Noires fureurs, blancs menteurs Rwanda

Enfin paraît en novembre 2005 : « Noires fureurs, blancs menteurs Rwanda 1990-1994 » par Pierre Péan aux éditions Mille et une nuit.

Ce livre n’affirme pas, il démontre que le génocide de 1994 ne fut qu’un épisode dans une guerre civile et régionale ignorée, plus meurtrière encore, voulue depuis octobre 1990. Le FPR était prêt à tout pour conquérir le pouvoir à Kigali, y compris à sacrifier Hutus et Tutsis.

La dénonciation des uns et des autres est d’une intensité étonnante mais aussi réconfortante car argumentée. La vérité éclate et cela fait du bien.

Parmi les « idiots utiles » on trouve François Xavier Verschave, Patrick de Saint Exupéry, Jean Lacouture (ce dernier s’était déjà fourvoyé en épousant la cause des libérateurs Khmers rouge, qui ont libéré 6 millions de cambodgiens … de la vie.), Jean-Pierre Chrétien (le cachet universitaire du FPR, p. 389).

Ce livre a été écrit pour l’essentiel entre juillet et novembre 2005, l’auteur a eu accès à des informations sensibles : témoignages de personnalités, archives de l’Elysée, messages renseignements…. Il apporte une qualité impressionnante d’informations. Il est également riche d’enseignements sur les opérations en Afrique, le cadre de l’action, la médiatisation, le renseignement.

On notera le renvoi à Bernard Lugan, confirmant ainsi la qualité de l’ouvrage précité, « sur tous les sujets militaires impliquant l’armée française, lire l’excellent livre de Bernard Lugan « François Mitterrand, l’armée française et le Rwanda » (p. 162) », le livre de Péan complète parfaitement celui de Lugan.

L’auteur souligne que Kagame :

  • avait le plus profond mépris pour les Tutsis de l’intérieur, qualifiés de traîtres,
  • est à l’évidence celui a donné l’ordre d’abattre l’avion du Président Hbyarimana, ce qui a déclenché la panique chez les Hutus et le massacre des Tutsis, prétexte d’une prise de pouvoir par les armes, la voie des urnes étant impossible compte tenu du rapport ethnique

Quelques extraits , page 288 :

 « Le général Quesnot (note : le Chef de l’état-major particulier du Président de la République de l’époque) continuera lui aussi à désigner  le FPR. Le 29 avril, dans un récit destiné aux archives de l’Elysée , Quesnot traumatisé par les massacres, livre sans retenue sa colère et ses états d’âme :  » Nous sommes aussi coupable, car les accords d’Arusha auxquels nous avons contribué sont trop déséquilibrés. On a poussé les Hutus à signer, surtout Arusha-4 donnant un avantage exorbitant au FPR dans l’encadrement d’une future armée rwandaise. On a fait pression sur les Hutus pour qu’ils signent des conditions intenables. Le FPR est le parti le plus fasciste que j’ai rencontré en Afrique. Il peut être assimilé à des « Khmers noirs ». Il a une complicité belge. On a dit : les Hutus ont abattu l’avion d’Habyarimana. Mais c’est faux. Ce sont les mercenaires, recrutés par le FPR ou issus de lui, qui ont abattu l’avion. Et alors la Garde présidentielle, dont le chef avait été tué avec le Président et qui n’est pas composée d’enfants de chœur, s’est mise à massacrer : on avait tué leur Président. C’était exactement ce que voulait le FPR, car le Président Habyarimana constituait le seul véritable obstacle  à sa prise de pouvoir. Derrière tout cela il y a aussi Museveni qui veut créer un Tutsiland avec la complicité objective des Anglo-saxons, lesquels estiment que Museveni doit devenir le leader régional et assurer la stabilité dans la zone des grands lacs… « … »

 Page 496, dernière page du livre :

 « Paul Kagame et tous les blancs menteurs qui l’ont soutenu ont du souci à se faire. Vient le temps où toutes les manipulations déployées autour de la souffrance humaine seront mises au jour. Kagame et son entourage apparaîtront alors pour ce qu’ils sont, des criminels de guerre doublés de chefs mafieux responsables de millions de morts, qui ont pour longtemps déstabilisé l’Afrique centrale et asservi leur propre peuple. »

Un chapitre entier traite de l’affaire de Bisesero, point central de l’accusation de Mes Bourdon et Comte sous-tendant la plainte au Tribunal des armées (note : Le procédé consistant à créer une association de « victimes » des pseudos massacres de l’armée française, de s’en dire l’avocat puis de porter plainte, contre X, avec constitution de partie civile, imparable au niveau de l’ouverture de l’information, est commode quoique limite sur le plan déontologique. Il présente parallèlement, pour les plaignants, l’avantage d’éviter des poursuites pour diffamation ou dénonciation calomnieuse, en cas de rejet de la plainte ou de poursuites non fondées …). Il s’agit du chapitre 24 intitulé « Bisesero, ou l’inavouable manipulation ».

Page 457 :

 « 1.220 Tutsis qui erraient dans les collines de Bisesero, condamnés à une mort certaine, ont été sauvés, le 30 juin 1994 par les hommes du COS (note : commandement des opérations spéciales). Et pourtant, trois Tutsis de Bisesero, assistés par Mes Antoine Comte et William Bourdon (ex-secrétaire général de la FIDH, fédération internationale des droits de l’homme, toujours en pointe dans le combat pro-FPR), ont déposé plainte, le 17 février 2005 auprès du Tribunal des armées. Plainte contre X visant des militaires français accusés de génocide et de complicité de crimes contre l’humanité au Rwanda, appuyée explicitement sur le livre de Patrick de Saint-Exupéry, “L’inavouable”.

Patrick de Saint-Exupéry a accompagné le 27 juin un petit détachement militaire à Bisesero il y est revenu le 1er juillet, au lendemain de l’arrivée en masse des forces spéciales. L’intervalle de trois jours – du 27 au 30 juin – entre la première reconnaissance et le sauvetage, constitue le nœud du livre. Trois jours pendant lesquels l’état-major a, selon le journaliste du Figaro, délibérément laissé les miliciens tuer des milliers de Tutsis qu’il savait en danger de mort. “L’inavouable” est utilisé par Kigali et ses supporters français comme une pièce à charge contre l’armée française. Or, ce livre est une terrible manipulation. »

Pierre Péan décrit sans complaisance comment des journalistes, dont Patrick de Saint Exupéry, ont été trompés pour au final docilement épouser, sans ni recul ni doute, la thèse du FPR (page 272-274) :

« Le cas de Saint-Exupéry est loin d’être unique. Nombreux ont été les journalistes, les membres d’associations, les hommes politiques qui ont été, comme lui, emportés par l’émotion. Une émotion détournée, canalisée directement ou indirectement par le FPR. Manipulation non seulement abjecte, mais aussi redoutable, car difficilement parable. À. partir de ce qu’ils croyaient être la réalité, la plupart sont devenus des militants de la cause FPR, consciemment ou non. »

 On comprend la raison des commentaires déplaisants de l’intéressé (Saint-Exupéry) à l’égard du livre de Péan (cf. ci-après) dans le Figaro du 7 décembre 2005, dans tous les cas, le livre de Péan apporte d’intéressantes informations sur les « plaignants », affaire à suivre …

b)  les réactions au livre

 Les réactions sont immédiates, proportionnelles aux consciences qui ont été dérangés. L’auteur est assimilé à un néocolonialiste de la « Françafrique » (cf. 1.4. le texte de présentation du livre « Négrophobie » par son éditeur), comparé aux antisémites des années 1930 (toujours la machine à vitrifier la pensée) par Jean-Philippe Rémy du Monde (article du 3 décembre 2005), au prétexte (absurde) que Pierre Péan donnerait une version biaisée du conflit, en faveur des seuls Hutus  en niant de surcroît les massacres de Tutsis (c’est radicalement inexact).

Pour le Monde, cette posture vis à vis du rôle de la France au Rwanda est relativement nouvelle et inquiétante. En effet, ce quotidien avait jusqu’à présent sur ce sujet une toute autre approche, nettement plus conforme aux principes élémentaires de déontologie. Faut-il en déduire que le départ du journal de l’excellent africaniste, Stephen Smith, est à l’origine de ce changement drastique ?

Quant au Figaro, la rédaction a laissé le soin à Patrick de Saint Exupéry – que l’engagement en faveur de Kagame aurait dû disqualifier pour cet exercice – le soin d’exécuter le livre et son auteur. Cet article constitue une accumulation d’âneries, de citations tronquées et hors contexte à l’encontre d’un livre argumenté, documenté représentant plus de 500 pages et annexes.

Il est vraisemblable qu’en fait le journaliste n’a pas lu le livre, se contentant de la préface et du chapitre 22 ou il est mis en cause. L’article dont il s’agit est reproduit in extenso :

Péan, un libelle sur le Rwanda.

En quelque 500 pages, Pierre Péan entend démonter dans Noires fureurs, blancs menteurs, un ouvrage consacré à la tragédie traversée par le Rwanda en 1994, les deux points nodaux de ce qui serait, selon lui, une immense « manipulation ».L’histoire, affirme-t-il, aurait été « truquée». Le voici donc lancé à l’assaut de la question du génocide des Tutsis du Rwanda. A le lire, l’auteur cherche visiblement à établir que rien n’est simple, ce que nul ne conteste. Partant de ce postulat, Pierre Péan parcourt un chemin bien périlleux puisqu’il l’amène à formuler des propos outranciers. L’ancien chef de la rébellion, Paul Kagamé, aujourd’hui président du Rwanda, serait ainsi « un Führer (…) devenu directeur de Yad Vachem, le musée de la Shoah ». Quant aux Tutsis, victimes de ce génocide, les voici campés au rang d’une « race » dont un trait de caractère serait l’immémoriale « culture du mensonge » et dont l’objectif «final » serait de réduire au rang « d’Untermenschen » (sous-hommes) une communauté hutue, touchée elle aussi par la tragédie de 1994.

Ces principes posés, Pierre Péan poursuit son chemin pour en arriver à la question du rôle de la France, un rôle contesté et discuté puisqu’il fut objet de nombreuses enquêtes et d’une mission d’information (qui dura plusieurs mois) de l’Assemblée nationale. Au terme d’innombrables philippiques, Péan assure démonter tout cela de manière définitive. Il n’y aurait là que faux procès et malsaines insinuations alimentés par une cinquième colonne entrée sous influence d’un « lobby tutsi » qui aurait su diriger ses « très belles femmes » vers « les lits appropriés ». Voilà le complot. Arrivé à ce point, le lecteur est saisi. Mais Péan enchaîne. Dans ce qui ressemble à un dérapage incontrôlé, il fait feu de tout bois : Juifs, francs-maçons belges, protestants français seraient ligués dans ce complot et bénéficieraient de l’appui de journalistes (dont l’auteur de ces lignes, accusé de s’être « prêté à une grave manipulation »), organisations humanitaires et défenseurs des droits de l’homme, tous ralliés, tous aveugles. Que dire alors ? Se taire, juste se taire. Le laisser, seul, assumer ses propos. Le Figaro 07/12/2005, Patrick de Saint-Exupéry.

Au final, il existe heureusement sur cet ouvrage quelques articles rédigés par des journalistes qui n’ont pas vocation à être les thuriféraires du FPR. Il est ainsi reproduit une partie du long article de François Schlosser du Nouvel observateur, qui rend compte du livre, avec objectivité et sa liberté de journaliste (on peut ne pas partager pas toutes ses appréciations, elles ont toutefois le mérite de l’honnêteté) et du livre d’Abdul Ruzibiza (ancien lieutenant de Kagame).

 La véritable histoire de ce drame n’a pas encore été écrite, pas plus que celle de l’ensemble des années les plus terribles que vient de vivre le Rwanda. Les crimes impunis du régime actuel de Kigali continuent de brouiller les perspectives. Car face aux révélations nouvelles et accablantes sur les exactions attribuées à Paul Kagame et à son armée, qui occupent aujourd’hui le devant de la scène, la réalité du génocide de 1994 contre les Tutsis tend à s’estomper. Déjà la vieille théorie du « double génocide » – ou plus simplement des « massacres ethniques » à l’africaine – refait surface. Au risque d’ouvrir la voie à un nouveau révisionnisme. »

d) Des reactions au livre (suite)

En septembre 2008 s’ouvre le procès intenté par SOS Racisme contre Pierre Péan pour « diffamation raciale ».

Commentaires :

Coup de boule

mardi 30 septembre 2008 par Séverin Buzinet  dans   BAKCHICH

      Cette fois, nous y sommes. Au nom de l’antiracisme, dans un procès bien artificiel pour « diffamation raciale », un témoin de l’accusation, donc de SOS Racisme, a jugé utile de comparer le journaliste et auteur Pierre Péan à Hitler, puisque son livre sur le Rwanda, si l’on remplace les mots « tutsis » par « juifs », lui a paru ressembler comme deux gouttes d’eau à Mein Kampf…Ce qui est plus ou moins le cas de La Guerre des boutons, si on remplace « ceux de Longeverne » par « SS ». Une bêtise aussi monstrueuse donne envie de plier ses lunettes, d’aller au lit et de ne plus jamais donner de coup de boule contre rien. On est au bout du bout, à la verticale du vide, et SOS Racisme, qui déjà, ces derniers temps, ne se signalait pas par sa finesse, dégringole cette fois en bas de la falaise.

Je n’ai absolument pas d’avis sur la question de savoir qui, des hutus ou des tutsis, a raison ou tort. Je ne dirai pas que je m’en fous, mais il me semble que la réponse à cette question a moins d’importance éthique que politique : choisissez votre ethnie, choisissez votre camp, embrassez le pouvoir de Kigali ou tournez-lui le dos, c’est comme vous voulez. L’enjeu éthique, c’est de dire qu’un pays où l’on peut ainsi se massacrer est monstrueux. Du point où je suis (et nous sommes nombreux à être là !) je n’ai aperçu qu’une guerre terrible dans laquelle, si je me souviens bien, tout le monde donnait de la machette avec une énergie haineuse. Avec, de ci de là, des français, des américains, des anglais, quelques belges en retard d’une colonisation, bref, un de ces merdiers illisibles sur lesquels les commentaires à chaud tiennent lieu de vérité provisoire, jusqu’à ce qu’inévitablement ils soient mis en cause quelques années plus tard. Une seule chose est certaine : même sans le moindre blanc dans le potage, il y aurait eu du rififi au Rwanda. Le génocide couvait depuis belle lurette. Ca, tout le monde vous le dira. Parce que là où il y a des tribus, il y a des guerres tribales. Et c’est abominable. Faut-il, sur ce point, fermer sa gueule ?

Il y a des tas de choses qu’il ne faut jamais dire sur l’Afrique. Des choses simples. Par exemple, qu’on y pratique l’excision avec la bénédiction des imams. Que depuis la fin de la colonisation, ce continent a utilisé sept cent fois plus de balles que la seconde guerre mondiale. Que l’on y trouve des guerres de religion « à l’ancienne » absolument spectaculaires, avec famines, massacres, dévastations atroces et Dieu qui reconnaîtra les siens (je vous rappelle que nous devons nous repentir des Croisades). Que la corruption est généralisée, qu’on marie les filles (souvent très jeunes) contre leur gré et une liasse de billets, et qu’ici ou là, l’esclavage existe encore (oh pardon, il ne faut jamais dire non plus que l’esclavage existait en Afrique avant que les blancs s’en occupent). Que les Droits de l’Homme, que tout les bons esprits réclamaient avec des clochettes au Tibet et autour du stade Olympique, ne sont pas mieux connus dans une tripotée d’Etats africains qu’en Birmanie (dont on parle) ou au Turkménistan (dont on parle très peu). Mais je n’ai encore jamais vu personne nier totalement que le tribalisme engendrait des comportements inadmissibles, et nourrissait une culture potentiellement sanguinaire. Voilà dans quel contexte culturel un génocide a eu lieu. Est-ce que les pratiques politiques ont changé depuis lors ?

Voilà où est le drame, voilà où se joue le racisme ordinaire, et certainement pas dans un bouquin de Péan ou d’un autre journaliste essayant de décrire ce merdier. Lequel Péan, qui a tout de même de sacrées références humanistes et professionnelles, est accusé (avec une violence incompréhensible) de « diffamation raciale » (comment peut-elle être raciale, puisque les races n’existent pas ?) pour avoir écrit que les Tutsis avaient une « culture du mensonge ». Et les Siciliens, une culture de l’omerta. Et les Marseillais, une culture de l’anisette. Et les Sarkozy, une culture du bling-bling. On se demande pourquoi SOS Racisme mégote son soutien à ces groupes humains fragilisés par l’insulte et la discrimination. D’autant plus que la culture du mensonge, c’est très bien vu en politique, tout le monde vous le dira. Je ne donnerai pas d’exemple pour ne pas me prendre un procès dans la gueule.

   Résultat des courses, l’association SOS Racisme s’est une fois de plus fourvoyée en envoyant à la barre ce fin connaisseur des écrits d’Hitler. Si pour plaider sa cause, elle en est réduite à cautionner de tels délires, qu’en sera-t-il demain ? Certains parlent d’un règlement de compte téléguidé par Kigali, que Kouchner courtise, et qui, dit-on, emploie les mêmes avocats que SOS-racisme. Ce serait abominable, je préfère ne pas y penser. Car ce qui attriste, c’est que des organisations fondamentalement utiles et nécessaires dans une démocratie semblent n’avoir désormais, pour raison d’exister, que la pratique du procès. Leur cadre de vie, c’est le prétoire. Leur pensée, c’est l’incrimination. Avec quels résultats ? Combien de procès ridicules, combien de non-lieu, combien d’échecs cuisants ? Après Morin, son chien ? Après Siné, son chat ? Après Péan, qui ? Et pendant qu’on traque le penseur, le dessinateur, le journaliste, l’Afrique fabrique des dictateurs… qu’on ne jugera sans doute jamais.

SOS Racisme traîne Péan en justice. Et relaie les accusations de Kigali contre la France

Hervé Deguine 30 septembre 2008 dans « CAUSEUR »

Historien et journaliste, Hervé Deguine, 44 ans, a été responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières et poursuit des recherches sur l’histoire contemporaine du Rwanda. Il est membre du comité de rédaction de Médias. Il était témoin de la Défense dans le procès intenté à Pierre Péan.

Sur le banc des accusés, Pierre Péan et son éditeur Claude Durand faisaient face à SOS Racisme. En réalité, ce procès était une nouvelle péripétie de la campagne menée par le régime de Kigali pour faire porter à la France la responsabilité du génocide.

Péan et Claude Durand, Pdg de Fayard, ont donc comparu la semaine dernière, du 23 au 25 septembre 2008, devant la XVIIe Chambre correctionnelle de Paris, pour « diffamation raciale » et « incitation à la haine raciale ». A l’origine de ce procès, une plainte déposée en octobre 2006 par SOS Racisme et de son président, Dominique Sopo, contre Noires fureurs, Blanc menteurs.

Ce livre, paru un an plus tôt, est un pavé dans la marre. Il remet en cause l’historiographie récente du Rwanda. Selon Péan, contrairement à la thèse généralement admise par les médias, ce ne sont pas les extrémistes hutus qui ont assassiné le président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, déclenchant le génocide qui coûta la vie à 600.000 Tutsis du Rwanda et le massacre de centaines de milliers de Hutus. C’est, au contraire, le Front Patriotique Rwandais (FPR) qui est à l’origine de cet attentant. Et qui, donc, porte une part de responsabilité dans les tueries qui ont suivi.

Depuis sa création en 1987, le FPR s’est présenté devant l’opinion publique internationale comme un mouvement de libération nationale, dont le but était de mettre un terme à la dictature du régime Habyarimana et d’installer la démocratie au Rwanda. Mais, explique Péan, dès le départ, le véritable objectif du FPR était tout autre. Fondé par les descendants de l’élite royale tutsie chassée du Rwanda en 1959 et réfugiée d’Ouganda, soutenu par les Etats-Unis, le FPR avait pour véritable objectif la reconquête totale du pouvoir par la force, quel que soit le prix à payer. Y compris si cela devait entraîner le massacre des Tutsis de « l’intérieur », ceux qui n’avaient pas fui le Rwanda en 1959. C’est finalement ce qui s’est produit. Le FPR est donc une organisation criminelle, dirigée par un chef cynique, Paul Kagame. Devenu chef de l’Etat en 1994, ce dernier a mis en place une dictature totalitaire qui ne tolère aucune opposition. Péan dénonce ce régime sanguinaire, accusant au passage les relais de désinformation qu’il a mis en place en Europe dans le but de dissimuler ses crimes : ce sont les « Blancs menteurs ».

Péan n’est pas un spécialiste du Rwanda. Il n’est ni historien, ni ethnologue. Comme le rappelle Florence Bourg, avocate de la Défense, c’est un « journaliste de combat ». Son livre, écrit en quelques mois, est sans nuance : « je l’ai écrit avec mes tripes », justifie l’auteur, révulsé par la découverte, au cours de ses recherches, d’une gigantesque manipulation de l’opinion publique. Ce que Péan affirme dans Noires fureurs, Blancs menteurs n’est pas nouveau. D’autres auteurs, universitaires (Reyntjens, Guichaoua), journalistes (Smith) ou témoins (Ruzibiza), l’ont dit ou écrit avant lui. Mais voilà : Péan est une personnalité publique et son livre connaît un impact médiatique considérable.

Lorsque le livre paraît, en octobre 2005, nous sommes à quelques mois de l’inculpation de neuf cadres dirigeants du FPR par le juge Jean-Louis Bruguière en raison de leur participation présumée à l’attentat du 6 avril 1994, inculpation qui entraîne la rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France. Le climat est pour le moins tendu. Irritées, voire inquiètes, les autorités de Kigali décident de réagir fermement à la publication de cet ouvrage potentiellement dangereux. L’association Ibuka organise une campagne de protestation en Europe. Association de survivants du génocide à l’origine, Ibuka a été rapidement récupérée par des proches de Kagame. Selon Human Rights Watch, International Crisis Group et Amnesty International, pour ne citer que ces trois organisations, Ibuka joue un rôle important dans la défense politique et idéologique du régime. En Belgique, Ibuka mobilise sa section locale et rassemble 217 plaignants contre Péan. Ces plaignants se présentent comme des survivants insultés par le livre de Péan. Certains le sont sans aucun doute : comment pourrait-il en être autrement, étant donné la gravité de l’accusation ? Mais un bon nombre sont des cadres politiques du régime en service commandé. Certains, comme Antoine Mugesera, Tom Ndahiro ou Eugène Twagira Mutabazi, se sont même fait connaître par leurs manœuvres gravement diffamatoires à l’encontre de journalistes rwandais ou européens. En France, Ibuka rencontre des difficultés juridiques et se rapproche de SOS Racisme, qui porte plainte.

Des accusations de négationnisme et de révisionnisme sont distillées dans la presse, mais les adversaires de Péan ne vont pas au bout de leur démarche. SOS Racisme ne s’en prend pas à la thèse de Péan. L’organisation antiraciste ne la cite pas, elle ne la critique pas : elle l’ignore. Dans sa plaidoirie, l’Accusation se défend même de vouloir attaquer l’homme – il est vrai que Pierre Péan a longtemps été parrain de SOS Racisme.

Ce que les avocats de Dominique Sopo reprochent à Péan et à son éditeur, ce sont quelques lignes situées dans l’introduction du livre, en périphérie du sujet principal. Après avoir brossé à gros traits l’histoire du Rwanda, Péan consacre quatre pages à un caractère culturel particulier au Rwanda : la culture du mensonge. S’appuyant sur des travaux universitaires bien connus des spécialistes, Péan veut montrer à quel point l’art du mensonge et de la dissimulation imprègne la vie quotidienne des Rwandais et, partant, la vie politique du pays. Cette spécificité rwandaise est un lieu commun pour les spécialistes, mais elle surprend les non-initiés. Est-ce pour cette raison que ce court extrait du texte de Péan, plus maladroit que malveillant, est perçu par SOS Racisme comme une « incitation à la haine raciale » ? « A ces rudiments d’histoire et de géographie [que l’auteur vient d’énumérer], il est important d’ajouter et de garder en tête que le Rwanda est aussi le pays des mille leurres, tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis, et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus », écrit Péan, demeurant bien en-deçà de ce qu’a pu écrire la journaliste belge proche du FPR Colette Braeckman qui, elle, n’a jamais été poursuivie par SOS-Racisme. On a donc des raisons de penser que ce ne sont pas ces quelques phrases mais le cœur de la thèse de Péan (et de Bruguière) qui ont fâché les dirigeants de Kigali et à, partant, à ceux qui sont, sans doute avec de bonnes intentions, devenus leurs relais en France. Et on les comprend : si Péan dit vrai, alors, la tragédie rwandaise ne peut plus se réduire à un affrontement entre bons et méchants. En effet, il faut alors admettre que, comme l’a affirmé Claude Durand, il y a des bourreaux parmi les victimes et des victimes parmi les bourreaux.

« On peut discuter cette formulation et même cette thèse, mais, dans un pays démocratique comme la France, doit-on le faire devant un tribunal ? », s’interroge l’africaniste Stephen Smith, dernier témoin entendu à l’audience. Faut-il résumer les 544 pages de la thèse de Péan, voire une vie d’engagement, à ces quatre lignes, et celles-ci suffisent-elles à comparer Noires fureurs à Mein Kampf, comme n’a pas hésité à le faire l’ancien président de l’Union des étudiants juifs de France, témoin de l’Accusation ? C’est une chose de critiquer la façon d’enquêter de Péan ou les faiblesses de son livre, c’en est une autre d’affirmer qu’il y a chez cet auteur une intention délibérée d’inciter à la haine ethnique, sans laquelle il n’y a pas matière à poursuite, résume l’avocat de la Défense, Me Jean-Yves Dupeux. « Les militants antiracistes se trompent de cible en s’attaquant à Péan, un homme qui a consacré toute sa vie de journaliste à la dénonciation des injustices, du racisme et de l’antisémitisme », conclut Claude Durand, directeur de Fayard.

Quelle que soit la sentence que prononceront les juges le 7 novembre prochain, une chose est certaine : la polémique entretenue au sujet des écrits prétendument racistes de Péan constitue d’ores et déjà une victoire pour Kigali. Les représentants de la présidence qui assistaient à l’audience peuvent être satisfaits de cet écran de fumée qui permet jusqu’à présent d’occulter le vrai débat : oui ou non le FPR est-il responsable de l’attentat du 6 avril 1994, du chaos, du génocide et des massacres qui s’ensuivirent ? Oui ou non Paul Kagame doit-il répondre de ses crimes présumés devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda ?

Pierre Péan s’entretient avec Frédéric Mitterand (55 minutes)

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Récapitulatif des Détenus

RECAPUTILATIF DES DETENUS 

 Publié le 17 novembre 2009 par l’administration du TPIR

 

Détenus en procès 26
Détenus en attente de procès 2
Condamnés en attente de transfert 0
Affaires terminées en première instance 0
Détenus en appel (Arusha) 8
Total des détenus à Arusha 36
Détenus purgeant leur peine (Mali : 14 ; Benin : 9) 23
Nombre total de détenus 59
Accusés acquittés 8
Libérés 9
Décédés 2
Renvoi d’affaires devant une Juridiction Nationale (en l’occurrence France) 2
Total des arrestations 81
Nombre d’accusés dont les procès sont terminés 48
Nombre de jugements rendus après la décision en appel 38

Source : site internet officiel du Tribunal Pénal International pour le Rwanda

Rwanda histoire secrète

Rwanda, histoire secrète
Editions du Panama octobre 2005

 

Le lieutenant Abdul Ruzibiza est le témoin principal de l’enquête mené par le juge Jean-Louis Bruguière sur l’attentat contre l’avion du président Habyarimana.

Il décrit avec une précision impressionnante le montage de cette opération, décidée au quartier général de l’armée rebelle et exécutée par un commando dont il était lui-même membre.

Il relate aussi, en citant par leur nom un certain nombre d’autres témoins, les crimes commis par son armée, l’APR (Armée patriotique rwandaise) sous le commandement de Kagame. Les récits, détaillés et datés, sont souvent insoutenables. Il accuse le commandement de l’armée rebelle d’avoir, à partir de 1990, utilisé contre le régime hutu de Habyarimana une stratégie de la tension visant à provoquer des massacres de Tutsis en procédant à des assassinats ciblés et en entretenant en permanence le cycle attentats-représailles, dont les Tutsis étaient les principales victimes. Il accuse le chef tutsi Paul Kagame d’avoir procédé à un génocide contre les Hutus dans les régions conquises par l’armée rebelle et d’avoir eu comme seul objectif la conquête du pouvoir, sans tenir compte des risques de génocide contre les Tutsis. Selon Abdul Ruzibiza, l’attentat qui a coûté la vie au président Habyarimana avait pour objectif essentiel de déclencher la grande tuerie des Tutsis par les Hutus, qui justifierait ensuite la prise du pouvoir par les forces rebelles de Paul Kagame.

Claudine Vidal, sociologue, directrice de recherche émérite au CNRS et André Guichaoua professeur de sociologie à l’Université Paris-I, Panthéon Sorbonne, témoin expert auprès du bureau du Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) depuis 1996, ont préfacé et postfacé le livre

Rwanda, chantage et faux témoignages

 

 

12.11.09 – TPIR/NZIRORERA – DES PRISONNIERS RWANDAIS FONT DE FAUX TEMOIGNAGES POUR ETRE LIBERES

Arusha, 12 novembre 2009 (FH) – Un témoin de la défense a déclaré jeudi devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) que les prisonniers au Rwanda faisaient, à la demande des autorités, de faux témoignages contre des accusés en procès à Arusha.
Baptisé "16"pour protéger son identité, le témoin  est interrogé par l’avocat américain de la Défense Peter Robinson, dans le cadre du procès de l’ancien secrétaire général du MRND, Joseph Nzirorera.
Nzirorera est jugé conjointement avec deux autres pontes de l’ex-parti au pouvoir : ses ancien président Mathieu Ngirumpatse et vice-président Edouard Karemera, dont la défense est close. 
 
"16" a affirmé que des officiels rwandais avaient conseillé à un groupe de 40 détenus de la prison de Ruhengeri, dont lui-même, d’accuser faussement les dirigeants du  parti présidentiel de l’époque afin de bénéficier de libérations anticipées.

Il a demandé à la chambre, présidée par le juge Byron, de n’accorder "aucun crédit aux déclarations que j’ai faites devant les autorités de la prison de Ruhengeri et devant les enquêteurs du TPIR en 2002, parce que je les ai faites sous la contrainte."

Il a également communiqué les noms de dix autres témoins qui avaient été contraints de faire de même.

"16"poursuivra son témoignage lundi. Il est le dixième témoin de la défense, sur 55 attendus.

Nzirorera et ses deux co-accusés, l’ex-président du parti, Mathieu Ngirumpatse, et l’ancien vice-président, Edouard Karemera, répondent notamment de crimes perpétrés par des membres de leur parti. C’est ce que le procureur appelle, dans son acte d’accusation, la responsabilité de supérieur hiérarchique.  
  

NI/SC/GF

© Agence Hirondelle

Comment la France a perdu l’Afrique

En mai 2005, paraît : « Comment la France a perdu l’Afrique » par Stephen Smith et Antoine Glaser (édition Calman Levy).

La démonstration de la thèse de l’échec de la politique française et de son retrait d’Afrique noire, est peu probante. L’exposé apparaît comme une idée abstraite, a priori, à laquelle il faut plier la réalité et l’actualité. En outre, les auteurs sont forcés eux-mêmes d’admettre que le système qu’ils dénoncent, est insoluble : « Paris intervient et on dénonce son ingérence, voire son néocolonialisme ; Paris s’abstient et on lui reproche son indifférence et on lui rappelle sa responsabilité historique ».

Les conclusions, aux termes desquels il serait nécessaire de remplacer une politique française en Afrique en lieu et place d’une politique africaine de la France, constituent un jeu de mots et non pas une proposition utile à la réflexion.

TPIR : pas de planification du génocide.

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            ARUSHA, Tanzanie – 17 Nov. 2009 —  Le Bureau de l’Association des Avocats de la Défense auprès du TPIR (ADAD) applaudissent le rejet par la Chambre d’Appel des accusations de “planification du génocide” lors de l’acquittement de Protais Zigiranyirazo, le beau-frère du Président Habyarimana, dont l’assassinat en avril 1994 adéclenché la violence qui a ravagé le Rwanda, laquelle a été décrite comme étant “un génocide planifié depuis longtemps.”

            Les allégations faisant état que les proches associés de Habyarimana (définis sous le vocable d’Akazu ou “maisonnette” en Kinyarwanda) étaient engagés dans une conspiration pour tuer “les Tutsi et les Hutu modérés” ont été rejetées par la Cour pour la seconde fois en moins d’une année.  L’acquittement s’ajoute à une évidence croissante que Kagame et le FPR ont conduit avec succès une campagne de désinformation afin de délégitimer  le gouvernement rwandais précédent, et de détourner l’attention sur leurs propres crimes au Rwanda et au Congo. En décembre 2008, le New York Times et plus récemment quatre Rapports d’Experts de l’ONU, ont détaillé l’occupation du Congo et le vol illégal de ses richesses par le Rwanda et l’Ouganda depuis l’invasion de 1996,  laquelle a entraîné la mort de quelques six million de civils.            L’acquittement de la Chambre d’Appel suit le Jugement de Décembre 2008 dans l’affaire « Militaires-1 », publié en février 2009, acquittant quatre officiers militaires de haut rang de la culpabilité de “conspiration en vue de commettre le génocide,”  y compris le Colonel Théoneste Bagosora, le supposé  “auteur du génocide.”  Après 7 années de procès, la Cour a considéré que la Preuve du Procureur était explicable par planification normale de l’activité militaire dans le cours de la guerre qui a fait rage pendant 4 années, suite à l’invasion du Rwanda à partir de l’Ouganda en 1990, par l’armée du FPR du Président actuel du Rwanda Paul Kagame.

 Pour contacter le Bureau de l’ADAD:  Prof. Peter Erlinder, Président de l’ADAD, 31(0)70 345 92 00 (La Haye) / 651-271-4616 (USA) / peter.erlinder@wmitchell.edu /

Me. John Philpot, 0755 352 931 (Arusha ) / 514-844-4655 (Canada) / jphilpot@videotron.ca

 

 

Le professeur André Guichaoua dit ce qu’il en est du génocide des Tutsi au Rwanda

mercredi 18 novembre 2009

guichaoua.jpgÀ l’occasion du procès Nkezabera à Bruxelles, le professeur André Guichaoua a déclaré que si le génocide des Tutsi au Rwanda avait bien eu lieu, il n’était toujours pas avéré qu’une planification préalable au 6 avril avait bien existé.

Le professeur français qui témoignait dans le procès de M. Ephrem Nkezabera, le Conseiller national de la milice Interahamwe a bousculé certaines idées reçues en rappelant que le Tribunal pénal international pour le Rwanda n’était pas parvenu – notamment dans le procès du colonel Bagosora – à prouver la planification préalable du génocide des Tutsi rwandais.

M. Guichaoua a réfuté les comparaisons avec le génocide des Juifs en Europe qui voudraient qu’il y ait eu au Rwanda un plan d’extermination à l’instar de celui ourdi lors de la conférence de Wanzee dans laquelle le régime nazi allemand avait planifié "la solution finale" de la population juive d’Europe.

M. Guichaoua a aussi contesté la thèse selon laquelle un véritable État nazi avait sévi au Rwanda à partir de 1959 et qu’il avait présidé à la programmation du génocide du groupe ethnique Tutsi. (…)

 

François Mitterrand, l’armée française, et le Rwanda

En mars 2005, paraît : « François Mitterand, l’armée française et le Rwanda » par Bernard Lugan (édition du Rocher).

Bernard Lugan, dont les convictions politiques inclinent plutôt à droite, ne craint pas de laver François Mitterrand des accusations injustes portées contre lui au regard du soutien apporté au Président Habyarimana et à la gestion de la crise, en coopération avec le Premier ministre de l’époque, Edouard Balladur.

François Mitterrand n’a pas soutenu "inconditionnellement" le régime hutu rwandais, et l’armée française n’a pas à rougir de son action au Rwanda. Contrairement aux idées reçues : la France exerça des pressions constantes sur le président Habyarimana afin de le contraindre à partager le pouvoir avec les opposants hutus et négocier la paix avec les émigrés Tutsis ; les troupes françaises n’ont pas participé aux combats contre les Tutsis et l’aide militaire fut uniquement destinée à éviter un effondrement de l’armée gouvernementale hutu, jamais à lui donner la victoire. Voir dans cette politique une complicité avec les auteurs du génocide relève du fantasme ou de l’intention de nuire.

 

Ce livre qui fait litière des accusations portées contre la France est le résultat d’une profonde connaissance des réalités rwandaises, d’une longue enquête dans les archives et de nombreux entretiens avec les principaux acteurs militaires français (dont le général Lafourcade et plusieurs Chefs de corps), lesquels ont, pour la première fois, accepté de parler. Si de tels témoignages ont pu être recueillis, c’est que les militaires interrogés ont eu confiance en l’auteur et au sérieux de son entreprise.

Bernard Lugan dénonce également les mensonges et les accusations fallacieuses d’un certain nombre de journaliste, d’intellectuels engagés et d’associations. Dans une ambiance générale de repentance, il fait œuvre utile.

Enfin, faisant preuve de beaucoup d’objectivité, l’auteur n’hésite pas, à la lumière des témoignages et nouveaux documents collectés, à revenir sur certaines de ses opinions exprimées précédemment (on pense à son précédent livre « Rwanda : le génocide, l’église et la démocratie »), ce qui est la marque d’une rare honnêteté.

Le patron de Dallaire parle

Chef de la MINUAR pendant le génocide, Booh Booh révèle que le général Dallaire avait organisé le sabotage de l’action diplomatique en plaçant clandestinement des micros dans son bureau pour écouter toutes les conversations officielles et confidentielles de son patron.

Dallaire a fermé les yeux sur les convois d’armes à destination du FPR alors qu’il contrôlait étroitement ceux du régime Habyarimana. Il a pris parti pour les rebelles Tutsis en vivant avec une compagne de rwandaise sous son toit. Ce comportement frivole a sali la réputation de la MINUAR et discrédité le travail des casques bleus.

Le représentant spécial de l’ONU affirme que Dallaire ne lui a remis ni rapport sur l’attentat du 6 avril 1994 ayant déclenché le génocide, ni sur l’assassinat des casques bleus belges.

Jacques Booh Booh va plus loin en révélant que Dallaire a carrément invité les rebelles du FPR dans les bureaux de l’état-major de la MINUAR à Kigali pour leur donner des informations sur les positions de l’armée Hutu.

Après avoir gardé le silence pendant dix ans, par discrétion et humilité, l’ancien ministre et ambassadeur camerounais parle pour dénoncer la mégalomanie et les dérives d’un général qui a fini sa carrière en larmoyant dans un livre paru en 2004 : « J’ai serré la main droite du diable ».

Légitimité du TPIR

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            LA HAYE – 16 Novembre 2009 —  Pour la première fois dans l’histoire, des avocats de la défense auprès de tribunaux criminels internationaux, ont tenu une conférence auto-sponsorisée pour commenter et rendre publics les obstacles qui empêchent les personnes accusées de bénéficier de procès équitables, en particulier au Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR). Les co-sponsors comprennent près de 20 facultés de Droit, des associations de juristes et des associations de Droits de l’Homme en Europe, Afrique et Amérique du Nord.

  Le conférencier principal, l'ancien procureur général américain Ramsey Clark, interrogé sur la légalité des tribunaux pénaux des Nations Unies qui ne sont pas autorisées en vertu de la Charte des Nations unies, a déclaré que « l’équité devant le TPIR est une fiction que nous considérons d’un commun accord comme ayant les dommages les plus dévastateurs … Le TPIR a seulement poursuivi la partie qui a perdu la guerre au Rwanda, tandis que les vainqueurs ont bénéficié d’une totale impunité … ».

  Plus de 120 personnes, avocats internationaux en défense pénale, universitaires spécialisés en droit pénal, historiens, philosophes, militants des droits humains, ainsi que des experts en culture rwandaise, ont présenté quelques 40 articles et ont répondu aux questions du public sur les questions ayant trait au principe du procès équitable, à la lumière de l'ancien procureur en chef du TPIR, Carla Del Ponte, laquelle a récemment documenté la manipulation des poursuites du TPIR, par les États-Unis et la Grande Bretagne, afin de créer l'impunité pour leur allié, le gouvernement actuel du Rwanda. « Les tribunaux criminels ad hoc ne devraient pas être créés par le Conseil de sécurité de l'ONU …. qui est intimement un organe politique », observa le philosophe politique autrichien Hans Koechler.
Quant au Professeur John Laughland, du Centre d'Histoire de l'Europe Centrale à la Sorbonne, il a relevé des exemples d'ingérence politique avec les tribunaux des Nations unies pour le Rwanda et la Yougoslavie. Les spécialistes reconnus du Rwanda, le Dr. Helmut Strizek d’Allemagne, le Prof. Filip Reyntjens de Belgique, le Dr. Bernard Lugan et le Conseil de la Défense du TPIR ont fourni des détails sur la compréhension de plus en plus profonde de la violence qui a balayé le Rwanda en 1994.
Bien que le Procureur du TPIR, Carla Del Ponte, ait publiquement annoncé en 2003 qu'elle disposait de preuves pour poursuivre les membres du gouvernement actuel, les 80 personnes accusées par le TPIR sont toutes des partisans de l'ancien gouvernement rwandais. Aucun des « vainqueurs » de la guerre civile rwandaise longue de quatre années n’a été poursuivi, malgré le fait que la France et l’Espagne ont inculpé plus de 40 membres de l'actuel gouvernement rwandais pour crimes de guerre et de génocide, dont l'actuel président Paul Kagame.

  Le Conseil de Sécurité de l’ONU a annoncé la fin du financement du tribunal pour le Rwanda.  Des intervenants ont noté que l’ONU a le devoir de continuer à procurer la protection en cours des droits des détenus, des conditions appropriées d’incarcération et des procédures adéquates de révision des condamnations. La protection par l’ONU des archives du TPIR dans un site neutre comme d’autres tribunaux internationaux, est nécessaire pour en garantir une conservation historique correcte et accessible. Les nombreux crimes non encore réglés ni poursuivis du gouvernement actuel du Rwanda, qui se poursuivent aujourd’hui à l’Est du Congo, selon le New York Times et les rapports des experts de l’ONU publiés fin 2008, disqualifient le Rwanda comme site pour toutes les institutions liées à l’ONU.

  Me. Beth Lyons: 00316- 84403304 (Hague)/ 201-295-3103 (U.S.)/  bethlyons@aol.com Prof. Peter Erlinder: 31(0)70 345 92 00 (Hague)/ 651-271-4616 (U.S.)/ peter.erlinder@wmitchell.edu

 

TPIR, une justice de vainqueurs ?

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 « Le fait que le Tribunal n'ait à ce jour pas jugé les crimes de guerre commis par le Front patriotique rwandais risque de donner l'impression qu'il ne rend qu'une "justice des vainqueurs'» a déclaré Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch.  « Réclamer la justice pour les victimes des crimes du  FPR ne revient pas à nier le génocide ni à exprimer une équivalence entre ces crimes et le génocide » a expliqué Kenneth Roth. « C'est affirmer simplement que toute victime, quel que soit le pouvoir des coupables présumés, a droit à ce que justice soit faite. » 

 

Les crimes commis par le Front patriotique rwandais  ont été bien documentés, notamment par une Commission d'experts des Nations Unies en 1994 qui a conclu que ce groupe avait « perpétré de graves violations du droit international humanitaire » et  des « crimes contre l'humanité ». Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, entre avril et août 1994, le FPR a tué de 25 000 à 45 000 civils.

 

 kenneth_roth.jpg"Human Rights Watch est l’une des principales organisations indépendantes au monde qui se consacrent à la protection et à la défense des droits humains. En attirant l’attention internationale sur les situations où les droits humains sont violés, nous donnons une voix aux opprimés et nous exigeons que les oppresseurs répondent de leurs crimes. Nos enquêtes objectives et rigoureuses, ainsi qu’un plaidoyer ciblé et stratégique, nous permettent d’exercer une pression intense qui incite les décideurs à agir et accroissent le prix à payer pour les auteurs d’atteintes aux droits humains. Depuis 30 ans, Human Rights Watch œuvre avec ténacité pour poser les bases morales et légales de changements profonds et lutte pour apporter plus de justice et de sécurité aux peuples du monde entier. "