La stratégie du mensonge

Ce document largement médiatisé a pour but de faire oublier que les actuels dirigeants de Kigali sont considérés par la justice française et espagnole comme des criminels de guerre. Pour les juges Bruguière et Merelles, le président Kagame est même directement à l’origine de la tragédie rwandaise puisqu’il a fait abattre l’avion du président Habyarimana. L’étau se resserre d’ailleurs sur l’actuel maître de Kigali: – en 2006, le juge français a lancé des mandats d’arrêt contre plusieurs membres de son premier cercle pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide; – en février 2008, via Interpol, le juge espagnol a, pour les mêmes motifs, lancé plusieurs dizaines de mandats d’arrêt contre de hautes personnalités de l’actuel régime rwandais; – en mars dernier, l’ancien procureur du TPIR, Carla Del Ponte, a révélé que depuis 2003, le TPIR détient des preuves contre Paul Kagame. Elle a longuement expliqué pourquoi, après les pressions du département d’État américain, aucune procédure n’a à ce jour été ouverte; – au mois de juin, le procureur du TPIR a déclaré devant le Conseil de sécurité de l’Onu que pendant le génocide de 1994, les hommes du général Kagame avaient assassiné la quasi-totalité des évêques du Rwanda, et qu’il s’apprêtait à lancer plusieurs mandats d’arrêt.

 

Le rapport qui accuse la France a été confectionné par une commission “indépendante” présidée par Jean de Dieu Mucyo, procureur général de la République du Rwanda,dont le nom a été cité devant le TPIR pour assassinats de civils hutus. Parmi ses membres, un fonctionnaire français, José Kagabo, universitaire ayant bénéficié du droit d’asile dans les années 1970 avant d’être naturalisé. Aujourd’hui maître de conférences à l’EHESS à Paris, cet agent de l’État est également membre de la commission française de l’Unesco. Le rapport dont il a bâti l’habillage scientifique repose sur la technique classique de la manipulation: mélange des époques, avec attribution à l’armée française,qui a quitté le Rwanda au début décembre 1993, de faits qui n’auraient pu se produire qu’après le 6 avril 1994, imputations imprécises et donc invérifia- bles, faux témoignages et faux en écriture.Or, les accusations contenues dans ce rapport sont en total décalage avec l’état des connaissances.Devant le TPIR, en quatorze années d’existence, au terme de milliers d’heures de témoignages, aucune des parties n’a produit le moindre document pouvant laisser entendre une implication française dans le génocide. Tout au contraire, les travaux ont montré que si, à la suite de l’ultimatum de Paul Kagame, les troupes françaises n’avaient pas été retirées du Rwanda en décembre 1993, le génocide d’avril 1994 n’aurait pas eu lieu.

La crédibilité du rapport rwandais est totalement détruite par la seule « preuve concrète » de la « culpabilité » française qu’il contient. Il s’agit d’une lettre que le colonel Gilles Bonsang, chef de corps du 7e RIMa, aurait signée « place de Caylus » en date du 2 juin 1998, soit quatre ans après le génocide, par ordre du général «Yves Germanos »,« chef d’état-major des Forces spéciales », et adressée aux miliciens hutus réfugiés au Congo pour leur annoncer de prochaines livraisons d’armes françaises. Or:

1. – le 7e RIMa a été dissous le 30 juin 1977, vingt et un ans plus tôt;

2. – le lieutenant-colonel Gilles Bonsang n’a jamais été colonel et ne l’a pas commandé;

3. – le 2 juin 1998, il était affecté depuis un an à Marseille et non à Caylus;

4. – le général Germanos ne se prénomme pas Yves mais Raymond, et le 2 juin 1998, il n’exerçait pas les fonctions qui lui sont prêtées puisque, du 1er septembre 1995 au 17 juillet 1998, il fut chef du cabinet militaire du ministre de la Défense.

Cette lettre étant un faux grossier, les auteurs du rapport se sont donc rendus coupables de confection et d’usage de faux en écriture et, dans le cas de M.Kagabo, d’intelligence avec une puissance étrangère. C’est en fait une monnaie d’échange: si la France retire les mandats d’arrêt lancés par le juge Bruguière,Kigali ne déposera pas de plaintes contre les personnalités françaises. Selon les « recommandations » du rapport, il faudra en plus que Paris « reconnaisse l’entière étendue de sa responsabilité » et prenne « des mesures de réparation conséquentes, en accord avec le gouvernement rwandais ». Rien de moins.

 

Dernier ouvrage de Bernard Lugan paru: Rwanda. Contre-enquête sur le génocide, Privat.

Lire le communiqué officiel du gouvernement rwandais sur le rapport Mucyo
Lire le rapport Mucyo 

 

Rapport dit « Mucyo ». Réaction asso France Turquoise

Par un communiqué en date du 5 août 2008 le Gouvernement rwandais accuse la France d’avoir été complice de la préparation et de l’exécution du génocide au Rwanda en 1994. Avec un certain nombre de responsables politiques et militaires, des officiers de l’opération Turquoise sont accusés d’implication dans le génocide. Plus généralement, les militaires français de Turquoise auraient « pleinement pris en charge le projet génocidaire ».

 

Ayant été le commandant de cette opération, je récuse formellement ces accusations infondées et indignes. Elles visent des hommes qui ont mis fin au génocide, sauvé des milliers de vies et permis d’éviter une catastrophe humanitaire  en persuadant trois millions de personnes fuyant au Zaïre de rester au Rwanda.

 

Le régime rwandais, gravement mis en cause par les justices de grands pays démocratiques, croit devoir instrumentaliser le génocide, manipuler l’opinion et inverser les responsabilités.

 

A l’issue de l’opération Turquoise les Nations Unies ont souligné que la France avait rempli avec succès tous les objectifs qui lui avaient été fixés. Les nombreux témoins sur le terrain de l’action des militaires de Turquoise, comme ceux qui portent un intérêt à cette affaire, ne sauraient rester indifférents à une telle falsification des faits.

Accuser de complicité de génocide les militaires français qui ont contribué au rétablissement de la paix au Rwanda, comme dans de nombreuses régions du monde, est inacceptable.

 

7 août 2008, Général (2S) Jean Claude Lafourcade, commandant de l’opération Turquoise, président de l’association France Turquoise

 

Le 19 septembre 2008 le général Lafourcade a complété son propos initial et précisé les actions envisagées par l’association France Turquoise qu’il préside :

 

"Commandant de l’opération Turquoise en 1994, je suis Président de l’Association France Turquoise qui a pour objet de défendre les militaires ayant servi au Rwanda. De nombreuses associations patriotiques, sensibles au dossier du Rwanda, apportent un soutien déterminé à France Turquoise.

 

Les soldats français ont rempli de manière exemplaire  au Rwanda la mission qui leur a été assignée par le  Gouvernement et le Président de la République. Les ordres qu’ils ont reçus ont été exécutés scrupuleusement et dignement. Les Nations Unies et la communauté internationale leur en ont donné acte en 1994 et, en 1998, la commission parlementaire française a écarté toute ambiguïté sur leur action.

 

Les accusations totalement infondées, s’appuyant sur de faux témoignages, dont les militaires sont l’objet aujourd’hui sont intolérables. Les militaires n’accepteront pas qu’elles restent sans réponse devenant ainsi une « vérité » qui restera dans l’histoire.

 

Victimes d’une manœuvre, à l’évidence politique, du régime de Kigali ils considèrent  que celle ci  doit avoir une réponse politique au plus haut niveau de l’Etat.

C’est pourquoi ils demandent instamment au Président de la République, chef des Armées, de dénoncer publiquement ces accusations inacceptables et d’agir à son niveau pour ne pas laisser se développer une stratégie d’instrumentalisation du génocide rwandais."

 

Rapport Mucyo

Ce rapport s’appuie sur des témoignages invérifiables et des faux patents, démentis par les innombrables articles de presse et reportages réalisés par la cinquantaine de journalistes internationaux qui ont en permanence librement circulé dans la zone Turquoise et pu prendre contact avec les populations et les unités déployées sur le terrain. Ces journalistes, en particulier les anglo-saxons, ne cherchaient pas tous à se faire les laudateurs des militaires français !

En outre deux cents ONG se sont déployées dans le sillage de l’opération Turquoise à Goma et dans une moindre mesure dans la zone humanitaire sûre (ZHS). Toutes ont salué le travail réalisé en coopération avec la force Turquoise. Le rapport Mucyo est donc à considérer comme une grossière opération de propagande et son intérêt réside dans ce qu’il cherche à masquer les turpitudes de ses auteurs poursuivis par la justice internationale.

AS

 

 Communiqué officiel du gouvernement rwandais sur le rapport Mucyo

 Rapport Mucyo

Un suspect de meurtre au sein de la force de paix au Darfour

Pointé du doigt

Dans le cas du père Pinard, abattu dans son église en 1997 après avoir donné la communion à son assaillant, le tribunal espagnol pointe du doigt Karenzi Karake, à l'époque chef des renseignements militaires du Rwanda. Or, depuis, Karenzi Karake a été nommé commandant adjoint de la Force de l'ONU et de l'Union africaine au Soudan, selon l'avocat espagnol Palou-Loverdos, qui a révélé ce fait la semaine dernière à Montréal.

Et la semaine dernière, le ministre Bernier était au Soudan. «Le ministre a rencontré le général Agwai, commandant des forces de la paix, et Karenzi Karake était présent pendant une partie de la rencontre», a confirmé Shaun Tinkler, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Vu au Soudan

«Karenzi Karake a été vu durant une réunion à laquelle je participais. Il est entré et il est sorti. Je ne lui ai pas parlé. J'ignorais qu'il était l'objet d'un mandat d'arrestation», a dit le ministre Bernier au Journal de Montréal.

C'est en 2005 que le Tribunal central d'instruction du royaume d'Espagne a débuté son investigation. Des ressortissants espagnols avaient été assassinés au Rwanda, dont trois membres de Médecins du monde. Le père Pinard aurait été témoin de ses actes et, selon son frère Gilles, «l'armée a décidé de l'éliminer. Il était un témoin gênant.»

Le responsable du meurtre du père Claude Simard, tué à coups de marteau en 1994, a été identifié comme étant Fred Ibingira, qui était à l'époque commandant du 157e bataillon de l'Armée patriotique rwandaise.

Massacres de hutus en RDC

La tuerie, perpétrée par des soldats fidèles au général mutin Laurent Nkunda, s’est déroulée les 16 et 17 janvier autour du village de Kalonge, à une centaine de km à l’ouest de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.

A l’époque, une délégation du Congrès national pour la Défense du peuple (CNDP, mouvement de Nkunda) participait à Goma à des discussions qui ont abouti, le 23 janvier, à un cessez-le-feu entre l’armée gouvernementale, les forces de Nkunda et la milice Mai Mai.

"Il paraît pratiquement certain que ce sont des soldats du CNDP qui ont perpétré la tuerie", conclut dans un rapport confidentiel dont Reuters a pu prendre connaissance mercredi une mission d’enquête de l’Onu sur les droits de l’homme.

"Le massacre d’un tel nombre de civils est considéré comme un crime contre l’humanité (…) Et, étant donné que toutes les victimes identifiées jusqu’ici sont des Hutus, la qualification de génocide ne peut être exclue."

Nkunda n’a pu être contacté mais René Abandi, porte-parole du CNDP, a déclaré à Reuters qu’il n’était pas au courant de tels faits.

TRAQUES DANS LEUR CHAMP

Selon le rapport, des soldats du CNDP ont occupé pendant deux jours des positions à Kalonge et aux alentours, notamment sur une piste menant à plusieurs villages.

Ils arrêtaient les civils, les interrogeaient, et s’ils paraissaient venir de régions sous le contrôle de la milice Mai Mai, adversaire de Nkunda, ils les tuaient.

Presque toutes les victimes étaient des hommes mais un bébé d’un an, un adolescent de quatorze ans et une femme ont aussi été tués.

"Les victimes ont été tuées par balle, à la machette ou à coups de marteau sur la tête", dit le rapport.

"Le fait que les victimes aient été arrêtées, ligotées, battues, abattues à bout portant, pour certaines littéralement traquées dans leur champ, suggère que les meurtres étaient délibérés", poursuit-il.

Au cours de l’année qui a précédé l’accord de paix, quelque 450.000 habitants du Nord Kivu ont fui les affrontements entre l’armée gouvernementale, les hommes de Nkunda, les rebelles hutus rwandais et les Mai Mai.

Le conflit, qui plonge ses racines dans le génocide de quelque 800.000 Tutsis et Hutus modérés au Rwanda en 1994, s’est poursuivi en dépit de la fin officielle de la guerre au Congo de 1998-2003.

Version française Nicole Dupont

Rwanda et justice espagnole

L’Audience nationale, principale instance pénale espagnole, poursuit ces 40 militaires, parmi lesquels 11 généraux, pour "génocide, crime contre l’humanité et terrorisme".

L’actuel président Paul Kagame, dont l’arrivée au pouvoir en 1994 avait mis fin au génocide rwandais, n’est pas poursuivi en raison de l’immunité que lui confère son statut présidentiel, précise l’Audience nationale.

Le génocide de 1994 avait fait selon l’ONU environ 800.000 morts, majoritairement parmi la minorité tutsie ainsi que chez les Hutus modérés.

Mais la justice espagnole estime que les hommes de Kagame ont sciemment déstabilisé le régime extrémiste hutu de Juvenal Habyarimana en place à l’époque, en commettant des actes terroristes avant de s’emparer du pouvoir.

Il existe des "indices rationnels" selon lesquels "à partir d’octobre 1990, un groupe de structure politico-miliaire, fortement armé et organisé, a entamé une série d’actions criminelles, à partir de l’Ouganda, sur le territoire du Rwanda", selon l’acte de renvoi.

Le coeur de cette structure, l’APR et le FPR (Armée patriotique rwandaise et et Front patriotique rwandais), est composé essentiellement de Tutsis réfugiés en Ouganda avant 1990, explique la justice espagnole.

Elle leur reproche toute une série d’attaques et d’attentats sur le territoire rwandais, notamment contre des leaders hutus, ce qui, selon l’Audience nationale, a déclenché le génocide contre les Tutsis.

L’APR/FPR "a commis des attaques sélectives contre différents leaders intellectuels hutus afin de les éliminer de la vie sociale, provoquer la terreur et tester la réaction de la population civile (qui a son tour commettait des tueries en représailles)", selon l’acte de renvoi.

"Les massacres et attaques contre les personnes d’ethnie tutsie se sont systématiquement produites après chaque assassinat d’un leader hutu ou d’attaques contre la population hutue dans le nord du pays", ajoute l’acte.

La justice espagnole affirme que "durant les années 90, plus de quatre millions de Rwandais ont été assassinés ou ont disparu dans le cadre d’un plan d’extermination pour raisons ethniques et/ou politiques". Un chiffre jusqu’à présent jamais évoqué.

L’Audience nationale accuse aussi les militaires de Kagame d’avoir "pris le pouvoir par la force (…), prenant le contrôle absolu de la structure de l’Etat et mettant en place à partir de ce moment-là (après le génocide) un authentique régime de terreur".

La justice espagnole poursuit les 40 militaires pour avoir "commis des crimes contre la population civile, nationale et étrangère, sélectionnée pour des raisons ethniques et/ou politique (…) sous prétexte d’assurer la sécurité".

Elle s’octroie une compétence universelle pour les faits de "génocide" et de "crimes contre l’humanité", ce qui avait notamment permis au juge Baltasar Garzon d’obtenir en 1998 l’arrestation à Londres de l’ancien dictateur chilien, Augusto Pinochet.

La justice espagnole avait démarré son enquête en 2005, portant initialement sur la mort de neuf ressortissants assassinés au Rwanda entre 1994 et 2000, à la suite d’une plainte du Forum international pour la vérité et la justice dans l’Afrique des Grands Lacs.

En 2006, un magistrat français avait émis neuf mandats d’arrêt contre des proches du président Kagame, qu’il soupçonne d’être impliqués dans le meurtre de l’ancien chef de l’Etat Juvenal Habyarimana, dont la mort a marqué le début du génocide.

Kigali avait ensuite rompu ses relations diplomatiques avec Paris.

  Lire l’arrêt de poursuite (version française)

 http://www.rwamucyo.com/fileadmin/user_upload/documents/20080206-Acte-accusation-juges-pagnol-versionFr.pdf

 

Le général Kagame et la justice espagnole

Le général Kagame et la justice espagnole (10 février 2008)

 

Un élément nouveau fondamental : l’arrêt de poursuite judiciaire de la Cour nationale espagnole à l’encontre de l’entourage du général Kagamé

 

J’ai eu, il y a quelques mois, l’occasion de m’exprimer à plusieurs reprises dans la presse pour donner mon point de vue de commandant de l’opération Turquoise au Rwanda en 1994. Plus de dix ans après cette opération qui visait à mettre fin au génocide, l’action de l’armée française était en effet gravement mise en cause. Il m’apparaissait essentiel de rappeler les faits, mais aussi de comprendre les origines et les motivations de ces attaques qui me semblaient s’inscrire dans une stratégie d’ensemble. Plusieurs faits constatés au cours de cette opération m’avaient déjà amené à m’interroger sur les objectifs du général Kagamé.

 

Un certain nombre de témoignages, et en particulier une ordonnance du tribunal de grande instance de Paris, ont, depuis, conforté cette lecture des événements. Mais je souhaite attirer votre attention sur un récent Arrêt de poursuite judiciaire de la Cour nationale espagnole tout à fait fondamental sur ce sujet, même s’il a été assez peu relevé dans les médias français. Le document dont nous vous présentons une traduction, apporte des éléments nouveaux et déterminants, incitant à faire une lecture du drame rwandais différente de celle qui a été trop longtemps sa version imposée. Venant d’un pays non impliqué dans l’histoire du Rwanda, ce jugement ne peut être, à priori, suspecté de partialité.

 

Le document mérite une lecture complète, mais pour une lecture rapide, on peut lire avec intérêt les pages 2 et 3, de même que les pages 150 et 151 qui exposent les actions  accompagnant cette stratégie de prise du pouvoir.

 

Toute remise en cause de la version établie étant immédiatement qualifiée de négationniste, alors que le génocide n’est nullement nié, nous espérons que ce texte aidera à éclairer le débat et contribuera à l’établissement de la vérité.

 

Général Jean Claude Lafourcade.

Rwanda, enfer des règles implicites

Pierre-Célestin BAKUNDA i’CYCARO

400 pages l’Harmattan 29 euros

  

Pour l’auteur la violente tragédie de 1994 au Rwanda ne résulte pas d’évènements conjoncturels ni soudains. En analysant l’histoire du Rwanda depuis 1898 il décrit  la rivalité grandissante entre les Hutu et les Tutsis que ni la colonisation, ni les actions de l’Eglise catholique, ni l’indépendance et l’avènement d’une république n’ont pu conjurer. En effet l’auteur soutient la thèse que la société rwandaise reste profondément marquée jusqu’à ce jour par un code ésotérique « Ubwiru » qui par ses règles implicites maintient la société rwandaise dans une logique de clivage ethnique, de relations ambiguës, de jeu d’intérêt divergents et en définitive de haine derrière une fraternité de façade.

 

Cette réflexion se termine sur une question sans véritable réponse : Comment éteindre les feux de la haine inter rwandaise au profit d’une société plus transparente où l’individu double n’existerait plus, du moins de manière aussi tragique ?

AS

La France au Rwanda (1990 1994)

LA FRANCE AU RWANDA (1990_1994).

« Entre abstention impossible et engagement ambivalent »

Olivier LANOTTE

2007 Editions Complexe GRIP

 

Le 1er octobre 1990, le retour armé des anciens réfugiés rwandais au sein du Front patriotique rwandais (Fpr) marque l’entrée en guerre du Rwanda. Une sale guerre, au cours de laquelle la France sera militairement présente, et qui trouve son épilogue en juillet 1994 à la faveur de la victoire du Fpr. Entre temps, la guerre d’usure menée par le Fpr, les manipulations de l’ethnicité orchestrées par le régime Habyarimana, la stratégie du chaos poursuivie par les faucons des deux bords, et surtout le génocide perpétré par les extrémistes hutus, ont causé la mort de plus d’un million de personnes.

Le propos de cet ouvrage est de décrire, d’analyser et d’expliquer le processus de prise de décision ayant conduit le président Mitterrand à engager l’armée française au Rwanda entre 1990 et 1994. L’étude menée ici récuse avec rigueur scientifique, à la fois ceux qui encensent la politique de la France et ceux qui condamnent sans discernement et évoquent une « complicité » de la République française dans le génocide. De toute évidence, entre les conclusions de la Mission d’information et celles des censeurs, exégètes et autres sycophantes de la politique africaine de la France, les divergences d’analyse sont d’envergure. Il importe donc de les décrypter pour en apprécier la pertinence. Quelles étaient les motivations réelles de la présence française au Rwanda ? Au-delà du constat d’échec de cette politique rwandaise, quels facteurs ont contribués in fine à ruiner les effets de la politique prônée par François Mitterrand ? Quel crédit enfin accorder aux accusations de « complicité de génocide » proférées à l’encontre des soldats de l’opération Turquoise, La France serait elle « la seule nation coupable parmi les nations saintes et pures » ?

Docteur en sciences politiques (relations internationales), spécialiste de l’Afrique centrale, Olivier LANOTTE est chercheur au Centre d’études des crises et des conflits internationaux (CECRI) de l’université catholique de Louvain.

Entre autre, il a publié en 2003 aux éditions Complexe/GRIP « Guerres sans frontières en République démocratique du Congo »

 

Voxafrica –  émission Vice-Versa – Entretien avec Olivier Lanotte avril 2009 43 minutes

 

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La route piégée du Rwanda

D’emblée, Canal Plus donne le ton de son « grand film politique » diffusé ce lundi 19 novembre à 20 h 50 : « Le scénario s’inspire de faits réels. Les personnages sont de la fiction. »

Les faits réels portent sur un court épisode de la tragédie rwandaise de 1994 (le génocide qui fit 800 000 morts dans la communauté tutsie). Dans Opération Turquoise, le réalisateur Alain Tasma a voulu décrire les dix premiers jours de l’intervention humanitaire française, déclenchée en juin 1994 pour créer une zone sûre dans l’ouest du pays. L’objectif fixé par Paris était d’arrêter les massacres à l’encontre des Tutsis et d’éviter des représailles de masse contre les Hutus responsables du génocide.

Les « personnages de fiction » sont directement inspirés des soldats des Forces spéciales qui se déployèrent en précurseurs de « Turquoise ». Ils « ouvrirent la porte », découvrant les premiers l’horreur du génocide. Les noms propres ont été changés mais le nom des unités a été conservé. Clairement identifiés sous leur béret rouge ou vert, les personnages principaux sont parfaitement reconnaissables.

Leurs modèles se découvriront à l’écran comme des professionnels inquiets ou psychorigides, hésitants sur leur mission, d’une pénible impuissance et, pour certains, implicitement complices des génocidaires hutus. Ces profils sont caricaturaux. Ils ne ressemblent en rien aux officiers et aux soldats des Forces spéciales auprès de qui je fis une série de reportages en juillet 1994, sur les pistes de l’ouest du Rwanda, entre Gisenyi et Cyangugu.

 

La documentation réunie par les auteurs du film est impressionnante. Ils ont beaucoup lu et rencontré de nombreux protagonistes. Le scénario est riche, l’ambiance et le contexte de l’époque sont bien restitués. Les acteurs français sont plutôt crédibles, même si certains officiers abusent de la mâchoire crispée et de la nuque raide, image convenue et fausse, collée aux troupes d’élite.

Les acteurs rwandais sont saisissants de vérité et d’émotion. Lors du tournage au Rwanda, beaucoup ont revécu des scènes réelles qu’ils avaient endurées en 1994. Certaines séquences éclairent mieux que de longues explications l’effroyable mécanisme du génocide. Chaque communauté a peur de l’autre. Chacun subit la propagande de haine de son camp. « On les tue pour qu’ils ne nous tuent pas », murmure un massacreur, aussi sanguinaire qu’affolé.

Au fil des minutes pourtant, le malaise s’installe. « Nous n’avons pas voulu imposer au spectateur une quelconque vérité, rassurent les auteurs, Alain Tasma et Gilles Taurand. Nous avons scrupuleusement veillé à éviter toute caricature et toute forme de manichéisme, quitte à rendre parfois difficile la lecture des enjeux. » C’est le moins qu’on puisse dire. Tout concourt finalement à dessiner une image peu reluisante de « Turquoise » : le montage, les dialogues, les ellipses, les silences lourds de sous-entendus. La période choisie est trop courte pour pouvoir rester fidèle à la réalité. « Turquoise » dura deux mois, on n’en voit que dix jours. Le film donne de cette opération une image partielle, limitée et inexacte, regrette le général Jean-Claude Lafourcade, qui commanda “Turquoise”. Le film ne montre pas que l’armée française a arrêté les massacres, protégé les populations et sauvé des vies.

Des faits habilement présentés instruisent le dossier à charge, révélant l’une des sources principales des scénaristes : le livre procès du journaliste Patrick de Saint-Exupéry, accusateur de l’armée française, sans pour autant apporter les preuves de son réquisitoire. « J’ai vu le réel s’entremêler aux éléments de fiction jusqu’à s’y fondre, raconte Saint-Exupéry. J’ai moi-même parfois été pris au piège. »

Ce retour au Rwanda semble en effet piégé. Par petites touches habiles, le film accrédite la partialité des soldats français, leur connivence avec les génocidaires, leur lâcheté devant l’horreur. Premier exemple : Bisesero, une épouvantable zone de massacres. « Retenez bien ce nom », insiste le script. Le film laisse croire que les français passèrent leur chemin pour ne revenir que deux jours plus tard. Trop tard. C’est faux : une vaste opération fut aussitôt déclenchée pour protéger la zone.

La séquence montre des Tutsis apeurés autour desquels rodent les tueurs armés de machettes. L’un d’eux s’adresse à un adjudant français : « Vous nous condamnez à mort. Vous ne valez pas plus qu’eux. » La scène est poignante. Mais lorsque l’adjudant baisse la tête sans rien dire, c’est toute l’armée française qui semble accepter ainsi l’accusation de « complicité de génocide ».

Second exemple : Butare. Les commandos français évacuèrent des dizaines d’enfants hutus menacés. Le film montre l’interception et la fouille du convoi par des soldats tutsis. Un Rwandais est abattu sous les yeux effarés des officiers français, impuissants. C’est tout simplement faux. « Le convoi fut effectivement attaqué mais il passa en force au prix d’une fusillade intense, corrige le général Lafourcade. Aucun Rwandais ne fut tué sous les yeux des soldats français de Turquoise. »

« Ce n’est pas un film à thèse, se défend Fabrice de La Patellière, directeur de la fiction française sur Canal Plus. Nous avons voulu traiter les zones d’ombre de cette opération étrange et tirer les conséquences de ce que nous savons. » Mais quelles zones d’ombre, quelles conséquences, si ce n’est d’instiller dans le téléspectateur le poison du doute : et si l’armée française avait été complice du génocide rwandais ?

Se voulant « au plus près de la réalité » mais évidemment incapable de traiter la complexité rwandaise en 110 minutes, cette Opération Turquoise néglige des informations indispensables pour comprendre la complexité des faits, pour éclairer honnêtement l’attitude de cette poignée de soldats français jetés sur ces pistes perdues, dans l’urgence, parant au plus pressé dans ce maelström de violences, sous l’œil froid des Nations unies et le regard permanent des journalistes accourus du monde entier.

Lorsqu’un militaire français avoue sa détresse et sa colère légitime – « Dans quel merdier les politiques nous ont mis ! » –, rien ne vient préciser que la communauté internationale se révéla d’une lâcheté absolue, qu’elle ferma les yeux sur les premières atrocités commises à Kigali. Ses casques bleus, commandés il est vrai par un général canadien incapable, plièrent bagage, laissant la France bien seule dans cette opération Turquoise. Trop peu nombreux, mal équipés, mal renseignés, sans mandat vraiment clair, les militaires français réussirent tout de même à sauver, soigner et sécuriser une partie du pays pendant deux mois (juin-août 1994).

Au nom de l’association France-Turquoise, le général Lafourcade a demandé à Canal Plus un avertissement indiquant que « cette œuvre ne reflète pas l’exacte réalité de “Turquoise” ». Cette semaine, il attendait encore l’accord de la chaîne.

Le film n’oublie pas d’adresser ses remerciements au général président rwandais Paul Kagamé et à son chef d’état-major, James Kabarebe. Ce dignitaire tutsi est fortement suspecté de crimes de guerre au Rwanda et au Congo.