Résumé de l’histoire des conflits dans la région des grands lacs

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Au Rwanda comme au Burundi, les Hutu proclamèrent qu’il fallait renverser la « société féodale » dominée pat les seigneurs Tutsi et, de 1959 à 1962, date de l’indépendance, les Tutsi du Rwanda furent victimes d’exactions de la révolution Hutu ; nombre d’entre eux durent s’enfuir au Congo ex Belge, au Burundi ou, surtout, en Ouganda, pays qui venait lui aussi d’accéder à l’indépendance. Mais cette colonie britannique qui était jusqu’alors « modèle » se trouva entraînée à son tour dans de très violentes luttes internes qui durèrent plus de vingt ans. Un mouvement de guérilla dirigé par Yoweri Musevini finit par l’emporter en 1986, notamment avec l’aide des réfugiés Tutsi du Rwanda, dont les fils acquirent une grande efficacité guerrière ( dont Paul Kagamé actuel président du Rwanda).

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Questions-réponses sur l’opération Turquoise

1)    Pourquoi la France a-t-elle lancé l’Opération Turquoise ?

Le 6 avril 94, l’assassinat du Président du Rwanda déclenche la guerre civile dans ce pays. Des unités de la garde présidentielle et des milices hutus massacrent les populations tutsis, mais aussi les hutus modérés, c’est un véritable génocide.

L’essentiel de la force de l’ONU (MINUAR 1) s’étant inexplicablement retirée, près de 800000 personnes sont tuées, sans que la communauté internationale intervienne.  Devant l’étendue des massacres qui se perpétuent, et l’absence de réactions concrètes des grandes puissances, la France insiste auprès des Nations Unies pour qu’une intervention ait lieu. Le 23 Juin, elle est mandatée par l’ONU pour conduire une force plurinationale d’interposition afin d’arrêter les massacres et protéger les populations de manière impartiale : c’est l’Opération Turquoise. La mission est limitée à deux mois à la demande de la France, ce délai étant nécessaire à la mise sur pied d’une nouvelle force de l’ONU  la MINUAR 2.

 

2)    Comment s’est déroulée l’Opération ?

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RETOUR SUR UN ASSASSINAT

Le 1er janvier 2014, le colonel Patrick Karegeya a été retrouvé étranglé dans sa chambre d’hôtel en Afrique du Sud où il était réfugié après avoir rompu avec le FPR.

Rappelons que le colonel Karegeya avait été chef des services de renseignements extérieurs rwandais et qu’il faisait partie des instances dirigeantes du Congrès national rwandais, mouvement politique créé par d’anciens hauts cadres du FPR, dont le général Kayumba  Nyamwasa, ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise.

Rappelons également que le général Kayumba et le colonel Karegeya avaient demandé vainement à être entendus par le juge Trévidic dans l’enquête sur l’attentat qui a causé la mort du Président Habyarimana en avril 1994.

Pour le général Kayumba qui a lui-même été victime de deux tentatives d’assassinat en 2010, les choses sont claires : le coupable est le régime de Kigali.

D’ailleurs, le président Kagame, dans la prière publique de fin d’année, a confirmé presque ouvertement sa responsabilité dans cette affaire en déclarant que Karageya avait trahi le Rwanda et que quiconque serait contre le Rwanda subirait le même sort.

L’enquête officielle n’a pour l’instant rien donné mais les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, soutiens traditionnels de Paul Kagame, ont manifesté clairement leurs interrogations et leur mécontentement.

L’ultime lettre du colonel Karegeya, adressée le 28 décembre 2013, nous a semblé intéressante à publier.

QUAND L’ÉTAT FRANÇAIS EST ACCUSÉ DE COMPLICITÉ DANS LE GÉNOCIDE DES RWANDAIS TUTSIS

A l’heure où, vingtième anniversaire aidant, les « blancs menteurs » et le régime discrédité de Kigali continuent de plus belle à répandre les vieux mensonges, il est bon de lire le remarquable article du professeur Serge Dupuis qui, s’appuyant sur l’épisode « emblématique » de Bisesero, remet les choses à l’endroit.

Bisesero Serge Dupuis (411 KB)

LA QUESTION QUI SE POSE ENCORE

LUGANDans le numéro 45 de L’Afrique Réelle, le professeur Bernard Lugan, vingt après les faits, pose une question que personne n’a jamais vraiment posée, mais dont il faut bien avouer qu’elle est pertinente: « Et si le général Roméo Dallaire avait eu pour mission cachée de faire triompher Paul Kagame? »

Répondre positivement à cette question permettrait d’expliquer un certain nombre de décisions déconcertantes du général Dallaire, d’autant que le livre de Pierre Péan « Carnages » a dévoilé les dessous de la politique américaine dans la région des Grands Lacs.

A chacun de se faire une idée à la lecture de l’article.

 

cliquez ici L’Afrique Réelle n°45

LE GENOCIDE ET SES SUITES: TEMOIGNAGE D’UN PRÊTRE.

Nous publions, avec son autorisation, la très belle lettre du Père Joyeux s.j. Il fut un témoin direct de la réalité politique rwandaise alors qu’il était en charge de camps de réfugiés en 2005 et dut quitter le pays en urgence , sa vie étant menacée. C’est cette expérience qui lui permet d’analyser avec beaucoup de hauteur de vues la situation actuelle de la région des Grands Lacs.
 
Chère amie,
 
Je vous remercie beaucoup pour votre mail et ses pièces jointes, la référence du site concernant « Des hommes debout ». Je me sens et désire bien sûr très concerné car l’histoire tragique du Rwanda –  et à partir du Rwanda – est en cours. Elle n’est pas du tout de l’ordre du passé seulement. La violence ad intra comme ad extra se prolonge dans les forêts congolaises comme au coeur de la société rwandaise d’aujourd’hui. Il faudrait ne pas oublier cela, ne pas laisser 2014 se préparer dans une orientation aussi manipulée que celle qui suscita la montée idéologique du Hutu Power certes ( je ne suis en rien un révisionniste du génocide rwandais anti tutsi) mais aussi – pour ainsi dire –  d’un « tutsi power »  hors des frontières du pays ( Ouganda , USA) au service d’une pression de l’angoisse, d’une reprise « à tout prix » du pouvoir à Kigali … et, ce « à tout prix » se concrétisa par l’abandon sous les machettes hutus du million de frères tutsis considérés comme des traitres et collabos qui étaient restés dans le pays sous Habyarimana et, ce qui était devenu, dans le fil trop long du temps, une « ethnocratie ».
 Ce sont ces familles là , ce peuple là qui mourut, fut sacrifié dans l’orgie de sang , sexe et alcool que furent les mois d’Avril, Mai, Juin et Juillet 1994.
 La marche à grands pas vers Kinshasa pour une prise du pouvoir et d’influence militaire au service d’une hégémonie économique sur les sous sols de l’Est du Congo est connue de tous. Elle ne visait que de façon tristement adjacente la poursuite des génocidaires hutus mêlés aux innocents en exode.
 
J’espère que vous me comprenez : j’ ai découvert au Rwanda, dans les camps où j’ai oeuvré avec goût et beaucoup d’énergies combien nous ne sommes pas, dans ce pays et toute la géo stratégie qui le concerne et l’entoure ( on devrait dire « l’enserre ») dans un western et ses simplifications classiques des bons ( les tutsis) et des méchants ( les Hutus) . Nous ne sommes pas davantage dans une belle et bonne intention de « réconciliation » sous les yeux embués de l’ONU, de l’Unesco , des Eglises , des US et autres pays ayant demandé « pardon ». A qui exactement ont ils demandé pardon ?…
C’est plus complexe, c’est davantage cynique et triste que nous le pensons. Et ceci se joue au présent.
La mémoire peut se trouver cerner dans les sillons d’intentions graves qui enflammèrent les soifs de pouvoir et de vengeance, de domination et manipulation des populations de la région.
 Massacres sur massacres, dans les imaginaires mutuels , dans les mots comme dans les actes, armés pas des puissances étrangères cachées ou bêtement « commerçantes » sont au coeur du génocide rwandais. Un génocide des « grands lacs », une géopolitique des « grands profits » où se mettent en scène sous les caméras du monde entier des bons et des méchants…au service d’une Real Politik de puissance industrielle entre des grands de ce monde.
 
Oui, il nous faut devenir davantage des hommes debout, des « coeurs pensants de la baraque » (« baraque monde  » aujourd’hui ?) aussi, comme disait ETTY HILLESUM dans son livre « Une Vie bouleversée » devant la montée inexorable du mensonge génocidaire nazi. Elle en est morte avec ses parents à Auchwitz.
 
Penser le complexe, refuser le trop simple…
 
Refuser que les morts, que les victimes tutsis ayant tant souffert ne souffrent encore dans leurs corps dressés, « cyniquement relevés des morts » comme en une danse de résurrection au service de la bonne conscience nationale et internationale couvrant tant d’exactions d’hier et d’aujourd’hui.
Refuser dans un élan de vrai discernement et de haute dignité et liberté que soient manipulés les morts par milliers, les vivants survivants et les vivants psychiatriquement muselés dans le vertige rwandais. Là est pour moi, la vraie compassion, en amont de toute réconciliation faussée sinon forcée… Sans âme.
 
Des « âmes, consciences et corps debout » …en éveil, OUI… « Des hommes – corps debout » n’interrogeant que les Hutus amalgamés au Hutu Power et n’interrogeant que  des consciences humaines, par delà les frontières, à la mémoire et à la pensée embuées pour ne pas dire  » enfumées » dans la bonne conscience, NON.
 
Vous comprenez, Fanny, mon insistance et la longueur de mes lignes que je prends le temps de vous écrire. Elles veulent alerter sur une menace en cours : la continuation, la couverture d’une danse macabre bien orchestrée qui couvre les agissements de domination au service d’une guerre économique mondiale dont le Congo, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda composent le théâtre. Théâtre d’opérations  et désinformations trop claires pour  seulement gens informés ! Si peu nombreux ! si peu nombreux !
 
Je vous reste disponible pour continuer notre échange si vous le désirez et si mes lignes ne vous ont pas trop « choquée ». J’ai préféré risquer vous paraître un révisionniste plutôt que de lâchement – gentiment me taire. J’ai trop d’amis tutsis comme hutus pour ne tolérer davantage leur manipulation et humiliation. J’ai écouté suffisamment d’horreurs et de mensonges au bord des charniers de tout bord dans ce pays, du nord au sud, d’est en ouest pour ne pas vous alerter.
 
L’avenir ne s’arrête pas pour les habitants de ce pays et de ces régions  à 2014 et les nuages noirs sont déjà suffisamment amoncelés sur l’ immense et chaotique Congo voisin. Osons quelque vérité, osons au nom des bourreaux comme des victimes ! Jean Hatzfeld leur a donné si respectueusement la parole et l’écrit ! Il faut aller davantage « en eaux profondes  »
 
 

APRES LA DIFFUSION DU TELEFILM « OPERATION TURQUOISE ».

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 « Turquoise ou turquoise » où sont les intérêts ?
Nous assistons à une cascade de désinformation » dont le fleuve prend sa source à Kigali et ressort devant l’opinion française : la soi disant place de la France dans le drame qui a ensanglanté le Rwanda : lancer des accusations sans en démontrer une seule.
Ainsi l’affaire dite des « Mistral » voulait faire croire à l’opinion que le Rwanda aurait reçu de la France des missiles qui pourraient avoir abattu l’avion présidentiel le 6/04/94… Gros mensonge orchestré par le journal Libération suivi de près par Le Figaro.
Dans la foulée, toutes sortes de manifestations sont programmées un peu partout en France pour présenter la « culture rwandaise » à la manière des anciens rois du pays à la louange du pouvoir actuel.
C’est dans ce contexte que la télévision vient de ressortir sur France 2 un film déjà présenté en 2007, dénommé « opération turquoise », dont le but était de minimiser l’action de la véritable Opération Turquoise lancée sous mandat de l’ONU du 21 juin au 21 août 1994 – ainsi les majuscules sont devenues des minuscules – et avec cela l’auteur se croit tout permis.
Si cette opération avait pour but d’ « arrêter les massacres et de sécuriser les populations en instaurant une zone humanitaire sûre et d’éviter toute rencontre avec le FPR », elle avait accepté l’omniprésence des journalistes, afin que leur action soit bien connue.
Ce n’est pas ce que nous montre le film. Le journaliste dont le rôle est d’être témoin, prend une place prédominante. Dès le début, il lance aux militaires français : « le génocide a été programmé par ceux que vous avez soutenus ! ». La personne qui prend les photos destinées aux télévisions du monde entier  ne s’intéresse qu’aux atrocités. Ainsi le journaliste et sa comparse monteront à la télévision leur moisson d’horreurs et non l’action courageuse des Français.
Le film cherche à montrer que le rôle des militaires français se borne à effectuer des missions d’observation pour vérifier les dires du gouvernement en place qui affirment que tout le monde est en sécurité, mais sans aucune intervention positive. Leurs interlocuteurs et leurs guides sont le plus souvent des autorités responsables de massacres dont on  trouve des traces et même des armes, mais aussi des survivants. Cependant ils ne sauvent personne, si ce n’est les 800 orphelins de Butare, en permettant aux tueurs d’effectuer une fouille dans le convoi et d’y trouver une personne cachée qui sera brutalement exécutée sur place sous le regard impuissant des chefs militaires français.
On nous parle d’une zone humanitaire sûre sans nous la montrer, car si les Français avaient établi cette zone cela devrait se voir.
Pour le témoin que je suis – et ils sont nombreux prêts à témoigner – cette image ne dit rien de ce que nous avons vu : les dizaines de milliers de tutsis menacés et sauvés par les militaires français, la sécurité revenue pour quelque temps, l’espérance qui revenait dans une population traumatisée par la peur. Mais c’était trop court..
L’image montrée des militaires rwandais n’est pas meilleure,  tous désorganisés et pris de boisson, à part le général, très rapidement aperçu, qui vient demander de l’aide aux Français, ce que leur mandat de stricte neutralité ne leur permet pas.
Le journaliste dira plus loin : « En avril 1994, j’ai vu des militaires français sur les barrages et ils faisaient le tri : l’ennemi commun était le FPR » – pourtant l’armée française s’était retirée en novembre 1993, à la suite des accords d’Arusha.
Pourtant cette légende a la vie dure, elle revient régulièrement dans les « grand messes » organisées par les tenants du pouvoir en place.
Une seule image positive – celle du prêtre qui était resté avec ses chrétiens et n’a pas pu empêcher le pire : « J’ai vu tant de gens mourir que je n’ai plus peur » – image à laquelle je souscris personnellement.
Je ne peux que conseiller au public de se rapprocher des témoins crédibles.
Madeleine RAFFIN
 « RWANDA,UN AUTRE REGARD »
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Turquoise : une opération humanitaire

"Turquoise : une opération humanitaire


A la mi juillet 1994 en quelques heures, environ deux millions de hutus fuyant devant les exactions des troupes tutsies du général Kagamé, envahissent la région de Goma où sont implantés, autour de l’aéroport, le PC et le bataillon de soutien de la force Turquoise. Franchissant la frontière proche entre le Rwanda et le Zaïre, ils submergent les autorités locales et se posent dans des camps improvisés sans eau, sans vivres, dans des conditions sanitaires déplorables. Une épidémie de choléra se déclenche immédiatement qui touche indistinctement les réfugiés et les autochtones.

ONG et organismes de l’ONU interviennent rapidement. Avec les personnels du bataillon logistique la force Turquoise participe à l’action humanitaire internationale dans la région de Goma. Simultanément les militaires français poursuivent dans la zone humanitaire sure (ZHS) au sud du Rwanda leur oeuvre de sécurisation et d’aide contribuant ainsi à fixer les populations et à éviter la reproduction du drame qui se joue à Goma.

Comme le montre la vidéo, les soldats de Turquoise assurent entre autre un soutien logistique aux ONG, prodiguent des soins médico-chirurgicaux et distribuent de l’eau potable. Avec l’aide ponctuelle de Caritas international ils assurent la collecte et l’enfouissement des victimes du choléra (20 000 morts en trois semaines). Cette mission va générer chez un certain nombre de personnels des traumatismes psychologiques."

Général André Schill responsable des affaires civiles et humanitaires
de la force Turquoise

  

{flv}temoignages et traumatisme{/flv}