Visite de Kagamé, réactions de parlementaires

LA SENATRICE JOËLLE GARRIAUD-MAYLAM (UMP) CONTRE LA VISITE DE PAUL KAGAME A PARIS

août 24 2011  | Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam

Paul Kagamé, président du Rwanda, viendra à Paris les 12 et 13 septembre prochains. Cette annonce ne pouvait me laisser indifférente, et j’ai tenu à déposer aujourd’hui au Sénat une question écrite à ce sujet. Le président rwandais a accusé les forces françaises envoyées au Rwanda, sur demande de l’ONU, d’être les complices du génocide que ce pays a subi et d’avoir ainsi contribué à des crimes contre l’humanité. Personne ne peut nier de bonne foi la réalité du génocide. La population rwandaise en garde encore les stigmates. Mais le génocide ne doit pas servir à alimenter des accusations injustes ou à justifier des politiques inacceptables. Nous avons sans doute, comme d’autres, commis des erreurs. Nous n’avons pas vu venir la catastrophe. Nous n’avons pas pris suffisamment au sérieux les appels au meurtre de Radio Mille Collines. Et pourtant. Les militaires français ont tout fait pour rétablir la paix et la sécurité, au péril de leur vie, dans un pays en proie au chaos et à la folie sanguinaire. Ils ont sauvé des milliers d’hommes, de femmes et d‘enfants en s’opposant aux exactions et aux crimes quels que fussent leurs acteurs. Nos responsables politiques de l’époque sont des hommes d’honneur. Ils ont agi en toute bonne foi, avec comme priorité de préserver ce qui pouvait l’être. Sans notre action, la tragédie aurait été bien pire encore.  La visite du président Kagamé aura lieu. On peut ne pas s’en réjouir. C’est mon cas. Je comprends certes que l’intérêt de la France et du Rwanda passe par un apaisement de leurs relations. Mais il importe au moins qu’à l’occasion de cette visite, le chef de l’Etat rwandais manifeste publiquement sa volonté de ne plus faire à la France, à son armée et à ses responsables de procès injuste. N’oublions pas que nos militaires consacrent leur vie à défendre la démocratie et les droits de l’Homme dans des opérations extérieures, sans rien en retirer d’autre que l’honneur d’avoir contribué, sous nos couleurs, à la paix et au développement. La France a soutenu le peuple libyen dans sa quête de liberté face au tyran qu’est Kadhafi ; le Président Sarkozy est en train de gagner son pari, après avoir, seul contre (presque) tous, défendu sa vision d’une Libye libre. Nous pouvons être fiers de notre action. La visite doit être l’occasion de dire les choses franchement. Sur le passé et sur le présent. Sur l’action des troupes rwandaises en RDC. Sur la répression contre les opposants rwandais : je pense notamment à Victoire Ingabire, emprisonnée depuis plus d’un an. La réalité du génocide ne doit pas servir d’excuse au déni de la démocratie et des droits humains. Si nous tenons au président rwandais un langage de vérité, s’il comprend que la France est prête à reconnaître ses erreurs mais pas à renier l’honneur de son armée ni à mettre les Droits de l’Homme dans sa poche, alors, oui, cette visite qui suscite des interrogations légitimes aura été peut-être utile

provenance article  http://www.france-rwanda.info/article-la-senatrice-joelle-garriaud-maylam-contre-la-visite-de-paul-kagame-a-paris-82404678.html  

 

Bernard CARAYON, député du Tarn, maire de Lavaur, interpelle ses collègues parlementaires. (30 août 2011)

Madame le Député, Monsieur le Député, Cher(e)s collègues,

L’annonce de la visite officielle à Paris de Monsieur Paul Kagamé, président du Rwanda les 12 et 13 septembre prochains ne peut que nous interpeller.

Ce dernier a accusé, en son temps, notre pays et les forces françaises envoyées au Rwanda sur demande de l’ONU, d’être les complices du génocide que ce pays a subi et d’avoir contribué à des crimes contre l’humanité.

Pour m’être rendu personnellement en mission au Rwanda en 1994 et assuré les fonctions de secrétaire de la mission d’information sur le Rwanda (présidée par Paul Quilès) j’ai pu constater que les militaires français ont tout fait pour assurer la sécurité, au péril de leur vie, dans un pays complètement dévasté par la folie sanguinaire.

Des centaines de milliers de vies d’enfants, de femmes et d’hommes ont été sauvées par leur présence et leur action. Les hommes politiques français de l’époque ont agi en fonction de leurs connaissances dans les limites fixées par les organisations internationales. Sans notre action, la tragédie aurait été bien pire.

Je ne peux, personnellement, fermer les yeux et ne rien dire. C’est pourquoi je vous adresse copie de la lettre que je viens de faire parvenir à Monsieur le Président de la République.

Si vous souhaitez en être cosignataire, merci de me le faire savoir avant le 6 septembre 2011 à 12 heures à l’adresse suivante : mvoisin@assemblee-nationale.fr

Il y va de l’honneur de la France, de son armée et de ses soldats.

Je vous prie d’agréer, Madame le Député, Monsieur le Député, cher(e)s collègues, l’expression de ma parfaite considération.

Visite de Paul Kagame : la France brade l’honneur de ses soldats et couvre un tissu de mensonges.

La communauté internationale et les responsables politiques de l’époque l’ont pourtant affirmé clairement : l’opération Turquoise s’est exactement déroulée, sous les yeux de nombreux observateurs, dans les conditions prévues par la résolution 929 des Nations Unies en respectant strictement les directives du gouvernement français. Elle a permis de sauver plusieurs dizaines de milliers de vies et d’arrêter l’exode massif au Zaïre des populations fuyant devant l’avance des troupes du FPR du général Kagame. Cette intervention est à l’honneur de la France et la mission d’information parlementaire présidée par Paul Quilès en 1998 a d’ailleurs rejeté toute implication de notre pays et de son armée dans le génocide.
Or les accusations contre l’armée française perdurent. Des plaintes ont été déposées par des Rwandais  au Tribunal aux armées de Paris, en 2005 puis en 2010, accusant les soldats français de « crimes contre l’humanité et de complicité de génocide ». Le 7 avril 2007, le Président Kagame déclarait publiquement que les soldats de Turquoise « étaient venus au Rwanda pour tuer les Tutsis ». En août 2008 le gouvernement rwandais, dans un communiqué officiel, accusait la France et l’armée française « d’avoir participé à l’exécution du génocide » en publiant une liste d’officiers mis en cause. En l’absence de réactions du gouvernement français, ces officiers ont porté plainte contre le ministre rwandais signataire du communiqué. Nous déplorons que, malgré nos multiples demandes,  les procédures en cours ne soient toujours pas instruites à ce jour,  car nous attendons que la vérité apparaisse au grand jour.
Ces accusations ont été qualifiées de « tissu de mensonges » par monsieur Alain Juppé et les « témoignages » sur lesquels elles s’appuient sont instrumentalisés. Elles proviennent d’un régime dont la nature plus qu’autoritaire est de plus en plus soulignée par la communauté internationale. Les Nations Unies, dans un Rapport publié le 5 Octobre 2010, accusent le régime rwandais d’avoir massacré des centaines de milliers de personnes  dans la décennie 1990.Plusieurs pays et de nombreuses organisations gouvernementales ou non gouvernementales, dénoncent aujourd’hui les graves atteintes aux droits de l’homme dans ce pays. Ils soulignent  la répression politique, les restrictions aux libertés individuelles et à la liberté de la presse. Plusieurs pays occidentaux, prenant acte de ces dérives, ont décidé, au cours de ces derniers mois, de prendre leurs distances avec ce régime et les chefs d’Etat espagnol, belge et britannique ont refusé de recevoir le président Kagame. Dans le contexte actuel, l’attitude complaisante de la France à l’égard d’un tel régime ne pourra qu’être très mal comprise.
La normalisation des relations avec le Rwanda est peut-être souhaitable, mais pas à n’importe quel prix. Elle ne peut sûrement pas justifier que la France ferme les yeux sur la réalité du régime rwandais, ni que le président de la République, chef des armées, couvre de son silence les calomnies proférées contre les soldats de l’opération Turquoise. Forte du soutien de plusieurs grandes associations patriotiques, l’association France-Turquoise ne peut accepter, en l’absence de démenti ou de dénonciation formelle des très graves accusations portées, que l’honneur des soldats ayant servi la France au Rwanda soit bafoué par la visite de M. Kagame.

Général (2S) Jean-Claude Lafourcade, président de l’association France Turquoise.

 

 

leotard[1].jpg » François Léotard, Ministre de la Défense en 1994, tient à préciser qu’il partage sans réserve les termes de ce mémorandum et approuve entièrement notre indignation face a la visite de Paul Kagamé qu’il juge inacceptable dans les conditions actuelles.

Il assure l’association France Turquoise de son total soutien et est prêt a se joindre a toute action contribuant à rétablir l’honneur bafoue des soldats français ayant servi au Rwanda. »

Général (2S) Jean Claude Lafourcade, président de l’association France-Turquoise.

Visite de Kagame en France : faut-il boire le calice jusqu’à la lie?

Dans mes trois livres et dans mes articles, j’ai toujours cherché à dénoncer cette accumulation de mensonges qui, malheureusement, a reçu un très bon accueil en France et ailleurs, dans certains milieux. À force d’être répétés à longueur d’articles, d’interviews ou de livres, les mensonges, même les plus éhontés, finissent par devenir des « vérités historiques ». Tous ceux qui oseraient les contester sont immanquablement trainés dans la boue, voués à l’opprobre, accusés d’être des « négationnistes », voire même des « génocidaires ».

Dans mes écrits, j’ai toujours rappelé que la guerre du Rwanda fut déclenchée par un groupe armé majoritairement tutsi issu de l’armée du pays voisin, l’Ouganda. C’est ce groupe qui, le 1er octobre 1990, attaqua le Rwanda, provoquant ainsi une guerre qui devait durer près de quatre années, avant de se propager au Zaïre voisin, où elle continue à faire des victimes encore aujourd’hui. J’ai également toujours souligné que c’est ce groupe, dont Paul Kagame prit la tête (après l’élimination physique de ses premiers dirigeants), qui commit les premières atrocités de cette guerre qui en compta tant. Des massacres de masse ont été commis par les deux camps. Mais certains furent plus « médiatisés » que d’autres, du fait de la présence de journalistes dans la zone contrôlée par le gouvernement du Rwanda, et de leur absence totale dans la zone occupée par le FPR, le groupe armé dirigé par Paul Kagame.

Certes, les massacres de civils devaient atteindre leur paroxysme durant les épouvantables « cent jours » qui suivirent l’assassinat du président de la République Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. Lequel assassinat fut perpétré par le FPR, sur l’ordre de Kagame qui fit de nombreuses tentatives pour en faire endosser la responsabilité aux « extrémistes hutu ». Ce mensonge historique revêt une importance capitale. C’est Paul Kagame qui fit abattre l’avion présidentiel causant la mort du président (et de celles de son collègue burundais, de hauts responsables rwandais et de l’équipage français) et qui porte ainsi la lourde responsabilité de la reprise des hostilités et de l’engrenage diabolique qui porta la haine et la fureur à leur comble, provoquant des massacres d’innocents à Kigali puis dans l’ensemble du pays.

Alors que le régime Habyarimana était décapité par la mort brutale de son chef et de celle de ses principaux lieutenants, le pays plongeait dans une horreur sans précédent. Le FPR, après avoir rompu le cessez-le-feu garanti par les accords d’Arusha, lança une offensive générale, planifiée de longue date. Cela lui permit de prendre rapidement le contrôle de la plus grande partie du territoire. Alors que dans les zones encore contrôlées par les forces gouvernementales, des milices hutu massacraient des civils tutsi et des Hutus suspectés de tiédeur, le FPR, loin des caméras des médias internationaux, commettait également des massacres à grande échelle dans les territoires qu’il « libérait ».

Si les horreurs commises par les vaincus furent largement documentées, celles commises par les vainqueurs furent délibérément cachées, parfois même mises sur le compte des vaincus. Dès l’installation du nouveau régime, en juillet 1994, on s’efforça de réécrire l’Histoire. On présenta le FPR comme un groupe de gens ayant pris les armes afin de mettre un terme au génocide en cours. La sinistre réalité est que c’est ce groupe de gens qui a déclenché cette guerre conduisant au génocide. Le FPR – et en premier lieu son chef Paul Kagame – porte donc la responsabilité morale du génocide, et il partage avec les massacreurs des deux camps celle de l’avoir perpétré. Si les épouvantables massacres commis au Rwanda par les milices hutu prirent fin avec la défaite de ces derniers, ceux commis par les troupes du FPR se poursuivirent durant les mois et les années qui suivirent la fin officielle de la guerre (juillet 1994).

À la fin de septembre 1996, ils s’étendirent au Zaïre voisin, avec l’invasion de ce pays par les troupes de Paul Kagame. Là, des centaines de milliers de réfugiés hutu furent massacrés. Certain survivants n’eurent d’autre choix que de rentrer au Rwanda, où ils eurent à subir les représailles du nouveau régime, alors que d’autres furent impitoyablement traqués et abattus lors d’un exode sans fin à travers la grande forêt zaïroise. Les civils zaïrois furent eux aussi victimes de ce conflit qui n’était pas le leur. L’armée de Kagame suscita la création de groupes armés zaïrois à leur solde, qui servirent de supplétifs et participèrent aux massacres. Cette guerre d’invasion, camouflée sous le digne nom de « guerre de libération » de ce que l’on devait rebaptiser la « République Démocratique du Congo » permit à Kagame, avec la complicité de son allié ougandais, de chasser le dictateur Mobutu de Kinshasa et de le remplacer par l’homme de leur choix, Laurent-Désiré Kabila. En 1998, ce dernier se montra trop indocile au goût de ses parrains rwandais et ougandais et une nouvelle guerre fut lancée, visant son élimination. Cette guerre ne prit officiellement fin qu’en 2002 ; elle servit de prétexte à l’accomplissement de nouveaux massacres à grande échelle. Depuis ces massacres se perpétuent car de nombreux groupes armés continuent à opérer dans l’est de la RD Congo. La population de cette région martyre n’en a malheureusement pas fini avec les exodes à répétition, la famine, les tueries et les viols de masse. Quatre ou cinq millions de Congolais seraient morts depuis le début de ce conflit déclenché par Paul Kagame, victimes des conséquences directes ou indirectes de cette interminable guerre, la plus meurtrière depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Durant toute la durée de la tragédie congolaise, les forces d’occupation rwandaise et ougandaise et leurs collaborateurs locaux se sont livrés au pillage massif des immenses ressources naturelles du Congo/Zaïre, un pays potentiellement très riche : bois précieux, or, cassitérite, coltan, diamants et autres. C’est ce pillage à grande échelle qui a permis à Kagame de soutenir l’effort de guerre du petit Rwanda, tout en développant ce dernier, provoquant l’admiration sans bornes de ses alliés anglo-saxons.

Depuis son arrivée au pouvoir, Kagame a entrepris d’éliminer la langue française, qu’il ignore, du Rwanda, pays francophone devenu anglophone par la force, et même membre du Commonwealth, alors qu’il n’a aucune histoire commune avec le Royaume-Uni. Lorsqu’il devint ministre des affaires étrangères français, en 2007, Bernard Kouchner, grand admirateur et propagandiste de Paul Kagame, mit tout en œuvre pour renouer des relations entre la France et le Rwanda. Il y est parvenu sans grandes difficultés, le président Sarkozy s’étant aisément laissé convaincre, heureux de pouvoir se démarquer de la politique de son prédécesseur Jacques Chirac. Le chef de l’Etat français effectua même une visite éclair à Kigali en 2010, durant laquelle il ne fut pas le moins du monde gêné d’être photographié en compagnie d’officiers rwandais faisant l’objet de mandats d’arrêt internationaux émis par le magistrat français Jean-Paul Bruguière ! Simple ignorance des dossiers mêlée à une méconnaissance de l’histoire récente des relations entre les deux pays, ou réelle volonté de boire le calice de l’humiliation nationale jusqu’à la lie, pour le simple plaisir de régler des comptes politiciens ?

Le départ de Kouchner et son remplacement par Alain Juppé, qui occupait les mêmes fonctions à l’époque du génocide rwandais, fit naître, parmi ceux qui connaissaient la vérité, l’espoir de voir le terme des compromissions avec le dictateur de Kigali. Cet espoir fut de courte durée, puisque, comme indiqué au tout début de cet article, le général Paul Kagame va effectuer une visite officielle en France, ce pays qu’il exècre tant et qu’il n’a eu de cesse de vilipender, de combattre et de couvrir d’opprobre international depuis deux décennies.

Inutile de revenir sur les accusations sans fondement lancées contre l’armée française : sous un régime de terreur, il est très facile de « convaincre » des citoyens d’apprendre par cœur des récits inventés de toute pièce, et encore plus aisé d’amener des prisonniers à corroborer de tels « témoignages ». Le président Sarkozy aura alors l’honneur de dire un grand « welcome » au plus grand criminel de guerre actuellement au pouvoir dans le monde. Ce 12 septembre 2011, j’espère bien me trouver loin, très loin, de la France !

Hervé Cheuzeville,22 juillet 2011

(auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale », l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance », Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé », Editions Persée, 2010)

provenance photo et article cliquez ci-dessous

http://www.echosdafrique.com/20110723-visite-de-kagame-en-france-faut-il-boire-le-calice-jusqu%e2%80%99a-la-lie

Turquoise : une opération humanitaire

"Turquoise : une opération humanitaire


A la mi juillet 1994 en quelques heures, environ deux millions de hutus fuyant devant les exactions des troupes tutsies du général Kagamé, envahissent la région de Goma où sont implantés, autour de l’aéroport, le PC et le bataillon de soutien de la force Turquoise. Franchissant la frontière proche entre le Rwanda et le Zaïre, ils submergent les autorités locales et se posent dans des camps improvisés sans eau, sans vivres, dans des conditions sanitaires déplorables. Une épidémie de choléra se déclenche immédiatement qui touche indistinctement les réfugiés et les autochtones.

ONG et organismes de l’ONU interviennent rapidement. Avec les personnels du bataillon logistique la force Turquoise participe à l’action humanitaire internationale dans la région de Goma. Simultanément les militaires français poursuivent dans la zone humanitaire sure (ZHS) au sud du Rwanda leur oeuvre de sécurisation et d’aide contribuant ainsi à fixer les populations et à éviter la reproduction du drame qui se joue à Goma.

Comme le montre la vidéo, les soldats de Turquoise assurent entre autre un soutien logistique aux ONG, prodiguent des soins médico-chirurgicaux et distribuent de l’eau potable. Avec l’aide ponctuelle de Caritas international ils assurent la collecte et l’enfouissement des victimes du choléra (20 000 morts en trois semaines). Cette mission va générer chez un certain nombre de personnels des traumatismes psychologiques."

Général André Schill responsable des affaires civiles et humanitaires
de la force Turquoise

  

{flv}temoignages et traumatisme{/flv}

Opération amaryllis

Opération Amaryllis  8 avril 1994 – 14 avril 1994

 

Décollant de Bangui dans la nuit du 8 au 9 avril, un état major tactique et deux compagnies parachutistes du 3eme RPIMa aux ordres du colonel Henri Poncet se posent le 9 avril à 1h30 du matin sur l’aéroport de Kigali. Après avoir occupé les points névralgiques de l’aéroport et procédé à leur motorisation avec des véhicules abandonnés ou réquisitionnés, les parachutistes mettent en place le dispositif de regroupement des ressortissants et procèdent aux premières évacuations en fin d’après midi. Le groupement reçoit le renfort d’une compagnie du 8eme RPIMa en provenance de Libreville, suivie le 11 avril de plusieurs centaines  de para-commandos belges et d’un détachement italien.

Les évacuations des ressortissants français et étrangers vont s’accélérer compte tenu de la dégradation de la situation dans la capitale rwandaise.

Dans la nuit du 11 avril, le gouvernement français décide de la fermeture de son ambassade et l’ensemble du corps diplomatique et des coopérants militaires français est évacué le 12 avril au petit matin.

Les parachutistes  poursuivent les opérations d’évacuations des ressortissants étrangers de toutes nationalités jusqu’au 14 avril qui marque la fin de l’opération et leur retour sur Bangui.

Au total, en moins d’une semaine, les parachutistes français ont évacué près de 1500 personnes dont 450 français, les Belges pour leur part ayant procédé à l’évacuation de plus d’un millier de leurs ressortissants.

 

{flv}amarillys{/flv}

Relations France Rwanda. Point de vue de monsieur Alain Juppé

Audition de monsieur Alain Juppé, ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères et européennes, devant la commission des affaires étrangères de l’assemblée nationale le 4 mai 2011.
Question de monsieur Jacques Remiller : (…) lors de votre nomination, monsieur le ministre d’Etat, le président du Rwanda a déclaré que vous ne seriez pas le bienvenue dans son pays. Au-delà de la réaction –très sèche- du Quai d’Orsay, quel est votre sentiment personnel ?

Réponse de monsieur Alain Juppé.

(…) Quant au Rwanda, je distinguerai mon sentiment personnel, que je garde pour moi, et l’intérêt de la France. J’espère seulement qu’un jour la vérité historique sera faite sur ce qui s’est passé au Rwanda à partir de 1993. Un rapport du Conseil de sécurité, qui n’a pas fait l’objet d’une grande publicité jusqu’à présent, pointe les crimes commis en République démocratique du Congo. Sur un plan diplomatique, nous avons intérêt à avoir de bonnes relations avec le Rwanda et le processus amorcé par le Président de la République doit être poursuivi dans des conditions convenables. M. Kagamé a dit que je ne serais pas le bienvenu au Rwanda, et je lui ai répondu que je n’avais pas l’intention d’y aller tant que circulerait le rapport qui met en cause M. Mitterrand, M. Balladur, M. Védrine, M. de Villepin, M. Léotard, moi-même et l’armée française. Ce tissu d’inventions et de mensonges est destiné à créer un contre-feu à l’instruction judiciaire menée en France. Comme je l’ai dit devant la commission de l’Assemblée nationale présidée par M. Quilès, l’opération Turquoise est à l’honneur des militaires français qui ont sauvé des centaines de milliers de vies.

Je demande justice pour la France et ses soldats

Rencontre avec le général Didier Tauzin

 Didier Tauzin dédicacera son livre « Rwanda – Je demande justice pour la France et ses soldats » demain matin, à la presse de Saint-Séverin. L'homme a commandé le premier régiment parachutiste d'infanterie de marine, 1er RPIMA, de 1992 à 1994. À la tête de ce prestigieux régiment, il a été envoyé au Rwanda dans le cadre de l'opération Birunga – improprement appelée Chimère – et, un an plus tard, dans le cadre de l'opération Turquoise. « Avec 70 paras d'élite de son unité, Didier Tauzin sauvera un pays et une armée en déroute, mais, à l'heure de lancer l'ultime offensive, l'opération est annulée contre sa volonté. Le génocide commencera un an après… »

 

Sincérité et conviction

Dans son livre, publié aux éditions Jacob-Duvernet, Didier Tauzin, aujourd'hui général de division, raconte les missions qu'il a menées, des opérations non conventionnelles qui sont la spécialité de son unité. Il détaille le contact « si chaleureux » avec les réfugiés tutsis et dit son amour indéfectible pour l'Afrique et les Africains.


Ce livre est surtout un vibrant plaidoyer en réponse aux accusations graves portées contre l'action de la France et de ses soldats au Rwanda par certains journalistes, et surtout par le rapport Mucyo. Ce rapport, diligenté par le président rwandais Paul Kagame, prétend établir la complicité de la France dans l'organisation du génocide et la formation des génocidaires. Il accuse aussi les militaires français de viols systématiques.

Avec sincérité et conviction, Didier Tauzin demande justice pour la France et ses soldats. Pour que l'on n'oublie pas notamment « ceux qui ont laissé leur vie au Rwanda »…

Saint-Séverin · Charente

 

Général Didier Tauzin : "Il faut établir la vérité sur le Rwanda. Nous sommes traités comme des Waffen SS !"

Le Point.fr – Publié le 18/04/2011 à 21:14 – Modifié le 18/04/2011 à 21:16

Alors que la France est régulièrement mise en cause dans le génocide rwandais, des vétérans de l'opération Turquoise prennent la parole.

 


Par Jean Guisnel

Le Point.fr : Vous publiez à votre tour, après votre chef d'alors, le général Jean-Claude Lafourcade, un livre sur votre expérience au Rwanda. Que voulez-vous expliquer à vos lecteurs ?

Général Didier Tauzin : Je précise d'abord que le général Lafourcade n'a été mon chef que lors de l'opération Turquoise. Pour ma part, j'ai eu à traiter de la guerre du Rwanda de manière quotidienne de l'été 1992 à l'été 1994, comme chef de corps du 1er RPIMa. Dans ce livre, je donne d'abord le témoignage de ce que j'ai fait et vu, mais aussi fait faire à mes paras au Rwanda pendant les deux années de mon commandement du régiment. Je traite en particulier de l'opération Birunga, improprement appelée "Chimère", que j'ai commandée en février et mars 1993, ce qui n'avait encore jamais été fait. J'explique également la stratégie de conquête du Rwanda par Kagamé et ses soutiens. Je n'omets pas le soutien que lui a apporté l'association française Survie qui, depuis 1989, désinforme l'opinion française et travaille activement contre la France et son armée, en participant à la rédaction du rapport Mucyo, publié à l'été 2008 par Kigali, rapport qui n'est qu'un tissu de calomnies. Cette association tente de nouveau, ces jours-ci, de mobiliser des élus en prétendant mettre au jour des crimes qui auraient été, selon elle, commis par la France et son armée. Or, les responsabilités françaises dans cette affaire sont imaginaires, ce dont j'apporte la preuve.

 

Votre première expérience contre le FPR (Front patriotique rwandais) et les troupes de son chef Paul Kagamé remonte à l'opération Birunga de 1993. Quelles conclusions en avez-vous tirées ?

En février 1993, Kagamé déclenche une offensive générale sur un front d'environ 250 kilomètres en profitant de la tenue d'élections législatives en France. L'armée rwandaise est en déroute, Kigali menacé, les expatriés commencent à quitter le pays. Avec 69 hommes, en une semaine, je rétablis la situation qui était totalement désespérée. Mis en place le 21 février, je suis de retour à Bayonne début avril. Mais en France, les élections législatives changent la donne. Pierre Bérégovoy cède la place à Édouard Balladur. Nous avons immédiatement senti, sur le terrain, le changement de la politique française à l'égard du Rwanda, changement qui m'a conduit à annuler, contre mon gré, une contre-offensive dont je reste persuadé qu'elle aurait renvoyé le FPR d'où il venait : l'Ouganda.

Malgré cela, l'essentiel de la mission que j'avais reçue était réalisé, le FPR arrêté, Kigali sauvé, et nous avions donné aux politiques du temps pour travailler à une solution. Donc c'est un vrai succès militaire. Mais ce temps que nous leur avons donné, les politiques l'ont gâché ! Car le désengagement politique et militaire de la France a été si radical et si rapide que ce succès militaire n'a finalement donné au Rwanda qu'un sursis d'un an, et je reste persuadé que, si nous avions pu poursuivre quelques jours à peine notre contre-offensive, une situation tout autre serait apparue dans laquelle le génocide avait infiniment peu de chances de se produire.

Cette absence de cohérence et de continuité dans la politique française au Rwanda est sans doute la principale cause indirecte des massacres d'environ six millions de personnes. Je m'élève contre cette politique à courte vue.

 

Le 6 avril 1994, l'avion du président rwandais, le Hutu Habyarimana est abattu par un missile. Le génocide des Tutsis commence. Plus de deux mois et demi plus tard, vous revenez au Rwanda avec l'opération Turquoise, avec pour mission de "mettre fin aux massacres". Estimez-vous l'avoir remplie ?

Bien sûr ! Je relève avec émotion, sur Internet, les témoignages de Rwandais réagissant à mon livre. L'un d'eux, par exemple, écrit que la France et son armée, lors de Turquoise, ont sauvé deux millions de personnes menacées par les massacres et s'élève contre les mauvais procès qui nous sont intentés. Il relève aussi un fait majeur : seule la France, aidée de quelques maigres contingents africains, est intervenue pour faire cesser les massacres.

Par contre, je veux dire que cette opération Turquoise était bien trop tardive. Dès que j'ai connu la mort du président Habyarimana, c'est-à-dire le 6 avril vers 20 heures, j'avais placé le 1er RPIMa en alerte pour une opération que je pensais devoir être déclenchée dans la nuit même. J'estimais en effet que la situation ne pouvait que dégénérer, ce qui n'a pas manqué de se produire, car les massacres ont commencé dès le lendemain et que le président Mitterrand ne pouvait pas l'accepter. Mais nous ne sommes partis que deux mois et demi plus tard ; les massacres étaient pratiquement terminés, et Kagamé finissait de conquérir le Rwanda.

J'ai personnellement très mal vécu de rester "l'arme au pied", alors que se déroulaient les massacres et que s'écroulait un pays que nous avions tenu à bout de bras pendant quatre ans en prenant des risques parfois énormes. Si la France a commis une faute dans cette guerre du Rwanda, c'est bien à ce moment-là, en s'abstenant d'intervenir dès le 7 avril pour arrêter les massacres. Mais elle n'est pas la plus coupable, et de beaucoup ! Plus coupables, tous les pays qui ont tout fait pour empêcher la France d'intervenir ! Plus coupables surtout, ceux qui ont exécuté, commandité, organisé et planifié ces massacres, bien sûr ! Mais il reste à les désigner précisément, car, contrairement à ce qui est répété à l'infini, les vrais coupables ne sont pas désignés, comme le confirment les travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda qui, à ce jour, a relaxé tous les Hutus présentés comme les cerveaux du génocide.

 

Vous demeurez aujourd'hui accusé par la justice de Kigali d'avoir participé au génocide rwandais. Estimez-vous avoir été suffisamment défendu par les autorités françaises contre cette accusation infamante ?

Seules quelques voix se sont élevées pour affirmer que nous avions rempli notre mission avec honneur et s'élever contre une réécriture de l'histoire au détriment de la France. Je rends hommage à Messieurs Juppé et Védrine, mais ils n'ont pas été vraiment entendus. Surtout, les très graves calomnies proférées contre le président Mitterrand, contre des ministres, des ambassadeurs et contre une quinzaine d'officiers généraux et d'officiers supérieurs auraient dû provoquer la réaction du président de la République, chef suprême des armées. Cette réaction, Jean-David Levitte nous avait assuré qu'elle devait être faite avant le 7 novembre 2008 ; nous l'attendons encore aujourd'hui ! Et pendant ce temps, les calomniateurs réécrivent l'histoire de la guerre du Rwanda. Je ne peux pas me résoudre à ce que les enfants de France apprennent, contre toute vérité et toute justice, que leur pays a participé au Rwanda à un génocide que certains s'ingénient à comparer à la Shoah. Car c'est cela qui est aujourd'hui écrit !

 

Que reprochez-vous aux autorités françaises ?

La politique française au Rwanda a été marquée par la légèreté, l'incohérence et le manque de continuité. Aujourd'hui, je m'adresse à nos élus, en particulier au président de la République, pour leur demander de faire établir la vérité sur ce qui s'est passé au Rwanda et de faire rendre justice à la France, traitée par certains comme si elle avait été l'Allemagne nazie, et à ses soldats traités par les mêmes comme des Waffen SS.

 

Le gouvernement français a renoué des relations d'État à État avec le Rwanda. Que pensez-vous de cette situation, et du fait que vous n'avez pas été lavé des accusations pesant contre vous ?

Il fallait bien sûr un jour rétablir les relations avec le Rwanda. Mais cela a été fait dans des circonstances déshonorantes pour la France. Lorsque le juge Bruguière a émis des mandats d'arrêt internationaux contre des personnalités rwandaises très proches de Kagamé, ce dernier a rompu les relations avec la France.

Sans même s'indigner publiquement contre l'infamant rapport Mucyo, Paris a entamé les démarches pour le rétablissement des relations diplomatiques, qui a été décidé le 29 novembre 2009.

Ce faisant, le président de la République a infligé un camouflet au juge Bruguière et à la justice française ; mais il a aussi fait très peu de cas de la réputation et de l'honneur de la France et des soldats dont il est le chef suprême. Pour la petite histoire, j'ajouterai que, le jour où était annoncé le rétablissement des relations diplomatiques franco-rwandaises, étaient aussi annoncées l'admission du Rwanda au Commonwealth et sa décision d'adopter l'anglais au détriment de la langue française ! Nous n'avons décidément plus aucune fierté nationale…

Didier Tauzin, préface de Jean-Dominique Merchet, Rwanda, je demande justice pour la France et ses soldats, Jacob-Duvernet, 260 pages, 19,90 euros, ISBN : 978-2847243352

Liens complémentaires :

VIDEO: httpwww.dailymotion.comvideoxiwyp1_le-general-didier-tauzin-sur-l-action-de-la-france-au-rwanda_news.URL

                  

    

     Didier Tauzin: Sa bataille de Kigali

Pourquoi la France ne peut pas recevoir Paul Kagame

Il convient de rappeler qu’un rapport officiel des Nations Unies publié le 1er Octobre 2010 a
établi que l’armée du Front Patriotique Rwandais commandée par le Général Paul Kagame a
commis des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des actes de génocide contre
les réfugiés hutu et les populations congolaises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire
de la République démocratique du Congo.
Compte tenu du contexte politique de la région des grands lacs, certains observateurs
considèrent cette mission comme une tentative de sauvetage d’un dictateur en fin de course.
Les parents des victimes rwandaises et congolaises se demandent légitimement si cette
collaboration du Medef avec un chef d’état responsable de telles atrocités répond aux
orientations de la diplomatie française.
Le patronat français a-t-il pris toute la mesure des conséquences que ses « contrats » vont
avoir sur le sort des populations rwandaises et congolaises ? La France – hier encore accusée
par le dictateur rwandais de complicité de génocide – a-t-elle intérêt à se jeter dans les bras
d’un criminel dont le régime peut basculer à tout moment ? Autant la France a pu
commettre des erreurs d’appréciation en 1994 – reste à préciser lesquelles -, comme l’a du
reste reconnu le président Sarkozy lors de sa visite au Rwanda, autant une trop grande
proximité avec le régime rwandais actuel accusé de crimes contre l’humanité risque de
ternir irrémédiablement l’honneur de la France. Les intérêts économiques en présence
justifient-ils que la France s’implique une nouvelle fois dans ce bourbier à relents
génocidaires, en donnant l’impression de voler au secours d’un criminel africain en fin de
course, aux dépens des droits de l’homme et des peuples de la région des grands lacs ?
S’agissant d’une visite éventuelle de Paul Kagame en France, annoncée le 06/01/2011 par
l’hebdomadaire Jeune Afrique dont on connait les accointances avec le régime de Kigali, elle
apparait pour le moins inopportune pour les raisons suivantes : la France, membre du
Conseil de Sécurité, a des droits mais aussi et surtout des devoirs spécifiques liés à cette
qualité. Elle a notamment l’obligation de contribuer à garantir la paix et le respect de la
légalité internationale, en mettant tout en oeuvre afin que les préconisations et les décisions
des organes ou des institutions des Nations Unies soient traduites dans les actes. Il en va
ainsi notamment en matière de respect du droit à la vie, pierre angulaire du droit
international humanitaire.
Or comme on vient de le voir, l’une des recommandations expresses du rapport des Nations
Unies ci-haut rappelé concerne la mise en place urgente d’un tribunal international ad hoc
chargé de poursuivre et de juger les auteurs des atrocités dénoncées dans ce rapport. Déjà
pointé du doigt par les justices française et espagnole pour son rôle présumé dans l’attentat
terroriste contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, attentat au cours
duquel trois ressortissants français ont perdu la vie et qui fut l’élément déclencheur du
génocide, le général Paul Kagame a aussi été le donneur d’ordre et l’organisateur de
nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Rwanda et en République
Démocratique du Congo. Il apparaît par conséquent plus que probable qu’il soit placé sous le
coup d’un mandat d’arrêt international dès la mise en place du tribunal international ad hoc
attendu. La diplomatie française ne peut pas feindre de l’ignorer.
Dans ce cas, au nom de quelle éthique diplomatique ou pour quels intérêts nationaux la Patrie
des droits de l’homme prendrait-elle le risque, sans être accusé de complicité, de dérouler le
tapis rouge à un dictateur responsable d’avoir planifié, préparé, organisé, ordonné et supervisé
le massacre de plus de 300000 réfugiés hutu et de 5 millions de Congolais innocents ? Un
membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies peut-il se permettre de recevoir
un criminel contre l’humanité désigné comme tel par les Nations Unies sans insulter les
peuples victimes de ces crimes et sans renier son rôle au sein de la communauté internationale?

La seule décision de sagesse à prendre par la diplomatie française est celle qui correspond
aux valeurs de la République et à ses engagements internationaux. La France doit écouter les
peuples de la région des grands lacs et non les tyrans par qui le génocide est arrivé. En
s’inspirant de l’expérience tunisienne et égyptienne, le principe de précaution diplomatique et
politique devrait s’appliquer au cas rwandais sans état d’âme. La France ne peut pas recevoir
un chef d’état étranger accusé de génocide. Tomber dans le piège d’une normalisation à tout
prix mais dont les enjeux paraissent pour le moins éphémères serait une erreur
d’appréciation de plus, une faute grave dont la diplomatie française ne se relèverait pas.

Jean-Marie NDAGIJIMANA
Ancien Ambassadeur
Ancien Ministre

Point de situation – mars 2011

 

Rapport moral du Président.     

 

Après s’être félicité de la vitalité de l’association et du soutien apporté par de nombreuses associations patriotiques au premier rang desquelles l’Association pour le soutien de l’armée française (ASAF) et la fédération André Maginot, ainsi que par certaines personnalités politiques, le général Lafourcade a brossé le tableau du contexte dans lequel agit France-Turquoise.    L’année 2010 a été marquée par la reprise des relations diplomatiques avec le Rwanda, la mise en place d’un ambassadeur à Kigali et le voyage du président Sarkozy au Rwanda sans contrepartie de la part des autorités rwandaises qui maintiennent leurs accusations à l’encontre des soldats français.    La coordination ministérielle sur le Rwanda mise en place en 2008 par l’Elysée s’est avérée décevante. L’association a cessé ses relations. En revanche, le soutien du ministère de la Défense ne s’est pas démenti.    Il est à noter, et il s’agit d’un facteur très favorable, que les yeux se dessillent quant au drame rwandais. Des chercheurs journalistes exposent au grand jour la réalité des faits et la responsabilité du régime rwandais. Après André Guichaoua, Hervé Déguine et Bernard Lugan, Pierre Péan a publié un livre rigoureux qui replace la tragédie dans sa véritable perspective (« Carnages »). De même, le livre du général Lafourcade (« Opération Turquoise »), qui rétablit la vérité sur la base de documents incontestables, a été très bien accueilli.    Mais l’évènement majeur est la publication, le 1er octobre 2010, d’un rapport de l’ONU (le rapport Mapping) sur les massacres commis en République Démocratique du Congo, rapport accablant pour le régime rwandais et qui évoque la possibilité d’une qualification de « crime de génocide ». Ce rapport devrait éclairer les magistrats sur la fiabilité des plaintes portées contre nos soldats.    Au-delà du combat médiatique pour rétablir la vérité dans lequel sont profondément impliqués le Président et les membres du bureau de notre association et dont la pierre angulaire est le site internet France-Turquoise, la bataille judiciaire est menacée d’enlisement.    Les plaintes déposées en 2005 par la partie rwandaise auprès du TAP contre l’armée française n’ont toujours pas été instruites alors que les procédures s’accélèrent à l’encontre des Hutus réfugiés en France. Cela risque d’accréditer la thèse d’un étouffement politique d’une affaire gênante pour la France alors que la vérité se trouve à l’opposé.    L’association continuera d’exiger l’instruction du dossier.    A la périphérie de cette affaire centrale, il faut noter que des plaintes accusant des militaires de Turquoise de viols ont été relancées en 2010 et déclarées recevables par le TAP. A l’inverse, contre l’avis du procureur, le juge a instruit les plaintes déposées contre le gouvernement rwandais. Mais l’issue de la procédure est douteux. L’association reste vigilante et sa détermination sur ce dossier est entière.    Quant aux officiers ayant porté plainte contre Patrick de Saint-Exupéry pour diffamation, ils ont été déboutés contre toute logique. Ils ont fait appel.    Le travail de recueil de témoignages se poursuit sous la responsabilité de Madeleine Raffin.    En résumé, malgré l’émergence progressive de la vérité, force est de constater que sans réfutation des allégations mensongères du régime rwandais par le président de la République, chef des armées, sans conclusion des procédures judiciaires, le doute demeurera sur la responsabilité des soldats français.    A cet égard, la visite annoncée de Paul Kagame en France serait un aval insupportable donné à ses allégations.

    L’association France-Turquoise mettra tout en œuvre pour faire annuler ce projet.

 

Résolution 1 

Prenant acte de la reprise des relations diplomatiques de la France avec le Rwanda, que nous ne contestons pas,Constatant toutefois que Paul Kagamé n’a jamais retiré ses accusations de participation directe au génocide à l’encontre des soldats français qui ont servi au Rwanda, en particulier lors de l’opération Turquoise,Constatant également que le Président de la République, à qui nous avons demandé de s’exprimer publiquement sur ce sujet, n’a pas cru devoir répondre à ce jour à cette légitime demande, Concluant que si rien n’est fait, sera dès lors inscrite dans l’Histoire l’affirmation selon laquelle des soldats français ont participé au génocide au Rwanda en 1994,Considérant que cette falsification des faits, déshonorante pour l’armée française, est inacceptable,L’Association France-Turquoise renouvelle aujourd’hui sa demande pour que les accusations portées contre les soldats français soient expressément démenties ou dénoncées. 

 

Résolution 2 

Saluant le soutien actif que la France apporte à l’accomplissement des décisions de la justice internationale,Rappelant, à ce titre, que certains membres de l’Association ont ainsi accepté de témoigner devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda dans le dossier du général Kabiligi, lequel a finalement été définitivement acquitté par le TPIR,L’Association France-Turquoise regrette vivement que l’administration française refuse de considérer comme innocents des personnalités rwandaises définitivement acquittées par le TPIR et qu’elle persiste à leur interdire sans aucun motif légitime de rejoindre en France leur épouse et leurs enfants titulaires de la nationalité française. 

 

Résolution 3 

Déplorant que le gouvernement français n’appuie pas davantage, dans le cadre de l’entraide judiciaire internationale, les efforts déployés par le magistrat instructeur pour obtenir des autorités rwandaises les indispensables explications sur les accusations mensongères et diffamatoires proférées dans le Rapport Mucyo et le Communiqué du Ministre rwandais de la Justice en 2008,Déplorant également le fait que des instructions mettant en cause, depuis plus de six années, des militaires français devant le Tribunal aux Armées de Paris n’aient fait l’objet d’aucune décision de non lieu, ni de mise en examen,Considérant que cette situation porte ainsi gravement atteinte aux  droits de la défense, ces non-décisions contribuant à accréditer l’idée que des crimes auraient été commis, sans pour autant qu’on soit en mesure, faute d’instruction, d’apporter la preuve confortant ces accusations fantaisistes,L’Association France Turquoise exige que les militaires français soient traités par cette juridiction spécialisée comme tous les justiciables, et que cesse ce véritable déni de justice accréditant la rumeur.

 

Kagamé rejoint le club des infréquentables

 L’affront est difficile à avaler pour Paul Kagamé. Yves Leterme aurait, officiellement, annulé leur entretien pour mieux organiser son emploi du temps. Le soufflet est d’autant plus humiliant que le même agenda a permis de maintenir, le jour même et le lendemain, les rendez-vous avec trois officiels étrangers. L’agence Belga met en avant cette incongruité : « M. Leterme rencontrera en revanche bien lundi (le même jour) ses homologues zimbabwéen Morgan Tsvangirai et palestinien Salam Fayyad, ainsi que le président tanzanien Jakaya Mrisho Kikwete. Mardi soir, il s'entretiendra avec le chef de l'Etat béninois Thomas Boni Yayi. »

Cette mise au ban de Kagamé mérite d’être suivie avec une attention particulière, le régime de Kigali étant de plus en plis mis en cause. En 2010, le gouvernement rwandais a été critiqué pour l’organisation des élections présidentielles, des membres ou proches de celui-ci ont été menacés par des mandats d’arrêt internationaux et enfin, de nombreux manquements aux principes de base qui constituent une démocratie ont été observés. En octobre dernier, un rapport de l’ONU, le rapport Mapping, accusait directement le Rwanda d’avoir participé à des massacres de masse en Republique Démocratique du Congo. C’est sans aucun doute la somme de ces événements qui amène les responsables diplomatiques à se méfier du Général Kagamé. Il est certain qu’il ne fait plus bon être pris en photo lui serrant la main !Mis à part quelques observateurs engagés qui de façon plus ou moins honnête tentent de nier cette impopularité internationale, personne n’est dupe. Si cette tendance se confirme en 2011, il sera intéressant de regarder  comment notre gouvernement accueillerait-t-il un chef de l’Etat que nos voisins ont clairement jugé infréquentable ?

C.F