Rétablissement des relations France-Rwanda : à quel prix ?

En effet, si les déclarations officielles accompagnant cette décision importante vantent les mérites du régime actuel de Kigali, elles font le silence sur les graves mises en cause de l’action des militaires français ayant servi au Rwanda, notamment de ceux qui ont participé à l’Opération Turquoise menée en 1994 pour le compte des Nations Unies. Ces mises en cause sont récurrentes : plaintes déposées en 2005 devant le Tribunal aux Armées de Paris par des Rwandais pour « complicité de génocide » ; déclarations du Président Rwandais affirmant que les militaires de Turquoise étaient « venus pour tuer les Tutsis » ; accusations portées par le Gouvernement de Kigali en Août 2008 contre des officiers français « d’avoir pleinement pris en charge le projet génocidaire ». Dix officiers ont porté plainte à la suite de ces dernières accusations.

 

Alors même que de nombreux militaires ont été longuement entendus par la Brigade criminelle en qualité de témoins, aucune suite procédurale n’a été donnée aux plaintes de 2005 qui semblent être toujours en cours d’instruction. Plus de quatre ans après, les militaires concernés s’interrogent sur les délais de cette procédure dont ils demandent l’aboutissement. Mais la presse, française et internationale, rappelle régulièrement l’existence de ces plaintes, relayant ainsi publiquement ces soi-disant charges de « complicité de génocide » qui pèsent toujours contre l’armée française. Or chacun sait qu’il est plus facile de salir une personne et une institution par des accusations infondées que de rétablir la vérité plusieurs années après.

 

Le silence officiel concernant l’ensemble des accusations portées contre l’Armée Française depuis plusieurs années peut laisser penser que celles-ci sont fondées. Validées implicitement, elles resteraient ainsi dans l’Histoire. Si ces accusations sont infondées, elles doivent être dénoncées.

 

Il est normal d’exiger beaucoup des militaires, mais ils ne peuvent être les victimes désignées et muettes de jeux diplomatiques, voire d’une réal politik. Il revient alors aux hommes politiques de prendre leurs responsabilités, y compris pour assumer le passé.

A l’heure où la France dépêche ses soldats pour servir sur des théâtres d’opérations étrangers, les militaires français qui l’ont servie et sont injustement mis en cause attendent des plus hautes Autorités de l’Etat qu’elles se prononcent sur ce grave sujet.

 

La raison d’Etat ne saurait justifier que l’honneur de ces militaires reste bafoué et la vérité historique travestie. 

                                                            Général (2S) Jean Claude Lafourcade

                                                            Commandant l’opération Turquoise en 1994.

 

Politique française dans la région des « Grands Lacs » (Rwanda, RDC)

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Grands Lacs : Pax americana

Les choses semblent aller vite avec Barack Obama. Les Etats-Unis sont en train d’effectuer un retour en force en Afrique, l’initiative des opérations étant jusque-là laissée aux Européens. Preuve : Washington a pesé de tout son poids dans le revirement de situation constaté dans la région des Grands Lacs, avec le retour encore timide de la paix.

Des informations de plus en plus concordantes confirment l’implication des Etats-Unis dans le retour progressif de la paix dans la région des Grands Lacs. Notamment avec le début de normalisation des relations entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Certes, le dernier rapport des experts de l’Onu sur le soutien financier et militaire du Rwanda au mouvement de la rébellion armée du CNDP y a été pour quelque chose. Rapport qui a « énervé » plusieurs capitales européennes ; particulièrement Stockolm et Amsterdam qui ont suspendu leur aide à Kigali. Mais aussi Londres qui, jusqu’ à preuve du contraire, passe pour l’allié naturel de Kigali. Aussi, la Grande Bretagne a-t-elle collaboré étroitement avec les Etats-Unis pour mettre en garde le Rwanda contre un soutien quelconque au CNDP en vue de déstabiliser la RDC. Les choses se seraient passées pendant la «  période de transition », entre l’élection de Barack Obama et son investiture. Obama qui ne veut plus de « guerres idiotes » s’était déjà prononcé pour le retour de la paix dans la région des Grands Lacs en «  invitant les gouvernements étrangers a ne plus déstabiliser la République démocratique du Congo ».

La première opération d’AFRICOM

Il nous revient que ce travail aurait été élaboré et mis au point par l’AFRICOM, le Commandement militaire régional pour l’Afrique, dont le quartier général qui devrait être installé dans un pays africain, se trouve à Stuttgart, en Allemagne. Commandé par le général William E. Ward, un noir américain, AFRICOM a pour mission entre autres de veiller à la sécurité des Etats-Unis à partir du continent africain. Parmi les objectifs fixés à cette structure militaire, il y a la lutte contre le terrorisme et la compétition économique visant à contrer un pré-positionnement militaire des Etats-Unis face à la montée en puissance de la Chine sur le continent. Ce dernier objectif aurait pesé beaucoup dans l’intervention américaine pour ramener la paix en RDC et dans la région de l’Afrique de Grands Lacs. Aussi, AFRICOM opérationnel depuis octobre 2007 aurait mis au point un «  plan » qui a favorisé le rapprochement de la RDC et le Rwanda et la mise sur pied des opérations conjointes militaires avec d’une part l’Ouganda, et de l’autre, le Rwanda. Le but est d’anéantir les foyers de tension, de neutraliser les forces négatives et de ramener la paix, « PAX America », en vue de relancer le développement dans cette région si riche. C’est la première mission de l’AFRICOM en Afrique.

Résultats mitigés

A en croire certains experts, les résultats de ces deux opérations sont encore mitigés. La mission conjointe militaire avec l’Ouganda n’a pas donné les résultats escomptés. Si plusieurs bases militaires de la LRA ont été détruites, la capacité militaire de ce mouvement ne l’est pas. Et qui plus est, Joseph Kony, le leader charismatique de la LRA, est toujours en fuite. L’échec de cette mission incomberait à la partie ougandaise. En effet, selon des rumeurs répandues à Kampala, l’Etat-major général de l’armée ougandaise a été court-circuité. L’élaboration de ce plan a été confié au fils du président Museveni. D’où son exécution a posé des problèmes, suscitant un malaise dans les rangs des officiers ougandais. Mais au quartier général de l’AFRICOM, l’on se félicite du deal intervenu entre les présidents Paul Kagame et Joseph Kabila. Aussi, demeure-t-on convaincu que s’il n’y a pas de dérapage, la mission conjointe militaire avec le Rwanda aura plus de succès que celle avec l’Ouganda. L’heure serait donc à l’appréciation de ces deux opérations au niveau de l’AFRICOM. Ce plan, selon les mêmes sources, a été élaboré par le cabinet Bush mais finalisé par l’équipe Obama qui a décidé de son exécution. Les Européens sont avertis : les Etats-Unis sont en train de signer leur retour sur le continent en misant sur la paix effective pour relancer les économies africaines afin de faire de l’Afrique un vrai partenaire au développement durable.

Interview accordée à Freddy Mulumba (Le Potentiel), Jacques Kimpozo Mayala (Le Phare), Denis Lubindi (L’Avenir), Luc-Roger Mbala (L’Observateur) et GND (La Tempête des Tropiques) janvier 2009.

 Nicolas Sarkozy: « La France restera toujours un allié fidèle de la RDC

Interview exclusive accordée par  le président français Nicolas Sarkozy  à cinq journaux congolais : Le Potentiel, Le Phare, L’Avenir, L’Observateur et La Tempête des Tropiques. 17 février 2009

 

 

 M. Le Président, certains passages du discours que vous avez prononcé le 16 janvier, à l’occasion des vœux au Corps diplomatique, ont soulevé une vive polémique à Kinshasa. L’élite et la population congolaises souhaitent connaître le sens que vous donnez aux trois expressions suivantes : «  Cela met en cause la place, la question de l’avenir du Rwanda avec lequel la France a repris son dialogue, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite. Cela pose la question de la République démocratique du Congo, pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières » ; « Il faudra bien qu’à un moment ou à un autre, il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel mais un dialogue structurel » ; « Comment, dans cette région du monde, on partage l’espace, on partage les richesses ».

La France a toujours été, et elle restera toujours un allié fidèle de la RDC. Elle l’a été au long des années de la transition ; elle l’a été chaque fois que l’unité du Congo a été menacée. Elle cherche à aider le Congo à sortir de l’instabilité, à retrouver la paix et la stabilité. Je constate une chose : aujourd’hui, en dépit de tous les efforts accomplis, la paix ne s’est pas encore imposée au Congo et dans la région. Et les victimes, ce sont toujours les civils innocents des provinces orientales du Congo. Ces souffrances doivent cesser. Tous les Congolais ont droit à la paix et à la stabilité. La RDC a besoin de se développer – à l’Est comme dans toutes les provinces du pays –, de faire fructifier les richesses qui lui appartiennent, de prendre son avenir en main plutôt que de subir des guerres injustes et injustifiables. Le temps est venu de tourner la page de ces quinze dernières années. Alors je m’interroge : faut-il faire plus ? Faut-il faire mieux ? Faut-il faire autrement ?

Les polémiques n’ont pas lieu d’être et les procès qui nous sont faits sont sans fondement. Je voudrais souligner quelques idées simples. Il y a des principes sacrés : la souveraineté de la RDC, le respect de son intégrité territoriale, l’intangibilité de ses frontières. La France s’est toujours battue pour ces principes. Ce n’est pas avec moi que cela changera. Il y aussi une évidence : la RDC, c’est le cœur-même de l’Afrique, autour duquel le continent s’articule. Ses richesses potentielles sont immenses et pourtant, les Congolais n’en profitent pas, ou pas assez. Je suis désolé de vous le dire, mais quelque chose ne tourne pas rond !

Ma conviction, c’est que le retour de la paix doit s’accompagner d’un dialogue de fond. Regardez ce que nous avons fait en Europe : nous avons surmonté nos déchirures et nos divisions, surmonté les blessures si profondes de trois guerres entre la France et l’Allemagne en particulier, pour construire, à partir de projets concrets et dans le strict respect des Nations qui la composent, une Europe de paix et de prospérité. Bien sûr cela nous a pris du temps. Mais cela nous a permis la reconstruction ; cela nous a apporté une prospérité sans égal et l’essor de nos économies ; cela nous a apporté aussi la stabilité et la paix. Alors, au nom de quoi les pays autour des Grands Lacs seraient-ils condamnés à la répétition des guerres et au malheur ? Ne peuvent-ils surmonter cette fatalité que, pour ma part, je refuse ? Je veux croire en l’avenir.

L’intérêt des Congolais et des pays de la région, c’est de susciter des projets qui fédèrent plutôt que subir des appétits qui divisent, de couper à leur racine les causes de la rivalité, de la désunion et du malheur. Des institutions existent déjà, comme la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs. Alors il faudrait la revivifier, et peut-être même aller plus loin.

C’est dans cet esprit que je voudrais lancer quelques idées : les pays de la région, de l’Angola au Burundi, et pourquoi pas à la Tanzanie aussi, pourraient travailler ensemble, comme nous l’avons fait en Europe, pour structurer leurs marchés, organiser des filières agricoles, commerciales et industrielles, introduire davantage de transparence et de règles, développer les ressources énergétiques y compris par des micro-projets, assurer la sécurité alimentaire et sanitaire, faciliter l’accès à l’eau potable, protéger le patrimoine naturel, bâtir des infrastructures régionales pour créer de nouvelles opportunités et multiplier les débouchés.

Il y a tant de richesses à créer ou à mettre en valeur. Cela suppose de la confiance et ce dialogue structuré auquel j’ai fait référence. Cela suppose aussi la coopération, qui interdit la prédation ou l’exploitation. Et je souhaite insister sur ce point. Le président Kabila a dit que les décisions doivent être prises à Kinshasa, et nulle part ailleurs. Il a raison ! C’est aux Congolais eux-mêmes de trouver des solutions. C’est vrai aussi à l’échelle de toute la région : c’est aux Etats et aux populations de discuter, et disons-le, de coopérer pour régler les problèmes et retrouver de la confiance. La confiance, c’est fondamental. La paix ne peut jamais être imposée de l’extérieur.

 

Les Congolais ont l’impression que vous cherchez à vous rapprocher du Rwanda, sur le dos de la RDC, tout en prenant des distances avec vos prédécesseurs qui ont décidé l’opération Turquoise en 1994. Qu’y répondez-vous ?

Dois-je vous rappeler que vous êtes le premier pays francophone du monde ? La France sera toujours aux côtés des Congolais. La RDC tient une place toute particulière dans le cœur des Français. Mais je ne peux pas encourager la RDC à dialoguer avec ses voisins sans que la France le fasse aussi ! Vous avez tout de même noté que je me suis d’abord rapproché du président Dos Santos et que j’ai noué un partenariat stratégique avec l’Angola sur les questions africaines. Et comment pourrais-je aider les Congolais si je m’abstiens de parler au président du Rwanda ? Ces polémiques n’ont aucun sens. La France restera toujours fidèle en amitié. Et la France choisira toujours la voie du dialogue pour faire progresser la cause de la paix.

 

Principale victime de l’opération Turquoise, la RDC n’est-elle pas en droit d’espérer un dédommagement de Paris ?

Il faut regarder la vérité en face. Il faut reconnaître que les événements innommables de 1994 ont eu de lourdes conséquences pour la RDC. La crise qui frappe l’Est du Congo depuis des années a des racines historiques. C’est évident. Mais il faut dire aussi que ni la France, ni la communauté internationale n’ont été les instigateurs de l’arrivée des réfugiés hutus rwandais sur le sol congolais. Ces réfugiés ont fui leur pays et traversé la frontière de leur propre initiative. La France a pris le risque d’intervenir quand personne ne bougeait. L’opération Turquoise, je le rappelle, a été conduite sous mandat des Nations-unies. La France dans cette affaire n’a pas agi seule. Elle a agi au nom de la communauté internationale tout entière. Elle a sauvé des vies humaines en 1994, comme elle l’a fait à Bunia plus tard avec l’Opération Artémis dont tant de Congolais se souviennent. La France n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait. Mais, s’il vous plaît, tournons-nous vers l’avenir.

 

Votre discours semble signifier que la France a abandonné les intérêts de la Francophonie au profit des intérêts du monde anglo-saxon. L’opinion congolaise attendait en effet une position française favorable à la RDC et se demande désormais si la France participe au démembrement de la RDC. Quel jeu joue exactement la France dans les Grands Lacs ?

Mais pourquoi me parlez-vous de démembrement ? Qui a dit cela ? Ai-je jamais dit une telle chose, si contraire aux positions constantes de la France ? Je l’ai dit, et je le répète : la souveraineté de la RDC et l’intangibilité de ses frontières sont des principes sacrés. Si un pays continuera de se battre pour garantir leur plein respect, ce sera bien la France.

Je veux que la RDC retrouve en Afrique toute la place qui lui revient. Cela veut dire un Congo fort, uni, debout et prospère dans une région stable et apaisée. Un Congo qui se développe du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Ne nous voilons pas la face : cela demandera d’autant plus d’efforts et de détermination que la RDC est frappée par la crise économique, comme le reste du monde. Il n’y a qu’une solution possible : il faut se retrousser les manches, il faut investir dans l’avenir. Et, excusez-moi de le dire mais c’est une évidence, le Congo a tout à gagner, aussi, à tisser des liens fructueux avec ses voisins, de l’Atlantique à l’océan Indien. C’est valable partout ailleurs, alors pourquoi pas au cœur de l’Afrique !

 

Lors du sommet de La Baule, le président François Mitterrand avait posé entre autres préalable à l’aide française au développement des pays africains, la démocratie, la bonne gouvernance et le respect des Droits de l’Homme. A vos yeux, la RDC satisfait-elle à cette conditionnalité ?

La RDC est une jeune démocratie. Peu de processus électoraux en Afrique, ou ailleurs, sont aussi exemplaires que l’a été celui de 2006. Il a coûté 450 millions de dollars à la communauté internationale. Bien sûr, il y a encore de nombreux défis à relever : lutter contre la corruption, structurer l’armée, la police, la justice, décentraliser une partie des moyens. Beaucoup de chemin reste à parcourir. C’est justement parce que la France souhaite vous accompagner que je viendrai vous rendre visite très prochainement.

 

L’un de vos prédécesseurs avait déclaré que pour l’Afrique la démocratie est un luxe. A ce jour, partagez-vous cette opinion ?

De nombreux dirigeants africains avaient dit la même chose avant lui mais ce n’est pas le débat. Ma réponse est non ; la démocratie n’est pas un luxe, c’est au contraire une nécessité. Je ne suis pas de ceux qui opposent, un peu naïvement, démocratie et développement. Cela n’a aucun sens. Je ne crois pas non plus à une quelconque exception africaine. Je suis également choqué que certains responsables politiques africains puissent présenter l’exigence démocratique comme une simple conditionnalité imposée par des partenaires étrangers. Les Africains, comme tous les autres peuples, veulent élire leurs représentants. L’aspiration à la démocratie et au respect des droits de l’homme a été au cœur des luttes pour l’indépendance.

La démocratie est aussi une des conditions de l’amélioration de la gouvernance. Elle reste la meilleure garante de l’existence de contre-pouvoirs et de la capacité des administrés à demander aux gouvernants des comptes de leur gestion.

Je ne dis pas pour autant que l’instauration de la démocratie est facile, ni qu’elle suffit à régler tous les problèmes.

 

La RD Congo est à ce jour le premier pays francophone au monde. Pour quelles raisons la France paraît-elle la négliger, notamment en ce qui concerne les facilités nécessaires à son épanouissement culturel ainsi que dans le domaine de la recherche ?

La Francophonie, parlons-en. Elle nous appartient à tous et n’est pas la propriété de la France. Savez-vous qu’il y a quelques semaines, le Congo a dépassé la France comme premier pays francophone du monde ? Et dans quelques années, vous serez loin devant ! Nos relations doivent être à la hauteur de ce que nous partageons.

La France ne néglige pas la RDC en ce domaine. Nous partageons la même conviction : la culture est l’école de la libre expression, de la libre pensée, c’est un pilier de la démocratie. Votre pays est connu pour sa créativité culturelle et son dynamisme artistique. A Kinshasa, comme à Lubumbashi, les centres culturels français sont des lieux d’expression privilégiés des milieux culturels congolais.

 Au début de cette année, nous avons lancé un nouveau programme Francophonie en RDC. Il permettra de relancer l’enseignement du français à Kinshasa, à Lubumbashi, à Kisangani. Je vous annonce que nous allons aussi appuyer le développement du réseau des Alliances françaises tout particulièrement celles de Béni, Bunia, Goma, Bukavu, Uvira. C’est un vrai choix stratégique. L’éducation est la clé de l’avenir. Il y a d’autres projets, mais j’aurai l’occasion d’en parler lors de ma visite.

 

Quel pourrait-être l’apport de la France dans le redressement économique de la RDC en cette période de crise financière ?

Il n’y aura pas de redressement sans paix durable. A ce titre, la France veut continuer à accompagner la RDC sur le chemin de la paix. Ensuite, il faut un véritable plan de reconstruction concerté du pays. Pour cela, il faut de grands moyens. La France ne peut pas jouer ce rôle toute seule. Alors je réfléchis à la manière de consulter nos grands partenaires pour que nous puissions tous ensemble aider la RDC à se reconstruire. Et puis il faudra attirer davantage d’investissements privés. C’est pour moi un enjeu central. La France veut là aussi jouer tout son rôle. J’aborderai ces sujets lors de ma visite.

 

Dans le cadre de son aide à la RDC, que choisirait la France entre les priorités suivantes : créer des emplois pour venir en aide aux populations démunies, doter le pays d’une armée dissuasive, lutter contre la destruction très avancée de l’environnement ?

Aucune : il faut aider la RDC dans tous ces domaines, et d’autres encore ! La question n’est pas de choisir une priorité au détriment d’une autre ; la question, c’est d’être le plus efficace possible. Je ne ménagerai aucun effort pour convaincre tous les partenaires internationaux de s’engager avec moi aux côtés des Congolais. Mais au final, le destin du Congo est dans les mains des Congolais. L’avenir leur appartient. Et je sais qu’ils peuvent faire de grandes choses.


 

 

 Discours de Nicolas Sarkozy,président de la république française  devant le Parlement de la République Démocratique du Congo (RDC) réuni en Congrès.

26 mars 2009

Messieurs les Présidents,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
Et si vous me le permettez, Chers amis,

 

L’histoire est jalonnée de périodes charnières où d’immenses bouleversements ont mis les hommes à l’épreuve. Par faiblesse, ils ont pu se résigner à leurs malheurs et leurs démons. Mais quand ils étaient convaincus qu’en renonçant ils se condamnent, ils ont trouvé la force de changer leur destin et construire un avenir meilleur.
Le monde vit aujourd’hui l’une de ces périodes charnières. Nous ne pourrons pas refaire demain ce que nous avons fait hier. Si l’on ne veut plus souffrir des ravages de la crise économique actuelle, nous devrons changer les règles du capitalisme mondial. Si nous voulons écarter la menace du réchauffement climatique qui pèse sur notre avenir et celui de nos enfants, nous devrons changer radicalement nos habitudes. Si nous voulons que les exploités d’aujourd’hui se libèrent demain de leurs chaînes, nous devrons construire un monde juste.
L’Afrique aussi se trouve à un tournant. Car l’Afrique, on ne le dira jamais assez, n’est pas un continent à part, détaché des autres, enfermé dans je ne sais quel isolement.
L’Afrique bat au même rythme que le reste du monde.
Et le coeur de l’Afrique, il bat ici, en République démocratique du Congo!
Et le Congo, plus encore que les autres Nations d’Afrique et du monde, a lui aussi rendez-vous avec son destin. J’ai conscience de la gravité du moment. Car je suis convaincu qu’aujourd’hui, dans cette région d’Afrique centrale, l’heure est venue d’écrire un nouveau chapitre de son histoire.

Lire la suite sur le site de l’Elysée

 

 

A propos du Rwanda, des grands lacs et de la politique française en Afrique

Sous le titre: "A propos du Rwanda, des Grands lacs et de la politique française en Afrique", le bimestriel "Diplomatie" publie dans son numéro 37 de mars 2009 une analyse de la situation géopolitique au moment du déclenchement de l’opération Turquoise au Rwanda (22 juin, 22 août 1994) et de celle qui prévaut aujourd’hui dans la région des Grands lacs.

L’auteur est le colonel Jacques Hogard, ancien commandant du groupement sud de l’opération Turquoise qui s’interroge sur les mobiles des puissances à l’oeuvre en Afrique centrale.

Lire l’article du colonel Hogard

Situation au Kivu (janvier 2009)

Quelques vérités sur le conflit du Kivu

Que veut le Rwanda?

À l’issue des deux guerres du Congo (1996/1997 et 1998-2003) le Rwanda est devenu la puissance incontournable de l’Afrique des Grands Lacs. Sans son accord il est impossible d’envisager une solution au conflit du Kivu. Depuis 1994, il poursuit deux objectifs avec obstination: placer au pouvoir à Kinshasa un allié stratégique et balkaniser le Congo en faisant basculer le Kivu dans sa zone d’influence.La guerre dans l’Est de la RDC relancée en août 2008 par Laurent Nkunda sert cet objectif. La guerre s’autofinance par le pillage systématique des richesses naturelles du Kivu, sans que la «communauté internationale» ne s’en offusque vraiment.Trois raisons expliquent l’impunité dont le Rwanda jouit dans sa politique de déstabilisation du Congo: – son rôle de sous-traitant dans le transfert des ressources pillées au profit des consortiums occidentaux, – le fait que les États-Unis se sentent toujours coupables de n’avoir pas cru au génocide des Tutsi en 1994, ni pu l’empêcher et enfin,- le Rwanda sait se rendre utile: il est partie prenante à la «coalition des volontaires» ralliée à la guerre américaine en Irak; il coopère à la lutte contre le terrorisme menée par les États-Unis en envoyant des soldats au Darfour. On permet alors que le Rwanda soutienne Nkunda: il en a la légitimité, car selon ses alliés (Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne) la RD Congo et la MONUC n’ont jamais rien tenté pour désarmer les génocidaires hutu Interahamwe (FDLR) réfugiés au Kivu. 

Quels sont les acteurs de la guerre au Kivu?

– Le CNDP de Laurent Nkunda. Nkunda s’est proclamé le défenseur de sa communauté tutsi, Banyarwanda du Nord-Kivu, Banyamulenge du Sud-Kivu, qu’il estime menacée par la présence des FDLR dans la région. La dernière offensive du CNDP, débutée en août 2008, est toujours en cours avec l’aide du Rwanda, comme l’a prouvé un rapport d’experts de l’ONU publié le 12/12/2008. Il apparaît évident que le mobile ethnique avancé par Nkunda pour justifier sa présence armée au Kivu n’est qu’un prétexte masquant la convoitise du Rwanda sur cette partie du Congo.- Les FDLR. La lutte du CNDP de Nkunda contre les FDLR est l’expression de la volonté de Kigali d’empêcher le réarmement et l’éventuel retour au pouvoir au Rwanda des 5000 à 6000 ex-Interahamwe que le Congo utilise, ainsi que le confirme le rapport d’experts de l’ONU du 12 décembre 2008, comme supplétifs de son armée (FARDC).- Les FARDC. Depuis le début de la réouverture des hostilités, les forces armées congolaises (FARDC) ont connu déconvenues sur déconvenues. L’explication en est assez claire : ses unités sont issues du « brassage » des ex-milices armées qui dévastaient la région, intégrées au processus de paix de Sun City (17 décembre 2002). Ce « brassage » n’a, de fait, été qu’un simple démantèlement des divers groupes armés mais n’a pas donné naissance à une véritable armée nationale dont l’hétérogénéité est la caractéristique essentielle.- Les MAÏ-MAÏ représentent une nébuleuse de milices appartenant à divers groupes ethniques autochtones (Nande, Hunde, Bembe), évidemment opposés à l’hégémonie tutsie au Kivu, à la présence de troupes rwandaises en RDCongo et au CNDP de Laurent Nkunda.- La MONUC a démontré son inefficacité à protéger les populations civiles. Plusieurs raisons à cette faillite: ses contingents sont hétéroclites, pour la plupart indiens et pakistanais qui ne s’entendent pas et coordonnent mal leurs efforts; la complicité constatée de certains de ses membres avec la rébellion de Nkunda et l’implication avérée de plusieurs casques bleus dans des affaires de viols et de trafics de minerais ont achevé de discréditer la MONUC, à tel point que les Congolais s’interrogent sur l’opportunité de sa présence. 

Quelles sont les causes de la guerre?

– Une constante séculaire: les conflits entre communautés ont toujours été une résultante des problèmes liés au contrôle de la terre, du pouvoir et de l’économie. Le Rwanda est exigu, très peuplé, dépourvu de richesses naturelles et sa démographie galopante explique ses visées hégémoniques sur le Kivu voisin, qu’il considère comme un lebensraum (un habitat, un espace vital) indispensable dont il pille les ressources minières.- Le pillage du Kivu. Pays-entrepôt, c’est par le Rwanda que transitent les minerais exploités illégalement au Kivu: son activité de sous-traitant au profit de consortiums occidentaux lui vaut une aide massive des institutions financières internationales, tels le FMI et la Banque mondiale qui financent plus de la moitié de son budget annuel. En agissant ainsi, les Occidentaux financent la guerre et les massacres, favorisent le trafic d’armes et contribuent à la criminalisation de l’État rwandais. Avant le traité de paix Rwanda/RDC (30 juillet 2002), l’armée rwandaise supervisait cette prédation systématique. Après son retrait du Kivu, le pillage a continué par l’intermédiaire de réseaux structurés et par milices interposées, notamment celle de Nkunda, dont la présence empêche l’État congolais d’exercer son autorité sur la région. Le Rwanda conserve ainsi la mainmise sur les richesses de l’Est du Congo. Mais le coltan et la cassitérite du Kivu attirent d’autres prédateurs: les FDLR, certains commandants des FARDC, des hommes d’affaires locaux, dont certains sont soupçonnés de verser leur cotisation au CNDP de Nkunda, transporteurs et douaniers s’enrichissent à partir de cette économie illégale et, au bout de la chaîne, des courtiers occidentaux en tirent le plus de profit.- La concurrence Occident/Chine. Il n’est pas indifférent de noter que la guerre du Kivu a été relancée alors que le gouvernement congolais cherche à diversifier ses partenaires pour la reconstruction et le développement de la RDC, en signant avec la Chine en septembre 2007 d’importants contrats miniers (au Katanga) et de coopération. Les Occidentaux ont marqué leur mécontentement en refusant de reconsidérer la dette de la RDC auprès du FMI et craignent que la Chine en RDC ne vienne contrarier fortement leurs intérêts. Leur soutien traditionnel au Rwanda est plus que jamais d’actualité, comme la possibilité d’une partition du Congo et d’un changement de pouvoir à Kinshasa. En tout état de cause, l’exigence de Nkunda de voir remis en cause les contrats de coopération avec la Chine et son appel, début octobre, à renverser le gouvernement congolais ne doivent rien au hasard. 

Que faire?

– Négocier avec Nkunda ? Cela apparaît être une mission impossible tant les exigences de Nkunda sont irréalistes. Par exemple, vouloir étendre l’objet de la négociation en cours à Nairobi, à ce qu’il considère comme «des problèmes concernant tout le pays et pas seulement sur le conflit en cours» va au-delà du mandat conféré par l’ONU à son médiateur. Comment le gouvernement congolais, issu des urnes aux termes d’un processus électoral démocratique, pourrait-il accepter les demandes de Nkunda concernant des amendements constitutionnels pour un changement de régime à Kinshasa? Ce n’est pas par la négociation que l’on résoudra le problème Nkunda.- Négocier avec le Rwanda? Les Occidentaux (États-Unis, Union européenne) ont trop d’intérêts égoïstes dans la région pour exiger du Rwanda qu’il abandonne ses tentations d’élargir son emprise territoriale au Nord-Kivu, de mettre fin au pillage du Kivu et qu’il fasse pression sur Nkunda afin qu’il dépose les armes, en échange de l’aide financière généreuse que lui dispense le FMI.

– Il faudra alors penser à prendre des initiatives novatrices, à inventer un nouveau vécu régional, dont la RDC et le Rwanda ont une responsabilité historique: que ces deux pays dépassent leur antagonisme et réfléchissent ensemble à une recomposition concertée et globale de la région des Grands Lacs, «qu’il s’agisse des flux de population, de l’essor économique, de la sécurité, de la gestion des environnements et d’une pratique démocratique réelle». Le cadre institutionnel d’un «marché commun des Grands Lacs», qui ouvrira les frontières des Etats, sans pour autant les redessiner, reste à trouver, mais l’union pour les pays des Grands Lacs est une urgence. À défaut, ils connaîtront longtemps encore le chaos, la misère et la dépendance à l’égard de l’Occident, tellement responsable des catastrophes africaines.[1]

 Selon Alain BISCHOFF il est parfaitement impossible de négocier avec Nkunda dont les revendications se modifient régulièrement et deviennent de plus en plus irréalistes.Seules des mesures contraignantes qui nécessitent le concours, volontaire ou forcé, du gouvernement rwandais – le seul qui ait une prise sur Nkunda – paraissent susceptibles de stopper le chef rebelle dans son aventure». Si la Suède et les Pays-Bas ont opté, depuis le 12 décembre 2008, pour la suspension de leur aide à Kigali, s’engageant ainsi dans ces mesures contraignantes, la France se montre complaisante, la Belgique hypocrite, les Etats-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne continuent leur coopération avec Paul Kagame comme si de rien n’était.Toutefois le nœud du problème reste le pillage des ressources du Kivu : tant que la « communauté internationale » n’aura pas de comportement éthique en la matière, le coltan, l’étain, resteront des « minerais de sang » et le Kivu demeurera une sorte de « Lebensraum » (espace vital) rwandais. » De toutes les façons, il n’y a pas grand-chose à attendre de cette fameuse communauté internationale.Elle « préférera longtemps encore s’appuyer sur le Rwanda, Etat fort et dictatorial, plutôt que sur le Congo, Etat faible et fragile démocratie, pour s’assurer la pérennité de ses approvisionnements en coltan et en cassitérite du Kivu, dont l’exploitation et l’exportation vers des consortiums occidentaux constituent son intérêt primordial». « L’Onu a démontré sa totale impuissance à régler la crise; elle peine à trouver des renforts pour la Monuc : seuls 600 soldats du Bangladesh et quelques Guatémaltèques seraient disponibles à l’heure actuelle sur les 3000 dont l’envoi au Kivu est projeté. La Monuc a fait la preuve de son inefficacité à remplir son mandat, ne serait-ce que pour assurer la protection des civils dans le cadre du chapitre VII de la Charte de l’Onu.Les divisions européennes au sujet d’une intervention militaire ne sont pas de nature à régler la question de la guerre d’agression rwandaise dans la région des Grands Lacs.

Il est intéressant de lire les réactions des Congolais. Certaines de ces réactions estiment que nous devrions rompre avec la francophonie représentée par la Belgique et la France pour devenir anglophones à l’exemple du Rwanda, de l’Ouganda ou du Kenya. D’autres encore souhaitent que notre pays soit vendu au plus offrant ou qu’il soit balkanisé de façon que chaque province s’occupe de son propre développement. Il y a aussi les défenseurs acharnés de l’intégrité territoriale du Congo et de l’union congolaise comme dimensions indispensables à la promotion d’un nouvel esprit congolais. Pourquoi devrions-nous être ou francophones ou anglophones et pas «congolophones» c’est-à-dire nous-mêmes, dans la fidélité à l’esprit des pères de l’independence et dans le respect des autres identités?[2]

 

Un «Plan américain de fin de guerre au Kivu»

 La guerre au Kivu n’est pas politique, mais bel et bien économique. Chaque jour qui passe confirme cette thèse, comme le démontre clairement le dernier rapport des experts de l’Onu. Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, avait déjà attiré l’attention sur la «dimension économique» de cette guerre et invitait toutes les parties impliquées dans la recherche d’une solution durable à la guerre, à s’appesantir sérieusement sur cette «dimension économique».
Un «Plan américain de fin de guerre au Kivu» est fin prêt sur la table de Barack Obama, le président élu des Etats-Unis. Herman Cohen, ancien sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines (1989-1993) en est le grand inspirateur. Intitulé «L’Afrique peut-elle commercer la voie de la paix?», le plan a été rendu public le 15 décembre dernier.Pour Herman Cohen, «la seule façon de mettre fin à une guerre qui a causé cinq millions de morts et forcé des millions de personnes à fuir leurs foyers dans l’Est du Congo, c’est de répondre à la dimension internationale du conflit et à ses racines économiques». Même si le Rwanda nie sa responsabilité dans ces guerres, notamment en dénonçant le dernier rapport de l’Onu, Herman Cohen estime que le rôle du Rwanda dans ces conflits à l’Est de la Rdc est indéniable et de grande importance. Parlant de Nkunda, Herman Cohen dit: «Ses troupes sont armées et financées par le gouvernement du Rwanda. Ses opérations militaires visent principalement à empêcher l’armée de Kinshasa de rétablir son autorité sur les provinces de l’Est».Herman Cohen affirme encore:«Après avoir contrôlé les provinces du Kivu depuis 12 ans, le Rwanda ne veut pas renoncer à l’accès aux ressources naturelles congolaises qui représentent une bonne partie de son produit national brut, mais que le gouvernement congolais est en droit d’en prendre le contrôle pour en faire profiter son peuple. Cette dimension économique du conflit doit être prise en compte, sans qu’il y ait de gagnant, ni de perdant».Il propose donc un projet de marché commun incluant la RDC, le Rwanda, le Burundi, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. Cet accord autoriserait la libre circulation des personnes et des biens et garantirait aux entreprises rwandaises l’accès aux ressources minières et aux forêts congolaises. Les produits fabriqués à partir de ces matières premières continueraient d’être exportés via le Rwanda. Le grand changement serait le paiement des droits et des taxes au gouvernement congolais. Pour les entreprises rwandaises, ces prélèvements seraient compensés par la hausse des revenus». Selon Herman Cohen, ce marché commun permettrait à la RDC d’utiliser «les ports de l’océan Indien qui sont le débouché naturel des produits du Congo oriental, plutôt que ceux de l’océan Atlantique, à plus de 1600 km de là». Cohen reconnaît aussi que le Rwanda n’a pas seulement besoin des ressources naturelles de la Rdc, mais aussi de l’espace territorial. Il remarque: «En outre, la libre circulation des personnes viderait les camps des réfugiés et permettrait au pays à forte densité de population, dont le Rwanda et le Burundi de fournir la main-d’œuvre nécessaire pour le Congo et la Tanzanie».En conclusion, propose Herman Cohen à Barak Obama, «Si un tel marché commun peut être négocié, le Rwanda et le Congo n’auraient plus besoin de financer et d’armer des milices pour se faire la guerre sur les ressources naturelles dans les provinces de l’Est du Congo». Il y a un côté manifestement injuste dans la proposition de Cohen. Il semble se préoccuper de la situation du Rwanda à qui il reconnaît le droit de jouir obligatoirement des richesses du Congo. Lorsqu’il dit que les deux pays «n‘auront plus à se faire la guerre», il loge les deux Pays à la même enseigne et pourtant la Rdc n’a jamais attaqué le Rwanda. Partant de ce parti pris américain, les Congolais ont le droit de prendre avec des pincettes la proposition de Herman Cohen. La Rdc fait partie de la Sadc, de la Ceeac et de Comesa. Le Rwanda a également la liberté d’adhérer à toutes ces organisations, mais on constate que Kigali s’est retiré de la Ceeac. Le problème c’est que l’Amérique, incapable de continuer à justifier Kigali dans ses nombreuses agressions contre la Rdc, veut l’aider à avoir par le fameux marché commun ce qu’il prend aujourd’hui par la guerre.Le «plan» de Herman Cohen vise à consolider la présence économique et commerciale du Rwanda au Congo oriental jusqu’à le rendre incontournable et son économie forte. Pire, il aura pour conséquence l’affaiblissement de l’économie congolaise en réduisant fortement les exportations vers l’ouest, c’est-à-dire le port de Matadi, pour renforcer la valeur marchande des pays anglophones de l’Est, notamment le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie et bien sûr le Rwanda qui se verra ainsi désenclavé. Herman Cohen, qui reconnaît que depuis 1996 les «provinces du Kivu sont économiquement intégrées au Rwanda», est en train de préparer, par le biais de ce plan, «l’annexion en douceur» du Congo oriental au Rwanda.[3]   

Le conflit congolais n’est pas ethnique, mais économique et international. Ses acteurs sont des états et des multinationales intéressés par les ressources minières du Congo. Au lieu de perdre le temps à Nairobi avec les agenda bidons de Nkunda, homme de paille de vrais commanditaires, les négociateurs congolais devraient prendre en main la direction des négociations sur base des vrais motifs de la guerre et négocier directement avec les vrais commanditaires du conflit congolais qui sont le Rwanda, l’Ouganda, les USA et l’Angleterre et tous ceux que les experts de l’ONU avaient identifié dans leur rapport de 2002 sur les pillages des ressources minières du Congo. Tant que les vrais motifs de la guerre ainsi que les vrais commanditaires resteront dans l’ombre, les hommes de paille s’amuseront à changer d’agenda pour pérenniser le statu quo qui profite déjà à leurs commanditaires.[4]

 

Nkunda a changé le cahier de charges au gré de ses humeurs

 Laurent Nkunda, le chef du Cndp, a commencé sa lutte, comme le disait lui-même, pour protéger la population rwandophone. Il ne faut pas être amnésique. A ses débuts, le CNDP s’érigeait en protecteur des Tutsi contre l’éternel ennemi FDLR/Hutu. Une transposition en RDC de l’antagonisme Tutsi- Hutu du Rwanda. Le départ de ces rebelles rwandais constituait, alors, la principale priorité du CNDP. Chemin faisant, voyant la compréhension que lui manifestaient certains milieux, nationaux et internationaux, il a estimé qu’il pouvait changer de cahier de charges au gré de ses humeurs. Avec le temps, enivré par des conquêtes militaires et encouragé par certains Congolais assoiffés de pouvoir incapables d’attendre les prochaines échéances électorales, notamment à cause du fait qu’ils ne sont pas certains de faire mieux qu’en 2006, Nkunda a commencé à trouver sa veste de leader Tutsi trop étroite. Il s’est mis à l’échelon national et exigé des négociations directes avec le Gouvernement. Sous une double pression, militaire et diplomatique, il a obtenu que Kinshasa accepte de discuter avec ses hommes dans un pays neutre: le Kenya.Alors que la communauté internationale lui a envoyé des émissaires pour résoudre la question précise de la guerre au Nord-Kivu, le chef du Cndp veut imposer une autre conférence nationale ou un autre dialogue inter congolais. Le tango qu’il avait dansé avec l’ancien président du Nigeria lui avait donné l’impression qu’il pouvait tout exiger et l’obtenir, en termes clairs: une remise en question des institutions issues des élections de 2006 et le partage du pouvoir. Toutefois, les occidentaux, qui ont longtemps soutenu l’idée d’un règlement politique de la crise du Kivu, ont en même temps imposé des limites: une ligne rouge à ne jamais franchir: pas question de remettre en cause les institutions légitimes et légalement établies. Une autre façon de dire à Nkunda d’abandonner les revendications à caractère national, sa nouvelle trouvaille.Les occidentaux, qui se cachent sous l’appellation «communauté internationale», sont ceux-là qui ont piloté le processus de démocratisation du Congo. En dépit du fait que le schéma occidental sur le Congo est dans l’impasse, l’Onu et l’Union Européenne ne sont pas prêtes à revenir à la case de départ. Ce serait très honteux et ridicule pour les grands de ce monde d’accepter une telle éventualité. Battu sur le plan politique, il est probable que Nkunda recommence à utiliser le seul langage qu’il connaît: la reprise des hostilités. Dans ce cas, les choses ont beaucoup changé ces dernières semaines. Il y a eu ce rapport de l’Onu qui pointe du doigt les responsabilités du CNDP dans le drame humanitaire du Kivu et accable le Rwanda à cause de son appui au Cndp. Ce rapport de l’Onu n’est pas le bienvenu pour le Président rwandais Paul Kagame dont les ennuis avec la justice française et espagnole ne sont plus à démontrer. Peut-être qu’il faudrait que Kagame se sente très menacé par la justice internationale pour qu’il abandonne, à son tour, sa politique criminelle, agressive et déstabilisatrice vis-à-vis de la RDCongo. Bien sûr qu’on n’en est pas encore là, car les anglo-saxons ne sont pas encore prêts à lâcher Kagame à cause de leurs intérêts géostratégiques qui ont donné lieu au génocide rwandais de 1994. Mais le génocide, l’holocauste, qu’aucun homme épris de la liberté ne peut tolérer, ne doit pas constituer un éternel fond de commerce et un moyen de prise en otage.

Nkunda aussi devra comprendre que, dans un état de droit, celui qui veut devenir Premier ministre en Rdc, changer la configuration du parlement et nommer ses amis au gouvernement, il devra le faire par les urnes et non par les armes.[5]

 Le 23 décembre, lors d’une conférence de presse au Centre d’Accueil de la Presse Etrangère (CAPE), à Paris,  le ministre congolais Affaires Etrangères, Alexis Thambwe Mwamba  a mis en garde contre "la bombe à retardement" que constitue, selon lui, la situation créée sur le terrain par le rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda, "créature du Rwanda". "90% des personnes déplacées appartiennent à une seule ethnie, les hutus congolais. Le fait de s’attaquer plus particulièrement (à cette ethnie) crée un sentiment profond de rejet et de haine à l’égard de ceux qu’il prétend pouvoir défendre", les Tutsis congolais, a déclaré M. Mwamba. "Si M. Nkunda continue dans cette voie-là, c’est une bombe à retardement", a-t-il ajouté, estimant qu’"on a transposé sur le territoire congolais le drame du Rwanda".Le ministre s’est montré ferme envers Nkunda qu’il accuse de vouloir «imposer le diktat d’une minorité aux dix millions de Congolais des deux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu». A la question: «Pourquoi n’incorporez-vous pas les Tutsis dans l’armée nationale congolaise et les inclure au sein des institutions nationales comme l’exige Laurent Nkunda?», Alexis répond: «Les revendications de Nkunda sont hors normes. Les Tutsis sont mieux représentés au sein de l’armée et de l’administration congolaise plus que les autres. D’ailleurs, il faut noter qu’il y a au sein de l’armée nationale, 9 généraux tutsis, 13 colonels, 300 majors, plusieurs officiers, des ministres, des membres du parlement et du sénat. Ils occupent aussi des postes importants au sein de l’administration. Alors, dire qu’il en faut plus pour une ethnie, c’est exagéré».

Ainsi sa demande de création d’une nouvelle province pour la minorité tutsi lui paraît, en effet, inacceptable.

Sur les causes de la guerre au Kivu, Thambwe Mwamba n’a pas usé de la langue de bois: «Les motivations sont économiques. Aujourd’hui le Rwanda et l’Ouganda sont devenus d’importants exportateurs des produits dont on ne peut trouver même pas un mètre cube dans leurs sous-sols».Ces révélations battent en brèche l’argument de la minorisation des tutsis et pose un autre problème: celui de la minorisation des majorités bantu par la minorité tutsie. Elles balaient d’un revers de la main l’argument-massue de Nkunda, la protection des minorités tutsies, pour justifier sa guerre au Kivu.[6]  

Une dissension au sein du Cndp: avec quelle finalité?

 A la veille de la reprise des négociations de Naïrobi que le Cndp avait réclamé à cor et à cri, on crée délibérément une dissension au sein du mouvement. A Naïrobi, le Cndp va afficher une attitude d’ouverture. Il pourra même facilement signer tous les documents qui lui seront présentés dont celui relatif au cessez-le-feu. Mais sur le terrain, la guerre continuera avec Bosco Ntaganda qui aura comme argument, ne pas reconnaître les actes signés par la délégation désignée par Nkunda qui n’aurait plus le droit d’engager le mouvement. On se retrouvera ainsi à la case départ. Bosco Ntaganda exigera d’autres négociations. Une certaine Communauté Internationale demandera alors au gouvernement congolais d’être réaliste et d’accepter. Pendant qu’on multiplie les interlocuteurs et les négociations, les vrais seigneurs de guerre dont les multinationales, s’adonnent à l’exploitation des ressources naturelles de la Rdc. Cessons d’être naïfs.Si la guerre à l’Est de la Rdc a duré plus d’une décennie, c’est parce qu’en fait on n’a jamais eu le courage de dire qui combat contre qui. Même si lorsqu’on est arrivé à dire que c’est le Rwanda qui est derrière les rébellions congolaises, ce constat n’a jamais été pris en compte au moment de trouver la solution à la crise. Pourquoi continuer à perdre le temps et l’énergie à négocier avec des irresponsables, alors que les vrais faiseurs de la guerre sont là et rient sous cape?[7]  Le résultat le plus immédiatement évident que pourrait avoir cette division supposée à l’intérieur du CNDP, ce serait de torpiller en douceur les discussions de Nairobi. «En douceur» parce qu’au lieu de claquer la porte, le CNDP pourrait refuser de s’engager «compte tenu de l’autre faction», ou même prendre des engagements qui ne seraient pas tenus par «l’autre faction»… Les possibilités ne manquent pas, de scénarii qui permettraient de poursuivre les hostilités, tout en n’ayant pas les apparences impopulaires de la partie qui a saboté les pourparlers.La tactique du CNDP est invariable (et pourquoi en changerait-il, puisqu’il est jusqu’ici gagnant ?): alterner les épisodes de guerre «chaude», pendant lesquels on fait néanmoins des offres de négociations, et les épisodes de guerre «froide» où l’on demande la lune tout en multipliant les réclamations au sujet d’incidents sur le terrain.Pendant ce temps – et c’est là le but essentiel – le pillage des minerais congolais au profit du Rwanda peut se poursuivre, de même que les exactions contre les populations civiles. Celles-ci finiront par en mourir ou par émigrer, faisant ainsi de la place pour de nouveaux «Kivutiens» importés du Rwanda. Les opérations militaires de cette guerre ont une importance secondaire. Si l’attaque sur Goma avait eu pour but de prendre Goma, la ville aurait été prise, mais ce qui compte c’est la poursuite du pillage et de la «colonisation de peuplement».

En ce sens, l’opération «de Goma à Nairobi» a été une manœuvre magnifique : Nkunda a couru sciemment le risque d’une intervention militaire (les Angolais n’ayant été arrêtés que par l’intervention de l’envoyé de l’ONU) pour obtenir des pourparlers directs pendant lesquels le pillage pouvait se poursuivre à l’aise.[8]

 Le fait que le limogeage de Nkunda par Jean Bosco Ntaganda ait été annoncé à la veille de la reprise du troisième round de Nairobi III, ressemblerait plus à un canular et à une manœuvre de diversion pour retarder le processus de Nairobi.Toutefois, un élément nouveau dans sa déclaration : Bosco rejette toutes les « ambitions nationales de Nkunda » au nom du CNDP. Il se dit « prêt à collaborer avec Kinshasa pour traquer les FDLR ; qu’il respecte l’ordre constitutionnel en place et ne remet pas en cause la convention sino-congolaise ». Faits dénoncés par Nkunda qui réclame pratiquement la remise en cause de l’ordre constitutionnel actuel. La première question est celle de savoir à qui profite cette scission ou confusion ? Interrogation pertinente dans la mesure où Nkunda et Bosco sont tous des alliés de Kigali. Dans le soutien que le Rwanda apporte au CNDP, il vise en premier lieu le contrôle des deux Kivu, tel que le mentionne très bien le « Plan Cohen ». Dès lors que Nkunda a manifesté des « ambitions nationales », il s’éloignait des préoccupations réelles de Kigali. Pas étonnant que « le pouvoir rwandais » le lâche pour créer un CNDP- Bis avec Bosco Ntaganda qui est en train de mieux rencontrer les préoccupations rwandaises. C’est-à-dire, que le Kivu « soit toujours plus près de Kigali ». Cette hypothèse s’inscrit encore dans le « Plan Cohen », et au-delà celui de la balkanisation de la RDC, peu importe le temps que cela pourrait prendre.[9]  

Les opérations conjointes entre les FARDC et RDF contre les FDLR

 Le chef d’Etat-major de l’armée rwandaise a séjourné à Kinshasa dans le cadre des futures opérations conjointes entre les FARDC et les RDF (l’armée rwandaise) contre les FDLR.Ces opérations conjointes suscitent certaines inquiétudes. D’abord, ces opérations entre deux armées dont l’une a une supériorité de feu évidente, en l’occurrence, l’armée rwandaise, alors que les FARDC souffrent d’un manque d’expertise et de motivation. Tout porte a croire que ce sont les militaires rwandais qui vont mener les opérations sur terrain et que l’armée congolaise assumera le rôle secondaire. Ensuite, vu le déploiement des FDLR sur le territoire congolais (Lubero, Walikale, Masisi ; Rutshuru, Maniema et plusieurs localités du Sud-Kivu), il se révèle que ces opérations prendront des années et exigent des moyens matériels et humains importants. Conséquence, l’armée rwandaise va s’installer pendant un temps relativement long en RDC.Aussi, faut-il souligner que les opérations conjointes menées par l’armée congolaise, soudanaise et ougandaise sur le territoire congolais ont déjà coûté la vie de plusieurs centaines de personnes parmi les civils congolais et, probablement, donné l’occasion à l’Ouganda de Museveni de réoccuper la province orientale où sont concentrées les richesses minières et pétrolières. Autre inquiétude, les armées congolaise et rwandaise tiennent à neutraliser les FDLR, alors que le CNDP de Nkunda n’est même pas concerné, surtout quand on sait que ce mouvement est soutenu par l’armée rwandaise.

Au regard de ce qui se passe dans la région des Grands Lacs, l’homme averti ne peut-il pas penser que le plan évoqué par Herman Cohen et repris dans Jeune Afrique du 21 décembre 2008 est en train de se concrétiser et qu’effectivement le Rwanda est occupé à prendre le contrôle de l’Est de la RDC pendant que les Congolais se font distraire par des choses sans importance.[10]

 

 

PAIX POUR LE CONGO
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[1] Cf Alain Bischoff – AEM – congoforum, 15.12.’08
[2] Cf J.-P. Mbelu – Congolité, 28.12.’08
[3] Cf Le Potentiel 29.12.’08; Joachim Diana G. – L’Avenir – Kinshasa, 05.’1.’09
[4] Cf Beni-Lubero Online – congoforum, 08.01.09
[5] Cf L’Avenir – Kinshasa, 12.12.’08; Alfred Mwari La Prospérité – Kinshasa, 17.12.08
[6] Cf AFP – Paris, 23.12.’08; Afriqu’Echos Magazine 26; J.-P. Mbelu – Congolité, 28.12.’08
[7] Cf Joachim Diana G. – L’Avenir – Kinshasa, 07-01-09
[8] Cf Guy de Boeck – CongoForum, 07.01.09
[9] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 15.01.’09
[10] Cf Freddy mulumba kabuayi – Le Potentiel – Kinshasa, 09.01.’09

Massacres de hutus en RDC

La tuerie, perpétrée par des soldats fidèles au général mutin Laurent Nkunda, s’est déroulée les 16 et 17 janvier autour du village de Kalonge, à une centaine de km à l’ouest de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.

A l’époque, une délégation du Congrès national pour la Défense du peuple (CNDP, mouvement de Nkunda) participait à Goma à des discussions qui ont abouti, le 23 janvier, à un cessez-le-feu entre l’armée gouvernementale, les forces de Nkunda et la milice Mai Mai.

"Il paraît pratiquement certain que ce sont des soldats du CNDP qui ont perpétré la tuerie", conclut dans un rapport confidentiel dont Reuters a pu prendre connaissance mercredi une mission d’enquête de l’Onu sur les droits de l’homme.

"Le massacre d’un tel nombre de civils est considéré comme un crime contre l’humanité (…) Et, étant donné que toutes les victimes identifiées jusqu’ici sont des Hutus, la qualification de génocide ne peut être exclue."

Nkunda n’a pu être contacté mais René Abandi, porte-parole du CNDP, a déclaré à Reuters qu’il n’était pas au courant de tels faits.

TRAQUES DANS LEUR CHAMP

Selon le rapport, des soldats du CNDP ont occupé pendant deux jours des positions à Kalonge et aux alentours, notamment sur une piste menant à plusieurs villages.

Ils arrêtaient les civils, les interrogeaient, et s’ils paraissaient venir de régions sous le contrôle de la milice Mai Mai, adversaire de Nkunda, ils les tuaient.

Presque toutes les victimes étaient des hommes mais un bébé d’un an, un adolescent de quatorze ans et une femme ont aussi été tués.

"Les victimes ont été tuées par balle, à la machette ou à coups de marteau sur la tête", dit le rapport.

"Le fait que les victimes aient été arrêtées, ligotées, battues, abattues à bout portant, pour certaines littéralement traquées dans leur champ, suggère que les meurtres étaient délibérés", poursuit-il.

Au cours de l’année qui a précédé l’accord de paix, quelque 450.000 habitants du Nord Kivu ont fui les affrontements entre l’armée gouvernementale, les hommes de Nkunda, les rebelles hutus rwandais et les Mai Mai.

Le conflit, qui plonge ses racines dans le génocide de quelque 800.000 Tutsis et Hutus modérés au Rwanda en 1994, s’est poursuivi en dépit de la fin officielle de la guerre au Congo de 1998-2003.

Version française Nicole Dupont

France-Rwanda, l’erreur de Kouchner

En clair, la justice française accuse le chef d’Etat rwandais de porter une lourde responsabilité dans le déclenchement du génocide des Tutsis. Si le juge français désigne Paul Kagame comme le principal commanditaire de l’attentat, son immunité de chef d’Etat en exercice le protège de tout mandat d’arrêt. En revanche, il a estimé que le chef d’Etat rwandais pourrait faire l’objet de poursuites par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Paul Kagame a violemment réagi. Dans son discours de Murambi, prononcé le 7 avril, il a déclaré que le juge français était «un vaurien, une tête vide, tout comme ses maîtres d’ailleurs, qui portent tous en eux le crime de génocide, et c’est ce crime qui les perdra». Dans le même discours, il accuse les militaires français de l’opération «Turquoise» (juin 1994) d’avoir aidé les interahamwe (les miliciens extrémistes hutus) à massacrer. Il accuse même les Français d’être «venus pour tuer», feignant de croire que la France avait envoyé des troupes au Rwanda en 1994 (l’opération «Turquoise»), non pas pour arrêter les massacres mais tout spécialement pour en commettre davantage encore ! Comme toujours, Kagame use des accusations en miroir : il attribue à la France les exactions qu’il a lui-même ordonnées à ses troupes ! Aujourd’hui, Kagame s’efforce d’annihiler les conclusions du juge Bruguière pour défendre sa légitimité et sa crédibilité sur la scène internationale.

Or, déjà l’été 2006, Bernard Kouchner s’est rendu à Kigali, pour rencontrer Kagame à un moment où celui-ci proférait de graves calomnies contre la France. Son objectif n’était alors pas diplomatique : il s’agissait d’obtenir le soutien d’un ami à sa candidature à la tête de l’OMS, qui lui fut accordé, ce qui n’empêcha point l’échec du French doctor. Les bonnes dispositions de Paul Kagame envers Kouchner ne tardèrent pas à être récompensées : le 26 juillet, le ministre français des Affaires étrangères l’appelait au téléphone pour envisager les voies et moyens de renouer les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda ; il se proposait, à cet effet, de lui rendre visite à Kigali. Il a aussi, durant l’été, donné quelques gages de bonne volonté à Kigali, en acceptant, à deux reprises, des mandats d’arrêt lancés par le TPIR, mais voulus par Kigali, contre deux Rwandais, dont le père Wenceslas qui, selon mes informations, a, pendant le génocide, sauvé de très nombreuses vies dans la paroisse de la Sainte-Famille, transformée en camp de déplacés, mais qui, depuis cette époque, fait l’objet d’un acharnement judiciaire pour faire de lui un génocidaire.
 
Bernard Kouchner a également décidé d’envoyer, dans quelques jours, une mission de proches collaborateurs à Kigali…

Alors qui a raison, le juge Bruguière ou le ministre Kouchner ? Je sais, depuis 1996, que l’attentat contre l’avion présidentiel a été préparé et organisé par Paul Kagame. Il faudra bien faire éclater cette vérité. Bruguière a forgé sa conviction après avoir entendu plus de cent témoins, coté plus de 7 000 pages de procès-verbaux, exécuté trois commissions rogatoires internationales au TPIR à Arusha, une en Italie, quatre en Belgique, une en Finlande, trois en Suisse, une au Congo-Kinshasa, une au Mali, une en Russie pour identifier les missiles. Comment Bernard Kouchner peut-il faire fi de ce considérable travail d’enquête ?
Le parquet militaire de Moscou a apporté la confirmation que les deux missiles utilisés pour commettre l’attentat du 6 avril 1994 étaient bien de fabrication soviétique, fabriqués en 1987 et vendus par l’ex-Union soviétique à l’Ouganda, dans le cadre d’un marché d’Etat. Or, Paul Kagame, ancien patron du renseignement militaire de l’armée ougandaise, disposait toujours de bases arrières dans ce pays voisin.
Avant Bruguière, les enquêteurs du TPIR, Hourigan en tête, étaient parvenus à la même conclusion. Enfin, la justice espagnole s’apprête à son tour à lancer dans les prochains mois une dizaine de mandats d’arrêt contre des membres de l’entourage de Paul Kagame, pour le meurtre de neuf ressortissants espagnols au Rwanda et dans l’ex-Zaïre. L’enquête espagnole va d’ailleurs bien au-delà de celle du juge Bruguière, puisqu’elle couvre une période allant de 1990 à 2004.
 
Bref, tôt ou tard, Paul Kagame devra rendre des comptes. En se portant au secours d’un dictateur sanguinaire, Bernard Kouchner prépare des lendemains douloureux à la diplomatie et à l’image de la France dans le monde. Il ne fait pas que cela. Il pousse la France à faire croire que François Mitterrand, Edouard Balladur, Alain Juppé et quelques autres, mais aussi des militaires français, ont été complices du génocide et qu’ils doivent s’en excuser.

Ce raisonnement pourrait de nouveau entraîner notre pays dans le chaos de l’Afrique centrale où les excès commis depuis dix-sept ans par l’armée rwandaise sur les terres voisines du Congo (RDC) commencent sérieusement à lasser le monde entier. On imagine mal l’Elysée sacrifier l’honneur de la France.
Aussi, courant août, le dossier a-t-il été repris en main, obligeant subitement le Quai d’Orsay à manifester plus discrètement le soutien à Kigali qu’il exprimait librement courant juillet. Comme Nicolas Sarkozy l’a lui-même annoncé devant les ambassadeurs, il s’agit certes de normaliser les relations conflictuelles que pouvait parfois entretenir la France.

Nicolas Sarkozy ne serait donc pas opposé à une reprise des relations diplomatiques de la France avec le Rwanda, mais il reste impensable pour lui que la justice ne puisse pas suivre son cours et que soient remis en cause les mandats d’arrêt lancés par le juge Bruguière. De même, il semble peu crédible que le nouveau président envisage davantage de remettre en cause la politique de la France de 1990 à 1994. Il ne paraît pas prêt à devenir un adepte de la repentance. A contrario, la commission d’enquête mise en place au Rwanda, prétendument indépendante, devrait arrêter de traîner politiques et militaires français dans la boue. Si cette nouvelle orientation est confirmée, la marge de manœuvre de Bernard Kouchner devrait être étroite…

Politique menée par la France au Rwanda 1990 1994

 

GEOPOLITIQUE "Le débat" animé par Richard Labévière

5 mai 2007

"Politique menée par la France au Rwanda 1990 1994"

 

 

avec la participation de :

Monsieur Olivier Lanotte, Docteur en sciences politiques (relations internationales), spécialiste de l’Afrique centrale, chercheur au Centre d’études des crises et des conflits internationaux (CECRI) de l’université catholique de Louvain, auteur de l’étude "La France au Rwanda 1990 1994".

 

Général (2s) Jean-Claude Lafourcade, commandant de l’opération Turquoise (22 juin, 20 août 1994), président de l’association France Turquoise.

 

Première partie : {play}labeviere_rfi_1_050507.mp3{/play}

Deuxième partie : {play}labeviere_rfi_2050507.mp3{/play}


 

Kagame criminel de guerre ?

Filip Reyntjens est un constitutionnaliste et politologue belge né en 1950. Il est professeur de droit et de sciences politiques à l’université d’Anvers. Il est spécialiste de l’Afrique subsaharienne, et notamment du Rwanda, premier pays sur lequel il a travaillé et auquel il consacre toujours une grande part de ses publications. Ses recherches portent principalement sur le droit constitutionnel, les politiques de développement et l’histoire de l’Afrique des grands lacs.

De 1976 à 1978, à la demande du président Juvénal Habyarimana, il a participé à l’élaboration de la constitution rwandaise. Il a été expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda jusqu’en 2005, date à laquelle il a démissionné pour protester contre l’impunité des membres du Front patriotique rwandais.(FPR, armée tutsi de Kagame) 

Il dirige une publication annuelle, Afrique des grands lacs : annuaire, publiée par les éditions de L’Harmattan.

Dès 1990, il a fortement critiqué les thèses de Jean-Pierre Chrétien et son « école franco-burundaise ». Il les accuse notamment de minimiser à outrance l’existence des ethnies, d’appliquer au Rwanda les schémas du Burundi et de refuser tout débat — en dénigrant leurs contradicteurs comme racistes ou sympathisants des extrémistes hutus.

À propos du génocide au Rwanda, Filip Reyntjens a progressivement modifié ses positions, atténuant ses critiques contre la France, et insistant davantage sur les responsabilités du Front patriotique rwandais, dont il avait d’ailleurs dénoncé les crimes dès 1995. Filip Reyntjens a qualifié Paul Kagame de « plus grand criminel en fonction ». Tout en critiquant certains aspects du livre de Pierre Péan, il a reconnu que son enquête sur les réseaux pro-FPR en France et en Belgique était sérieuse et tout à fait intéressante.

Extraits de l’encyclopédie Wikipédia