Mais le fleuve tuera l’homme blanc

Patrick Besson, Fayard Roman 480 pages 22 euros

« Mais le fleuve tuera  l’homme blanc », un roman dans une bibliothèque rassemblant des essais, des témoignages et des récits documentaires !….une incongruité ?

Ce serait oublier que le romancier, à partir d’une trame imaginaire, peint des caractères et des situations psychologiquement réalistes. En l’occurrence pour ce qui nous intéresse ici, la morgue retorse des tutsis et la haine butée des hutus.

« Les rwandais ont engagé un officier traitant qu’ils ont l’intention de piéger (…) A travers lui ou elle, Kagamé veut atteindre la France (…) ». Voilà l’argument d’une fresque foisonnante où s’entrechoquent des personnages multiples se croisant dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest.
Le Rwanda de la période 1994 n’est pas au centre du tableau, mais quand l’auteur s’y attarde il peint avec justesse une situation tragique et nul documentaire ne donne à voir aussi crument la lumière noire du génocide. Mépris, cruauté froide, vols, viols, machettes, bière et bestialité, meurtres entre voisins. C’est saisissant de réalisme.

Celui qui écrit et qui a vu, rend témoignage à la vérité.

André Schill

Paul Kagame a sacrifié les tutsi

Plus exactement Monsieur Ndagijimana met en avant les crimes commis par le FPR de Paul Kagamé, s’appuyant sur son expérience ou des rapports d’ONG.
La thèse de l’auteur, évoquée par le titre, accuse Paul Kagamé d’avoir instrumentalisé et sacrifié les victimes du génocide pour aujourd’hui asseoir sa légitimité.

 

« Le Général Paul Kagame n'a pas arrêté le génocide tutsi comme il l'a toujours prétendu. Bien au contraire, ce chef de guerre a délibérément provoqué le génocide, puis il a cyniquement et systématiquement rejeté toutes les initiatives des Forces armées rwandaises, des Nations Unies et de certains pays occidentaux pour arrêter le massacre des Tutsi. A plusieurs reprises, il a menacé de tirer sur les troupes étrangères qui tenteraient d'intervenir pour stopper le génocide. L'objectif de Kagame n'a jamais été de protéger nos parents Tutsi de l'intérieur, mais de s'en servir comme prétexte pour accéder au pouvoir par la force. Il est donc coresponsable du génocide tutsi au même titre que les autres génocidaires et doit en répondre devant la Justice et devant l'Histoire. »  JMV. Ndagijimana

CF

Carla Del Ponte

Le passage suivant se déroule en juin 2002, Carla Del Ponte sort d’un entretien avec Paul Kagamé (Président actuel du Rwanda et ancien chef du Front Patriotique Rwandais, guérilla tutsi), celui-ci vient de lui affirmer avec véhémence que la justice internationale n’avait pas à s’occuper des affaires et présumés crimes du FPR. Choquée de cette obstruction à la justice, elle livre au lecteur sa déception et ses craintes quant au devenir du TPIR qui, à son sens, s’installe dans une impunité dirigée.

 

« En quittant Kigali, j’avais la désagréable impression que le cycle de l’impunité au Rwanda […] n’était pas près de s’arrêter. Quant au Tribunal pour le Rwanda, il semblait bien parti pour administrer une fois de plus la justice des vainqueurs et rien d’autre. Je craignais que le Conseil de sécurité des Nations unies ne prenne aucune mesure déterminante pour réagir au refus de Kagamé de coopérer avec le Tribunal et à la campagne visant à contrecarrer les travaux du Tribunal. Seul l’enquête de Bruguière, pensais-je, pouvait encore jouer un rôle significatif pour briser le cercle vicieux de l’impunité » p 374-375.

 

Le rapport qu’elle rédigea restera sans réponse.

En mai 2003 Elle est convoquée à Washington par l’ambassadeur extraordinaire des Etats-Unis pour les crimes de guerre, Pierre Prosper :

 

« Prosper laissa la parole aux Rwandais. Ils souhaitaient que les enquêtes sur les crimes attribués au Front Patriotique rwandais soient confiées à leurs autorités judiciaires locales, des juridictions dominées par les tutsi, et non au Tribunal International. De la part des Rwandais cette demande e me surprit d’autant moins que je l’avais déjà entendue à maintes reprises. Ce fut en revanche Prosper qui me surprit, en prenant le parti des Rwandais. Il me proposa de transférer les enquêtes et les poursuites des crimes présumés du FPR […] au gouvernement rwandais  d’obédience tutsi, celui là même qui, selon Human Right Watch, ne laissait aux victimes des crimes du FPR « pratiquement aucune chance d’obtenir justice auprès du tribunal rwandais » ».

 

Plus loin Carle Del Ponte raconte qu’à la suite de son refus, l’ambassadeur lui annonce que son mandat, qui s’achève quatre mois plus tard, ne sera pas renouvelé…

La Traque, les criminels de guerre et moi, Editions Héloïse d’Ormesson, Paris, 2009.

 

CF.

Rwanda, enfer des règles implicites

Pierre-Célestin BAKUNDA i’CYCARO

400 pages l’Harmattan 29 euros

  

Pour l’auteur la violente tragédie de 1994 au Rwanda ne résulte pas d’évènements conjoncturels ni soudains. En analysant l’histoire du Rwanda depuis 1898 il décrit  la rivalité grandissante entre les Hutu et les Tutsis que ni la colonisation, ni les actions de l’Eglise catholique, ni l’indépendance et l’avènement d’une république n’ont pu conjurer. En effet l’auteur soutient la thèse que la société rwandaise reste profondément marquée jusqu’à ce jour par un code ésotérique « Ubwiru » qui par ses règles implicites maintient la société rwandaise dans une logique de clivage ethnique, de relations ambiguës, de jeu d’intérêt divergents et en définitive de haine derrière une fraternité de façade.

 

Cette réflexion se termine sur une question sans véritable réponse : Comment éteindre les feux de la haine inter rwandaise au profit d’une société plus transparente où l’individu double n’existerait plus, du moins de manière aussi tragique ?

AS

La France au Rwanda (1990 1994)

LA FRANCE AU RWANDA (1990_1994).

« Entre abstention impossible et engagement ambivalent »

Olivier LANOTTE

2007 Editions Complexe GRIP

 

Le 1er octobre 1990, le retour armé des anciens réfugiés rwandais au sein du Front patriotique rwandais (Fpr) marque l’entrée en guerre du Rwanda. Une sale guerre, au cours de laquelle la France sera militairement présente, et qui trouve son épilogue en juillet 1994 à la faveur de la victoire du Fpr. Entre temps, la guerre d’usure menée par le Fpr, les manipulations de l’ethnicité orchestrées par le régime Habyarimana, la stratégie du chaos poursuivie par les faucons des deux bords, et surtout le génocide perpétré par les extrémistes hutus, ont causé la mort de plus d’un million de personnes.

Le propos de cet ouvrage est de décrire, d’analyser et d’expliquer le processus de prise de décision ayant conduit le président Mitterrand à engager l’armée française au Rwanda entre 1990 et 1994. L’étude menée ici récuse avec rigueur scientifique, à la fois ceux qui encensent la politique de la France et ceux qui condamnent sans discernement et évoquent une « complicité » de la République française dans le génocide. De toute évidence, entre les conclusions de la Mission d’information et celles des censeurs, exégètes et autres sycophantes de la politique africaine de la France, les divergences d’analyse sont d’envergure. Il importe donc de les décrypter pour en apprécier la pertinence. Quelles étaient les motivations réelles de la présence française au Rwanda ? Au-delà du constat d’échec de cette politique rwandaise, quels facteurs ont contribués in fine à ruiner les effets de la politique prônée par François Mitterrand ? Quel crédit enfin accorder aux accusations de « complicité de génocide » proférées à l’encontre des soldats de l’opération Turquoise, La France serait elle « la seule nation coupable parmi les nations saintes et pures » ?

Docteur en sciences politiques (relations internationales), spécialiste de l’Afrique centrale, Olivier LANOTTE est chercheur au Centre d’études des crises et des conflits internationaux (CECRI) de l’université catholique de Louvain.

Entre autre, il a publié en 2003 aux éditions Complexe/GRIP « Guerres sans frontières en République démocratique du Congo »

 

Voxafrica –  émission Vice-Versa – Entretien avec Olivier Lanotte avril 2009 43 minutes

 

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Rwanda, contre enquête sur le génocide

Elargissant son propos au delà des événements l’auteur dénonce le parti pris et les faiblesses scientifiques des experts du procureur du TPIR, ainsi qu’un acte d’accusation à la fois indigent et clairement aligné sur les thèses de l’actuel gouvernement de Kigali.

Bernard Lugan est un « spectateur engagé », son ouvrage constitue néanmoins une référence précieuse pour la compréhension d’évènements complexes qui peuvent paraître déjà lointains. Pour les militaires de l’opération Turquoise accusés en France devant le tribunal aux armées de Paris (TAP) de génocide et de crimes contre l’humanité, les faits évoqués dans cet ouvrage restent d’une actualité brûlante.

AS 

Rwanda : Le procès du FPR

« RWANDA: LE PROCÈS DU FPR . Mise au point historique » par Serge DESOUTER

L’interprétation des événements tragiques concernant le Rwanda a été jusqu’ici l’apanage du régime FPR/APR en place à Kigali avec l’appui inconditionnel de Washington et de Londres, entre autres puissances internationales. Or, il est avéré que le génocide des Tutsi en 1994 a fait suite aux massacres de masse de villageois hutu perpétrés par l’APR dès son agression du territoire rwandais en 1990.

On notera en particulier l’analyse du contexte qui prévalait  au Rwanda avant l’attentat, du 6 avril  avec la difficile instauration du multipartisme. Et aussi les manipulations du FPR dans la presse nationale et internationale et les infiltrations dans le pays, les assassinats destinés à faire monter la pression.

 

L’avion présidentiel abattu le 6 avril 1994 a déclenché ensuite la réaction que l’on sait. La traque au Zaïre des réfugiés hutu par l’APR en 1996-97 a toutes les caractéristiques d’un génocide, visant cette fois les Hutu.

Depuis lors, la dictature militaire du parti-Etat FPR exerce toute sa rigueur sur le pays et son influence pernicieuse jusque dans l’enceinte du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) chargé de connaître et juger les crimes contre l’humanité mais exclusivement ceux commis par l’une des deux parties en conflit. Pourquoi pas l’autre ? Pourquoi le FPR/APR ne devrait-il pas lui aussi être comptable du crime de génocide ?

Cette étude tente de rétablir la chronologie et la vérité des faits.

Elle fait l’historique des tensions et des querelles de pouvoir entre Hutu et Tutsi depuis le passé précolonial, sous le Protectorat allemand, la tutelle belge, après l’indépendance et jusqu’à 1990. Le rôle controversé de l’Eglise catholique au Rwanda y est « revisité », de même que l’ère Habyarimana. La stratégie de prédominance du FPR/APR est éclairée tant sur le plan militaire que sur le plan politique.

L’argumentation s’appuie sur des dizaines d’archives connues ou non constituant la moitié du livre. Le procès du FPR/APR à travers ses dirigeants les plus visibles peut donc s’ouvrir.

Madeleine RAFFIN

La véritable histoire des génocides rwandais

Bernard Debré
éditeur Jean-Claude Gawsewitch avril 2006

 

Huit ans après la parution du Retour du Mwami, Bernard Debré reprend et approfondit dans ce nouvel ouvrage, La véritable histoire des génocides rwandais, l’analyse qui lui avait valu à l’époque un certain nombre de critiques.

Bernard Debré n’entend pas remettre en cause ni l’existence ni l’ampleur du génocide perpétré par les Hutus sur les Tutsi. Néanmoins il apparaît aujourd’hui que les Tutsi des premières diasporas ont joué un rôle plus qu’ambigu dans son déclenchement et dans celui des guerres meurtrières qui ont suivi.

L’auteur pour illustrer son propos ne se limite pas à l’analyse de la seule période de 1994 mais recherche les racines du mal dans l’histoire ancienne et étudie les tensions politiques hégémoniques les plus récentes. Il décrit également l’amplitude géographique du conflit qui touche plusieurs pays de la zone. Enfin il souligne l’influence et la responsabilité des USA dans la tragédie qui se développe dans le sous-continent « Afrique centrale et de l’ouest ».

Bernard Debré est né en 1944 à Toulouse. Chirurgien des Hopitaux de Paris, ministre de la coopération de novembre 1994 à mai 1995, il est aujourd’hui député de Paris (XVe arrondisssement).

AS

Les larmes de l’honneur.

En novembre 2005 paraît sous la plume du colonel Jacques Hogard, « Les larmes de l’honneur. 60 jours dans la tourmente du Rwanda », (édition Hugo Doc).

Il faut redire avec force que les soldats français, bras armés de la France au Rwanda, n’ont pas été les complices de génocidaires, ni des tortionnaires, ni des assassins, mais au contraire les artisans inlassables et dévoués de la paix n’hésitant pas à intervenir au péril de leur vie contre l’innommable, la brutalité et la barbarie, sachant remettre un peu d’humanité dans ce bouillon de haine et de mort.

L’article de Patrick Girard de l’hebdomadaire Marianne du 07/10/2005, résume bien le sentiment qui se dégage chez le lecteur à la lecture du livre :

Afrique. Quelques vérités bonnes à dire sur le Rwanda

Le terrible génocide provoqué par la disparition, le 6 avril 1994, du président Juvénal Habyarimana, a fait couler des flots de sang et d’encre. Plus de 800 000 personnes, en majorité des Tutsi et des Hutu libéraux, ont été massacrés par les milices extrémistes proches du Hutu Power, dans l’indifférence complète de la communauté internationale.

Celle-ci se contenta de faire évacuer les ressortissants étrangers présents au Rwanda cependant que le maigre contingent de l’ONU voyait ses effectifs être réduits et mis en demeure de ne pas intervenir.

La mauvaise conscience occidentale a trouvé un bouc émissaire commode en la personne de la France, soupçonnée et accusée, par de multiples pamphlets, d’avoir soutenu, des années durant, le régime de Juvénal Habyarimana, voire d’avoir financé et armé les tueurs. Une vision pour le moins simpliste puisque les troupes françaises stationnées depuis octobre 1990,à Kigali avaient été retirées, après la signature, en 1993, des accords d’Arusha.

Peu importe. Mieux vaut fustiger Paris que s’interroger sur le rôle du FPR (Front patriotique rwandais), ces fameux « Khmers noirs » dont le chef, Paul Kagame, n’est pas précisément connu pour être un champion de la démocratie et des droits de l’homme. Les spécialistes sont aujourd’hui d’accord pour reconnaître qu’il donna sans doute l’ordre d’abattre l’avion qui transportait le président rwandais et son homologue burundais. Il savait que les désordres qui en résulteraient lui permettraient de parvenir au pouvoir plus sûrement et plus rapidement que par la voie des urnes.

Voilà qui donne toute sa valeur au témoignage de Jacques Hogard, un ancien officier supérieur français qui relate le déploiement des troupes françaises dans le cadre de l’Opération Turquoise et qui apporte de précieux renseignements sur les agissements du FPR. Sans nier pour autant les massacres commis par les miliciens hutus et une partie des Forces armées rwandaises.

On peut tout juste regretter que l’auteur fasse appel à « l’autorité » de Bernard Lugan, « africaniste » dont les théories, largement entachées de racisme, sont sujettes à caution (note : ce dernier point est erroné, mais n’enlève rien au reste de l’article), pour ne pas dire plus. Mais ce livre se lit d’une traite et constitue un contrepoids précieux aux entreprises de désinformation sur le rôle de la France au Rwanda. »

On lira également avec intérêt, deux réactions à cet article lisibles sur le site Internet de Marianne, émanant selon toute vraisemblance de deux Rwandais :

Le 30 novembre 2005 par Kalinda

Je suis rwandais mais je ne dirai pas si je suis hutu ou tutsi. Cela m’importe peu voire trop peu. Seulement je voudrais réagir sur les ouvrages qui sortent en ce moments et qui mettent en cause le FPR et Monsieur Kagame (à tort ou à raison). J’ai remarqué une chose. C’est que à chaque fois qu’une thèse met en cause la véracité de la sacro-sainte vérité connue depuis les années 1990, le FPR crie au révisionnisme. Je pense que le FPR devait plutôt démentir en apportant les éléments qui prouvent le contraire. Nous avons tous ( Hutu et Tutsi) envie de connaître ce qui s’est réellement passé au Rwanda. Et que les coupables de tout bord soient punis de façon exemplaire pour que le mot "Plus jamais ça" soit gravé dans la mémoire collective des générations qui viendront.

Merci

Le 24 novembre 2005 par pkcharrier

La vérité sur le Rwanda reste inaudible en France. La vérité, c’est que seul le maintien de l’armée française après 1993 aurait pu éviter le génocide, provoqué par la guerre d’invasion du FPR et des Ougandais. »

Noires fureurs, blancs menteurs Rwanda

Enfin paraît en novembre 2005 : « Noires fureurs, blancs menteurs Rwanda 1990-1994 » par Pierre Péan aux éditions Mille et une nuit.

Ce livre n’affirme pas, il démontre que le génocide de 1994 ne fut qu’un épisode dans une guerre civile et régionale ignorée, plus meurtrière encore, voulue depuis octobre 1990. Le FPR était prêt à tout pour conquérir le pouvoir à Kigali, y compris à sacrifier Hutus et Tutsis.

La dénonciation des uns et des autres est d’une intensité étonnante mais aussi réconfortante car argumentée. La vérité éclate et cela fait du bien.

Parmi les « idiots utiles » on trouve François Xavier Verschave, Patrick de Saint Exupéry, Jean Lacouture (ce dernier s’était déjà fourvoyé en épousant la cause des libérateurs Khmers rouge, qui ont libéré 6 millions de cambodgiens … de la vie.), Jean-Pierre Chrétien (le cachet universitaire du FPR, p. 389).

Ce livre a été écrit pour l’essentiel entre juillet et novembre 2005, l’auteur a eu accès à des informations sensibles : témoignages de personnalités, archives de l’Elysée, messages renseignements…. Il apporte une qualité impressionnante d’informations. Il est également riche d’enseignements sur les opérations en Afrique, le cadre de l’action, la médiatisation, le renseignement.

On notera le renvoi à Bernard Lugan, confirmant ainsi la qualité de l’ouvrage précité, « sur tous les sujets militaires impliquant l’armée française, lire l’excellent livre de Bernard Lugan « François Mitterrand, l’armée française et le Rwanda » (p. 162) », le livre de Péan complète parfaitement celui de Lugan.

L’auteur souligne que Kagame :

  • avait le plus profond mépris pour les Tutsis de l’intérieur, qualifiés de traîtres,
  • est à l’évidence celui a donné l’ordre d’abattre l’avion du Président Hbyarimana, ce qui a déclenché la panique chez les Hutus et le massacre des Tutsis, prétexte d’une prise de pouvoir par les armes, la voie des urnes étant impossible compte tenu du rapport ethnique

Quelques extraits , page 288 :

 « Le général Quesnot (note : le Chef de l’état-major particulier du Président de la République de l’époque) continuera lui aussi à désigner  le FPR. Le 29 avril, dans un récit destiné aux archives de l’Elysée , Quesnot traumatisé par les massacres, livre sans retenue sa colère et ses états d’âme :  » Nous sommes aussi coupable, car les accords d’Arusha auxquels nous avons contribué sont trop déséquilibrés. On a poussé les Hutus à signer, surtout Arusha-4 donnant un avantage exorbitant au FPR dans l’encadrement d’une future armée rwandaise. On a fait pression sur les Hutus pour qu’ils signent des conditions intenables. Le FPR est le parti le plus fasciste que j’ai rencontré en Afrique. Il peut être assimilé à des « Khmers noirs ». Il a une complicité belge. On a dit : les Hutus ont abattu l’avion d’Habyarimana. Mais c’est faux. Ce sont les mercenaires, recrutés par le FPR ou issus de lui, qui ont abattu l’avion. Et alors la Garde présidentielle, dont le chef avait été tué avec le Président et qui n’est pas composée d’enfants de chœur, s’est mise à massacrer : on avait tué leur Président. C’était exactement ce que voulait le FPR, car le Président Habyarimana constituait le seul véritable obstacle  à sa prise de pouvoir. Derrière tout cela il y a aussi Museveni qui veut créer un Tutsiland avec la complicité objective des Anglo-saxons, lesquels estiment que Museveni doit devenir le leader régional et assurer la stabilité dans la zone des grands lacs… « … »

 Page 496, dernière page du livre :

 « Paul Kagame et tous les blancs menteurs qui l’ont soutenu ont du souci à se faire. Vient le temps où toutes les manipulations déployées autour de la souffrance humaine seront mises au jour. Kagame et son entourage apparaîtront alors pour ce qu’ils sont, des criminels de guerre doublés de chefs mafieux responsables de millions de morts, qui ont pour longtemps déstabilisé l’Afrique centrale et asservi leur propre peuple. »

Un chapitre entier traite de l’affaire de Bisesero, point central de l’accusation de Mes Bourdon et Comte sous-tendant la plainte au Tribunal des armées (note : Le procédé consistant à créer une association de « victimes » des pseudos massacres de l’armée française, de s’en dire l’avocat puis de porter plainte, contre X, avec constitution de partie civile, imparable au niveau de l’ouverture de l’information, est commode quoique limite sur le plan déontologique. Il présente parallèlement, pour les plaignants, l’avantage d’éviter des poursuites pour diffamation ou dénonciation calomnieuse, en cas de rejet de la plainte ou de poursuites non fondées …). Il s’agit du chapitre 24 intitulé « Bisesero, ou l’inavouable manipulation ».

Page 457 :

 « 1.220 Tutsis qui erraient dans les collines de Bisesero, condamnés à une mort certaine, ont été sauvés, le 30 juin 1994 par les hommes du COS (note : commandement des opérations spéciales). Et pourtant, trois Tutsis de Bisesero, assistés par Mes Antoine Comte et William Bourdon (ex-secrétaire général de la FIDH, fédération internationale des droits de l’homme, toujours en pointe dans le combat pro-FPR), ont déposé plainte, le 17 février 2005 auprès du Tribunal des armées. Plainte contre X visant des militaires français accusés de génocide et de complicité de crimes contre l’humanité au Rwanda, appuyée explicitement sur le livre de Patrick de Saint-Exupéry, “L’inavouable”.

Patrick de Saint-Exupéry a accompagné le 27 juin un petit détachement militaire à Bisesero il y est revenu le 1er juillet, au lendemain de l’arrivée en masse des forces spéciales. L’intervalle de trois jours – du 27 au 30 juin – entre la première reconnaissance et le sauvetage, constitue le nœud du livre. Trois jours pendant lesquels l’état-major a, selon le journaliste du Figaro, délibérément laissé les miliciens tuer des milliers de Tutsis qu’il savait en danger de mort. “L’inavouable” est utilisé par Kigali et ses supporters français comme une pièce à charge contre l’armée française. Or, ce livre est une terrible manipulation. »

Pierre Péan décrit sans complaisance comment des journalistes, dont Patrick de Saint Exupéry, ont été trompés pour au final docilement épouser, sans ni recul ni doute, la thèse du FPR (page 272-274) :

« Le cas de Saint-Exupéry est loin d’être unique. Nombreux ont été les journalistes, les membres d’associations, les hommes politiques qui ont été, comme lui, emportés par l’émotion. Une émotion détournée, canalisée directement ou indirectement par le FPR. Manipulation non seulement abjecte, mais aussi redoutable, car difficilement parable. À. partir de ce qu’ils croyaient être la réalité, la plupart sont devenus des militants de la cause FPR, consciemment ou non. »

 On comprend la raison des commentaires déplaisants de l’intéressé (Saint-Exupéry) à l’égard du livre de Péan (cf. ci-après) dans le Figaro du 7 décembre 2005, dans tous les cas, le livre de Péan apporte d’intéressantes informations sur les « plaignants », affaire à suivre …

b)  les réactions au livre

 Les réactions sont immédiates, proportionnelles aux consciences qui ont été dérangés. L’auteur est assimilé à un néocolonialiste de la « Françafrique » (cf. 1.4. le texte de présentation du livre « Négrophobie » par son éditeur), comparé aux antisémites des années 1930 (toujours la machine à vitrifier la pensée) par Jean-Philippe Rémy du Monde (article du 3 décembre 2005), au prétexte (absurde) que Pierre Péan donnerait une version biaisée du conflit, en faveur des seuls Hutus  en niant de surcroît les massacres de Tutsis (c’est radicalement inexact).

Pour le Monde, cette posture vis à vis du rôle de la France au Rwanda est relativement nouvelle et inquiétante. En effet, ce quotidien avait jusqu’à présent sur ce sujet une toute autre approche, nettement plus conforme aux principes élémentaires de déontologie. Faut-il en déduire que le départ du journal de l’excellent africaniste, Stephen Smith, est à l’origine de ce changement drastique ?

Quant au Figaro, la rédaction a laissé le soin à Patrick de Saint Exupéry – que l’engagement en faveur de Kagame aurait dû disqualifier pour cet exercice – le soin d’exécuter le livre et son auteur. Cet article constitue une accumulation d’âneries, de citations tronquées et hors contexte à l’encontre d’un livre argumenté, documenté représentant plus de 500 pages et annexes.

Il est vraisemblable qu’en fait le journaliste n’a pas lu le livre, se contentant de la préface et du chapitre 22 ou il est mis en cause. L’article dont il s’agit est reproduit in extenso :

Péan, un libelle sur le Rwanda.

En quelque 500 pages, Pierre Péan entend démonter dans Noires fureurs, blancs menteurs, un ouvrage consacré à la tragédie traversée par le Rwanda en 1994, les deux points nodaux de ce qui serait, selon lui, une immense « manipulation ».L’histoire, affirme-t-il, aurait été « truquée». Le voici donc lancé à l’assaut de la question du génocide des Tutsis du Rwanda. A le lire, l’auteur cherche visiblement à établir que rien n’est simple, ce que nul ne conteste. Partant de ce postulat, Pierre Péan parcourt un chemin bien périlleux puisqu’il l’amène à formuler des propos outranciers. L’ancien chef de la rébellion, Paul Kagamé, aujourd’hui président du Rwanda, serait ainsi « un Führer (…) devenu directeur de Yad Vachem, le musée de la Shoah ». Quant aux Tutsis, victimes de ce génocide, les voici campés au rang d’une « race » dont un trait de caractère serait l’immémoriale « culture du mensonge » et dont l’objectif «final » serait de réduire au rang « d’Untermenschen » (sous-hommes) une communauté hutue, touchée elle aussi par la tragédie de 1994.

Ces principes posés, Pierre Péan poursuit son chemin pour en arriver à la question du rôle de la France, un rôle contesté et discuté puisqu’il fut objet de nombreuses enquêtes et d’une mission d’information (qui dura plusieurs mois) de l’Assemblée nationale. Au terme d’innombrables philippiques, Péan assure démonter tout cela de manière définitive. Il n’y aurait là que faux procès et malsaines insinuations alimentés par une cinquième colonne entrée sous influence d’un « lobby tutsi » qui aurait su diriger ses « très belles femmes » vers « les lits appropriés ». Voilà le complot. Arrivé à ce point, le lecteur est saisi. Mais Péan enchaîne. Dans ce qui ressemble à un dérapage incontrôlé, il fait feu de tout bois : Juifs, francs-maçons belges, protestants français seraient ligués dans ce complot et bénéficieraient de l’appui de journalistes (dont l’auteur de ces lignes, accusé de s’être « prêté à une grave manipulation »), organisations humanitaires et défenseurs des droits de l’homme, tous ralliés, tous aveugles. Que dire alors ? Se taire, juste se taire. Le laisser, seul, assumer ses propos. Le Figaro 07/12/2005, Patrick de Saint-Exupéry.

Au final, il existe heureusement sur cet ouvrage quelques articles rédigés par des journalistes qui n’ont pas vocation à être les thuriféraires du FPR. Il est ainsi reproduit une partie du long article de François Schlosser du Nouvel observateur, qui rend compte du livre, avec objectivité et sa liberté de journaliste (on peut ne pas partager pas toutes ses appréciations, elles ont toutefois le mérite de l’honnêteté) et du livre d’Abdul Ruzibiza (ancien lieutenant de Kagame).

 La véritable histoire de ce drame n’a pas encore été écrite, pas plus que celle de l’ensemble des années les plus terribles que vient de vivre le Rwanda. Les crimes impunis du régime actuel de Kigali continuent de brouiller les perspectives. Car face aux révélations nouvelles et accablantes sur les exactions attribuées à Paul Kagame et à son armée, qui occupent aujourd’hui le devant de la scène, la réalité du génocide de 1994 contre les Tutsis tend à s’estomper. Déjà la vieille théorie du « double génocide » – ou plus simplement des « massacres ethniques » à l’africaine – refait surface. Au risque d’ouvrir la voie à un nouveau révisionnisme. »

d) Des reactions au livre (suite)

En septembre 2008 s’ouvre le procès intenté par SOS Racisme contre Pierre Péan pour « diffamation raciale ».

Commentaires :

Coup de boule

mardi 30 septembre 2008 par Séverin Buzinet  dans   BAKCHICH

      Cette fois, nous y sommes. Au nom de l’antiracisme, dans un procès bien artificiel pour « diffamation raciale », un témoin de l’accusation, donc de SOS Racisme, a jugé utile de comparer le journaliste et auteur Pierre Péan à Hitler, puisque son livre sur le Rwanda, si l’on remplace les mots « tutsis » par « juifs », lui a paru ressembler comme deux gouttes d’eau à Mein Kampf…Ce qui est plus ou moins le cas de La Guerre des boutons, si on remplace « ceux de Longeverne » par « SS ». Une bêtise aussi monstrueuse donne envie de plier ses lunettes, d’aller au lit et de ne plus jamais donner de coup de boule contre rien. On est au bout du bout, à la verticale du vide, et SOS Racisme, qui déjà, ces derniers temps, ne se signalait pas par sa finesse, dégringole cette fois en bas de la falaise.

Je n’ai absolument pas d’avis sur la question de savoir qui, des hutus ou des tutsis, a raison ou tort. Je ne dirai pas que je m’en fous, mais il me semble que la réponse à cette question a moins d’importance éthique que politique : choisissez votre ethnie, choisissez votre camp, embrassez le pouvoir de Kigali ou tournez-lui le dos, c’est comme vous voulez. L’enjeu éthique, c’est de dire qu’un pays où l’on peut ainsi se massacrer est monstrueux. Du point où je suis (et nous sommes nombreux à être là !) je n’ai aperçu qu’une guerre terrible dans laquelle, si je me souviens bien, tout le monde donnait de la machette avec une énergie haineuse. Avec, de ci de là, des français, des américains, des anglais, quelques belges en retard d’une colonisation, bref, un de ces merdiers illisibles sur lesquels les commentaires à chaud tiennent lieu de vérité provisoire, jusqu’à ce qu’inévitablement ils soient mis en cause quelques années plus tard. Une seule chose est certaine : même sans le moindre blanc dans le potage, il y aurait eu du rififi au Rwanda. Le génocide couvait depuis belle lurette. Ca, tout le monde vous le dira. Parce que là où il y a des tribus, il y a des guerres tribales. Et c’est abominable. Faut-il, sur ce point, fermer sa gueule ?

Il y a des tas de choses qu’il ne faut jamais dire sur l’Afrique. Des choses simples. Par exemple, qu’on y pratique l’excision avec la bénédiction des imams. Que depuis la fin de la colonisation, ce continent a utilisé sept cent fois plus de balles que la seconde guerre mondiale. Que l’on y trouve des guerres de religion « à l’ancienne » absolument spectaculaires, avec famines, massacres, dévastations atroces et Dieu qui reconnaîtra les siens (je vous rappelle que nous devons nous repentir des Croisades). Que la corruption est généralisée, qu’on marie les filles (souvent très jeunes) contre leur gré et une liasse de billets, et qu’ici ou là, l’esclavage existe encore (oh pardon, il ne faut jamais dire non plus que l’esclavage existait en Afrique avant que les blancs s’en occupent). Que les Droits de l’Homme, que tout les bons esprits réclamaient avec des clochettes au Tibet et autour du stade Olympique, ne sont pas mieux connus dans une tripotée d’Etats africains qu’en Birmanie (dont on parle) ou au Turkménistan (dont on parle très peu). Mais je n’ai encore jamais vu personne nier totalement que le tribalisme engendrait des comportements inadmissibles, et nourrissait une culture potentiellement sanguinaire. Voilà dans quel contexte culturel un génocide a eu lieu. Est-ce que les pratiques politiques ont changé depuis lors ?

Voilà où est le drame, voilà où se joue le racisme ordinaire, et certainement pas dans un bouquin de Péan ou d’un autre journaliste essayant de décrire ce merdier. Lequel Péan, qui a tout de même de sacrées références humanistes et professionnelles, est accusé (avec une violence incompréhensible) de « diffamation raciale » (comment peut-elle être raciale, puisque les races n’existent pas ?) pour avoir écrit que les Tutsis avaient une « culture du mensonge ». Et les Siciliens, une culture de l’omerta. Et les Marseillais, une culture de l’anisette. Et les Sarkozy, une culture du bling-bling. On se demande pourquoi SOS Racisme mégote son soutien à ces groupes humains fragilisés par l’insulte et la discrimination. D’autant plus que la culture du mensonge, c’est très bien vu en politique, tout le monde vous le dira. Je ne donnerai pas d’exemple pour ne pas me prendre un procès dans la gueule.

   Résultat des courses, l’association SOS Racisme s’est une fois de plus fourvoyée en envoyant à la barre ce fin connaisseur des écrits d’Hitler. Si pour plaider sa cause, elle en est réduite à cautionner de tels délires, qu’en sera-t-il demain ? Certains parlent d’un règlement de compte téléguidé par Kigali, que Kouchner courtise, et qui, dit-on, emploie les mêmes avocats que SOS-racisme. Ce serait abominable, je préfère ne pas y penser. Car ce qui attriste, c’est que des organisations fondamentalement utiles et nécessaires dans une démocratie semblent n’avoir désormais, pour raison d’exister, que la pratique du procès. Leur cadre de vie, c’est le prétoire. Leur pensée, c’est l’incrimination. Avec quels résultats ? Combien de procès ridicules, combien de non-lieu, combien d’échecs cuisants ? Après Morin, son chien ? Après Siné, son chat ? Après Péan, qui ? Et pendant qu’on traque le penseur, le dessinateur, le journaliste, l’Afrique fabrique des dictateurs… qu’on ne jugera sans doute jamais.

SOS Racisme traîne Péan en justice. Et relaie les accusations de Kigali contre la France

Hervé Deguine 30 septembre 2008 dans « CAUSEUR »

Historien et journaliste, Hervé Deguine, 44 ans, a été responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières et poursuit des recherches sur l’histoire contemporaine du Rwanda. Il est membre du comité de rédaction de Médias. Il était témoin de la Défense dans le procès intenté à Pierre Péan.

Sur le banc des accusés, Pierre Péan et son éditeur Claude Durand faisaient face à SOS Racisme. En réalité, ce procès était une nouvelle péripétie de la campagne menée par le régime de Kigali pour faire porter à la France la responsabilité du génocide.

Péan et Claude Durand, Pdg de Fayard, ont donc comparu la semaine dernière, du 23 au 25 septembre 2008, devant la XVIIe Chambre correctionnelle de Paris, pour « diffamation raciale » et « incitation à la haine raciale ». A l’origine de ce procès, une plainte déposée en octobre 2006 par SOS Racisme et de son président, Dominique Sopo, contre Noires fureurs, Blanc menteurs.

Ce livre, paru un an plus tôt, est un pavé dans la marre. Il remet en cause l’historiographie récente du Rwanda. Selon Péan, contrairement à la thèse généralement admise par les médias, ce ne sont pas les extrémistes hutus qui ont assassiné le président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, déclenchant le génocide qui coûta la vie à 600.000 Tutsis du Rwanda et le massacre de centaines de milliers de Hutus. C’est, au contraire, le Front Patriotique Rwandais (FPR) qui est à l’origine de cet attentant. Et qui, donc, porte une part de responsabilité dans les tueries qui ont suivi.

Depuis sa création en 1987, le FPR s’est présenté devant l’opinion publique internationale comme un mouvement de libération nationale, dont le but était de mettre un terme à la dictature du régime Habyarimana et d’installer la démocratie au Rwanda. Mais, explique Péan, dès le départ, le véritable objectif du FPR était tout autre. Fondé par les descendants de l’élite royale tutsie chassée du Rwanda en 1959 et réfugiée d’Ouganda, soutenu par les Etats-Unis, le FPR avait pour véritable objectif la reconquête totale du pouvoir par la force, quel que soit le prix à payer. Y compris si cela devait entraîner le massacre des Tutsis de « l’intérieur », ceux qui n’avaient pas fui le Rwanda en 1959. C’est finalement ce qui s’est produit. Le FPR est donc une organisation criminelle, dirigée par un chef cynique, Paul Kagame. Devenu chef de l’Etat en 1994, ce dernier a mis en place une dictature totalitaire qui ne tolère aucune opposition. Péan dénonce ce régime sanguinaire, accusant au passage les relais de désinformation qu’il a mis en place en Europe dans le but de dissimuler ses crimes : ce sont les « Blancs menteurs ».

Péan n’est pas un spécialiste du Rwanda. Il n’est ni historien, ni ethnologue. Comme le rappelle Florence Bourg, avocate de la Défense, c’est un « journaliste de combat ». Son livre, écrit en quelques mois, est sans nuance : « je l’ai écrit avec mes tripes », justifie l’auteur, révulsé par la découverte, au cours de ses recherches, d’une gigantesque manipulation de l’opinion publique. Ce que Péan affirme dans Noires fureurs, Blancs menteurs n’est pas nouveau. D’autres auteurs, universitaires (Reyntjens, Guichaoua), journalistes (Smith) ou témoins (Ruzibiza), l’ont dit ou écrit avant lui. Mais voilà : Péan est une personnalité publique et son livre connaît un impact médiatique considérable.

Lorsque le livre paraît, en octobre 2005, nous sommes à quelques mois de l’inculpation de neuf cadres dirigeants du FPR par le juge Jean-Louis Bruguière en raison de leur participation présumée à l’attentat du 6 avril 1994, inculpation qui entraîne la rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France. Le climat est pour le moins tendu. Irritées, voire inquiètes, les autorités de Kigali décident de réagir fermement à la publication de cet ouvrage potentiellement dangereux. L’association Ibuka organise une campagne de protestation en Europe. Association de survivants du génocide à l’origine, Ibuka a été rapidement récupérée par des proches de Kagame. Selon Human Rights Watch, International Crisis Group et Amnesty International, pour ne citer que ces trois organisations, Ibuka joue un rôle important dans la défense politique et idéologique du régime. En Belgique, Ibuka mobilise sa section locale et rassemble 217 plaignants contre Péan. Ces plaignants se présentent comme des survivants insultés par le livre de Péan. Certains le sont sans aucun doute : comment pourrait-il en être autrement, étant donné la gravité de l’accusation ? Mais un bon nombre sont des cadres politiques du régime en service commandé. Certains, comme Antoine Mugesera, Tom Ndahiro ou Eugène Twagira Mutabazi, se sont même fait connaître par leurs manœuvres gravement diffamatoires à l’encontre de journalistes rwandais ou européens. En France, Ibuka rencontre des difficultés juridiques et se rapproche de SOS Racisme, qui porte plainte.

Des accusations de négationnisme et de révisionnisme sont distillées dans la presse, mais les adversaires de Péan ne vont pas au bout de leur démarche. SOS Racisme ne s’en prend pas à la thèse de Péan. L’organisation antiraciste ne la cite pas, elle ne la critique pas : elle l’ignore. Dans sa plaidoirie, l’Accusation se défend même de vouloir attaquer l’homme – il est vrai que Pierre Péan a longtemps été parrain de SOS Racisme.

Ce que les avocats de Dominique Sopo reprochent à Péan et à son éditeur, ce sont quelques lignes situées dans l’introduction du livre, en périphérie du sujet principal. Après avoir brossé à gros traits l’histoire du Rwanda, Péan consacre quatre pages à un caractère culturel particulier au Rwanda : la culture du mensonge. S’appuyant sur des travaux universitaires bien connus des spécialistes, Péan veut montrer à quel point l’art du mensonge et de la dissimulation imprègne la vie quotidienne des Rwandais et, partant, la vie politique du pays. Cette spécificité rwandaise est un lieu commun pour les spécialistes, mais elle surprend les non-initiés. Est-ce pour cette raison que ce court extrait du texte de Péan, plus maladroit que malveillant, est perçu par SOS Racisme comme une « incitation à la haine raciale » ? « A ces rudiments d’histoire et de géographie [que l’auteur vient d’énumérer], il est important d’ajouter et de garder en tête que le Rwanda est aussi le pays des mille leurres, tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis, et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus », écrit Péan, demeurant bien en-deçà de ce qu’a pu écrire la journaliste belge proche du FPR Colette Braeckman qui, elle, n’a jamais été poursuivie par SOS-Racisme. On a donc des raisons de penser que ce ne sont pas ces quelques phrases mais le cœur de la thèse de Péan (et de Bruguière) qui ont fâché les dirigeants de Kigali et à, partant, à ceux qui sont, sans doute avec de bonnes intentions, devenus leurs relais en France. Et on les comprend : si Péan dit vrai, alors, la tragédie rwandaise ne peut plus se réduire à un affrontement entre bons et méchants. En effet, il faut alors admettre que, comme l’a affirmé Claude Durand, il y a des bourreaux parmi les victimes et des victimes parmi les bourreaux.

« On peut discuter cette formulation et même cette thèse, mais, dans un pays démocratique comme la France, doit-on le faire devant un tribunal ? », s’interroge l’africaniste Stephen Smith, dernier témoin entendu à l’audience. Faut-il résumer les 544 pages de la thèse de Péan, voire une vie d’engagement, à ces quatre lignes, et celles-ci suffisent-elles à comparer Noires fureurs à Mein Kampf, comme n’a pas hésité à le faire l’ancien président de l’Union des étudiants juifs de France, témoin de l’Accusation ? C’est une chose de critiquer la façon d’enquêter de Péan ou les faiblesses de son livre, c’en est une autre d’affirmer qu’il y a chez cet auteur une intention délibérée d’inciter à la haine ethnique, sans laquelle il n’y a pas matière à poursuite, résume l’avocat de la Défense, Me Jean-Yves Dupeux. « Les militants antiracistes se trompent de cible en s’attaquant à Péan, un homme qui a consacré toute sa vie de journaliste à la dénonciation des injustices, du racisme et de l’antisémitisme », conclut Claude Durand, directeur de Fayard.

Quelle que soit la sentence que prononceront les juges le 7 novembre prochain, une chose est certaine : la polémique entretenue au sujet des écrits prétendument racistes de Péan constitue d’ores et déjà une victoire pour Kigali. Les représentants de la présidence qui assistaient à l’audience peuvent être satisfaits de cet écran de fumée qui permet jusqu’à présent d’occulter le vrai débat : oui ou non le FPR est-il responsable de l’attentat du 6 avril 1994, du chaos, du génocide et des massacres qui s’ensuivirent ? Oui ou non Paul Kagame doit-il répondre de ses crimes présumés devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda ?

Pierre Péan s’entretient avec Frédéric Mitterand (55 minutes)

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