Rwanda : Des accusations inacceptables

Menée à la demande des Nations Unies, sous l’égide et sous le contrôle de l’ONU et de ses Agences, l’Opération Turquoise s’est déroulée sous le regard permanent de plus d’une centaine de journalistes français et étrangers, ainsi que sous celui de nombreuses ONG.

L’intervention de l’armée française a ainsi permis de sauver des milliers de vies, principalement de Tutsis. Elle a mis fin au génocide et maintenu une grande partie de la population à l’intérieur du Rwanda, tout en lui assurant un important soutien humanitaire.

L’action de la Force Turquoise a été largement saluée par l’ensemble de la communauté internationale qui demandait même à la France de prolonger son mandat.

L’outrance des propos tenus par le régime de Kigali suffit à discréditer leurs auteurs et conduit à s’interroger sur les véritables motivations de ceux qui portent de telles accusations et de ceux qui les soutiennent.

Paris, le 10 Avril 2007

Le discernement nécessaire sur le Rwanda.

Revenons sur les faits. Suite à l’attentat du 6 Avril, l’essentiel de la force de l’ONU (MINUAR) s’étant retirée, près de 800000 personnes en majorité des tutsis sont massacrées par les hutus sans que la communauté internationale intervienne. Fin Juin, la France est mandatée par l’ONU pour l’envoi d’une force plurinationale neutre d’interposition : c’est l’opération Turquoise . L’action de la France est naturellement suivie sur le terrain, souvent avec suspicion, par de très nombreux observateurs français et étrangers (médias, ONG etc.…). Il est trop tard pour empêcher le génocide, mais Turquoise permet d’y mettre fin en sauvant plusieurs dizaines de milliers de vies. Elle fixe sur le territoire une grande partie de la population fuyant vers le Zaïre, face à l’avancée de l’armée du FPR (tutsis de l’extérieur), commandée par le Général Kagamé, qui met en déroute celle du régime en place. Malgré plusieurs appels à la trêve, celui-ci poursuit son offensive, provoquant la fuite des populations qui engendre une grave épidémie de choléra. Le bilan de Turquoise est à l’époque largement salué à l’ONU et dans les médias du monde entier.

Mais voici que 10 ans après ces évènements, des plaintes, étonnamment tardives, sont déposées contre l’action de soldats français au Rwanda qui se seraient rendus « complices du génocide ». Parallèlement des campagnes de presse développent le thème selon lequel Turquoise n’aurait servi qu’à couvrir la fuite des génocidaires.

Naturellement, si des fautes avaient été commises, il reviendrait à la Justice de les sanctionner. Mais j’affirme qu’il n’y a eu aucune ambiguïté dans les instructions données et dans la façon dont elles ont été exécutées. Dire que l’Armée Française a agi en complice du génocide est faux et diffamatoire. C’est pourquoi j’ai créé l’Association France-Turquoise. Son objet est de défendre les militaires injustement attaqués et de contribuer à l’établissement de la vérité sur ce drame .

Car dès 1994 je me suis posé des questions sur la stratégie du Général Kagamé :- intervention inexplicablement tardive de son armée pour secourir les Tutsis de l’intérieur – refus de tout cessez-le-feu malgré les demandes répétées de l’ONU, de l’armée vaincue et du commandant de Turquoise – volonté d’expulser la population au Zaïre en favorisant ainsi la fuite des génocidaires… Face à l’impossibilité de prendre le pouvoir par la voie démocratique initiée par les accords d’Arusha, la solution n’était-elle pas une conquête militaire par la force, au prix de massacres prévisibles enclenchant le processus incontrôlable ? Ce point central est au cœur du sujet. Car, comme le notait Carla del Ponte, ancien Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda : s’il s’avérait que « c’est le FPR qui a abattu l’avion, il faudrait réécrire l’histoire du génocide ». Ce qui ne consiste nullement à nier celui-ci.

Devant la menace d’une instruction judiciaire, le régime de Kigali a préventivement contre attaqué : outre les violentes critiques et les plaintes mentionnées, en créant une commission d’enquête interne destinée à montrer l’implication de la France dans le génocide, dont la mission et les conclusions sont ainsi fixées à l’avance.

Jouant sur l’émotion que suscitent de telles horreurs et s’appuyant efficacement sur des relais d’opinion très bien organisés, M. Kagamé fera tout pour attiser la culpabilité de l’opinion et accuser la France. Je constate que ce sont les mêmes qui condamnent l’inaction de la communauté internationale et fustigent celle de la France, qui a eu seule le courage d’intervenir. Les mêmes qui déplorent l’inaction de la Justice internationale, mais récusent l’action de la Justice française, parce qu’elle n’a pas conclu dans le sens souhaité par ceux qui voulaient l’empêcher d’enquêter.

Oui, les responsabilités engagées dans cet attentat, générateur des violences qui ont mené au génocide, doivent être portées devant la Justice Internationale. Mais il faut s’attendre à de nouvelles instrumentalisations de la Justice et de la population rwandaise. Devant de nouvelles accusations contre les soldats de Turquoise, qui ne sauraient tarder, il faudra alors aux médias et aux citoyens français faire preuve de beaucoup de sens critique et de discernement.

Rwanda : interview de Paul Quilès dans Libération le 24 novembre 2006

Comment réagissez-vous à cette décision?
Je ne suis pas étonné. A l’époque de la Mission d’information, nous savions qu’il y avait une zone d’ombre dans l’origine de l’attentat du 6 avril 1994. Nous avons demandé que la justice se saisisse de cette affaire au plus vite pour comprendre qui était à l’origine de ce qui a déclenché le génocide. Nous avions retenu deux hypothèses: celle d’une action des extrémistes au sein des Forces armées rwandaises (hutu) ou celle du Front patriotique rwandais (FPR) de Kagamé. Nous ne tranchions pas, mais les présomptions pesant sur le FPR étaient assez fortes.

En quoi consistaient-elles?
Il y avait des arguments techniques et politiques. Nous savons que le FPR possédait des missiles sol-air, retrouvés dans une «série» ougandaise (l’Ouganda était un allié proche du FPR, ndlr) De plus, nous avons noté une volonté délibérée chez les responsables rwandais, politiques et militaires (issus du FPR, ndlr), de dissimuler la vérité sur la possession de ces missiles. Par ailleurs, nous avions prévu d’entendre un ancien compagnon de route du FPR. Mais il a été mystérieusement assassiné…

Et la piste hutue?
Nous n’excluions pas que des extrémistes hutus, opposés à l’application des accords de paix d’Arusha (entre tutsis et hutus, parrainés par la France, ndlr), aient voulu se débarrasser du président Habyarimana. Mais au lendemain de l’attentat, il est apparu que ces extrémistes étaient totalement désarçonnés. Reste que, sur le plan technique, ils possédaient eux aussi des missiles sol-air.

Sans surprise, Paul Kagamé a réagi très vivement aux accusations du juge Bruguière. Pensez-vous qu’un point de non-retour a été atteint entre la France et le président rwandais ?
Kagamé n’a jamais hésité à s’appuyer sur le drame du génocide pour asseoir son pouvoir. Il en fait porter la responsabilité – au-delà des Rwandais eux-mêmes – aux puissances étrangères, notamment à la France. La Mission parlementaire a fait justice de cette accusation. Il ne faut jamais oublier – malheureusement – que ce sont des Rwandais qui ont massacré d’autres Rwandais.

Paul Quilès Libération 24 novembre 2006

Rwanda : une mise en cause fondamentale

Elles mettent en évidence la responsabilité directe du proche entourage du Chef du Front Patriotique Rwandais (FPR), actuellement au pouvoir au Rwanda, dans le déclenchement du terrible génocide intervenu en 1994 dans ce pays.  Cette annonce confirme ainsi les témoignages et indices convergents, déjà révélés par de nombreux témoins et observateurs, cet attentat paraissant bien s’inscrire dans une stratégie planifiée de prise militaire du pouvoir. L’instruction du juge Jean-Louis Bruguière apporte des données radicalement nouvelles, permettant de mieux comprendre l’enchaînement des très graves événements qui se sont déroulés à cette époque au Rwanda et d’éclairer d’un jour nouveau l’ensemble de cette tragédie.  Comme le déclarait Carla Del Ponte, ancien Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), s’il s’avérait que « c’est le FPR qui a abattu l’avion, il faudrait réécrire l’histoire du génocide ».    Cette information apporte un éclairage essentiel sur les accusations diffamatoires portées contre l’action de l’Armée Française et des militaires français dans le cadre de l’opération Turquoise de 1994, qui avait permis de mettre fin au génocide en sauvant de très nombreuses vies. 

Le 21 novembre 2006

Pour l’association France TurquoiseJacques Hogard, porte-parole.

 

 Consultez le rapport du juge Bruguière dans son intégralité

 

Lire l’interview de monsieur Paul Quilès dans Libération

Inkingi – Forces Démocratiques Unifiées

Inkingi – Forces Démocratiques Unifiées – United Democratic Forces
postbus 3124 2280 GC Rijswijk, Netherlands

Communiqué 01/06/SG/PP

Les FDU-Inkingi accueillent avec satisfaction la décision des autorités judiciaires françaises d’émettre des mandats d’arrêt internationaux contre les dirigeants ainsi que les membres du Front patriotique rwandais, FPR, impliqués dans l’attentat du 6 avril 1994 contre le Falcon 50 présidentiel rwandais.

Manipulation à Kigali.

Le régime rwandais veut en réalité se sortir d’un mauvais pas, à l’heure où le juge français Jean-Louis Bruguière se prépare à délivrer des mandats d’arrêt contre des responsables rwandais hauts placés, dans l’enquête sur l’attentat du 6 avri11994 qui coûta la vie à l’ancien président Juvénal Habyarimana et à l’équipage français de son avion. Cet attentat fut probablement fomenté par des proches du président Paul Kagamé. Ce fut l’élément déclencheur des massacres.

Des officiers français sont mis en cause dans le génocide. Certains sont déjà appelés à témoigner devant le
Tribunal pénal international sur le Rwanda qui siège à Arusha (Tanzanie). Le procureur du tribunal aux armées de Paris a aussi ouvert une instruction judiciaire contre X pour"complicité de génocide" et "complicité de crimes contre l’humanité", sur la foi d’une plainte déposée contre l’armée française en février 2005 par des Rwandais. Paris a décidé de jouer la transparence.

Michèle Alliot-Marie vient de déclassifier 105 notes de la DGSE concernant la présence militaire française dans ce pays en 1994. Les militaires qui ont servi au Rwanda n’entendent pas se laisser faire. Leurs arguments sont solides. Ils viennent de créer l’association France Turquoise, présidée parle général Jean-Claude Lafourcade, ancien patron de l’opération Turquoise (juin-août 1994).
Frédéric Pons

Rwanda : Les militaires français réagissent

Cette décision doit contribuer à rétablir la vérité sur l’engagement de l’armée française au Rwanda et, en ce sens, elle doit être approuvée.

L’opération Turquoise s’est déroulée dans un contexte humain particulièrement difficile et éprouvant pour les militaires qui y ont participé. Cette mission a permis de sauver des milliers de vies lors du génocide rwandais. Elle a été reconnue comme exemplaire par l’ensemble de la communauté internationale (ONU et UNHCR, notamment) et par la grande majorité des médias présents à l’époque sur le terrain.
Malgré cela, l’armée française est aujourd’hui accusée de « complicité de génocide et de crimes contre l’humanité ».

Cette accusation voudrait faire le procès de l’opération Turquoise et, au-delà, de la politique française au Rwanda. Cela n’est pas admissible.

S’il s’avérait que des fautes individuelles ont été commises, il reviendrait à la justice de les sanctionner. Si les accusations sont infondées, il faudra le faire savoir et d’en tirer les conséquences. Mais, en aucun cas, cette instruction ne saurait jeter l’opprobre sur l’action de l’armée française au Rwanda.

En tant que commandant de l’opération Turquoise sur le terrain, je peux, mieux que personne, certifier que le mandat de l’ONU était très clair et qu’il a été rempli en toute impartialité. D’ailleurs, les nombreux observateurs de l’ONU, des ONG et des médias, présents en permanence, auraient immédiatement réagi à tout manquement.

Par ailleurs, des informations récentes disponibles sur les événements du Rwanda éclairent d’un jour radicalement nouveau la genèse et le déroulement de cette épouvantable tragédie.

J’attends de la procédure en cours qu’elle me permette, avec d’autres, acteurs et témoins, de dire certaines vérités et de démontrer la réalité d’une opération de désinformation.

L’Association France Turquoise, récemment créée en vue de rassembler tous ceux qui souhaitent défendre et promouvoir l’honneur de l’armée française et des militaires français ayant servi au Rwanda, se réserve le droit de prendre toute initiative en ce sens.

Paris, le 5 juillet 2006.
Le Général (2S) Jean Claude LAFOURCADE

La véritable histoire des génocides rwandais

Bernard Debré
éditeur Jean-Claude Gawsewitch avril 2006

 

Huit ans après la parution du Retour du Mwami, Bernard Debré reprend et approfondit dans ce nouvel ouvrage, La véritable histoire des génocides rwandais, l’analyse qui lui avait valu à l’époque un certain nombre de critiques.

Bernard Debré n’entend pas remettre en cause ni l’existence ni l’ampleur du génocide perpétré par les Hutus sur les Tutsi. Néanmoins il apparaît aujourd’hui que les Tutsi des premières diasporas ont joué un rôle plus qu’ambigu dans son déclenchement et dans celui des guerres meurtrières qui ont suivi.

L’auteur pour illustrer son propos ne se limite pas à l’analyse de la seule période de 1994 mais recherche les racines du mal dans l’histoire ancienne et étudie les tensions politiques hégémoniques les plus récentes. Il décrit également l’amplitude géographique du conflit qui touche plusieurs pays de la zone. Enfin il souligne l’influence et la responsabilité des USA dans la tragédie qui se développe dans le sous-continent « Afrique centrale et de l’ouest ».

Bernard Debré est né en 1944 à Toulouse. Chirurgien des Hopitaux de Paris, ministre de la coopération de novembre 1994 à mai 1995, il est aujourd’hui député de Paris (XVe arrondisssement).

AS

Kagame criminel de guerre ?

Filip Reyntjens est un constitutionnaliste et politologue belge né en 1950. Il est professeur de droit et de sciences politiques à l’université d’Anvers. Il est spécialiste de l’Afrique subsaharienne, et notamment du Rwanda, premier pays sur lequel il a travaillé et auquel il consacre toujours une grande part de ses publications. Ses recherches portent principalement sur le droit constitutionnel, les politiques de développement et l’histoire de l’Afrique des grands lacs.

De 1976 à 1978, à la demande du président Juvénal Habyarimana, il a participé à l’élaboration de la constitution rwandaise. Il a été expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda jusqu’en 2005, date à laquelle il a démissionné pour protester contre l’impunité des membres du Front patriotique rwandais.(FPR, armée tutsi de Kagame) 

Il dirige une publication annuelle, Afrique des grands lacs : annuaire, publiée par les éditions de L’Harmattan.

Dès 1990, il a fortement critiqué les thèses de Jean-Pierre Chrétien et son « école franco-burundaise ». Il les accuse notamment de minimiser à outrance l’existence des ethnies, d’appliquer au Rwanda les schémas du Burundi et de refuser tout débat — en dénigrant leurs contradicteurs comme racistes ou sympathisants des extrémistes hutus.

À propos du génocide au Rwanda, Filip Reyntjens a progressivement modifié ses positions, atténuant ses critiques contre la France, et insistant davantage sur les responsabilités du Front patriotique rwandais, dont il avait d’ailleurs dénoncé les crimes dès 1995. Filip Reyntjens a qualifié Paul Kagame de « plus grand criminel en fonction ». Tout en critiquant certains aspects du livre de Pierre Péan, il a reconnu que son enquête sur les réseaux pro-FPR en France et en Belgique était sérieuse et tout à fait intéressante.

Extraits de l’encyclopédie Wikipédia

Noires fureurs, blancs menteurs Rwanda

Enfin paraît en novembre 2005 : « Noires fureurs, blancs menteurs Rwanda 1990-1994 » par Pierre Péan aux éditions Mille et une nuit.

Ce livre n’affirme pas, il démontre que le génocide de 1994 ne fut qu’un épisode dans une guerre civile et régionale ignorée, plus meurtrière encore, voulue depuis octobre 1990. Le FPR était prêt à tout pour conquérir le pouvoir à Kigali, y compris à sacrifier Hutus et Tutsis.

La dénonciation des uns et des autres est d’une intensité étonnante mais aussi réconfortante car argumentée. La vérité éclate et cela fait du bien.

Parmi les « idiots utiles » on trouve François Xavier Verschave, Patrick de Saint Exupéry, Jean Lacouture (ce dernier s’était déjà fourvoyé en épousant la cause des libérateurs Khmers rouge, qui ont libéré 6 millions de cambodgiens … de la vie.), Jean-Pierre Chrétien (le cachet universitaire du FPR, p. 389).

Ce livre a été écrit pour l’essentiel entre juillet et novembre 2005, l’auteur a eu accès à des informations sensibles : témoignages de personnalités, archives de l’Elysée, messages renseignements…. Il apporte une qualité impressionnante d’informations. Il est également riche d’enseignements sur les opérations en Afrique, le cadre de l’action, la médiatisation, le renseignement.

On notera le renvoi à Bernard Lugan, confirmant ainsi la qualité de l’ouvrage précité, « sur tous les sujets militaires impliquant l’armée française, lire l’excellent livre de Bernard Lugan « François Mitterrand, l’armée française et le Rwanda » (p. 162) », le livre de Péan complète parfaitement celui de Lugan.

L’auteur souligne que Kagame :

  • avait le plus profond mépris pour les Tutsis de l’intérieur, qualifiés de traîtres,
  • est à l’évidence celui a donné l’ordre d’abattre l’avion du Président Hbyarimana, ce qui a déclenché la panique chez les Hutus et le massacre des Tutsis, prétexte d’une prise de pouvoir par les armes, la voie des urnes étant impossible compte tenu du rapport ethnique

Quelques extraits , page 288 :

 « Le général Quesnot (note : le Chef de l’état-major particulier du Président de la République de l’époque) continuera lui aussi à désigner  le FPR. Le 29 avril, dans un récit destiné aux archives de l’Elysée , Quesnot traumatisé par les massacres, livre sans retenue sa colère et ses états d’âme :  » Nous sommes aussi coupable, car les accords d’Arusha auxquels nous avons contribué sont trop déséquilibrés. On a poussé les Hutus à signer, surtout Arusha-4 donnant un avantage exorbitant au FPR dans l’encadrement d’une future armée rwandaise. On a fait pression sur les Hutus pour qu’ils signent des conditions intenables. Le FPR est le parti le plus fasciste que j’ai rencontré en Afrique. Il peut être assimilé à des « Khmers noirs ». Il a une complicité belge. On a dit : les Hutus ont abattu l’avion d’Habyarimana. Mais c’est faux. Ce sont les mercenaires, recrutés par le FPR ou issus de lui, qui ont abattu l’avion. Et alors la Garde présidentielle, dont le chef avait été tué avec le Président et qui n’est pas composée d’enfants de chœur, s’est mise à massacrer : on avait tué leur Président. C’était exactement ce que voulait le FPR, car le Président Habyarimana constituait le seul véritable obstacle  à sa prise de pouvoir. Derrière tout cela il y a aussi Museveni qui veut créer un Tutsiland avec la complicité objective des Anglo-saxons, lesquels estiment que Museveni doit devenir le leader régional et assurer la stabilité dans la zone des grands lacs… « … »

 Page 496, dernière page du livre :

 « Paul Kagame et tous les blancs menteurs qui l’ont soutenu ont du souci à se faire. Vient le temps où toutes les manipulations déployées autour de la souffrance humaine seront mises au jour. Kagame et son entourage apparaîtront alors pour ce qu’ils sont, des criminels de guerre doublés de chefs mafieux responsables de millions de morts, qui ont pour longtemps déstabilisé l’Afrique centrale et asservi leur propre peuple. »

Un chapitre entier traite de l’affaire de Bisesero, point central de l’accusation de Mes Bourdon et Comte sous-tendant la plainte au Tribunal des armées (note : Le procédé consistant à créer une association de « victimes » des pseudos massacres de l’armée française, de s’en dire l’avocat puis de porter plainte, contre X, avec constitution de partie civile, imparable au niveau de l’ouverture de l’information, est commode quoique limite sur le plan déontologique. Il présente parallèlement, pour les plaignants, l’avantage d’éviter des poursuites pour diffamation ou dénonciation calomnieuse, en cas de rejet de la plainte ou de poursuites non fondées …). Il s’agit du chapitre 24 intitulé « Bisesero, ou l’inavouable manipulation ».

Page 457 :

 « 1.220 Tutsis qui erraient dans les collines de Bisesero, condamnés à une mort certaine, ont été sauvés, le 30 juin 1994 par les hommes du COS (note : commandement des opérations spéciales). Et pourtant, trois Tutsis de Bisesero, assistés par Mes Antoine Comte et William Bourdon (ex-secrétaire général de la FIDH, fédération internationale des droits de l’homme, toujours en pointe dans le combat pro-FPR), ont déposé plainte, le 17 février 2005 auprès du Tribunal des armées. Plainte contre X visant des militaires français accusés de génocide et de complicité de crimes contre l’humanité au Rwanda, appuyée explicitement sur le livre de Patrick de Saint-Exupéry, “L’inavouable”.

Patrick de Saint-Exupéry a accompagné le 27 juin un petit détachement militaire à Bisesero il y est revenu le 1er juillet, au lendemain de l’arrivée en masse des forces spéciales. L’intervalle de trois jours – du 27 au 30 juin – entre la première reconnaissance et le sauvetage, constitue le nœud du livre. Trois jours pendant lesquels l’état-major a, selon le journaliste du Figaro, délibérément laissé les miliciens tuer des milliers de Tutsis qu’il savait en danger de mort. “L’inavouable” est utilisé par Kigali et ses supporters français comme une pièce à charge contre l’armée française. Or, ce livre est une terrible manipulation. »

Pierre Péan décrit sans complaisance comment des journalistes, dont Patrick de Saint Exupéry, ont été trompés pour au final docilement épouser, sans ni recul ni doute, la thèse du FPR (page 272-274) :

« Le cas de Saint-Exupéry est loin d’être unique. Nombreux ont été les journalistes, les membres d’associations, les hommes politiques qui ont été, comme lui, emportés par l’émotion. Une émotion détournée, canalisée directement ou indirectement par le FPR. Manipulation non seulement abjecte, mais aussi redoutable, car difficilement parable. À. partir de ce qu’ils croyaient être la réalité, la plupart sont devenus des militants de la cause FPR, consciemment ou non. »

 On comprend la raison des commentaires déplaisants de l’intéressé (Saint-Exupéry) à l’égard du livre de Péan (cf. ci-après) dans le Figaro du 7 décembre 2005, dans tous les cas, le livre de Péan apporte d’intéressantes informations sur les « plaignants », affaire à suivre …

b)  les réactions au livre

 Les réactions sont immédiates, proportionnelles aux consciences qui ont été dérangés. L’auteur est assimilé à un néocolonialiste de la « Françafrique » (cf. 1.4. le texte de présentation du livre « Négrophobie » par son éditeur), comparé aux antisémites des années 1930 (toujours la machine à vitrifier la pensée) par Jean-Philippe Rémy du Monde (article du 3 décembre 2005), au prétexte (absurde) que Pierre Péan donnerait une version biaisée du conflit, en faveur des seuls Hutus  en niant de surcroît les massacres de Tutsis (c’est radicalement inexact).

Pour le Monde, cette posture vis à vis du rôle de la France au Rwanda est relativement nouvelle et inquiétante. En effet, ce quotidien avait jusqu’à présent sur ce sujet une toute autre approche, nettement plus conforme aux principes élémentaires de déontologie. Faut-il en déduire que le départ du journal de l’excellent africaniste, Stephen Smith, est à l’origine de ce changement drastique ?

Quant au Figaro, la rédaction a laissé le soin à Patrick de Saint Exupéry – que l’engagement en faveur de Kagame aurait dû disqualifier pour cet exercice – le soin d’exécuter le livre et son auteur. Cet article constitue une accumulation d’âneries, de citations tronquées et hors contexte à l’encontre d’un livre argumenté, documenté représentant plus de 500 pages et annexes.

Il est vraisemblable qu’en fait le journaliste n’a pas lu le livre, se contentant de la préface et du chapitre 22 ou il est mis en cause. L’article dont il s’agit est reproduit in extenso :

Péan, un libelle sur le Rwanda.

En quelque 500 pages, Pierre Péan entend démonter dans Noires fureurs, blancs menteurs, un ouvrage consacré à la tragédie traversée par le Rwanda en 1994, les deux points nodaux de ce qui serait, selon lui, une immense « manipulation ».L’histoire, affirme-t-il, aurait été « truquée». Le voici donc lancé à l’assaut de la question du génocide des Tutsis du Rwanda. A le lire, l’auteur cherche visiblement à établir que rien n’est simple, ce que nul ne conteste. Partant de ce postulat, Pierre Péan parcourt un chemin bien périlleux puisqu’il l’amène à formuler des propos outranciers. L’ancien chef de la rébellion, Paul Kagamé, aujourd’hui président du Rwanda, serait ainsi « un Führer (…) devenu directeur de Yad Vachem, le musée de la Shoah ». Quant aux Tutsis, victimes de ce génocide, les voici campés au rang d’une « race » dont un trait de caractère serait l’immémoriale « culture du mensonge » et dont l’objectif «final » serait de réduire au rang « d’Untermenschen » (sous-hommes) une communauté hutue, touchée elle aussi par la tragédie de 1994.

Ces principes posés, Pierre Péan poursuit son chemin pour en arriver à la question du rôle de la France, un rôle contesté et discuté puisqu’il fut objet de nombreuses enquêtes et d’une mission d’information (qui dura plusieurs mois) de l’Assemblée nationale. Au terme d’innombrables philippiques, Péan assure démonter tout cela de manière définitive. Il n’y aurait là que faux procès et malsaines insinuations alimentés par une cinquième colonne entrée sous influence d’un « lobby tutsi » qui aurait su diriger ses « très belles femmes » vers « les lits appropriés ». Voilà le complot. Arrivé à ce point, le lecteur est saisi. Mais Péan enchaîne. Dans ce qui ressemble à un dérapage incontrôlé, il fait feu de tout bois : Juifs, francs-maçons belges, protestants français seraient ligués dans ce complot et bénéficieraient de l’appui de journalistes (dont l’auteur de ces lignes, accusé de s’être « prêté à une grave manipulation »), organisations humanitaires et défenseurs des droits de l’homme, tous ralliés, tous aveugles. Que dire alors ? Se taire, juste se taire. Le laisser, seul, assumer ses propos. Le Figaro 07/12/2005, Patrick de Saint-Exupéry.

Au final, il existe heureusement sur cet ouvrage quelques articles rédigés par des journalistes qui n’ont pas vocation à être les thuriféraires du FPR. Il est ainsi reproduit une partie du long article de François Schlosser du Nouvel observateur, qui rend compte du livre, avec objectivité et sa liberté de journaliste (on peut ne pas partager pas toutes ses appréciations, elles ont toutefois le mérite de l’honnêteté) et du livre d’Abdul Ruzibiza (ancien lieutenant de Kagame).

 La véritable histoire de ce drame n’a pas encore été écrite, pas plus que celle de l’ensemble des années les plus terribles que vient de vivre le Rwanda. Les crimes impunis du régime actuel de Kigali continuent de brouiller les perspectives. Car face aux révélations nouvelles et accablantes sur les exactions attribuées à Paul Kagame et à son armée, qui occupent aujourd’hui le devant de la scène, la réalité du génocide de 1994 contre les Tutsis tend à s’estomper. Déjà la vieille théorie du « double génocide » – ou plus simplement des « massacres ethniques » à l’africaine – refait surface. Au risque d’ouvrir la voie à un nouveau révisionnisme. »

d) Des reactions au livre (suite)

En septembre 2008 s’ouvre le procès intenté par SOS Racisme contre Pierre Péan pour « diffamation raciale ».

Commentaires :

Coup de boule

mardi 30 septembre 2008 par Séverin Buzinet  dans   BAKCHICH

      Cette fois, nous y sommes. Au nom de l’antiracisme, dans un procès bien artificiel pour « diffamation raciale », un témoin de l’accusation, donc de SOS Racisme, a jugé utile de comparer le journaliste et auteur Pierre Péan à Hitler, puisque son livre sur le Rwanda, si l’on remplace les mots « tutsis » par « juifs », lui a paru ressembler comme deux gouttes d’eau à Mein Kampf…Ce qui est plus ou moins le cas de La Guerre des boutons, si on remplace « ceux de Longeverne » par « SS ». Une bêtise aussi monstrueuse donne envie de plier ses lunettes, d’aller au lit et de ne plus jamais donner de coup de boule contre rien. On est au bout du bout, à la verticale du vide, et SOS Racisme, qui déjà, ces derniers temps, ne se signalait pas par sa finesse, dégringole cette fois en bas de la falaise.

Je n’ai absolument pas d’avis sur la question de savoir qui, des hutus ou des tutsis, a raison ou tort. Je ne dirai pas que je m’en fous, mais il me semble que la réponse à cette question a moins d’importance éthique que politique : choisissez votre ethnie, choisissez votre camp, embrassez le pouvoir de Kigali ou tournez-lui le dos, c’est comme vous voulez. L’enjeu éthique, c’est de dire qu’un pays où l’on peut ainsi se massacrer est monstrueux. Du point où je suis (et nous sommes nombreux à être là !) je n’ai aperçu qu’une guerre terrible dans laquelle, si je me souviens bien, tout le monde donnait de la machette avec une énergie haineuse. Avec, de ci de là, des français, des américains, des anglais, quelques belges en retard d’une colonisation, bref, un de ces merdiers illisibles sur lesquels les commentaires à chaud tiennent lieu de vérité provisoire, jusqu’à ce qu’inévitablement ils soient mis en cause quelques années plus tard. Une seule chose est certaine : même sans le moindre blanc dans le potage, il y aurait eu du rififi au Rwanda. Le génocide couvait depuis belle lurette. Ca, tout le monde vous le dira. Parce que là où il y a des tribus, il y a des guerres tribales. Et c’est abominable. Faut-il, sur ce point, fermer sa gueule ?

Il y a des tas de choses qu’il ne faut jamais dire sur l’Afrique. Des choses simples. Par exemple, qu’on y pratique l’excision avec la bénédiction des imams. Que depuis la fin de la colonisation, ce continent a utilisé sept cent fois plus de balles que la seconde guerre mondiale. Que l’on y trouve des guerres de religion « à l’ancienne » absolument spectaculaires, avec famines, massacres, dévastations atroces et Dieu qui reconnaîtra les siens (je vous rappelle que nous devons nous repentir des Croisades). Que la corruption est généralisée, qu’on marie les filles (souvent très jeunes) contre leur gré et une liasse de billets, et qu’ici ou là, l’esclavage existe encore (oh pardon, il ne faut jamais dire non plus que l’esclavage existait en Afrique avant que les blancs s’en occupent). Que les Droits de l’Homme, que tout les bons esprits réclamaient avec des clochettes au Tibet et autour du stade Olympique, ne sont pas mieux connus dans une tripotée d’Etats africains qu’en Birmanie (dont on parle) ou au Turkménistan (dont on parle très peu). Mais je n’ai encore jamais vu personne nier totalement que le tribalisme engendrait des comportements inadmissibles, et nourrissait une culture potentiellement sanguinaire. Voilà dans quel contexte culturel un génocide a eu lieu. Est-ce que les pratiques politiques ont changé depuis lors ?

Voilà où est le drame, voilà où se joue le racisme ordinaire, et certainement pas dans un bouquin de Péan ou d’un autre journaliste essayant de décrire ce merdier. Lequel Péan, qui a tout de même de sacrées références humanistes et professionnelles, est accusé (avec une violence incompréhensible) de « diffamation raciale » (comment peut-elle être raciale, puisque les races n’existent pas ?) pour avoir écrit que les Tutsis avaient une « culture du mensonge ». Et les Siciliens, une culture de l’omerta. Et les Marseillais, une culture de l’anisette. Et les Sarkozy, une culture du bling-bling. On se demande pourquoi SOS Racisme mégote son soutien à ces groupes humains fragilisés par l’insulte et la discrimination. D’autant plus que la culture du mensonge, c’est très bien vu en politique, tout le monde vous le dira. Je ne donnerai pas d’exemple pour ne pas me prendre un procès dans la gueule.

   Résultat des courses, l’association SOS Racisme s’est une fois de plus fourvoyée en envoyant à la barre ce fin connaisseur des écrits d’Hitler. Si pour plaider sa cause, elle en est réduite à cautionner de tels délires, qu’en sera-t-il demain ? Certains parlent d’un règlement de compte téléguidé par Kigali, que Kouchner courtise, et qui, dit-on, emploie les mêmes avocats que SOS-racisme. Ce serait abominable, je préfère ne pas y penser. Car ce qui attriste, c’est que des organisations fondamentalement utiles et nécessaires dans une démocratie semblent n’avoir désormais, pour raison d’exister, que la pratique du procès. Leur cadre de vie, c’est le prétoire. Leur pensée, c’est l’incrimination. Avec quels résultats ? Combien de procès ridicules, combien de non-lieu, combien d’échecs cuisants ? Après Morin, son chien ? Après Siné, son chat ? Après Péan, qui ? Et pendant qu’on traque le penseur, le dessinateur, le journaliste, l’Afrique fabrique des dictateurs… qu’on ne jugera sans doute jamais.

SOS Racisme traîne Péan en justice. Et relaie les accusations de Kigali contre la France

Hervé Deguine 30 septembre 2008 dans « CAUSEUR »

Historien et journaliste, Hervé Deguine, 44 ans, a été responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières et poursuit des recherches sur l’histoire contemporaine du Rwanda. Il est membre du comité de rédaction de Médias. Il était témoin de la Défense dans le procès intenté à Pierre Péan.

Sur le banc des accusés, Pierre Péan et son éditeur Claude Durand faisaient face à SOS Racisme. En réalité, ce procès était une nouvelle péripétie de la campagne menée par le régime de Kigali pour faire porter à la France la responsabilité du génocide.

Péan et Claude Durand, Pdg de Fayard, ont donc comparu la semaine dernière, du 23 au 25 septembre 2008, devant la XVIIe Chambre correctionnelle de Paris, pour « diffamation raciale » et « incitation à la haine raciale ». A l’origine de ce procès, une plainte déposée en octobre 2006 par SOS Racisme et de son président, Dominique Sopo, contre Noires fureurs, Blanc menteurs.

Ce livre, paru un an plus tôt, est un pavé dans la marre. Il remet en cause l’historiographie récente du Rwanda. Selon Péan, contrairement à la thèse généralement admise par les médias, ce ne sont pas les extrémistes hutus qui ont assassiné le président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, déclenchant le génocide qui coûta la vie à 600.000 Tutsis du Rwanda et le massacre de centaines de milliers de Hutus. C’est, au contraire, le Front Patriotique Rwandais (FPR) qui est à l’origine de cet attentant. Et qui, donc, porte une part de responsabilité dans les tueries qui ont suivi.

Depuis sa création en 1987, le FPR s’est présenté devant l’opinion publique internationale comme un mouvement de libération nationale, dont le but était de mettre un terme à la dictature du régime Habyarimana et d’installer la démocratie au Rwanda. Mais, explique Péan, dès le départ, le véritable objectif du FPR était tout autre. Fondé par les descendants de l’élite royale tutsie chassée du Rwanda en 1959 et réfugiée d’Ouganda, soutenu par les Etats-Unis, le FPR avait pour véritable objectif la reconquête totale du pouvoir par la force, quel que soit le prix à payer. Y compris si cela devait entraîner le massacre des Tutsis de « l’intérieur », ceux qui n’avaient pas fui le Rwanda en 1959. C’est finalement ce qui s’est produit. Le FPR est donc une organisation criminelle, dirigée par un chef cynique, Paul Kagame. Devenu chef de l’Etat en 1994, ce dernier a mis en place une dictature totalitaire qui ne tolère aucune opposition. Péan dénonce ce régime sanguinaire, accusant au passage les relais de désinformation qu’il a mis en place en Europe dans le but de dissimuler ses crimes : ce sont les « Blancs menteurs ».

Péan n’est pas un spécialiste du Rwanda. Il n’est ni historien, ni ethnologue. Comme le rappelle Florence Bourg, avocate de la Défense, c’est un « journaliste de combat ». Son livre, écrit en quelques mois, est sans nuance : « je l’ai écrit avec mes tripes », justifie l’auteur, révulsé par la découverte, au cours de ses recherches, d’une gigantesque manipulation de l’opinion publique. Ce que Péan affirme dans Noires fureurs, Blancs menteurs n’est pas nouveau. D’autres auteurs, universitaires (Reyntjens, Guichaoua), journalistes (Smith) ou témoins (Ruzibiza), l’ont dit ou écrit avant lui. Mais voilà : Péan est une personnalité publique et son livre connaît un impact médiatique considérable.

Lorsque le livre paraît, en octobre 2005, nous sommes à quelques mois de l’inculpation de neuf cadres dirigeants du FPR par le juge Jean-Louis Bruguière en raison de leur participation présumée à l’attentat du 6 avril 1994, inculpation qui entraîne la rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France. Le climat est pour le moins tendu. Irritées, voire inquiètes, les autorités de Kigali décident de réagir fermement à la publication de cet ouvrage potentiellement dangereux. L’association Ibuka organise une campagne de protestation en Europe. Association de survivants du génocide à l’origine, Ibuka a été rapidement récupérée par des proches de Kagame. Selon Human Rights Watch, International Crisis Group et Amnesty International, pour ne citer que ces trois organisations, Ibuka joue un rôle important dans la défense politique et idéologique du régime. En Belgique, Ibuka mobilise sa section locale et rassemble 217 plaignants contre Péan. Ces plaignants se présentent comme des survivants insultés par le livre de Péan. Certains le sont sans aucun doute : comment pourrait-il en être autrement, étant donné la gravité de l’accusation ? Mais un bon nombre sont des cadres politiques du régime en service commandé. Certains, comme Antoine Mugesera, Tom Ndahiro ou Eugène Twagira Mutabazi, se sont même fait connaître par leurs manœuvres gravement diffamatoires à l’encontre de journalistes rwandais ou européens. En France, Ibuka rencontre des difficultés juridiques et se rapproche de SOS Racisme, qui porte plainte.

Des accusations de négationnisme et de révisionnisme sont distillées dans la presse, mais les adversaires de Péan ne vont pas au bout de leur démarche. SOS Racisme ne s’en prend pas à la thèse de Péan. L’organisation antiraciste ne la cite pas, elle ne la critique pas : elle l’ignore. Dans sa plaidoirie, l’Accusation se défend même de vouloir attaquer l’homme – il est vrai que Pierre Péan a longtemps été parrain de SOS Racisme.

Ce que les avocats de Dominique Sopo reprochent à Péan et à son éditeur, ce sont quelques lignes situées dans l’introduction du livre, en périphérie du sujet principal. Après avoir brossé à gros traits l’histoire du Rwanda, Péan consacre quatre pages à un caractère culturel particulier au Rwanda : la culture du mensonge. S’appuyant sur des travaux universitaires bien connus des spécialistes, Péan veut montrer à quel point l’art du mensonge et de la dissimulation imprègne la vie quotidienne des Rwandais et, partant, la vie politique du pays. Cette spécificité rwandaise est un lieu commun pour les spécialistes, mais elle surprend les non-initiés. Est-ce pour cette raison que ce court extrait du texte de Péan, plus maladroit que malveillant, est perçu par SOS Racisme comme une « incitation à la haine raciale » ? « A ces rudiments d’histoire et de géographie [que l’auteur vient d’énumérer], il est important d’ajouter et de garder en tête que le Rwanda est aussi le pays des mille leurres, tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis, et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus », écrit Péan, demeurant bien en-deçà de ce qu’a pu écrire la journaliste belge proche du FPR Colette Braeckman qui, elle, n’a jamais été poursuivie par SOS-Racisme. On a donc des raisons de penser que ce ne sont pas ces quelques phrases mais le cœur de la thèse de Péan (et de Bruguière) qui ont fâché les dirigeants de Kigali et à, partant, à ceux qui sont, sans doute avec de bonnes intentions, devenus leurs relais en France. Et on les comprend : si Péan dit vrai, alors, la tragédie rwandaise ne peut plus se réduire à un affrontement entre bons et méchants. En effet, il faut alors admettre que, comme l’a affirmé Claude Durand, il y a des bourreaux parmi les victimes et des victimes parmi les bourreaux.

« On peut discuter cette formulation et même cette thèse, mais, dans un pays démocratique comme la France, doit-on le faire devant un tribunal ? », s’interroge l’africaniste Stephen Smith, dernier témoin entendu à l’audience. Faut-il résumer les 544 pages de la thèse de Péan, voire une vie d’engagement, à ces quatre lignes, et celles-ci suffisent-elles à comparer Noires fureurs à Mein Kampf, comme n’a pas hésité à le faire l’ancien président de l’Union des étudiants juifs de France, témoin de l’Accusation ? C’est une chose de critiquer la façon d’enquêter de Péan ou les faiblesses de son livre, c’en est une autre d’affirmer qu’il y a chez cet auteur une intention délibérée d’inciter à la haine ethnique, sans laquelle il n’y a pas matière à poursuite, résume l’avocat de la Défense, Me Jean-Yves Dupeux. « Les militants antiracistes se trompent de cible en s’attaquant à Péan, un homme qui a consacré toute sa vie de journaliste à la dénonciation des injustices, du racisme et de l’antisémitisme », conclut Claude Durand, directeur de Fayard.

Quelle que soit la sentence que prononceront les juges le 7 novembre prochain, une chose est certaine : la polémique entretenue au sujet des écrits prétendument racistes de Péan constitue d’ores et déjà une victoire pour Kigali. Les représentants de la présidence qui assistaient à l’audience peuvent être satisfaits de cet écran de fumée qui permet jusqu’à présent d’occulter le vrai débat : oui ou non le FPR est-il responsable de l’attentat du 6 avril 1994, du chaos, du génocide et des massacres qui s’ensuivirent ? Oui ou non Paul Kagame doit-il répondre de ses crimes présumés devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda ?

Pierre Péan s’entretient avec Frédéric Mitterand (55 minutes)

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