Décès du Général(2s)André Schill

schillLe général Schill vient de nous quitter. Il s’est éteint le 14 octobre, à 69 ans, à la suite d’une longue maladie contre laquelle il s’est battu pendant 6 ans avec une volonté, un courage et une dignité à l’image de ce que fut sa vie d’officier. Au cours d’un parcours militaire exemplaire où il servit la France avec honneur, responsabilité et abnégation au sein des Troupes de Marine, André Schill a participé à l’Opération Turquoise au Rwanda en 1994. Comme pour beaucoup d’entre nous, ce fut un moment important de sa vie militaire. En complément de la mission d’arrêt des massacres et de protection des populations, chef de la Cellule « Affaires Civiles », il fut responsable du volet humanitaire de l’intervention, composante essentielle de cette opération. S’investissant sans compter dans cette mission difficile et éprouvante, il assura la coordination de l’ensemble de l’aide humanitaire au profit des populations en détresse. Son charisme, son intelligence de la situation, son expérience, son autorité et ses qualités humaines, lui ont permis d’organiser une action efficace et déterminante de l’ensemble des acteurs sur le terrain en complément de celle de la Force. Il a ainsi entretenu des relations de confiances avec les agences internationales, les organisations humanitaires institutionnelles et les ONG, leur apportant les informations et le soutien logistique nécessaires à leur action sur le terrain. Son action a été à l’époque saluée par tous. André Schill, comme tous les militaires de Turquoise, a été marqué par cette opération dans laquelle il s’est investi sans compter au profit des populations. C’est pourquoi, indigné par les accusations injustes et infondées portées contre l’action de l’armée française au Rwanda, il a rejoint l’association France Turquoise pour participer à la défense de l’honneur de nos soldats et contribuer au rétablissement de la vérité. Il nous a apporté son expérience, son ouverture d’esprit, la finesse de son analyse, sa tolérance et une profonde humanité. Ces qualités, alliées à l’amitié qu’il me portait, ont été pour moi un soutien particulièrement précieux. Sa disparition laisse un grand vide et il va nous manquer, mais nous ne l’oublierons pas. Nos pensées vont aujourd’hui à son épouse Françoise et à ses enfants dont nous partageons la peine et que nous assurons de notre soutien et de toute notre affection.

Général (2S) Jean Claude Lafourcade

Les obsèques ont eu lieu le vendredi 21 octobre 2011 à 10h30 en l’Eglise Saint Germain de Soisy sous Montmorency 95.

Lu dans Valeurs Actuelles : Kagamé : une insulte à la France

La France a renversé Mouammar Kadhafi et tance son alter ego syrien Bachar el-Assad. C’est tout à son honneur. Elle s’apprête pourtant à recevoir un autre autocrate au discours particulièrement anti-français : Paul Kagamé, chef de l’État rwandais depuis dix-sept ans. Cette visite officielle (du 11 au 13 septembre) pourrait sembler normale dans le cadre de l’apaisement des relations entre la France et le Rwanda. Dans les conditions actuelles, elle est en réalité une insulte à la France et à son armée.

Connu pour sa brutalité à l’égard de ses opposants, jugé par l’Onu responsable d’atrocités de masse au Congo, le régime Kagamé est sous le coup d’une cinquantaine de mandats d’arrêts internationaux, émis contre ses principaux caciques. Il a réagi par une politique systématique d’insultes contre la France : Kigali accuse trente-trois personnalités françaises, civiles et militaires, dont Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, de « crimes contre l’humanité et de complicité de génocide », pour leur rôle dans le génocide commis par les Hutus contre les Tutsis (l’ethnie de Kagamé) entre avril et juin 1994 (entre 500 000 et 800 000 morts).

Comme la visite de Kadhafi à Paris en 2007, ce séjour de Kagamé suscite l’indignation de ceux qui estiment que la France doit savoir se faire respecter. Malgré les appels pressants des officiers salis par Kagamé, Nicolas Sarkozy ne s’est pas encore exprimé sur ce dossier.

Regroupés dans l’association France Turquoise (nom de cette opération humanitaire exemplaire qui permit de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies), les anciens du Rwanda sont déçus. « On s’est bien fait balader », disent ces hommes qui ont servi leur pays dans des conditions particulièrement difficiles. Ce silence du chef de l’État, chef des armées, est une souffrance : « Si rien n’est fait, une telle visite ne pourra que contribuer à inscrire dans l’Histoire l’affirmation selon laquelle des soldats français ont participé au génocide rwandais en 1994 », estime le général Jean-Claude LAFOURCADE, président de France Turquoise (www.france-turquoise.fr).

Bernard Kouchner, ami personnel de Kagamé, naguère au Quai d’Orsay, avait bloqué ce dossier. Alain Juppé a fait renaître l’espoir. Il dénonce un « tissu de mensonges ». Cela ne suffit plus. Avec l’ancien premier ministre Édouard Balladur, lui aussi mis en cause, il doit obtenir que Nicolas Sarkozy honore enfin l’engagement de nos troupes au Rwanda. Sans ce soutien et sans les excuses de Kagamé, le monde pourra croire qu’on peut venir insulter “officiellement” la France et ses soldats à Paris.  

 Frédéric PONS 

(article paru dans Valeurs Actuelles du  08/09/2011) 

Lu dans Valeurs Actuelles : Le vrai visage de Paul Kagamé

Ce lundi 12 septembre, Paul Kagamé, président de la République du Rwanda, devrait effectuer une visite officielle en France. Plusieurs fois repoussé, ce voyage destiné à apurer le contentieux entre Paris et Kigali s’inscrit dans une curieuse atmosphère.

Larvée depuis la prise du pouvoir par Paul Kagamé en 1994, la crise franco-rwandaise a connu une brutale accélération à la fin de l’année 2006 quand le juge Bruguière lança des mandats d’arrêt internationaux contre plusieurs de ses proches, soupçonnés d’avoir, le 6 avril 1994, abattu ou fait abattre l’avion du président Habyarimana, attentat qui fut l’élément déclencheur du génocide.

Or, la thèse officielle du régime rwandais est que ce furent des Hutus qui assassinèrent leur propre président afin de pouvoir déclencher contre les Tutsis un génocide programmé. La “légitimité” de son régime reposant sur ce mythe, Paul Kagamé répliqua en rompant les relations diplomatiques avec Paris le 25 novembre 2006. Puis il accusa la France de complicité dans le génocide et menaça de lancer à son tour des mandats d’arrêt contre plusieurs dirigeants français dont MM. Balladur, Védrine, Villepin, Léotard, Juppé, ainsi que contre plusieurs hauts gradés de l’armée française.

La nomination de Bernard Kouchner, ami du président rwandais, à la tête du ministère français des Affaires étrangères ouvrit ensuite une période de dégel marquée, en novembre 2009, par le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, puis par le voyage du président Sarkozy au Rwanda en février suivant.

Au moment où la France s’est engagée dans une croisade démocratique tous azimuts, la visite de Paul Kagamé paraît insolite. En effet :

1. Quarante-neuf mandats d’arrêts internationaux ont été émis contre ses plus directs collaborateurs. Quarante par la justice espagnole pour “crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide”, et neuf par les magistrats français enquêtant sur les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994 qui détruisit en vol l’avion du président Habyarimana.

2. En mars 2008, Mme Carla del Ponte, ancien procureur du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), révéla que le TPIR détenait des preuves permettant d’inculper Paul Kagamé pour “crimes de guerre et génocide” mais que, si aucune procédure n’avait été ouverte contre lui, c’était en raison des fortes pressions exercées par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

3. Grâce notamment aux travaux du TPIR, nous savons aujourd’hui qu’entre 1990 et 1994, Paul Kagamé déstabilisa le pouvoir en place à Kigali au moyen d’attentats sanglants et d’exécutions ciblées de hauts responsables politiques hutus. Furent ainsi exacerbées des tensions ethniques qui explosèrent immédiatement après l’assassinat du président hutu Habyarimana.

4. Le 1er octobre 2010, la publication du rapport Mapping rédigé à l’attention du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU mit en évidence l’ampleur des crimes commis en République démocratique du Congo contre les réfugiés hutus et les populations locales par l’armée de Paul Kagamé. Estimant le nombre des victimes à plusieurs centaines de milliers, les auteurs du document parlent de « génocide ».

Au moment où le président Sarkozy s’incline devant les cercueils des militaires français tombés en Afghanistan, il importe de rappeler que le 8 avril 1994, des soldats de Kagamé ont froidement assassiné à leur domicile deux sous-officiers français de la gendarmerie et une civile, à savoir les adjudants-chefs René Maïer et Alain Didot, et l’épouse de celui-ci. Quant à l’équipage de l’avion abattu le 6 avril 1994, il était composé de trois coopérants civils français.

Le futur hôte de la France a également ordonné la fabrication du rapport Mucyo mettant en cause des dizaines d’hommes politiques et d’officiers français artificiellement accusés de complicité dans le génocide de 1994. Il a, depuis, été amplement démontré qu’il s’agissait d’un montage grossier reposant sur une accumulation de faux témoignages et de faux en écriture. Lui-même mis en cause, M. Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, a, le 4 mai 2010, devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, parlé à ce sujet d’un « tissu de mensonges et d’inventions destiné à créer un contre-feu à l’instruction judiciaire menée en France ».

Ces accusations mensongères n’ont pas été retirées par le président Kagamé avant son voyage en France. Apparemment moins sensibles aux exigences de la realpolitik que les dirigeants français, les chefs de gouvernement espagnol et belge José Luis Zapatero et Yves Leterme ont, le premier en juillet 2010, le second en décembre, refusé de rencontrer un président rwandais soupçonné par deux justices européennes indépendantes d’avoir, le 6 avril 1994, fait abattre en vol l’avion transportant deux chefs d’État en exercice, celui du Rwanda et celui du Burundi, et donc d’être, si ces accusations étaient vérifiées, celui qui aurait allumé la mèche génocidaire.

 Bernard LUGAN

Expert devant le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda)

directeur de la revue mensuelle par Internet Afrique réelle

(article paru dans Valeurs actuelles du 8 septembre)

  

 

Monsieur Larcher refuse de recevoir le président Kagamé

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La visite en France de Paul Kagamé, président du Rwanda, aura lieu bien que celui-ci maintienne ses accusations de participation de l’armée française au génocide perpétré au Rwanda en juin 1994.

L’association France-Turquoise note avec beaucoup de satisfaction que monsieur Gerard Larcher, président du Sénat, deuxième personnage de l’Etat, ne recevra pas le président Kagamé au cours de cette visite qui débutera le 12 septembre 2011, marquant ainsi son désaccord et son soutien à la restauration de l’honneur de la France et de ses soldats."

 

Visite de Kagamé, réactions de parlementaires

LA SENATRICE JOËLLE GARRIAUD-MAYLAM (UMP) CONTRE LA VISITE DE PAUL KAGAME A PARIS

août 24 2011  | Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam

Paul Kagamé, président du Rwanda, viendra à Paris les 12 et 13 septembre prochains. Cette annonce ne pouvait me laisser indifférente, et j’ai tenu à déposer aujourd’hui au Sénat une question écrite à ce sujet. Le président rwandais a accusé les forces françaises envoyées au Rwanda, sur demande de l’ONU, d’être les complices du génocide que ce pays a subi et d’avoir ainsi contribué à des crimes contre l’humanité. Personne ne peut nier de bonne foi la réalité du génocide. La population rwandaise en garde encore les stigmates. Mais le génocide ne doit pas servir à alimenter des accusations injustes ou à justifier des politiques inacceptables. Nous avons sans doute, comme d’autres, commis des erreurs. Nous n’avons pas vu venir la catastrophe. Nous n’avons pas pris suffisamment au sérieux les appels au meurtre de Radio Mille Collines. Et pourtant. Les militaires français ont tout fait pour rétablir la paix et la sécurité, au péril de leur vie, dans un pays en proie au chaos et à la folie sanguinaire. Ils ont sauvé des milliers d’hommes, de femmes et d‘enfants en s’opposant aux exactions et aux crimes quels que fussent leurs acteurs. Nos responsables politiques de l’époque sont des hommes d’honneur. Ils ont agi en toute bonne foi, avec comme priorité de préserver ce qui pouvait l’être. Sans notre action, la tragédie aurait été bien pire encore.  La visite du président Kagamé aura lieu. On peut ne pas s’en réjouir. C’est mon cas. Je comprends certes que l’intérêt de la France et du Rwanda passe par un apaisement de leurs relations. Mais il importe au moins qu’à l’occasion de cette visite, le chef de l’Etat rwandais manifeste publiquement sa volonté de ne plus faire à la France, à son armée et à ses responsables de procès injuste. N’oublions pas que nos militaires consacrent leur vie à défendre la démocratie et les droits de l’Homme dans des opérations extérieures, sans rien en retirer d’autre que l’honneur d’avoir contribué, sous nos couleurs, à la paix et au développement. La France a soutenu le peuple libyen dans sa quête de liberté face au tyran qu’est Kadhafi ; le Président Sarkozy est en train de gagner son pari, après avoir, seul contre (presque) tous, défendu sa vision d’une Libye libre. Nous pouvons être fiers de notre action. La visite doit être l’occasion de dire les choses franchement. Sur le passé et sur le présent. Sur l’action des troupes rwandaises en RDC. Sur la répression contre les opposants rwandais : je pense notamment à Victoire Ingabire, emprisonnée depuis plus d’un an. La réalité du génocide ne doit pas servir d’excuse au déni de la démocratie et des droits humains. Si nous tenons au président rwandais un langage de vérité, s’il comprend que la France est prête à reconnaître ses erreurs mais pas à renier l’honneur de son armée ni à mettre les Droits de l’Homme dans sa poche, alors, oui, cette visite qui suscite des interrogations légitimes aura été peut-être utile

provenance article  http://www.france-rwanda.info/article-la-senatrice-joelle-garriaud-maylam-contre-la-visite-de-paul-kagame-a-paris-82404678.html  

 

Bernard CARAYON, député du Tarn, maire de Lavaur, interpelle ses collègues parlementaires. (30 août 2011)

Madame le Député, Monsieur le Député, Cher(e)s collègues,

L’annonce de la visite officielle à Paris de Monsieur Paul Kagamé, président du Rwanda les 12 et 13 septembre prochains ne peut que nous interpeller.

Ce dernier a accusé, en son temps, notre pays et les forces françaises envoyées au Rwanda sur demande de l’ONU, d’être les complices du génocide que ce pays a subi et d’avoir contribué à des crimes contre l’humanité.

Pour m’être rendu personnellement en mission au Rwanda en 1994 et assuré les fonctions de secrétaire de la mission d’information sur le Rwanda (présidée par Paul Quilès) j’ai pu constater que les militaires français ont tout fait pour assurer la sécurité, au péril de leur vie, dans un pays complètement dévasté par la folie sanguinaire.

Des centaines de milliers de vies d’enfants, de femmes et d’hommes ont été sauvées par leur présence et leur action. Les hommes politiques français de l’époque ont agi en fonction de leurs connaissances dans les limites fixées par les organisations internationales. Sans notre action, la tragédie aurait été bien pire.

Je ne peux, personnellement, fermer les yeux et ne rien dire. C’est pourquoi je vous adresse copie de la lettre que je viens de faire parvenir à Monsieur le Président de la République.

Si vous souhaitez en être cosignataire, merci de me le faire savoir avant le 6 septembre 2011 à 12 heures à l’adresse suivante : mvoisin@assemblee-nationale.fr

Il y va de l’honneur de la France, de son armée et de ses soldats.

Je vous prie d’agréer, Madame le Député, Monsieur le Député, cher(e)s collègues, l’expression de ma parfaite considération.

Visite de Paul Kagame : la France brade l’honneur de ses soldats et couvre un tissu de mensonges.

La communauté internationale et les responsables politiques de l’époque l’ont pourtant affirmé clairement : l’opération Turquoise s’est exactement déroulée, sous les yeux de nombreux observateurs, dans les conditions prévues par la résolution 929 des Nations Unies en respectant strictement les directives du gouvernement français. Elle a permis de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies et d’arrêter l’exode massif au Zaïre des populations fuyant devant l’avance des troupes du FPR du général Kagame. Cette intervention est à l’honneur de la France et la mission d’information parlementaire présidée par Paul Quilès en 1998 a d’ailleurs rejeté toute implication de notre pays et de son armée dans le génocide.
Or les accusations contre l’armée française perdurent. Des plaintes ont été déposées par des Rwandais  au Tribunal aux armées de Paris, en 2005 puis en 2010, accusant les soldats français de « crimes contre l’humanité et de complicité de génocide ». Le 7 avril 2007, le Président Kagame déclarait publiquement que les soldats de Turquoise « étaient venus au Rwanda pour tuer les Tutsis ». En août 2008 le gouvernement rwandais, dans un communiqué officiel, accusait la France et l’armée française « d’avoir participé à l’exécution du génocide » en publiant une liste d’officiers mis en cause. En l’absence de réactions du gouvernement français, ces officiers ont porté plainte contre le ministre rwandais signataire du communiqué. Nous déplorons que, malgré nos multiples demandes,  les procédures en cours ne soient toujours pas instruites à ce jour,  car nous attendons que la vérité apparaisse au grand jour.
Ces accusations ont été qualifiées de « tissu de mensonges » par monsieur Alain Juppé et les « témoignages » sur lesquels elles s’appuient sont instrumentalisés. Elles proviennent d’un régime dont la nature plus qu’autoritaire est de plus en plus soulignée par la communauté internationale. Les Nations Unies, dans un Rapport publié le 5 Octobre 2010, accusent le régime rwandais d’avoir massacré des centaines de milliers de personnes  dans la décennie 1990.Plusieurs pays et de nombreuses organisations gouvernementales ou non gouvernementales, dénoncent aujourd’hui les graves atteintes aux droits de l’homme dans ce pays. Ils soulignent  la répression politique, les restrictions aux libertés individuelles et à la liberté de la presse. Plusieurs pays occidentaux, prenant acte de ces dérives, ont décidé, au cours de ces derniers mois, de prendre leurs distances avec ce régime et les chefs d’Etat espagnol, belge et britannique ont refusé de recevoir le président Kagame. Dans le contexte actuel, l’attitude complaisante de la France à l’égard d’un tel régime ne pourra qu’être très mal comprise.
La normalisation des relations avec le Rwanda est peut-être souhaitable, mais pas à n’importe quel prix. Elle ne peut sûrement pas justifier que la France ferme les yeux sur la réalité du régime rwandais, ni que le président de la République, chef des armées, couvre de son silence les calomnies proférées contre les soldats de l’opération Turquoise. Forte du soutien de plusieurs grandes associations patriotiques, l’association France-Turquoise ne peut accepter, en l’absence de démenti ou de dénonciation formelle des très graves accusations portées, que l’honneur des soldats ayant servi la France au Rwanda soit bafoué par la visite de M. Kagame.

Général (2S) Jean-Claude Lafourcade, président de l’association France Turquoise.

 

 

leotard[1].jpg » François Léotard, Ministre de la Défense en 1994, tient à préciser qu’il partage sans réserve les termes de ce mémorandum et approuve entièrement notre indignation face a la visite de Paul Kagamé qu’il juge inacceptable dans les conditions actuelles.

Il assure l’association France Turquoise de son total soutien et est prêt a se joindre a toute action contribuant à rétablir l’honneur bafoue des soldats français ayant servi au Rwanda. »

Général (2S) Jean Claude Lafourcade, président de l’association France-Turquoise.

Visite de Kagame en France : faut-il boire le calice jusqu’à la lie?

Dans mes trois livres et dans mes articles, j’ai toujours cherché à dénoncer cette accumulation de mensonges qui, malheureusement, a reçu un très bon accueil en France et ailleurs, dans certains milieux. À force d’être répétés à longueur d’articles, d’interviews ou de livres, les mensonges, même les plus éhontés, finissent par devenir des « vérités historiques ». Tous ceux qui oseraient les contester sont immanquablement trainés dans la boue, voués à l’opprobre, accusés d’être des « négationnistes », voire même des « génocidaires ».

Dans mes écrits, j’ai toujours rappelé que la guerre du Rwanda fut déclenchée par un groupe armé majoritairement tutsi issu de l’armée du pays voisin, l’Ouganda. C’est ce groupe qui, le 1er octobre 1990, attaqua le Rwanda, provoquant ainsi une guerre qui devait durer près de quatre années, avant de se propager au Zaïre voisin, où elle continue à faire des victimes encore aujourd’hui. J’ai également toujours souligné que c’est ce groupe, dont Paul Kagame prit la tête (après l’élimination physique de ses premiers dirigeants), qui commit les premières atrocités de cette guerre qui en compta tant. Des massacres de masse ont été commis par les deux camps. Mais certains furent plus « médiatisés » que d’autres, du fait de la présence de journalistes dans la zone contrôlée par le gouvernement du Rwanda, et de leur absence totale dans la zone occupée par le FPR, le groupe armé dirigé par Paul Kagame.

Certes, les massacres de civils devaient atteindre leur paroxysme durant les épouvantables « cent jours » qui suivirent l’assassinat du président de la République Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. Lequel assassinat fut perpétré par le FPR, sur l’ordre de Kagame qui fit de nombreuses tentatives pour en faire endosser la responsabilité aux « extrémistes hutu ». Ce mensonge historique revêt une importance capitale. C’est Paul Kagame qui fit abattre l’avion présidentiel causant la mort du président (et de celles de son collègue burundais, de hauts responsables rwandais et de l’équipage français) et qui porte ainsi la lourde responsabilité de la reprise des hostilités et de l’engrenage diabolique qui porta la haine et la fureur à leur comble, provoquant des massacres d’innocents à Kigali puis dans l’ensemble du pays.

Alors que le régime Habyarimana était décapité par la mort brutale de son chef et de celle de ses principaux lieutenants, le pays plongeait dans une horreur sans précédent. Le FPR, après avoir rompu le cessez-le-feu garanti par les accords d’Arusha, lança une offensive générale, planifiée de longue date. Cela lui permit de prendre rapidement le contrôle de la plus grande partie du territoire. Alors que dans les zones encore contrôlées par les forces gouvernementales, des milices hutu massacraient des civils tutsi et des Hutus suspectés de tiédeur, le FPR, loin des caméras des médias internationaux, commettait également des massacres à grande échelle dans les territoires qu’il « libérait ».

Si les horreurs commises par les vaincus furent largement documentées, celles commises par les vainqueurs furent délibérément cachées, parfois même mises sur le compte des vaincus. Dès l’installation du nouveau régime, en juillet 1994, on s’efforça de réécrire l’Histoire. On présenta le FPR comme un groupe de gens ayant pris les armes afin de mettre un terme au génocide en cours. La sinistre réalité est que c’est ce groupe de gens qui a déclenché cette guerre conduisant au génocide. Le FPR – et en premier lieu son chef Paul Kagame – porte donc la responsabilité morale du génocide, et il partage avec les massacreurs des deux camps celle de l’avoir perpétré. Si les épouvantables massacres commis au Rwanda par les milices hutu prirent fin avec la défaite de ces derniers, ceux commis par les troupes du FPR se poursuivirent durant les mois et les années qui suivirent la fin officielle de la guerre (juillet 1994).

À la fin de septembre 1996, ils s’étendirent au Zaïre voisin, avec l’invasion de ce pays par les troupes de Paul Kagame. Là, des centaines de milliers de réfugiés hutu furent massacrés. Certain survivants n’eurent d’autre choix que de rentrer au Rwanda, où ils eurent à subir les représailles du nouveau régime, alors que d’autres furent impitoyablement traqués et abattus lors d’un exode sans fin à travers la grande forêt zaïroise. Les civils zaïrois furent eux aussi victimes de ce conflit qui n’était pas le leur. L’armée de Kagame suscita la création de groupes armés zaïrois à leur solde, qui servirent de supplétifs et participèrent aux massacres. Cette guerre d’invasion, camouflée sous le digne nom de « guerre de libération » de ce que l’on devait rebaptiser la « République Démocratique du Congo » permit à Kagame, avec la complicité de son allié ougandais, de chasser le dictateur Mobutu de Kinshasa et de le remplacer par l’homme de leur choix, Laurent-Désiré Kabila. En 1998, ce dernier se montra trop indocile au goût de ses parrains rwandais et ougandais et une nouvelle guerre fut lancée, visant son élimination. Cette guerre ne prit officiellement fin qu’en 2002 ; elle servit de prétexte à l’accomplissement de nouveaux massacres à grande échelle. Depuis ces massacres se perpétuent car de nombreux groupes armés continuent à opérer dans l’est de la RD Congo. La population de cette région martyre n’en a malheureusement pas fini avec les exodes à répétition, la famine, les tueries et les viols de masse. Quatre ou cinq millions de Congolais seraient morts depuis le début de ce conflit déclenché par Paul Kagame, victimes des conséquences directes ou indirectes de cette interminable guerre, la plus meurtrière depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Durant toute la durée de la tragédie congolaise, les forces d’occupation rwandaise et ougandaise et leurs collaborateurs locaux se sont livrés au pillage massif des immenses ressources naturelles du Congo/Zaïre, un pays potentiellement très riche : bois précieux, or, cassitérite, coltan, diamants et autres. C’est ce pillage à grande échelle qui a permis à Kagame de soutenir l’effort de guerre du petit Rwanda, tout en développant ce dernier, provoquant l’admiration sans bornes de ses alliés anglo-saxons.

Depuis son arrivée au pouvoir, Kagame a entrepris d’éliminer la langue française, qu’il ignore, du Rwanda, pays francophone devenu anglophone par la force, et même membre du Commonwealth, alors qu’il n’a aucune histoire commune avec le Royaume-Uni. Lorsqu’il devint ministre des affaires étrangères français, en 2007, Bernard Kouchner, grand admirateur et propagandiste de Paul Kagame, mit tout en œuvre pour renouer des relations entre la France et le Rwanda. Il y est parvenu sans grandes difficultés, le président Sarkozy s’étant aisément laissé convaincre, heureux de pouvoir se démarquer de la politique de son prédécesseur Jacques Chirac. Le chef de l’Etat français effectua même une visite éclair à Kigali en 2010, durant laquelle il ne fut pas le moins du monde gêné d’être photographié en compagnie d’officiers rwandais faisant l’objet de mandats d’arrêt internationaux émis par le magistrat français Jean-Paul Bruguière ! Simple ignorance des dossiers mêlée à une méconnaissance de l’histoire récente des relations entre les deux pays, ou réelle volonté de boire le calice de l’humiliation nationale jusqu’à la lie, pour le simple plaisir de régler des comptes politiciens ?

Le départ de Kouchner et son remplacement par Alain Juppé, qui occupait les mêmes fonctions à l’époque du génocide rwandais, fit naître, parmi ceux qui connaissaient la vérité, l’espoir de voir le terme des compromissions avec le dictateur de Kigali. Cet espoir fut de courte durée, puisque, comme indiqué au tout début de cet article, le général Paul Kagame va effectuer une visite officielle en France, ce pays qu’il exècre tant et qu’il n’a eu de cesse de vilipender, de combattre et de couvrir d’opprobre international depuis deux décennies.

Inutile de revenir sur les accusations sans fondement lancées contre l’armée française : sous un régime de terreur, il est très facile de « convaincre » des citoyens d’apprendre par cœur des récits inventés de toute pièce, et encore plus aisé d’amener des prisonniers à corroborer de tels « témoignages ». Le président Sarkozy aura alors l’honneur de dire un grand « welcome » au plus grand criminel de guerre actuellement au pouvoir dans le monde. Ce 12 septembre 2011, j’espère bien me trouver loin, très loin, de la France !

Hervé Cheuzeville,22 juillet 2011

(auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale », l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance », Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé », Editions Persée, 2010)

provenance photo et article cliquez ci-dessous

http://www.echosdafrique.com/20110723-visite-de-kagame-en-france-faut-il-boire-le-calice-jusqu%e2%80%99a-la-lie

Turquoise : une opération humanitaire

"Turquoise : une opération humanitaire


A la mi juillet 1994 en quelques heures, environ deux millions de hutus fuyant devant les exactions des troupes tutsies du général Kagamé, envahissent la région de Goma où sont implantés, autour de l’aéroport, le PC et le bataillon de soutien de la force Turquoise. Franchissant la frontière proche entre le Rwanda et le Zaïre, ils submergent les autorités locales et se posent dans des camps improvisés sans eau, sans vivres, dans des conditions sanitaires déplorables. Une épidémie de choléra se déclenche immédiatement qui touche indistinctement les réfugiés et les autochtones.

ONG et organismes de l’ONU interviennent rapidement. Avec les personnels du bataillon logistique la force Turquoise participe à l’action humanitaire internationale dans la région de Goma. Simultanément les militaires français poursuivent dans la zone humanitaire sure (ZHS) au sud du Rwanda leur oeuvre de sécurisation et d’aide contribuant ainsi à fixer les populations et à éviter la reproduction du drame qui se joue à Goma.

Comme le montre la vidéo, les soldats de Turquoise assurent entre autre un soutien logistique aux ONG, prodiguent des soins médico-chirurgicaux et distribuent de l’eau potable. Avec l’aide ponctuelle de Caritas international ils assurent la collecte et l’enfouissement des victimes du choléra (20 000 morts en trois semaines). Cette mission va générer chez un certain nombre de personnels des traumatismes psychologiques."

Général André Schill responsable des affaires civiles et humanitaires
de la force Turquoise

  

{flv}temoignages et traumatisme{/flv}

Opération amaryllis

Opération Amaryllis  8 avril 1994 – 14 avril 1994

 

Décollant de Bangui dans la nuit du 8 au 9 avril, un état major tactique et deux compagnies parachutistes du 3eme RPIMa aux ordres du colonel Henri Poncet se posent le 9 avril à 1h30 du matin sur l’aéroport de Kigali. Après avoir occupé les points névralgiques de l’aéroport et procédé à leur motorisation avec des véhicules abandonnés ou réquisitionnés, les parachutistes mettent en place le dispositif de regroupement des ressortissants et procèdent aux premières évacuations en fin d’après midi. Le groupement reçoit le renfort d’une compagnie du 8eme RPIMa en provenance de Libreville, suivie le 11 avril de plusieurs centaines  de para-commandos belges et d’un détachement italien.

Les évacuations des ressortissants français et étrangers vont s’accélérer compte tenu de la dégradation de la situation dans la capitale rwandaise.

Dans la nuit du 11 avril, le gouvernement français décide de la fermeture de son ambassade et l’ensemble du corps diplomatique et des coopérants militaires français est évacué le 12 avril au petit matin.

Les parachutistes  poursuivent les opérations d’évacuations des ressortissants étrangers de toutes nationalités jusqu’au 14 avril qui marque la fin de l’opération et leur retour sur Bangui.

Au total, en moins d’une semaine, les parachutistes français ont évacué près de 1500 personnes dont 450 français, les Belges pour leur part ayant procédé à l’évacuation de plus d’un millier de leurs ressortissants.

 

{flv}amarillys{/flv}