Ma vérité sur l’opération « Turquoise » au Rwanda, par Jean-Claude Lafourcade
France-Turquoise
Opération Turquoise
Dans une situation particulièrement complexe, le général commandant en chef, comme le simple exécutant, doivent faire à chaque instant des choix douloureux entre le souhaitable et le possible.
Pour terminer, le général Lafourcade pose les questions lancinantes qui restent sans réponse :
Pourquoi les français étaient ils seuls pour mettre fin à un génocide ?
Comment peut-on aujourd'hui accuser les militaires de Turquoise d'avoir participé à ce génocide alors que toutes les opérations se sont passées sous l'œil de très nombreux journalistes internationaux et en présence d'une centaine d'ONG qui ont reconnu à l’époque l’aspect positif de l’opération?
Que penser du silence actuel des plus hautes autorités de l'état français ?
Par son témoignage, le général Lafourcade ne veut pas que le moindre doute s’inscrive dans l’histoire.
AS
Editions Perrin, 216 pages, 18€
Le général Lafourcade parle de son livre et répond aux questions de CF.
Mai 2010 4' 28" {mp3}lafourcadeok2{/mp3}
L' AFP vérifie-t'elle ses sources ?
Communiqué du général Lafourcade 12 avril 2010
Le général Jean-Claude Lafourcade, qui a commandé l'Opération Turquoise dépêchée au Rwanda en 1994 afin d‘arrêter les massacres dans ce pays où se perpétrait un génocide, s'élève en faux contre les récentes déclarations de l’adjudant-chef Prungnaud, reprises par l’AFP, concernant le rôle que celui-ci aurait joué en désobéissant aux ordres, dans la découverte des massacres de Tutsis à Bisesero le 30 juin 1994.
Si l'adjudant-chef Prungnaud figurait bien au sein du groupe de commandos marine qui a effectué la première reconnaissance dans cette région, c'est en réalité, comme l’a toujours affirmé le capitaine de corvette Marin Gillier chef du commando, un autre membre de cette unité qui, dans le cadre de sa mission, a découvert l’ampleur du drame trois jours plus tard et alerté le commandement. En aucun cas et à aucun moment, l’adjudant chef Prungnaud n’a pu agir en désobéissant aux ordres.
Pour accréditer ses dires, l’adjudant-chef Prungnaud prétend aussi que ses officiers l’auraient informé que les Hutu étaient victime des Tutsi. En annexe du livre du général Lafourcade, Opération Turquoise (aux éditions Perrin), on trouvera le premier ordre d’opération signé de ce dernier qui signale clairement qu’il s’agit d’« un génocide perpétré par certaines unités rwandaises et par des miliciens hutus à l'encontre de la minorité tutsi ».
Le Général réfute ces nouvelles mises en cause dont sont l'objet les militaires français : « Beaucoup de nos hommes sont rentrés traumatisés par ce qu'ils ont vu au Rwanda. On le serait à moins, mais cela ne justifie en aucuns cas de la part de M.Prungnaud de fausses versions des faits », a souligné le général Lafourcade.
Rwanda. De la guerre au génocide
Le livre est accompagné d’un site Internet proposant de nombreux compléments, souvent inédits.
www.rwandadelaguerreaugenocide.fr
Lire aussi :
TV5 MONDE "Génocide au Rwanda : entretien avec André Guichaoua" 7 avril 2010
L’Express "Des archives contre Kagame" 31 mars 2010
Commentaires de Claudine Vidal : Rwanda, la marche vers le génocide. 20 septembre 2010
Regarder :
Entretien avec André Guichaoua TV5 MONDE 23 février 2010 Durée 8′ 40 »
{flv}andre_guichaoua{/flv}
SOS racisme et le Rwanda par Hervé Cheuzeville
Dans mes livres et dans mes précédents articles sur le sujet, je n’ai eu de cesse que d’essayer de rétablir un certains nombre de vérités historiques, allègrement ignorées par Dominique Sopo et ses amis. (voir article sur le site de l’association et sur le site de l’auteur ).
[…]
Lors du procès que SOS Racisme intenta au journaliste Pierre Péan, auteur d’un livre remarqué sur le génocide rwandais, Dominique Sopo osa déclarer: « Évoquer le sang des Hutu, c’est salir le sang des Tutsi ». Curieuse phrase sortie de la bouche du dirigeant d’une organisation à vocation anti-raciste. Le sang des Tusti aurait-il plus de prix que celui des Hutu? Nicolas Sarkozy semble malheureusement lui avoir donné raison, en écrivant la phrase suivante, dans le livre d’or du mémorial du génocide, lors de la visite qu’il y fit le 25 février 2010: « Au nom du peuple français, je m’incline devant les victimes du génocide des Tutsi ». En s’exprimant de la sorte, le président français a « tribalisé » la commémoration des victimes du génocide. Il aurait dû rendre hommage aux victimes du génocide rwandais: cela aurait inclus toutes les victimes, qu’elles fussent tutsi, hutu ou twa.
Il est indéniable que la France a commis des erreurs au Rwanda. La cohabitation entre François Mitterrand et le gouvernement d’Édouard Balladur durant cette période a certainement compliqué les prises de décisions politiques, diplomatiques et militaires, et a nui à la cohérence de ces dernières. Mais les allégations venant de Paul Kagame et de ses relais français selon lesquelles la France aurait directement et délibérément participé à la préparation et à l’exécution du génocide rwandais m’ont toujours profondément révolté.
Pour que le Rwanda panse ses profondes plaies, il faudra que soient reconnues et commémorées toutes les victimes de la tragédie qui l’a frappé durant la dernière décennie du XXè siècle. Nul n’a le monopole de la souffrance et du malheur. Au Rwanda, il n’y pas eu deux génocides. Il y a eu un génocide, perpétré par des bourreaux appartenant à des camps différents, dont furent victimes des Rwandais de toutes origines.
Il devient de plus en plus difficile d’évoquer le tragédie rwandaise. Lorsqu’on le fait, on court le risque d’être taxé de « négationnisme » par les porte-voix du dictateur de Kigali, tant au Rwanda qu’en France. Paul Kagame, qui a pourtant commencé cette guerre et qui a participé au génocide, semble inattaquable. Une certaine presse, un certain réseau d’activistes, voudraient le présenter comme étant l’homme qui a mis fin au génocide. Rien ne saurait être plus loin de la vérité. Si Paul Kagame avait continué à occuper son poste de chef de la DMI, les services secrets de l’armée ougandaise, au lieu de se lancer dans cette tragique aventure, le sang n’aurait pas autant coulé au pays des mille collines. "
©Hervé Cheuzeville
http://sthiramany.free.fr/kadogo/Chronologie rwandaise par Hervé Cheuzeville
Hervé Cheuzeville est avant tout un travailleur humanitaire en Afrique. Il écrit des livres sur ces expériences et s’exprime régulièrement sur son site : http://sthiramany.free.fr/kadogo/. Dans l’extrait suivant il expose point par point les différentes étapes de l’histoire rwandaise.
· Le gouvernement du président Habyarimana était, jusqu’en avril 1994, le gouvernement légal du Rwanda, internationalement reconnu. Ce dernier était loin d’être le pire du continent africain. Moins corrompu et beaucoup moins meurtrier que d’autres, il était loin d’incarner un « nazisme tropical » dépeint par certains. N’oublions pas qu’en 1990, la majorité des régimes africains étaient encore soit des régimes militaires, soit des systèmes à parti unique. C’est cette année-là que le discours de La Baule fut prononcé par François Mitterrand, en présence d’Habyarimana. Ce n’est qu’après qu’un vent de démocratisation se mit véritablement à souffler sur l’Afrique. Il n’y avait donc rien d’inadmissible ou d’anormal, à l’époque, à ce que le gouvernement français entretienne de bonnes relations avec le gouvernement rwandais.
· La guerre et les massacres n’ont pas commencé en avril 1994, comme on l’entend trop souvent, mais en octobre 1990. Il faut rappeler que cette guerre débuta lorsque des unités de l’armée ougandaise franchirent la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda et attaquèrent les positions de l’armée rwandaise. Ces unités ougandaises, composées majoritairement de fils de réfugiés rwandais, établis en Ouganda depuis la fin des années 50, avaient formé le Front Patriotique Rwandais, afin de masquer l’implication ougandaise dans cette invasion. C’est alors que les premiers massacres furent commis. Ils visèrent les populations du nord du Rwanda et furent commis par des éléments de ce FPR que personne ne connaissait encore. Lequel FPR était dirigé par Fred Rwigyema qui, avant le déclenchement de la guerre, occupait les fonctions de vice-ministre de la défense de l’Ouganda. En réaction à ce qui pouvait légitimement être vu, à l’époque, comme une agression militaire venue d’un pays voisin, il n’était pas anormal que la France réponde favorablement à la demande d’aide formulée par le gouvernement légitime d’un pays ami.
· Tout au long de cette guerre, le gouvernement rwandais a été soumis à un embargo de l’ONU sur les fournitures d’armement, alors que l’Ouganda a constamment violé ledit embargo en fournissant secrètement à son allié FPR de grandes quantités d’armes et de munitions, et en lui permettant de maintenir des bases arrières sur son territoire.
Tout au long de cette guerre, des massacres ont été commis, visant principalement les populations du nord du Rwanda, majoritairement hutu.
· En pleine guerre et sous la pression de la communauté internationale, le président rwandais a été contraint d’introduire le multipartisme dans son pays. C’est cette libéralisation du régime qui a permis l’émergence de mouvements politiques au discours ouvertement racistes et hostiles aux Tutsi. Il faut rappeler que ce sont des Tutsi qui composaient l’essentiel des forces et de la hiérarchie du FPR.
· Le président Habyarimana a signé les accords d’Arusha qui prévoyaient le partage du pouvoir et des élections libres et démocratiques.
· En vertu de ces accords, la France a retiré ses troupes du Rwanda en 1993.
· C’est le président ougandais Museveni, « parrain » du FPR, qui a convoqué le sommet de Dar es-Salam du 6 avril 1994 et qui en a délibérément retardé la clôture. C’est ce retard qui a provoqué le décollage tardif de Dar es-Salam du président Habyarimana, en compagnie de son homologue burundais, et qui fit que leur vol dut entamer de nuit sa procédure d’approche de l’aéroport de Kigali. Cette arrivée tardive a facilité le travail de ceux qui ont perpétré l’attentat contre l’avion présidentiel. Cet attentat coûta la vie aux deux présidents, à plusieurs ministres rwandais et burundais, au chef d’état-major de l’armée rwandaise ainsi qu’à l’équipage français du Falcon 50. Premier attentat de l’Histoire dans lequel périrent deux chefs d’États en exercice, il n’a donné lieu à aucune enquête internationale. À titre de comparaison, une commission d’enquête internationale fut créée après l’attentat qui coûta la vie à Rafik Hariri, alors que ce dernier n’était même plus premier ministre du Liban lors de sa mort.
· L’attentat contre l’avion présidentiel a été immédiatement suivi par deux évènements: le début des massacres à Kigali et la rupture du cessez-le-feu alors en vigueur, par le FPR. Ce dernier déclencha, la nuit même de l’attentat, une offensive générale contre les Forces Armées Rwandaises. Les massacres de Kigali visaient les Tutsi et les opposants au gouvernement, essentiellement des Hutu. Ces massacres s’étendirent, dans les jours et les semaines suivantes, à la quasi totalité du territoire encore tenu par les forces du gouvernement de Kigali. D’une ampleur inégalée, ils se sont poursuivis durant les cent jours dramatiques qui ont séparé l’assassinat d’Habyarimana de la prise de Kigali par le FPR (avril-juillet 1994). Cependant, alors que ces épouvantables massacres étaient commis en zone gouvernementale, d’autres, tout aussi épouvantables étaient commis par les éléments du FPR au fur et à mesure de leur avance.
· Dès le déclenchement des massacres de Kigali, en avril 1994, la France a demandé au Conseil de Sécurité des Nations Unies de renforcer le contingent de casques bleus présents au Rwanda. Les États-Unis, qui s’opposèrent à cette requête, exigèrent au contraire l’évacuation des forces onusiennes. Tout au long de ces dramatiques cent jours, la France a continué à demander l’envoi d’une force internationale qui aurait permis l’arrêt des massacres. Ce n’est que fin juin que la voix de la France fut entendue et que l’Opération Turquoise put enfin avoir lieu, trop tard malheureusement pour des centaines de milliers de victimes. Cette opération militaire ne couvrit qu’une petite portion du territoire rwandais, dans le sud-est du pays. Trop tardive et trop limitée dans le temps et dans l’espace, elle permit malgré tout de mettre fin aux massacres dans cette zone. Certes, l’arrivée des soldats français ne mit pas un terme immédiat et absolu aux tueries, et on peut bien sûr le regretter. Un semblant d’ordre fut cependant progressivement rétabli et l’Opération Turquoise a indéniablement sauvé la vie de dizaines de milliers de Rwandais, Tutsi et Hutus: Tutsi en mettant un terme aux agissements des massacreurs interahamwe, Hutu en stoppant la progression du FPR. Les États-Unis et l’ONU portent donc une lourde responsabilité dans les évènements d’avril-juillet 1994: si le contingent des casques bleus avait été renforcé, comme le demandait la France, au lieu d’être réduit, l’ampleur des massacres, leur étendue et leur propagation auraient certainement été plus réduites.
· Malheureusement, après la victoire du FPR, les massacres ont continué, visant essentiellement les Hutu, commis par les forces du nouveau régime. On se souviendra, entre autres, de la tragédie de Kibeho, entre le 18 et le 22 avril 1995, lorsque l’armée de Paul Kagame massacra les déplacés du camp, comme en témoignèrent les soldats de l’ONU présents sur place. Ce massacre qui fit au moins 8000 victimes civiles, fut loin d’être un cas isolé, et ses instigateurs n’ont jamais été inquiétés.
À partir de 1996, la tragédie rwandaise fut exportée au delà des frontières, lorsque l’armée de Paul Kagame envahit le Zaïre voisin et donna la chasse aux réfugiés rwandais qui y avaient trouvé refuge. Selon les chiffres du HCR, ce sont 200 000 réfugiés hutu qui ont disparu durant cette offensive, la plupart massacrés par l’Armée Patriotique Rwandaise. Il conviendrait aussi d’évoquer les millions de morts congolais, victimes directes ou indirectes de cette guerre qui n’en finit pas, depuis 1996. Cette guerre est une conséquence directe des évènements du Rwanda de 1990-94. "
In http://sthiramany.free.fr/kadogo/
Le pouvoir ne se partage pas
De 1993 à 1995, François Mitterrand, président de la République, et Edouard Balladur, Premier ministre, ont eu ensemble de très nombreuses conversations. (…). Conscients de leurs divergences, les deux interlocuteurs tantôt se ménagent, tantôt s’opposent. Ils collaborent lorsque l’intérêt du pays l’exige sans oublier jamais qui ils sont ni ce qu’ils veulent. (…). La complexité de ces relations où la méfiance alterne avec la confiance, où les arrière-pensées affleurent à la surface des propos, éclaire un pan de notre histoire récente.
Cet extrait de la présentation faite en quatrième de couverture du livre publié chez Fayard décrit ce que fut en cette période le processus de prise de décision en France.
L’éclairage ainsi donné vaut pour la préparation et l’exécution de l’intervention militaire française au Rwanda. Plusieurs modes d’action seront envisagés et amandés avant que n’intervienne un choix politique.
Monsieur Balladur se félicite d’avoir fait prévaloir une position prudente qu’il présente ainsi : « Si je m’étais laissé influencer par les projets discutés dans certains entourages, nous serions entrés dans la guerre civile au Rwanda et aurions été condamnés par la plupart des Africains, sans parler du reste du monde ». Plus loin il évalue le résultat : « La ligne de prudence que j’avais arrêtée montre ses heureux effets : l’on assiste à un retournement de l’opinion internationale qui multiplie les louanges, alors que longtemps elle a critiqué notre implication dans le conflit en nous faisant grief de prendre parti dans la guerre civile. (…) De toute part on nous demande de prolonger l’expédition humanitaire plus longtemps que prévu. Pour moi il n’en est pas question ; à la communauté internationale, si passive, si hypocrite, de prendre enfin ses responsabilités. »
A lire et à méditer alors que reprennent les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda et que l’armée française reste accusée d’avoir commis l’indicible.
AS
Editions Fayard, 430 pages 22 €
En mars 2010 ce livre a reçu le prix "Aujourd’hui 2010"
Intérêts français selon Survie
France-Rwanda Les dessous d’un rapprochement
"À l’occasion du déplacement de Nicolas Sarkozy à Kigali le 25 février 2010, l’association Survie tient à décrypter ce qui constitue un profond revirement de la diplomatie française dans la région des Grands Lacs, et tient à alerter l’opinion sur le fait que ce revirement reste fort éloigné d’une véritable réforme de la politique de la France sur le continent."
Lundi 22 février 2010
"Par ce rapprochement avec le Rwanda, entamé il y a deux ans et consacré par cette visite, la diplomatie française vise trois objectifs :
– La réintégration de la France dans les nouveaux partenariats économiques et industriels de la région ;
– Le règlement définitif de l’accusation de complicité de génocide pesant sur elle et quelques-uns de ses hommes politiques et de ses militaires ;
– Enfin l’affirmation d’une « rupture » avec certains réseaux traditionnels de la Françafrique.
[…]
En effet, en 2009, malgré un volontarisme de façade de l’Elysée, les termes de la cooptation de la France sur des gouvernements profondément anti-démocratiques n’ont guère évolué (Cameroun, Congo-Brazzaville, Mauritanie, Madagascar, Gabon, Niger, etc.). Le rapprochement Paris-Kigali s’inscrit dans cette filiation, car il pèse sur Paul Kagamé de graves soupçons sur le rôle tenu par son pays dans les conflits du Kivu voisin depuis 1998, ainsi que sur les nombreuses entraves à la démocratie relevées sous son autorité au Rwanda.
Il apparaît donc que ce « dégel » entre les deux pays ne s’encombre d’aucune condition démocratique. En revanche, il vise une nouvelle fois à positionner la France et ses entreprises dans la compétition internationale qui se joue pour l’accès aux ressources naturelles de la région, au mépris de la justice pour les victimes du génocide et des autres crimes commis. De ce fait, Survie tient à prévenir des risques de la normalisation en cours, qui pourraient s’assimiler à une amnistie mutuelle pour des crimes imprescriptibles, hors de tout contrôle des peuples concernés et sans tenir compte de l’intérêt des populations de la sous-région."
Source Survie sur www.afrik.com
Balkanisation de la RDC
Sera-t-il question de la République démocratique du Congo (RDC) au cours de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Paul Kagame, le président du Rwanda ? Sans aucun doute. Le "plan Sarkozy", dénoncé en RDC, prévoyait un partage des richesses minières, dont regorge l’immense congo avec le "petit" Rwanda. Nicolas Sarkozy souhaitait ni plus ni moins mettre en place un "marché commun" pour favoriser les échanges économiques. Il n’en fallait pas plus pour les congolais d’y voir une "OPA" rawandaise sur le riche Kivu.
En visite officielle à Kinshasa, Nicolas Sarkozy s’était défendu de disposer d’un "plan" . Selon lui, ses propos ont été "mal interprétés", et il avait réaffirmé son attachement à "l’intangibilité des frontières" de la République démocratique du Congo (RDC). "La première vérité, c’est que la souveraineté du Congo est inaliénable et la France sera toujours à vos côtés pour le respect de cette souveraineté", avait déclaré le président français à Kinshasa.
Pour rassurer tout le monde, l’ambassadeur de France en RDC, avait martelé que la "coopération régionale est un facteur de paix" et que "la balkanisation de la RDC n’a jamais été à l’ordre du jour en France". Quel discours tiendra Nicolas Sarkozy à Paul Kagame ?
Christophe Rigaud
www.afrikarabia.com 25/02/2010Intérêts économiques dans la région des Grands Lacs
A L’occasion de la visite de Nicolas Sarkozy dans l’Afrique des Grands Lacs, plusieurs médias ou organismes ont analysé la situation. La plupart d’entre eux critiquent la France qui serait, d’après eux, uniquement motivée par les retombées économique d’un tel rapprochement.
Analyse du quotidien Le Potentiel de Kinshasa
Mais auparavant, au mois de mai, lors du prochain sommet qui aura lieu à Nice, sur la Côte d’Azur, les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats de l’Afrique des Grands Lacs débattront de cette question avec le président Nicolas Sarkozy. Les directives qui y seront arrêtées, seront certainement transmises aux ministres des pays concernés qui se retrouveront au mois de juin avec les bailleurs de fonds.
Selon le Journal Les Echos, la France souhaite l’éclosion des « projets communs » entre ces pays en matière économique, notamment dans l’Energie, le développement agricole ou l’exploitation forestière. Selon la même source, « l’idée, c’est que si on veut aider à surmonter les clivages politiques, les conflits dans cette région, il faut favoriser la coopération et l’intégration régionale ».
On ne doute pas que pendant son séjour de trois heures à Kigali, le président français s’entretiendra de la tenue de cette conférence avec son homologue rwandais, le président Paul Kagame.
Marché Commun
Cependant, ce n’est pas la première fois que le président Sarkozy évoque l’organisation de cette conférence. En janvier 2009, lors de la présentation des voeux au corps diplomatique, le président français s’était attardé sur les perspectives de paix dans la région des Grands Lacs. Aussi, appelait-il à une « nouvelle approche de paix » dans l’Afrique des Grands Lacs. Il avait suggéré le « partage en commun de l’espace et les abondantes richesses minières dont regorge la République démocratique du Congo, un pays immense à la gouvernance étrange avec le « petit » Rwanda ». Il souhaitait la mise en place d’un « Marché commun » pour favoriser les échanges économiques.
C’était le « Plan Sarkozy » dénoncé par des Congolais pour autant qu’ils y voyaient une tentative de balkanisation de la RDC. En visite officielle à Kinshasa, après avoir accordé une interview à la presse congolaise, le président français s’était défendu de disposer d’un plan, que ses propos ont été mal interprétés, mais avait réaffirmé son attachement à « l’intangibilité des frontières » de la RDC. « La première vérité, c’est que la souveraineté du Congo est inaliénable et la France sera toujours à vos côtés pour le respect de cette souveraineté », avait-t-il déclaré, à Kinshasa.
A cette occasion, le président Sarkozy avait annoncé l’organisation de cette conférence en 2010. Il avait saisi cette opportunité pour déclarer qu’il avait proposé à la RDC, et à ses voisins proches, à savoir le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya, la création d’une « Agence régionale pour le développement et l’aménagement ». A son avis, cette démarche contribuerait au « bon voisinage » dans la région et donnerait un « nouvel élan » à leur coopération autour des projets communs. Sûr que la création de cette agence sera à l’ordre du jour tant à Nice, au mois de mai, qu’en juin lors de cette conférence des bailleurs de fonds de Grands Lacs. Au bout du tunnel, ce sera bien sûr la mise sur pied d’un « Marché commun ».
Abondant dans le même sens, l’ambassadeur de France à Kinshasa, Pierre Jacquemot, avait rappelé que la « coopération régionale est un facteur de paix ». Et que la balkanisation de la RDC n’a jamais été à l’ordre du jour en France.
CIRGL marginalisée?
L’abondance des biens ne nuit pas, dit-on. Mais l’abondance des initiatives de paix peut nuire à la paix. Car l’impression qui se dégage de plus en plus, c’est qu’on se bouscule un peu trop dans la région des Grands Lacs.
En effet, l’une des importantes initiatives saluées par tout le monde et qui a bénéficié du soutien de la Communauté internationale demeure justement l’institutionnalisation de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL. Elle n’a pas permis seulement aux Etats membres de signer le Pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région des Grands Lacs, mais de disposer de 10 programmes prioritaires d’actions pour la reconstruction des pays de la région. Un fonds spécial de reconstruction a même été constitué et a reçu la contribution de certains Etats membres ; notamment la République démocratique du Congo.
Bien plus, la relance de la CEPGL est également une réalité grâce aux efforts fournis dans le cadre de la CIRGL. Un groupe d’Amis des Grands Lacs se charge même de contacter des bailleurs de fonds pour la mise en œuvre des « projets intégrateurs ».
La mise en place de cette « Agence régionale de développement et d’aménagement » viendra-t-elle en appui aux projets de développement de la CIRGL ? Les bailleurs de fonds des Grands Lacs sont-ils les mêmes qui font partie du « Groupe des Amis des Grands Lacs » ? Apparemment, la réponse est négative. Cela d’autant plus vrai qu’à en croire le journal Les Echos, Elysée aurait intéressé les Américains à cette proposition et que ceux-ci « lui ont fait part de leur soutien ».
Dans l’intérêt de l’Afrique des Grands Lacs, il serait utile que toutes ces initiatives soient coordonnées et ne visent qu’un seul objectif. Question d’éviter le « télescopage » au risque de décourager certains bailleurs de fonds, voire de cette « agence de développement », au-delà ce « Marché commun », une utopie. Devant cette hypothèse, ce sont les pays de la région qui perdraient, alors que l’intégration économique est une option levée par l’Union africaine depuis l’OUA, avec le Plan d’Action de Lagos 1971, la CEPGL, la CEEAC et la CIRGL.
D’autre part, si la tendance consisterait à confier à quelques pays de la région le « leadership économique » au détriment de ceux producteurs des richesses, l’Afrique des Grands Lacs se trouverait dans la même situation que les pays du balkan. Pour des raisons économiques, les Européens sont divisés, car la Russie ne parle pas le même langage avec ses voisins européens, membres de l’OTAN qui compte également les Etats-Unis.
Or, dans les Grands Lacs, le coltan, la cassitérite, le nickel… opposent déjà l’Europe aux Etats-Unis ainsi qu’aux Asiatiques dans le Kivu.
