu des Etats-Unis et de leur valet d’armes, le Rwanda. Ils liront également avec profit l’article de l’ambassadeur Francis Saudubray paru dans « Le Figaro » du 22 novembre 2012.
 
 
POURQUOI CETTE NOUVELLE GUERRE AU KIVU?

20 000 Casques bleus sont stationnés en RDC dans le cadre de la Monusco (Mission des Nations Unies au Congo). Leur entretien coûte 1 milliard de dollars par an à la communauté internationale (trois fois plus que la Finul). Sur cette somme, la France participe pour 1,84 million de dollars en versement direct, plus sa quote-part dans les 16,8 millions de dollars versés par la Commission européenne…

Pourquoi ces « soldats de la paix » n’ont-ils rien tenté pour s’opposer à l’actuelle offensive du Rwanda dans le nord Kivu ? La réponse est simple : le Rwanda a reçu le feu vert des Etats-Unis dans sa politique visant à faire du Kivu un protectorat.

Depuis 1996 le Rwanda occupe les deux Kivu et pille leurs richesses. En 2007, poussé par son opposition, le président Kabila sembla vouloir reprendre le contrôle de la région, ce qui provoqua la guerre. Au mois de décembre 2007, les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo), furent défaites par les combattants du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) de Laurent Nkunda, un ancien officier de l’armée de Paul Kagamé. Aux termes d’un accord de paix signé le 23 mars 2009, la milice du CNDP intégra l’armée nationale, les FARDC.

Au mois de mars 2012, quand il fut question de déployer les hommes du CNDP ailleurs qu’au Kivu, ces derniers se mutinèrent et créèrent un mouvement nommé M23 en référence aux accords du 23 mars 2009 qu’ils accusaient Kinshasa de violer.  Leur chef était le « général » Bosco Ntaganda que la Cour pénale internationale (CPI) considère comme un criminel de guerre pour des massacres commis entre 1998 et 2003. Ce Tutsi congolais ancien de l’armée rwandaise fut ensuite rejoint par un autre Tutsi congolais, le colonel Sultani Makenga.

Avec près de 5000 hommes bien entraînés et très largement aidés par le Rwanda, le M23 a surclassé les FARDC sous le regard aussi passif qu’impuissant des Casques bleus de la Monusco.

Le fond du problème est que Washington et Kigali ont des intérêts régionaux communs au Kivu :

– Pour les Etats-Unis, la RDC n’existe plus. Or, dans l’est du pays, se trouvent ces minerais rares, dont le coltan, tant recherchés par la Chine et les autres puissances asiatiques pour  la fabrication des puces électroniques. Or encore, ces mines sont sous contrôle rwandais, pays qui doit tout aux Etats-Unis et que ces derniers ont réussi à faire nommer comme membre non permanent du Conseil de sécurité de l’Onu alors que les rapports successifs rendus par cette même organisation dénoncent tous le rôle dans la déstabilisation de la région…

En réalité, les Etats-Unis et les compagnies pétrolières occidentales ont intérêt à ce que la RDC soit incapable de reprendre le contrôle de ses provinces orientales car si l’autorité de Kinshasa y était rétablie, les acheteurs ne seraient plus rwando-américains, mais chinois. Voilà pourquoi ils permettent au Rwanda de mener sa guerre conquête à travers le M23.

– Le Rwanda est quant à lui face à une obligation géopolitique vitale qui est que sa prospérité est largement bâtie sur le pillage des richesses du Kivu. Selon l’ONU, le pays constituerait même la plaque tournante du commerce illicite des pierres précieuses congolaises qui se fait à travers des sociétés écran et des coopératives minières qui accordent le label « Rwanda » aux productions congolaises. En plus du coltan et de l’or, le pétrole de la région de Rutshuru, prolongement de celui du bassin du lac Albert, fait que le Rwanda ne peut pas se retirer d’une région dont le sous-sol pourrait abriter des réserves pouvant atteindre plusieurs milliards de barils. Quant à sa suicidaire surpopulation elle doit, sous peine d’apocalypse, se déverser dans un  Kivu sous-peuplé.

Voilà pourquoi, au Kivu, Kigali s’emploie donc à créer une situation de non-retour débouchant sur une sorte d’autonomie régionale sous son contrôle.

Existe-t-il une politique alternative au fait que les Etats-Unis ont décidé d’ancrer leur présence régionale sur le Rwanda ? Non, car la RDC est un immense ventre mou, une façon d’Etat dont l’artificielle unité a volé en éclats avec le renversement du régime Mobutu que la France, une fois encore au nom des « droits de l’homme », a laissé se produire après avoir été littéralement désarmée moralement par l’insidieuse campagne rwando-américaine qui la dénonçait comme complice des génocidaires rwandais.

A travers la guerre du Kivu nous mesurons aujourd’hui les conséquences de la politique anti française menée depuis les années 1990 par nos « alliés » et « amis » américains et leur partenaire rwandais avec la complicité de bien des journalistes et ONG français. 

Bernard Lugan

25/11/12

La France a-t-elle participé au génocide rwandais ?

notes_de_lecture_livrepar Jean-Marie Viannay Ndagijimana

Cette question (dont France-Turquoise connaît la réponse) continue de revenir régulièrement dans l’actualité médiatique plus de vingt ans après le début du drame rwandais.

    Monsieur Ndagijimana la pose aussi, lui qui fut ambassadeur du Rwanda à Paris de 1990 à 1994, et dont on se rappelle un autre ouvrage paru en 2009, « Paul Kagame a sacrifié les Tutsi ». Mais c’est pour y répondre et y répondre clairement.

    Il reprend l’un après l’autre les griefs et les accusations qui reviennent de manière récurrente dans les médias stipendiés et les livres complaisants. Partant de sa connaissance intime du dossier jusque dans ses parties les plus confidentielles, de documents officiels, de témoignages irréfutables et d’une analyse logique des mécanismes de la crise, il démonte ces insinuations et accusations calomnieuses dont il montre bien in fine qu’elles sont le fruit de l’agitprop de l’actuel régime rwandais qui assure sa survie par le mensonge et la fabrication de faux témoignages.

    Non, la France n’a pas essayé de maintenir quoi qu’il en coûtât un régime autoritaire à la tête du Rwanda. Au contraire, elle l’a conduit au dialogue avec l’opposition et au multipartisme.

    Non, Turquoise n’a pas eu pour objectif d’arrêter l’avancée du FPR et n’a pas servi à protéger les « génocidaires ». L’opération a sauvé des vies humaines.

    Laissons la conclusion à Monsieur Ndagijimana :

    « Ceux qui en France mettent en cause la mission Turquoise seraient mieux inspirés de se poser les quelques questions suivantes :

–        Quel autre pays, quelle autre puissance, a fait autant ou mieux que la France au cours de la même période ? Les Etats-Unis, l’Allemagne ? La Belgique, ancienne puissance tutrice ? La Chine ? La Russie ? Non, aucun autre pays n’a levé le petit doigt pour sauver ne fût-ce qu’un Rwandais.

–        Pourquoi la France a-t-elle été seule au Rwanda au contraire de certaines autres puissances aujourd’hui promptes à présenter des excuses publiques pour leur inaction coupable ?

–        Et si la France avait eu la même attitude que la Belgique, que les USA, la GB, l’Allemagne, la Chine, la Russie ? Et si les Rwandais avaient été totalement abandonnés à eux-mêmes, que ne diraient pas aujourd’hui les experts de la dernière heure ?

    Que seraient devenus les dizaines de milliers de Tutsi sauvés des griffes de miliciens Interhamwe si la mission Turquoise n’était pas intervenue ? La réponse est sans appel : ils auraient malheureusement connu le même sort que les centaines de milliers d’autres Tutsi tombés sous les machettes de génocidaires comme partout ailleurs dans le pays. »

Michel Fruchard

« GÉNOCIDE ET PROPAGANDE

« GÉNOCIDE ET PROPAGANDE
L’instrumentalisation politique des massacres »

d’Edward S. Herman et David Paterson

    Voici un petit livre (170 pages dont 35 de notes) d’une grande densité et d’une rigueur implacable écrit par un universitaire et un journaliste américains.
    Les auteurs se situent clairement dans le courant d’idées de Noam Chomsky, ce contempteur intransigeant de l’impérialisme américain qui a d’ailleurs rédigé l’avant-propos de l’ouvrage et dont Edward S. Herman est un proche collaborateur.
    Le propos de l’ouvrage est de démonter la mécanique qui permet de justifier les interventions militaires occidentales (et surtout américaines) en utilisant à tort et à travers le vocabulaire qui touche la sensibilité populaire : « massacre », « bain de sang », « génocide », de manière à agir au nom de la « responsabilité de protéger » que nous, Français, baptisons plutôt « devoir d’ingérence ».
    Les auteurs distinguent, avec Noam Chomsky, les « massacres constructifs » qui servent les intérêts des Etats-Unis, les « massacres bénins » imputables aux alliés ou clients des Etats-Unis, les « massacres néfastes » dont sont responsables des pays qui sont dans la ligne de mire des Etats-Unis, massacres qui peuvent être « mythiques » lorsqu’ils sont virtuels, voire fabriqués.
    La méthode consiste à confronter la sémantique des médias à propos d’un certain nombre de conflits récents (Irak, Ex-Yougoslavie, Kosovo, Rwanda, République démocratique du Congo, Darfour…) et la réalité du terrain, schématiquement de comparer le nombre de fois où les médias ont utilisé le terme « génocide » et le nombre de morts prouvés ou estimés.
    Cette arithmétique un peu macabre donne des résultats parlants. Ainsi les auteurs ont recensé :
– pour le Rwanda, 800 000 morts pour 3199 utilisations du terme « génocide », soit un ratio de 1/250,
– pour la République démocratique du Congo, 5 400 000 morts pour 17 utilisations du terme « génocide », soit un ratio de 1/317 647 !
    Cette simple comparaison donne à réfléchir.
    Il n’et pas dans notre propos de nous engager en faveur ou contre les thèses des auteurs, mais par sa rigueur méthodologique, cet ouvrage mérite d’être lu avec attention, ne serait-ce que pour la partie consacrée au Rwanda et à la République démocratique du Congo qui illustre très bien ce que sont un massacre néfaste (le génocide des Tutsis) et des massacres bénins (les massacres perpétrés par le FPR et la déstabilisation du Congo).
    Les auteurs présentent un résumé parfaitement clair de cette crise qui dure depuis vingt ans et démontent à partir d’une multitude de documents le jeu des acteurs, rejoignant largement les thèses de Pierre Péan dans « Carnages ».
    Qu’on nous permette une petite citation :
    « Des mensonges grossiers sont à présent totalement institutionnalisés sur le Rwanda et font désormais partie intégrante de l’idée (fausse) que les Occidentaux se font de cette période. En réalité, Paul Kagamé compte parmi les plus grands exterminateurs de notre époque. Et cependant, grâce à l’extraordinaire assemblage de mythes qui l’entoure, il jouit d’une immense popularité auprès de son parrain à Washington et son image de boucher est devenue celle d’un sauveur vénéré qui mérite un solide soutien de l’Occident. »
   On ne saurait mieux dire.

Michel FRUCHARD

RWANDA un autre regard

Cet engagement s’est concrétisé sous différentes formes. D’abord dans le domain
e de l’enseignement et de la contribution à la formation des jeunes, dans la logique de la motivation première de Madeleine Raffin qui, un jour du mois d’août 1968, mit le cap sur le Rwanda pour enseigner les mathématiques dans un petit séminaire, dans le sud du pays. Elle le fera jusqu’en 1986, l’année où elle assuma les fonctions de responsable de la coordination des études dans un autre établissement d’enseignement secondaire, le Groupe scolaire de Kibeho, dans la préfecture de Gikongoro. Quand, en 1993, elle est nommée directrice de la Caritas (l’équivalent du Secours catholique) du diocèse de Gikongoro, son pays d’adoption est déjà en proie à la guerre déclenchée le 1er octobre 1990, à partir de l’Ouganda, par le Front patriotique rwandais (FPR). La suite est connue : cette guerre qui a culminé avec le génocide de 1994 en s’étendant sur l’ensemble du pays au début du mois d’avril portera le FPR au pouvoir en juillet de la même année.
 
Madeleine Raffin a fait le choix de rester avec les Rwandais, y compris pendant ces années de braises et surtout en 1994, l’année de tous les dangers où ils se retrouvèrent abandonnés par la communauté internationale à leur triste sort de peuple à la merci de va-t-en-guerre ivres de haine. Elle a donc partagé avec ses hôtes le meilleur comme le pire de leur destin collectif. Voilà qui donne du poids à son témoignage, à propos notamment de certains événements qui ont marqué cette année tragique où, écrit-elle, « j’aurais pu me faire tuer des dizaines de fois ».
 
Le 8 septembre, lors de la présentation de son livre, elle a notamment remis les pendules à l’heure à propos de l’opération Turquoise cible de critiques construites sur des allégations sans fondement ressassées au service d’une propagande hostile à la France. Madeleine Raffin a livré sa part de vérité. S’en tenant strictement au constat des faits et événements dont elle a été témoin, elle a souligné que les militaires engagés dans l’opération Turquoise ont agi dans le cadre strict du mandat défini par l’ONU : celui d’une mission militaire à caractère humanitaire. « L’opération Turquoise a été durement critiquée. Pourtant, insiste Madeleine Raffin, la seule chose qu’on puisse lui reprocher est d’avoir été enclenchée trop tard, et ce n’est pas la faute des militaires, ni de la France. Des pressions sur l’ONU avaient retardé le plus possible cette opération qui a sauvé tant de vies… Je peux dire, parce que je l’ai vécu, que les militaires français ont arrêté les tueries, qu’ils ont agi avec diligence et professionnalisme dans cet enfer qu’était le Rwanda de l’époque… À partir de leur arrivée, nous avons pu organiser réellement les secours alors que c’était impossible auparavant. Grâce à l’opération Turquoise, l’aide humanitaire pouvait arriver. »
 
De tels témoignages, le Rwanda et les vrais amis du Rwanda ont en besoin comme autant de contributions précieuses qui aident à rétablir la vérité. La vérité sans laquelle l’avenir que les Rwandais se doivent de bâtir sur de solides fondations restera lourdement hypothéqué. Le livre de Madeleine Raffin est à lire dans cet esprit et c’est dans cette optique que l’auteur l’a présenté à ses amis rwandais ainsi qu’aux amis du Rwanda (et de Gikongoro en particulier) qui ont été nombreux à répondre à son invitation, le 8 septembre, à Saint-Lieux-lès-Lavaur.
 
 
Rwanda : un autre regard, par Madeleine Raffin, Éditions Sources du Nil, 206 p., 1
 
 

LA GUERRE DU KIVU

Paul Kagame est-il allé trop loin ?
La communauté internationale commence à prendre conscience de l’étendue des responsabilités du Rwanda dans la situation catastrophique de cette région.
Kigali perd peu à peu ses plus fidèles appuis.

On le sait, le Nord-Kivu est le théâtre d’une guerre larvée depuis la prise de pouvoir du FPR à Kigali et l’exode des hutus. Cette guerre a connu des épisodes aigus, notamment quand, avec l’appui du Rwanda et de l’Ouganda, Joseph-Désiré Kabila a pris le pouvoir à Kinshasa.
Depuis, les troubles ont continué, entretenus par des voisins très intéressés sous le regard plus ou moins complice des appuis traditionnels du régime de Kigali et permettant le pillage fructueux des richesses de cette région.
La guerre traverse une nouvelle phase critique depuis que le M23, mouvement rebelle rallié au pouvoir central congolais, est retourné à la dissidence, a bousculé les forces armées congolaises et marche sur Goma, provoquant un nouvel exode et de nouveaux massacres.
Rien de bien neuf, dira-t-on, c’est comme d’habitude. Eh bien si, car dans un rapport de l’ONU du 26 juin 2012, le groupe d’experts de la MINUSCO accuse le Rwanda de soutenir le M23 en fournissant « des armes, du ravitaillement militaire et de nouvelles recrues ».
Cette fois, Paul Kagame a beau accuser, selon son habitude, Steve Hege, coordinateur du groupe des experts de la MINUSCO, de révisionnisme pro-génocidaire et qualifier ces allégations de « ridicules et insensées », l’ONU appelle tous les pays de la région à « coopérer activement » pour stopper le M23 et, dans une déclaration du Conseil de sécurité, condamne « tout appui extérieur apporté » à la rébellion congolaise dans le Nord-Kivu et demande au M23 de cesser « toute avancée vers la ville de Goma ».
Parallèlement, les appuis traditionnels du régime de Kigali ont commencé à faire défection :
– le 27 juillet, les Pays-Bas ont suspendu leur aide au Rwanda tandis que les pays scandinaves reportaient leur aide budgétaire et que la Grande-Bretagne manifestait sa perplexité ;
– le 28 juillet, c’était au tour de l’Allemagne de suspendre son aide tandis que la France appelait à une déclaration du Conseil du de sécurité par la voix de Yamina Benguigui, ministre de la Francophonie ;
– le 29 juillet enfin, les Etats-Unis gelaient leur aide militaire au Rwanda.
Bref, le vent tourne pour Paul Kagame qui apparaît de plus en plus clairement pour ce qu’il est, un grand manipulateur qui, depuis les origines, utilise le génocide et le mensonge pour masquer la réalité de son pouvoir et de sa politique.
On pourra consulter avec intérêt :
– l’annexe au rapport des experts sur :
– 1 article de Jeune Afrique sur :

 

http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120729120807/?utm_source=feed

burner&utm_medium=twitter&utm_campaign=Feed%3A+jeune_afrique_Politique+%28Jeune+Afrique+Politique%29

-article dans le monde

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/08/10/face-a-l-ingerence-du-rwanda-rdc

-les-pays-occidentaux-reduisent-leurs-aides_1744660_3212.html

-digitalcongo
  http://www.digitalcongo.net/article/85832

-slateafrique

http://m.slateafrique.com/92751/rwanda-paul-kagame