Relations France Rwanda. Point de vue de monsieur Alain Juppé

Audition de monsieur Alain Juppé, ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères et européennes, devant la commission des affaires étrangères de l’assemblée nationale le 4 mai 2011.
Question de monsieur Jacques Remiller : (…) lors de votre nomination, monsieur le ministre d’Etat, le président du Rwanda a déclaré que vous ne seriez pas le bienvenue dans son pays. Au-delà de la réaction –très sèche- du Quai d’Orsay, quel est votre sentiment personnel ?

Réponse de monsieur Alain Juppé.

(…) Quant au Rwanda, je distinguerai mon sentiment personnel, que je garde pour moi, et l’intérêt de la France. J’espère seulement qu’un jour la vérité historique sera faite sur ce qui s’est passé au Rwanda à partir de 1993. Un rapport du Conseil de sécurité, qui n’a pas fait l’objet d’une grande publicité jusqu’à présent, pointe les crimes commis en République démocratique du Congo. Sur un plan diplomatique, nous avons intérêt à avoir de bonnes relations avec le Rwanda et le processus amorcé par le Président de la République doit être poursuivi dans des conditions convenables. M. Kagamé a dit que je ne serais pas le bienvenu au Rwanda, et je lui ai répondu que je n’avais pas l’intention d’y aller tant que circulerait le rapport qui met en cause M. Mitterrand, M. Balladur, M. Védrine, M. de Villepin, M. Léotard, moi-même et l’armée française. Ce tissu d’inventions et de mensonges est destiné à créer un contre-feu à l’instruction judiciaire menée en France. Comme je l’ai dit devant la commission de l’Assemblée nationale présidée par M. Quilès, l’opération Turquoise est à l’honneur des militaires français qui ont sauvé des centaines de milliers de vies.

Je demande justice pour la France et ses soldats

Rencontre avec le général Didier Tauzin

 Didier Tauzin dédicacera son livre « Rwanda – Je demande justice pour la France et ses soldats » demain matin, à la presse de Saint-Séverin. L'homme a commandé le premier régiment parachutiste d'infanterie de marine, 1er RPIMA, de 1992 à 1994. À la tête de ce prestigieux régiment, il a été envoyé au Rwanda dans le cadre de l'opération Birunga – improprement appelée Chimère – et, un an plus tard, dans le cadre de l'opération Turquoise. « Avec 70 paras d'élite de son unité, Didier Tauzin sauvera un pays et une armée en déroute, mais, à l'heure de lancer l'ultime offensive, l'opération est annulée contre sa volonté. Le génocide commencera un an après… »

 

Sincérité et conviction

Dans son livre, publié aux éditions Jacob-Duvernet, Didier Tauzin, aujourd'hui général de division, raconte les missions qu'il a menées, des opérations non conventionnelles qui sont la spécialité de son unité. Il détaille le contact « si chaleureux » avec les réfugiés tutsis et dit son amour indéfectible pour l'Afrique et les Africains.


Ce livre est surtout un vibrant plaidoyer en réponse aux accusations graves portées contre l'action de la France et de ses soldats au Rwanda par certains journalistes, et surtout par le rapport Mucyo. Ce rapport, diligenté par le président rwandais Paul Kagame, prétend établir la complicité de la France dans l'organisation du génocide et la formation des génocidaires. Il accuse aussi les militaires français de viols systématiques.

Avec sincérité et conviction, Didier Tauzin demande justice pour la France et ses soldats. Pour que l'on n'oublie pas notamment « ceux qui ont laissé leur vie au Rwanda »…

Saint-Séverin · Charente

 

Général Didier Tauzin : "Il faut établir la vérité sur le Rwanda. Nous sommes traités comme des Waffen SS !"

Le Point.fr – Publié le 18/04/2011 à 21:14 – Modifié le 18/04/2011 à 21:16

Alors que la France est régulièrement mise en cause dans le génocide rwandais, des vétérans de l'opération Turquoise prennent la parole.

 


Par Jean Guisnel

Le Point.fr : Vous publiez à votre tour, après votre chef d'alors, le général Jean-Claude Lafourcade, un livre sur votre expérience au Rwanda. Que voulez-vous expliquer à vos lecteurs ?

Général Didier Tauzin : Je précise d'abord que le général Lafourcade n'a été mon chef que lors de l'opération Turquoise. Pour ma part, j'ai eu à traiter de la guerre du Rwanda de manière quotidienne de l'été 1992 à l'été 1994, comme chef de corps du 1er RPIMa. Dans ce livre, je donne d'abord le témoignage de ce que j'ai fait et vu, mais aussi fait faire à mes paras au Rwanda pendant les deux années de mon commandement du régiment. Je traite en particulier de l'opération Birunga, improprement appelée "Chimère", que j'ai commandée en février et mars 1993, ce qui n'avait encore jamais été fait. J'explique également la stratégie de conquête du Rwanda par Kagamé et ses soutiens. Je n'omets pas le soutien que lui a apporté l'association française Survie qui, depuis 1989, désinforme l'opinion française et travaille activement contre la France et son armée, en participant à la rédaction du rapport Mucyo, publié à l'été 2008 par Kigali, rapport qui n'est qu'un tissu de calomnies. Cette association tente de nouveau, ces jours-ci, de mobiliser des élus en prétendant mettre au jour des crimes qui auraient été, selon elle, commis par la France et son armée. Or, les responsabilités françaises dans cette affaire sont imaginaires, ce dont j'apporte la preuve.

 

Votre première expérience contre le FPR (Front patriotique rwandais) et les troupes de son chef Paul Kagamé remonte à l'opération Birunga de 1993. Quelles conclusions en avez-vous tirées ?

En février 1993, Kagamé déclenche une offensive générale sur un front d'environ 250 kilomètres en profitant de la tenue d'élections législatives en France. L'armée rwandaise est en déroute, Kigali menacé, les expatriés commencent à quitter le pays. Avec 69 hommes, en une semaine, je rétablis la situation qui était totalement désespérée. Mis en place le 21 février, je suis de retour à Bayonne début avril. Mais en France, les élections législatives changent la donne. Pierre Bérégovoy cède la place à Édouard Balladur. Nous avons immédiatement senti, sur le terrain, le changement de la politique française à l'égard du Rwanda, changement qui m'a conduit à annuler, contre mon gré, une contre-offensive dont je reste persuadé qu'elle aurait renvoyé le FPR d'où il venait : l'Ouganda.

Malgré cela, l'essentiel de la mission que j'avais reçue était réalisé, le FPR arrêté, Kigali sauvé, et nous avions donné aux politiques du temps pour travailler à une solution. Donc c'est un vrai succès militaire. Mais ce temps que nous leur avons donné, les politiques l'ont gâché ! Car le désengagement politique et militaire de la France a été si radical et si rapide que ce succès militaire n'a finalement donné au Rwanda qu'un sursis d'un an, et je reste persuadé que, si nous avions pu poursuivre quelques jours à peine notre contre-offensive, une situation tout autre serait apparue dans laquelle le génocide avait infiniment peu de chances de se produire.

Cette absence de cohérence et de continuité dans la politique française au Rwanda est sans doute la principale cause indirecte des massacres d'environ six millions de personnes. Je m'élève contre cette politique à courte vue.

 

Le 6 avril 1994, l'avion du président rwandais, le Hutu Habyarimana est abattu par un missile. Le génocide des Tutsis commence. Plus de deux mois et demi plus tard, vous revenez au Rwanda avec l'opération Turquoise, avec pour mission de "mettre fin aux massacres". Estimez-vous l'avoir remplie ?

Bien sûr ! Je relève avec émotion, sur Internet, les témoignages de Rwandais réagissant à mon livre. L'un d'eux, par exemple, écrit que la France et son armée, lors de Turquoise, ont sauvé deux millions de personnes menacées par les massacres et s'élève contre les mauvais procès qui nous sont intentés. Il relève aussi un fait majeur : seule la France, aidée de quelques maigres contingents africains, est intervenue pour faire cesser les massacres.

Par contre, je veux dire que cette opération Turquoise était bien trop tardive. Dès que j'ai connu la mort du président Habyarimana, c'est-à-dire le 6 avril vers 20 heures, j'avais placé le 1er RPIMa en alerte pour une opération que je pensais devoir être déclenchée dans la nuit même. J'estimais en effet que la situation ne pouvait que dégénérer, ce qui n'a pas manqué de se produire, car les massacres ont commencé dès le lendemain et que le président Mitterrand ne pouvait pas l'accepter. Mais nous ne sommes partis que deux mois et demi plus tard ; les massacres étaient pratiquement terminés, et Kagamé finissait de conquérir le Rwanda.

J'ai personnellement très mal vécu de rester "l'arme au pied", alors que se déroulaient les massacres et que s'écroulait un pays que nous avions tenu à bout de bras pendant quatre ans en prenant des risques parfois énormes. Si la France a commis une faute dans cette guerre du Rwanda, c'est bien à ce moment-là, en s'abstenant d'intervenir dès le 7 avril pour arrêter les massacres. Mais elle n'est pas la plus coupable, et de beaucoup ! Plus coupables, tous les pays qui ont tout fait pour empêcher la France d'intervenir ! Plus coupables surtout, ceux qui ont exécuté, commandité, organisé et planifié ces massacres, bien sûr ! Mais il reste à les désigner précisément, car, contrairement à ce qui est répété à l'infini, les vrais coupables ne sont pas désignés, comme le confirment les travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda qui, à ce jour, a relaxé tous les Hutus présentés comme les cerveaux du génocide.

 

Vous demeurez aujourd'hui accusé par la justice de Kigali d'avoir participé au génocide rwandais. Estimez-vous avoir été suffisamment défendu par les autorités françaises contre cette accusation infamante ?

Seules quelques voix se sont élevées pour affirmer que nous avions rempli notre mission avec honneur et s'élever contre une réécriture de l'histoire au détriment de la France. Je rends hommage à Messieurs Juppé et Védrine, mais ils n'ont pas été vraiment entendus. Surtout, les très graves calomnies proférées contre le président Mitterrand, contre des ministres, des ambassadeurs et contre une quinzaine d'officiers généraux et d'officiers supérieurs auraient dû provoquer la réaction du président de la République, chef suprême des armées. Cette réaction, Jean-David Levitte nous avait assuré qu'elle devait être faite avant le 7 novembre 2008 ; nous l'attendons encore aujourd'hui ! Et pendant ce temps, les calomniateurs réécrivent l'histoire de la guerre du Rwanda. Je ne peux pas me résoudre à ce que les enfants de France apprennent, contre toute vérité et toute justice, que leur pays a participé au Rwanda à un génocide que certains s'ingénient à comparer à la Shoah. Car c'est cela qui est aujourd'hui écrit !

 

Que reprochez-vous aux autorités françaises ?

La politique française au Rwanda a été marquée par la légèreté, l'incohérence et le manque de continuité. Aujourd'hui, je m'adresse à nos élus, en particulier au président de la République, pour leur demander de faire établir la vérité sur ce qui s'est passé au Rwanda et de faire rendre justice à la France, traitée par certains comme si elle avait été l'Allemagne nazie, et à ses soldats traités par les mêmes comme des Waffen SS.

 

Le gouvernement français a renoué des relations d'État à État avec le Rwanda. Que pensez-vous de cette situation, et du fait que vous n'avez pas été lavé des accusations pesant contre vous ?

Il fallait bien sûr un jour rétablir les relations avec le Rwanda. Mais cela a été fait dans des circonstances déshonorantes pour la France. Lorsque le juge Bruguière a émis des mandats d'arrêt internationaux contre des personnalités rwandaises très proches de Kagamé, ce dernier a rompu les relations avec la France.

Sans même s'indigner publiquement contre l'infamant rapport Mucyo, Paris a entamé les démarches pour le rétablissement des relations diplomatiques, qui a été décidé le 29 novembre 2009.

Ce faisant, le président de la République a infligé un camouflet au juge Bruguière et à la justice française ; mais il a aussi fait très peu de cas de la réputation et de l'honneur de la France et des soldats dont il est le chef suprême. Pour la petite histoire, j'ajouterai que, le jour où était annoncé le rétablissement des relations diplomatiques franco-rwandaises, étaient aussi annoncées l'admission du Rwanda au Commonwealth et sa décision d'adopter l'anglais au détriment de la langue française ! Nous n'avons décidément plus aucune fierté nationale…

Didier Tauzin, préface de Jean-Dominique Merchet, Rwanda, je demande justice pour la France et ses soldats, Jacob-Duvernet, 260 pages, 19,90 euros, ISBN : 978-2847243352

Liens complémentaires :

VIDEO: httpwww.dailymotion.comvideoxiwyp1_le-general-didier-tauzin-sur-l-action-de-la-france-au-rwanda_news.URL

                  

    

     Didier Tauzin: Sa bataille de Kigali

Pourquoi la France ne peut pas recevoir Paul Kagame

Il convient de rappeler qu’un rapport officiel des Nations Unies publié le 1er Octobre 2010 a
établi que l’armée du Front Patriotique Rwandais commandée par le Général Paul Kagame a
commis des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des actes de génocide contre
les réfugiés hutu et les populations congolaises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire
de la République démocratique du Congo.
Compte tenu du contexte politique de la région des grands lacs, certains observateurs
considèrent cette mission comme une tentative de sauvetage d’un dictateur en fin de course.
Les parents des victimes rwandaises et congolaises se demandent légitimement si cette
collaboration du Medef avec un chef d’état responsable de telles atrocités répond aux
orientations de la diplomatie française.
Le patronat français a-t-il pris toute la mesure des conséquences que ses « contrats » vont
avoir sur le sort des populations rwandaises et congolaises ? La France – hier encore accusée
par le dictateur rwandais de complicité de génocide – a-t-elle intérêt à se jeter dans les bras
d’un criminel dont le régime peut basculer à tout moment ? Autant la France a pu
commettre des erreurs d’appréciation en 1994 – reste à préciser lesquelles -, comme l’a du
reste reconnu le président Sarkozy lors de sa visite au Rwanda, autant une trop grande
proximité avec le régime rwandais actuel accusé de crimes contre l’humanité risque de
ternir irrémédiablement l’honneur de la France. Les intérêts économiques en présence
justifient-ils que la France s’implique une nouvelle fois dans ce bourbier à relents
génocidaires, en donnant l’impression de voler au secours d’un criminel africain en fin de
course, aux dépens des droits de l’homme et des peuples de la région des grands lacs ?
S’agissant d’une visite éventuelle de Paul Kagame en France, annoncée le 06/01/2011 par
l’hebdomadaire Jeune Afrique dont on connait les accointances avec le régime de Kigali, elle
apparait pour le moins inopportune pour les raisons suivantes : la France, membre du
Conseil de Sécurité, a des droits mais aussi et surtout des devoirs spécifiques liés à cette
qualité. Elle a notamment l’obligation de contribuer à garantir la paix et le respect de la
légalité internationale, en mettant tout en oeuvre afin que les préconisations et les décisions
des organes ou des institutions des Nations Unies soient traduites dans les actes. Il en va
ainsi notamment en matière de respect du droit à la vie, pierre angulaire du droit
international humanitaire.
Or comme on vient de le voir, l’une des recommandations expresses du rapport des Nations
Unies ci-haut rappelé concerne la mise en place urgente d’un tribunal international ad hoc
chargé de poursuivre et de juger les auteurs des atrocités dénoncées dans ce rapport. Déjà
pointé du doigt par les justices française et espagnole pour son rôle présumé dans l’attentat
terroriste contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, attentat au cours
duquel trois ressortissants français ont perdu la vie et qui fut l’élément déclencheur du
génocide, le général Paul Kagame a aussi été le donneur d’ordre et l’organisateur de
nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Rwanda et en République
Démocratique du Congo. Il apparaît par conséquent plus que probable qu’il soit placé sous le
coup d’un mandat d’arrêt international dès la mise en place du tribunal international ad hoc
attendu. La diplomatie française ne peut pas feindre de l’ignorer.
Dans ce cas, au nom de quelle éthique diplomatique ou pour quels intérêts nationaux la Patrie
des droits de l’homme prendrait-elle le risque, sans être accusé de complicité, de dérouler le
tapis rouge à un dictateur responsable d’avoir planifié, préparé, organisé, ordonné et supervisé
le massacre de plus de 300000 réfugiés hutu et de 5 millions de Congolais innocents ? Un
membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies peut-il se permettre de recevoir
un criminel contre l’humanité désigné comme tel par les Nations Unies sans insulter les
peuples victimes de ces crimes et sans renier son rôle au sein de la communauté internationale?

La seule décision de sagesse à prendre par la diplomatie française est celle qui correspond
aux valeurs de la République et à ses engagements internationaux. La France doit écouter les
peuples de la région des grands lacs et non les tyrans par qui le génocide est arrivé. En
s’inspirant de l’expérience tunisienne et égyptienne, le principe de précaution diplomatique et
politique devrait s’appliquer au cas rwandais sans état d’âme. La France ne peut pas recevoir
un chef d’état étranger accusé de génocide. Tomber dans le piège d’une normalisation à tout
prix mais dont les enjeux paraissent pour le moins éphémères serait une erreur
d’appréciation de plus, une faute grave dont la diplomatie française ne se relèverait pas.

Jean-Marie NDAGIJIMANA
Ancien Ambassadeur
Ancien Ministre

Point de situation – mars 2011

 

Rapport moral du Président.     

 

Après s’être félicité de la vitalité de l’association et du soutien apporté par de nombreuses associations patriotiques au premier rang desquelles l’Association pour le soutien de l’armée française (ASAF) et la fédération André Maginot, ainsi que par certaines personnalités politiques, le général Lafourcade a brossé le tableau du contexte dans lequel agit France-Turquoise.    L’année 2010 a été marquée par la reprise des relations diplomatiques avec le Rwanda, la mise en place d’un ambassadeur à Kigali et le voyage du président Sarkozy au Rwanda sans contrepartie de la part des autorités rwandaises qui maintiennent leurs accusations à l’encontre des soldats français.    La coordination ministérielle sur le Rwanda mise en place en 2008 par l’Elysée s’est avérée décevante. L’association a cessé ses relations. En revanche, le soutien du ministère de la Défense ne s’est pas démenti.    Il est à noter, et il s’agit d’un facteur très favorable, que les yeux se dessillent quant au drame rwandais. Des chercheurs journalistes exposent au grand jour la réalité des faits et la responsabilité du régime rwandais. Après André Guichaoua, Hervé Déguine et Bernard Lugan, Pierre Péan a publié un livre rigoureux qui replace la tragédie dans sa véritable perspective (« Carnages »). De même, le livre du général Lafourcade (« Opération Turquoise »), qui rétablit la vérité sur la base de documents incontestables, a été très bien accueilli.    Mais l’évènement majeur est la publication, le 1er octobre 2010, d’un rapport de l’ONU (le rapport Mapping) sur les massacres commis en République Démocratique du Congo, rapport accablant pour le régime rwandais et qui évoque la possibilité d’une qualification de « crime de génocide ». Ce rapport devrait éclairer les magistrats sur la fiabilité des plaintes portées contre nos soldats.    Au-delà du combat médiatique pour rétablir la vérité dans lequel sont profondément impliqués le Président et les membres du bureau de notre association et dont la pierre angulaire est le site internet France-Turquoise, la bataille judiciaire est menacée d’enlisement.    Les plaintes déposées en 2005 par la partie rwandaise auprès du TAP contre l’armée française n’ont toujours pas été instruites alors que les procédures s’accélèrent à l’encontre des Hutus réfugiés en France. Cela risque d’accréditer la thèse d’un étouffement politique d’une affaire gênante pour la France alors que la vérité se trouve à l’opposé.    L’association continuera d’exiger l’instruction du dossier.    A la périphérie de cette affaire centrale, il faut noter que des plaintes accusant des militaires de Turquoise de viols ont été relancées en 2010 et déclarées recevables par le TAP. A l’inverse, contre l’avis du procureur, le juge a instruit les plaintes déposées contre le gouvernement rwandais. Mais l’issue de la procédure est douteux. L’association reste vigilante et sa détermination sur ce dossier est entière.    Quant aux officiers ayant porté plainte contre Patrick de Saint-Exupéry pour diffamation, ils ont été déboutés contre toute logique. Ils ont fait appel.    Le travail de recueil de témoignages se poursuit sous la responsabilité de Madeleine Raffin.    En résumé, malgré l’émergence progressive de la vérité, force est de constater que sans réfutation des allégations mensongères du régime rwandais par le président de la République, chef des armées, sans conclusion des procédures judiciaires, le doute demeurera sur la responsabilité des soldats français.    A cet égard, la visite annoncée de Paul Kagame en France serait un aval insupportable donné à ses allégations.

    L’association France-Turquoise mettra tout en œuvre pour faire annuler ce projet.

 

Résolution 1 

Prenant acte de la reprise des relations diplomatiques de la France avec le Rwanda, que nous ne contestons pas,Constatant toutefois que Paul Kagamé n’a jamais retiré ses accusations de participation directe au génocide à l’encontre des soldats français qui ont servi au Rwanda, en particulier lors de l’opération Turquoise,Constatant également que le Président de la République, à qui nous avons demandé de s’exprimer publiquement sur ce sujet, n’a pas cru devoir répondre à ce jour à cette légitime demande, Concluant que si rien n’est fait, sera dès lors inscrite dans l’Histoire l’affirmation selon laquelle des soldats français ont participé au génocide au Rwanda en 1994,Considérant que cette falsification des faits, déshonorante pour l’armée française, est inacceptable,L’Association France-Turquoise renouvelle aujourd’hui sa demande pour que les accusations portées contre les soldats français soient expressément démenties ou dénoncées. 

 

Résolution 2 

Saluant le soutien actif que la France apporte à l’accomplissement des décisions de la justice internationale,Rappelant, à ce titre, que certains membres de l’Association ont ainsi accepté de témoigner devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda dans le dossier du général Kabiligi, lequel a finalement été définitivement acquitté par le TPIR,L’Association France-Turquoise regrette vivement que l’administration française refuse de considérer comme innocents des personnalités rwandaises définitivement acquittées par le TPIR et qu’elle persiste à leur interdire sans aucun motif légitime de rejoindre en France leur épouse et leurs enfants titulaires de la nationalité française. 

 

Résolution 3 

Déplorant que le gouvernement français n’appuie pas davantage, dans le cadre de l’entraide judiciaire internationale, les efforts déployés par le magistrat instructeur pour obtenir des autorités rwandaises les indispensables explications sur les accusations mensongères et diffamatoires proférées dans le Rapport Mucyo et le Communiqué du Ministre rwandais de la Justice en 2008,Déplorant également le fait que des instructions mettant en cause, depuis plus de six années, des militaires français devant le Tribunal aux Armées de Paris n’aient fait l’objet d’aucune décision de non lieu, ni de mise en examen,Considérant que cette situation porte ainsi gravement atteinte aux  droits de la défense, ces non-décisions contribuant à accréditer l’idée que des crimes auraient été commis, sans pour autant qu’on soit en mesure, faute d’instruction, d’apporter la preuve confortant ces accusations fantaisistes,L’Association France Turquoise exige que les militaires français soient traités par cette juridiction spécialisée comme tous les justiciables, et que cesse ce véritable déni de justice accréditant la rumeur.

 

Kagamé rejoint le club des infréquentables

 L’affront est difficile à avaler pour Paul Kagamé. Yves Leterme aurait, officiellement, annulé leur entretien pour mieux organiser son emploi du temps. Le soufflet est d’autant plus humiliant que le même agenda a permis de maintenir, le jour même et le lendemain, les rendez-vous avec trois officiels étrangers. L’agence Belga met en avant cette incongruité : « M. Leterme rencontrera en revanche bien lundi (le même jour) ses homologues zimbabwéen Morgan Tsvangirai et palestinien Salam Fayyad, ainsi que le président tanzanien Jakaya Mrisho Kikwete. Mardi soir, il s'entretiendra avec le chef de l'Etat béninois Thomas Boni Yayi. »

Cette mise au ban de Kagamé mérite d’être suivie avec une attention particulière, le régime de Kigali étant de plus en plis mis en cause. En 2010, le gouvernement rwandais a été critiqué pour l’organisation des élections présidentielles, des membres ou proches de celui-ci ont été menacés par des mandats d’arrêt internationaux et enfin, de nombreux manquements aux principes de base qui constituent une démocratie ont été observés. En octobre dernier, un rapport de l’ONU, le rapport Mapping, accusait directement le Rwanda d’avoir participé à des massacres de masse en Republique Démocratique du Congo. C’est sans aucun doute la somme de ces événements qui amène les responsables diplomatiques à se méfier du Général Kagamé. Il est certain qu’il ne fait plus bon être pris en photo lui serrant la main !Mis à part quelques observateurs engagés qui de façon plus ou moins honnête tentent de nier cette impopularité internationale, personne n’est dupe. Si cette tendance se confirme en 2011, il sera intéressant de regarder  comment notre gouvernement accueillerait-t-il un chef de l’Etat que nos voisins ont clairement jugé infréquentable ?

C.F

Violations des droits de l’homme en RDC -1993 2003-

Articulé en quatre sections le rapport traite successivement :

  • des actes de violence graves classés par région et par ordre chronologique
  • des actes de violence spécifiques : violences sexuelles, contre les enfants et liées à l’exploitation des ressources naturelles.
  • du système de justice de la république démocratique du Congo (RDC)
  • des options de la justice transitionnelle pour la RDC

La participation de l’armée régulière du Rwanda (APR) est attestée pour les auteurs du rapport par l’existence d’un accord international (accord de Prétoria) réglant le retrait de l’APR du territoire de la RDC. Quant à l’existence d’un soutien du Rwanda à l’AFDL, il est revendiqué publiquement par les acteurs eux-mêmes :

« Dans une interview accordée au Washington Post le 9 juillet 1997, le Président rwandais Paul Kagame (ministre de la défense à l’époque) a reconnu que des troupes rwandaises avaient joué un rôle clef dans la campagne de l’AFDL. Selon le Président Kagame, le plan de bataille était composé de trois éléments:

– démanteler les camps de réfugiés,

– détruire la structure des ex-FAR et des Interahamwe basés dans les camps et autour des camps

– renverser le régime de Mobutu.

Selon l’article, le Rwanda avait planifié la rébellion et y avait participé en fournissant des armes et des munitions et des facilités d’entraînement pour les forces rebelles congolaises. Les opérations, surtout les opérations clefs, ont été dirigées, selon Kagame, par des commandants rwandais de rang intermédiaire (« Mid-level commanders »). Washington Post, «Rwandans Led Revolt in Congo », 9 juillet 1997.

Voir également l’entretien accordé par le général James Kabarebe, l’officier rwandais qui a dirigé les opérations militaires de l’AFDL, à l’Observatoire de l’Afrique centrale : « Kigali, Rwanda. Plus jamais le Congo », Volume 6, numéro 10 du 3 au 9 mars 2003.

Voir également les interviews télévisées du Président de l’Ouganda, du Président du Rwanda et du général James Kaberere expliquant en détail leurs rôles respectifs dans cette première guerre, dans « L’Afrique en morceaux », documentaire réalisé par Jihan El Tahri, Peter Chappell et Hervé Chabalier, 100 minutes, produit par canal Horizon, 2000. » (Note n°18 du rapport) (…)
« Ainsi, tant la participation des forces armées étrangères en territoire congolais que l’appui direct en matériel, armement et combattants à plusieurs groupes rebelles congolais durant toute cette période de la « deuxième guerre » permet d’affirmer qu’un conflit armé de nature internationale se déroulait en RDC en même temps que des conflits internes entre différents groupes de miliciens congolais. »

 

Ces faits étant actés les auteurs du  rapport proposent une qualification des actes violents qui sont recensés. En particulier ils s’interrogent sur la qualification juridique de génocide qui pourrait être apportée aux massacres des hutus réfugiés en RDC.

« Au moment des incidents couverts par le présent rapport, la population hutu au Zaïre (ndlr : ancien nom de la RDC), y compris les réfugiés venus du Rwanda, constituait un groupe ethnique au sens de la Convention susmentionnée. Plusieurs incidents répertoriés semblent indiquer la possibilité que les multiples attaques visaient les membres du groupe ethnique hutu comme tel, et non pas seulement les criminels responsables du génocide commis en 1994 à l’égard des Tutsi au Rwanda et qu’aucun effort n’avait prétendument été fait par l’AFDL/APR pour distinguer entre les Hutu membres des ex-FAR et les Hutu civils, réfugiés ou pas.(…).
L’intention de détruire un groupe en partie est suffisante pour constituer un crime de génocide et les tribunaux internationaux ont confirmé que la destruction d’un groupe peut-être limitée à une zone géographique particulière. (…) »

 

En conclusion

« En dressant l’inventaire des violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la RDC entre mars 1993 et juin 2003, le rapport conclut que la grande majorité des 617 incidents recensés constitue des crimes internationaux, qu’il s’agisse de crimes de guerre commis pendant les conflits armés, internes ou internationaux, ou de crimes contre l’humanité commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, ou dans de nombreux cas, qu’il s’agisse des deux. La question de savoir si les nombreux actes de violence graves commis à l’encontre des Hutu en 1996 et 1997 constituent des crimes de génocide a également été examinée et le rapport souligne qu’il existe des éléments pouvant indiquer qu’un génocide a été commis mais que la question ne pourra être tranchée que par un tribunal compétent, statuant au cas par cas. »

 

Rappelons que jusqu’à ce jour aucun militaire de l’armée régulière rwandaise (APR) ou responsable politique du Rwanda n’a été traduit devant le tribunal international pour le Rwanda (TPIR).

AS

 

Consulter le rapport mapping de l’ONU 1er octobre 2010

Article Valeurs actuelles 

Article Marianne 

Article El Païs

Carnages

couverture du livre carnages

Que dit Pierre Péan ?

Qu’après la chute du mur de Berlin (9 décembre 1989… assaut du FPR : 1er octobre 1990), l’Afrique est devenue une des aires privilégiées du déploiement du « choc des civilisations » pour les Etats-Unis aidés par la Grande-Bretagne et  pilotés par Israël.

Cette révélation de l’influence décisive d’Israël pourrait susciter des remous et je gage qu’il a fallu un courage certain à l’auteur pour la mettre en évidence aussi clairement. Pourtant on savait depuis longtemps qu’Israël était présent en Afrique dès avant les indépendances. Ce que le livre révèle au profane, c’est l’importance que l’Etat hébreux accorde au continent dans sa quête de sécurité, et notamment au Soudan qu’il considère comme un gage essentiel de profondeur stratégique.

Partant, une stratégie de déstabilisation de l’Afrique centrale va être élaborée entre les trois puissances et conduite implacablement jusqu’à aujourd’hui. Elle vise à faire d’une pierre deux coups en y remettant en cause les frontières issues de la décolonisation et en démantelant les deux géants régionaux :

– le Soudan considéré comme une plaque tournante du terrorisme islamique (nous y sommes presque),

– le Zaïre,  désigné  comme  une «erreur  géologique »  du  fait  des  richesses  contenues dans son sous-sol (nous n’en sommes pas loin).

 

Pour mener à bien cette stratégie, les Etats-Unis et leurs alliés vont s’appuyer sur les Etats des Grands Lacs et sur des hommes qu’il vont y placer: en tout premier lieu, le président ougandais Yoweri Museveni, le « Bismarck des Grands Lacs » apparenté aux Tutsi, et puis John Garang , le chef historique de la rébellion au Sud-Soudan, et encore Paul Kagame, chargé du renseignement de l’armée ougandaise avant de devenir le maître du Rwanda après la victoire du FPR et les massacres de 1994. On compte d’autres cartes dans le jeu américain : Issias Afewerki, président de l’Erythrée, Meles Zenawi, homme fort de l’Ethiopie… Ils ont le même profil : ils sont jeunes, issus de la guérilla et chrétiens dans des pays où l’islam ne cesse de progresser.

Par la même occasion, la stratégie américaine conduit à  évincer la France de son « pré carré ». On ne peut pas dire que cette perspective soit pour déplaire aux Anglo-Saxons.

Partant, tout s’enchaîne : la conquête du Rwanda par les Tutsi du FPR venus d’Ouganda, le génocide des Tutsi de l’intérieur pendant que tout le monde (y compris le FPR, mais sauf la France) regarde ailleurs, les massacres niés ou tus de Hutu par les forces de Paul Kagame, la conquête du Kivu par le nouveau pouvoir rwandais sous prétexte de sécurité, l’installation de Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa… sans compter la déstabilisation du Darfour.

 

Cette « recomposition » de l’Afrique centrale se serait accompagnée de huit millions de morts sans qu’on prononce les mots de génocide ni de crimes contre l’humanité ou si peu !

C’est que la machine à travestir la vérité qu’on avait si bien vu fonctionner à propos de la crise rwandaise et à propos de l’opération Turquoise continue à étouffer tout ce qui peut filtrer.

Pierre Péan pointe du doigt les « blancs menteurs » qu’il avait déjà dénoncés, les ONG, les services secrets, les agents d’influence. Bien sûr, il y a des lacunes, des affirmations pas toujours très étayées. Pierre Péan le reconnaît lui-même. Il est vrai que d’une guerre secrète on ne peut voir que la partie émergée, c’est-à-dire peu de choses.

Quoi qu’il en soit, ce livre éclaire beaucoup d’énigmes du drame rwandais et au-delà des crises africaines.

Personnellement, je me pose encore des questions sur l’attitude de la France qui n’a pas pu ignorer la totalité de ces faits : pourquoi alors avoir laissé faire après 1994 ? Pourquoi en 2009 ce rapprochement avec le régime de Kigali qui continue à traîner la France et ses soldats dans la boue ?

 

A ce jour, à part l’article de Jean-Dominique Merchet, dans Marianne, il y a eu peu de commentaires sur ce livre qui démonte quelques « vérités » admises. Il est vrai qu’un rapport de l’ONU vient de confirmer les massacres commis par les forces rwandaises au Kivu. Y aurait-il une conspiration du silence (gêné) ?

MF

Article Nouvel Observateur

Article Hubert Védrine

Un idéologue dans le génocide rwandais : enquête sur Ferdinand Nahimana

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Présentation de l'éditeur :

 

« Si je suis en prison, c’est à cause de vous. Mais c’est aussi à cause de vous que je suis encore en vie. » Ainsi parle Ferdinand Nahimana d’Hervé Deguine, le journaliste qui a enquêté et réuni des pièces sur lui. L’homme purge sa peine de trente années de prison, depuis que le Tribunal pénal international pour le Rwanda l’a condamné en 2008 pour « incitation directe et publique à commettre le génocide ».

Qui est Nahimana ? En France, son nom est associé à la Radio télévision libre des Mille Collines (RTLM), dont il est l’un des fondateurs en 1993. Il a contribué à organiser la propagande du président Juvénal Habyarimana, dont il est un fidèle partisan. Après l’attentat du 6 avril 1994 contre le chef de l’État rwandais, tandis que le pays sombre dans le chaos et que les extrémistes hutu perpètrent le génocide des Tutsi avec l’aide de RTLM, Nahimana rejoint les rangs du gouvernement intérimaire.

Chargé de l’Afrique à Reporters sans frontières, Hervé Deguine dénonce, dès 1993, la montée des médias extrémistes au Rwanda. Convaincu de la responsabilité de Nahimana, il collabore avec le TPIR pour faire arrêter celui qui passe pour le « théoricien de l’extermination » des Tutsi, une sorte de « Goebbels rwandais ».

Comme tous ceux qui ont vécu cette période tragique, il souhaite que justice soit faite. Mais l’enquête indépendante qu’il a poursuivie en parallèle à celle du TPIR, pendant près de quinze ans, l’amène à formuler de sérieux doutes sur la plupart des accusations portées contre Nahimana…

Ce livre est la première biographie d’un condamné du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Hervé Deguine est historien et journaliste. Il a été directeur de la recherche et secrétaire général adjoint de Reporters sans frontières."

(source : bibliosurf )

Interview du Général Lafourcade par Spectacle du Monde

« Le général Jean-Claude Lafourcade a dirigé du 22 juin au 22 août 1994 l’opération Turquoise, sous mandat de l’ONU pour mettre fin au génocide rwandais. Depuis cette date, les militaires français sont régulièrement accusés de complicité dans le génocide rwandais. Plus le mensonge est gros, plus il passe. Si l’ancien commandant de la Force Turquoise est sorti de son devoir de réserve, c’est pour rétablir la vérité et rappeler que l’armée française fut la seule à intervenir au Rwanda et à sauver des vies humaines.

 

Propos recueillis par François Bousquet

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire Opération turquoise. Rwanda, 1994, plus de quinze ans après les faits ?

 

J’ai constaté un grand décalage entre ce que j’ai vécu comme commandant d’opération au Rwanda en 1994 et ce que les médias rapportaient. Autrement dit, la réalité du terrain était en totale contradiction avec l’affirmation de complicité dans le génocide rwandais, légende que je qualifie de monstrueuse, lancée par Kigali, la capitale du Rwanda, et relayée en France par certains journalistes et collectifs engagés. Je craignais que cette fausse vérité s’inscrive dans la mémoire collective française. J’avais donc un devoir de témoigner. Je l’ai fait, en appuyant mon témoignage sur des faits solidement établis. Je constate que, finalement, la perception du génocide évolue peu à peu dans l’opinion et que ceux qui nous accusent depuis Kigali de crime contre l’humanité sont bien moins innocents qu’on ne l’a dit.

 

Reprenons les faits. Le 6 avril 1994, le président rwandais Juvénal Habyarimana, Hutu, est tué. C’est le début du génocide, qui fait, en quelques semaines, au moins 800 000 morts. Pourquoi la force des Nations Unies, présente sur place, s’est-elle retirée juste après le début des massacres ?

 

On touche, ici, l’élément essentiel du dossier. Pourquoi l’ONU, à travers le Conseil de sécurité, a-t-elle choisi de retirer, dix jours après le début des massacres, 90 % de la Minuar (Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda), forte de 2 200 soldats, et dont on peut penser qu’elle aurait pu arrêter le génocide ? C’est la grande interrogation sur laquelle la communauté internationale doit se questionner, beaucoup plus que sur l’action de la France. Huit soldats belges avaient certes été tués. L’émotion ayant été vive en Belgique, on conçoit que Bruxelles ait souhaité retirer son contingent. Mais pourquoi le retrait de la quasi-totalité des autres soldats de la Minuar ? Pour répondre à cette question, il faudra bien un jour interroger les Anglo-Saxons, et spécialement les Etats-Unis, dont la voix est prépondérante au Conseil de sécurité. Sinon comment expliquer le retrait des troupes de la Minuar, qui a laissé le champ libre aux assassins et à une stratégie de conquête du pouvoir par Paul Kagamé, à la tête du Front patriotique rwandais (FPR), composé de Tutsi ?

 

Ce qu’on oublie de rappeler…

 

Dans leur progression, les troupes de Kagamé ont commis quantité d’exactions et de massacres. Ce qui a eu pour effet d’entraîner un exode massif vers le Sud-Ouest du pays et le Zaïre voisin. Quand le FPR a eu guerre gagnée, les Forces armées rwandaises (FAR), composées de Hutu, n’ayant plus de munitions et demandant un cessez-le-feu, je suis personnellement intervenu auprès de Kagamé pour qu’il arrête les combats, car il avait de fait gagné la guerre. Il aurait ainsi épargné un exode des populations vers le Zaïre. Le Représentant Spécial des Nations Unies ainsi que les associations humanitaires ont formulé une même demande. Kagamé n’a jamais voulu entendre ces appels, refoulant un million de personnes au Kivu avec pour conséquence une épidémie de choléra et des dizaines de milliers de morts. En revanche, la zone humanitaire contrôlée par la force Turquoise a permis de protéger et de  fixer dans le sud ouest du Rwanda trois à quatre millions de réfugiés, évitant ainsi un nouvelle catastrophe humanitaire.

 

Comment en est-on venu à mettre au point l’opération Turquoise. Et pourquoi la France seule y a-t-elle participé ?

 

De tous les pays, la France était, à l’évidence, la moins bien placée pour intervenir au Rwanda, ayant fourni une assistance aux FAR lors de l’invasion  FPR-Ougandaise en 1990, même si elle a tout fait pour que les parties en présence cessent les combats. C’est sous l’impulsion de la France que les accords d’Arusha, entérinant un partage du pouvoir entre les FAR et le FPR, ont été signés fin 1993. L’armée française  a alors quitté le Rwanda. Mais l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana en 1994 a mis fin au processus de paix. Toute la question est de savoir qui en est le commanditaire.  L’entourage de Kagamé et le FPR semblent mis en cause dans le cadre d’une stratégie de conquête du pouvoir.

 

Deux enquêtes, celle du juge Jean-Louis Bruguière, en France, et celle du juge Fernando Andreu Merelles, en Espagne, aboutissent à cette conclusion…

 

Tous les éléments vont dans ce sens et remontent vers Kagamé. On peut donc penser que le FPR est à l’origine de cet attentat, mais je n’ai pas accès aux dossiers d’instruction.

 

Que répondez-vous à l’accusation lancée par l’un de vos soldats, l’adjudant-chef Thierry Prungnaud, selon lequel il aurait été empêché par sa hiérarchie, après sa découverte d’un charnier le 27 juin 1994, de se rendre à Bisesero, où étaient réfugiés de nombreux rescapés tutsi, qui allaient mourir ?

 

J’ai déjà eu l’occasion de m’inscrire en faux contre les assertions de M. Prungnaud. Tout indique qu’il est instrumentalisé.  Des journalistes, qui étaient sur place, m’ont dit contester sa version où il veut se donner le beau rôle. Nous avons démontré au cours de l’opération notre volonté de protéger au plus vite les populations menacées. Mais, les premiers jours de notre arrivée, nous disposions de très peu de troupes, sans certitude sur les intentions du FPR, qui proclamait qu’il allait nous combattre. Dans ce contexte menaçant, il nous fallait au préalable sonder le terrain, tout en prenant un minimum de mesures de sécurité pour nos soldats. On a ainsi perdu quarante-huit heures, le temps d’acheminer les troupes par avion. On oublie par ailleurs que la plupart des victimes qui y ont été massacrées à Bisesero l’ont été bien avant que nous ayons été informés du drame.

 

Les accusations de Kigali contre l’armée française ne tiennent pas la route, puisqu’on vous reproche, ni plus ni moins, « d’avoir pleinement pris en charge le projet génocidaire »…

 

Ces accusations récurrentes de Kigali sont une manière de détourner l’attention. Il suffit d’en prendre connaissance pour voir à quel point elles sont ubuesques. On va de faux témoignages en contrevérités. N’oublions pas qu’elles proviennent d’un régime totalitaire. Ce n’est pas moi qui le dit, mais tous les spécialistes de l’Afrique des Grands Lacs. Selon le quotidien allemand Kotch le récent rapport de l’Onu sur les massacres au Zaîre en 96-98 montre que Kagamé est un des dictateurs les plus sanguinaires du continent. Comment faire advenir la vérité avec les régimes totalitaires ? C’est tout le problème pour un bon exercice des justices des pays démocratiques.

 

Vous avez dû être conforté par les révélations faites par l’ancien procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Carla Del Ponte, disant qu’elle a été convoquée en mai 2003 à Washington pour qu’elle laisse le soin de l’enquête sur les crimes attribués au FPR aux autorités judiciaires locales, autrement dit aux gens du FPR, juges et parties ?

 

Je ne connais pas suffisamment le dossier. Je constate seulement qu’au Liban, le Premier ministre Rafic Hariri a été assassiné et qu’un tribunal spécial, sous mandat de l’ONU, s’est vu chargé de l’enquête. Or, au Rwanda, où, rappelons-le, deux présidents, celui du Burundi et du Rwanda, ont été assassinés le même jour dans le même avion, aucune enquête de l’ONU n’a été diligentée. C’est pour le moins suspect. Y aurait-il quelque chose à cacher ? Est-ce lié à la conquête du pouvoir par le FPR ? Je n’en sais rien, mais je m’interroge sérieusement. Si le TPIR a bien reçu mandat de juger les auteurs du génocide, c’est-à-dire essentiellement les Hutus, pourquoi n’a-t-il pas été saisi de toutes les exactions commises, de quelque camp qu’elles proviennent ? Car les exactions commises par le FPR, et il y en a eu, n’ont fait l’objet d’aucune poursuite pénale. Notez au passage que, dans les milliers de pièces et de témoignages recueillis par le TPIR, on ne trouve aucun élément à charge contre l’armée française.

 

Dans ce contexte, comment avez-vous perçu les déclarations de Nicolas Sarkozy, disant en début d’année, lors d’une visite au Rwanda, que des « graves erreurs » (et « une forme d’aveuglement ») ont été commises par la France ? Paris ménagerait-il Kigali ?

 

La reprise des relations diplomatiques avec le Rwanda est une bonne chose. Cela étant dit, je regrette le silence du Président de la République sur ce dossier, alors que le gouvernement rwandais n’a cessé de nous accuser de crime contre l’humanité et de complicité de génocide. Dès lors qu’il y a silence de l’Elysée sur ces accusations infamantes contre les militaires français, on peut penser qu’elles sont entérinées par le chef de l’Etat qui est aussi le chef des armées.

 

Avec le recul, comment jugez-vous l’opération Turquoise ? Y a-t-il des choses que vous auriez fait différemment ?

 

L’opération militaire n’était pas en elle-même compliquée. On a sans difficultés arrêté les massacres et désarmé les assassins. L’opération Turquoise venait certes trop tard mais la faute ne nous en incombe pas. Nous avons sauvé 20.000 à 30.000 vies. C’est peu au regard du génocide mais toute vie compte. Nous avons protégé trois à quatre millions de réfugiés dont nous avons surtout réussi à éviter l’exode massif vers le Zaïre. Mon regret, c’est de ne pas avoir mesuré tout de suite l’impact extrêmement nuisible de la radio des Mille collines. Nous avons mis une dizaine de jours de trop pour la neutraliser par des moyens de brouillage que nous avions fait venir de France. Cette radio a été dévastatrice. C’est elle qui a embrayé et accéléré le génocide.

 

Général Jean-Claude Lafourcade, Opération Turquoise. Rwanda, 1994, Perrin, 228 p., 18 €. »

Rwanda, le procès en révision

Que dit, en effet, ce rapport ? Que dans la foulée du génocide de 1994 au Rwanda, qui fit environ 800000 morts, principalement parmi les Tutsis, et la prise du pouvoir dans ce pays par le Tutsi Paul Kagamé, rentré à Kigali à la tête des troupes du Front patriotique rwandais (FPR), après trente-cinq ans d’exil de sa communauté en Ouganda, des massacres similaires ont fait plusieurs centaines de milliers de victimes dans la province limitrophe du Kivu. Particulièrement massifs entre 1995 et 1997, ces massacres visèrent, cette fois, les réfugiés hutus du Rwanda – y compris femmes et enfants –, considérés par les nouveaux maîtres de Kigali comme responsables du génocide de 1994.

Dès 1997, Emma Bonino, commissaire européen aux Droits de l’homme, avait attiré l’attention sur ces massacres. Mais en vain, le gouvernement de Kigali ayant réussi à bloquer toute mise en cause officielle impliquant sa responsabilité. Le rapport Mapping vient de faire sauter un verrou.

Pour saisir le contexte de ces violences, un bref retour en arrière s’impose. Fait très rare en Afrique, le Rwanda et le Burundi constituaient, avant la colonisation, deux Etats nations, patiemment forgés, à partir du XIIe siècle, par des rois et une aristocratie tutsis. Peuple de pasteurs reconnaissables à leur haute taille, arrivés dans la région par vagues successives à partir du VIIe siècle, ces derniers, représentant entre 15 et 20 % de la population, dominaient une masse hutue (au moins 60 % de la population), descendante de migrateurs bantouphones venus d’Afrique de l’Ouest il y a plus de deux mille ans, et vouée aux travaux des champs. A ces deux populations, s’ajoutaient entre 15 et 20 % de métis, qui s’affirmaient hutu ou tutsi selon les circonstances.

Le colonisateur – allemand, d’abord, puis belge – respecta cette structure jusqu’à la fin des années 1950. C’est alors que tout bascula. A l’instigation de la puissante Eglise catholique belge, ralliée aux principes de la démocratie chrétienne, une révolution hutue éclata en 1959, au cours de laquelle 50000 Tutsis furent massacrés ou mutilés (on leur scia les jambes afin de réduire leur taille). Empêchés de se défendre par l’armée belge, 300000 autres partirent se réfugier en Ouganda, le pays voisin anglophone. Porté sur les fonts baptismaux par les autorités belges, le Rwanda hutu proclama son indépendance le 1er juillet 1962. D’autres vagues de massacres et d’exodes y attendaient les Tutsis : 1964, 1973, 1986… En revanche, au Burundi (qui avait été rattaché au Rwanda en 1922, avant de retrouver son indépendance, quarante ans plus tard), les Tutsis, qui avaient tiré les leçons du Rwanda, réussirent à se maintenir au pouvoir jusqu’en 1993 en noyant dans le sang plusieurs révoltes hutues.

Le dernier cycle de violences s’est ouvert en 1990, lorsque les Tutsis réfugiés en Ouganda et rassemblés au sein du FPR entreprirent, sous la direction de Paul Kagamé, de reconquérir leur pays par les armes. Avec l’aide discrète, non seulement du gouvernement ougandais, mais aussi d’éléments britanniques et américains nourrissant sans doute l’arrière- pensée d’enfoncer un coin dans le pré carré francophone.

A mesure qu’elle pénétrait dans le pays, l’armée du FPR se livra à des massacres de paysans hutus, provoquant leur exode et entraînant, en retour, des représailles hutues contre les Tutsis de l’intérieur. Des Tutsis de l’intérieur allègrement sacrifiés car considérés avec mépris comme des « collaborateurs » du pouvoir hutu, mais dont le martyr devait servir la cause du FPR.

C’est un attentat qui a déclenché le génocide de 1994. Le 6 avril de cette année-là, alors qu’il s’apprêtait à atterrir à Kigali, l’avion du président rwandais, Juvénal Habyarimana, qui transportait également son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira – un Hutu lui aussi –, était abattu par des tirs de roquettes. Dans les heures qui suivirent, les massacres commençaient. La question de la responsabilité de ces massacres se ramène à celle des auteurs – ou des commanditaires – de cet attentat. Or, un faisceau convergent de faits désigne le FPR et Paul Kagamé.

L’armée française est intervenue en trois phases. Avant 1990, il s’agissait d’une coopération militaire classique avec l’armée et la gendarmerie rwandaises. A la suite de l’offensive du FPR, en 1990, le président hutu Habyarimana obtint de François Mitterrand un soutien prudent, sous forme d’armement (en quantité limitée), de conseillers et d’un détachement militaire destiné, avant tout, à protéger les ressortissants français. Enfin, à la suite du déclenchement du génocide, en 1994, sur décision du Conseil de sécurité de l’ONU, la France organisa l’opération Turquoise qui, sous le commandement du général Jean-Claude Lafourcade, sauva, du 22 juin au 21 août, plusieurs milliers de réfugiés fuyant les massacres.

Contrairement à ce qui fut affirmé, François Mitterrand n’a pas soutenu inconditionnellement le régime du président Habyarimana. Au contraire, en pleine guerre civile, il lui imposa même, une démocratisation qui le désorganisa face au FPR. Et, à la suite des accords d’Arusha, conclus le 4 août 1993, censés trouver une solution politique avec le FPR, il cessa même son aide, alors que d’autres, notamment l’Ouganda, continuèrent à aider discrètement Kagamé.

Vainqueur, ce dernier a réussi un temps à imposer au monde sa version des événements : tous les torts sont du côté du régime hutu de Habyarimana ; toutes les victimes du génocide de 1994 sont tutsies, et parler de « double génocide » serait faire preuve de « négationnisme » ; l’armée du FPR était une armée de libération venue mettre fin aux massacres des Tutsis ; les Français (et les Belges) ont prêté la main au génocide. C’est cette vulgate que remet aujourd’hui en cause le rapport Mapping de l’ONU. Mieux, il met en évidence la part importante de responsabilité de Kagamé dans le déclenchement de ces massacres et dans ceux qui ont suivi.

Comment l’opinion internationale, spécialement en Europe et en Amérique du Nord, a-t-elle pu être abusée ? Il s’agit sans doute d’un cas d’école. Comment des dizaines d’intellectuels, de journalistes, voire d’hommes politiques, en France et en Belgique, ont-ils pu aussi longtemps fermer les yeux sur les massacres commis dans les zones « libérées », puis au Kivu, par le FPR ? Le plus cocasse est que, habituels défenseurs sourcilleux des droits de l’homme et héritiers, pour la plupart, de ceux qui, autrefois, avaient au contraire diabolisé les Tutsis, ceux-ci se soient soudain mués en défenseurs enflammés de ces derniers et de leur régime. Certains poussèrent la crédulité jusqu’à croire que l’attentat du 6 avril 1994 fut l’oeuvre d’opposants hutus !

Quand le journaliste Pierre Péan entreprit courageusement de rétablir la vérité dans son livre Noires fureurs, Blancs mensonges (page ci-contre), il fut non seulement soumis au harcèlement judicaire des avocats de Kagamé (qui compte aussi parmi ses conseils Tony Blair), mais il eut droit à une page entière de réfutation unilatérale dans les deux principaux quotidiens nationaux français.

Quand la commission mise en place par Kagamé pour établir la « vérité » sur l’implication française dans le génocide publia son rapport, le Monde en fit sa une. Patrice de Saint-Exupéry, alors journaliste au Figaro, n’a cessé de se déchaîner pour relayer les accusations les plus insensées contre l’armée française.

Bernard Kouchner, qui entretient des liens personnels avec Kagamé – dont la nature reste à éclaircir –, a défendu constamment ce dernier depuis son arrivée au Quai d’Orsay. Pas un mot, en revanche, du gouvernement pour défendre l’armée française. Pis, Nicolas Sarkozy rendit une visite à Kagamé, en février dernier, qui revêtit aux yeux du monde, le caractère d’une visite d’excuses. Et sans aucune contrepartie, même pas qu’il soit sursis à la sortie officielle du Rwanda de la francophonie: son gouvernement a interdit le français et imposé l’anglais dans les écoles, à la rentrée 2010.

Pour comprendre comment tant de gens sensés en sont venus là, il faut sans doute prendre en compte l’appui discret du gouvernement américain et de ses innombrables relais d’opinion au camp tutsi. Un appui que Kagamé, qui avait fait un long séjour à Washington en 1990, était allé chercher. Bons guerriers, fins politiques, rompus à l'exercice du pouvoir du temps de la monarchie rwandaise, les Tutsis représentent, en effet, une élite africaine également experte dans l'art de la désinformation.

Dès avant l’offensive de 1990, les émissaires envoyés par le FPR en Europe se montrèrent très habiles pour gagner les bonnes grâces de forces i n f l u e n t e s . Ma i s leurs manœuvres n’auraient pas réussi sans la crédulité de certains milieux « bobos », cible principale de cette propagande. Les Tutsis surent jouer à fond de réflexes conditionnés, présentant le régime de Habyarimana comme corrompu – ce qu’il était, mais pas plus que la plupart des gouvernements du tiers-monde – et l’accointance entre la France, la Belgique et le régime hutu comme une entreprise néocoloniale. N’ayant pas oublié que l’Eglise belge avait appuyé la révolution hutue de 1959, ils surent aussi utiliser la carte de l’anticléricalisme. Ils approchèrent également les milieux juifs, leur faisant croire que les Tutsis étaient les juifs du Rwanda.

Kagamé et le FPR n’ont pourtant pas pris la mesure du poids que peut encore représenter un rapport de l’ONU, publié sous le double patronage du haut-commissariat aux Droits de l'homme et du haut-commissariat aux Réfugiés. L’ONG Human Rights Watch demande déjà des sanctions contre les auteurs des crimes. La publicité que le Monde a donnée au rapport Mapping, en s’en réservant l'avant-première, montre que le vent est peut-être en train de tourner."

 

Roland Hureaux Le Spectacle du Monde, Novembre 2010. (ici )