Kagamé rejoint le club des infréquentables

 L’affront est difficile à avaler pour Paul Kagamé. Yves Leterme aurait, officiellement, annulé leur entretien pour mieux organiser son emploi du temps. Le soufflet est d’autant plus humiliant que le même agenda a permis de maintenir, le jour même et le lendemain, les rendez-vous avec trois officiels étrangers. L’agence Belga met en avant cette incongruité : « M. Leterme rencontrera en revanche bien lundi (le même jour) ses homologues zimbabwéen Morgan Tsvangirai et palestinien Salam Fayyad, ainsi que le président tanzanien Jakaya Mrisho Kikwete. Mardi soir, il s'entretiendra avec le chef de l'Etat béninois Thomas Boni Yayi. »

Cette mise au ban de Kagamé mérite d’être suivie avec une attention particulière, le régime de Kigali étant de plus en plis mis en cause. En 2010, le gouvernement rwandais a été critiqué pour l’organisation des élections présidentielles, des membres ou proches de celui-ci ont été menacés par des mandats d’arrêt internationaux et enfin, de nombreux manquements aux principes de base qui constituent une démocratie ont été observés. En octobre dernier, un rapport de l’ONU, le rapport Mapping, accusait directement le Rwanda d’avoir participé à des massacres de masse en Republique Démocratique du Congo. C’est sans aucun doute la somme de ces événements qui amène les responsables diplomatiques à se méfier du Général Kagamé. Il est certain qu’il ne fait plus bon être pris en photo lui serrant la main !Mis à part quelques observateurs engagés qui de façon plus ou moins honnête tentent de nier cette impopularité internationale, personne n’est dupe. Si cette tendance se confirme en 2011, il sera intéressant de regarder  comment notre gouvernement accueillerait-t-il un chef de l’Etat que nos voisins ont clairement jugé infréquentable ?

C.F

Violations des droits de l’homme en RDC -1993 2003-

Articulé en quatre sections le rapport traite successivement :

  • des actes de violence graves classés par région et par ordre chronologique
  • des actes de violence spécifiques : violences sexuelles, contre les enfants et liées à l’exploitation des ressources naturelles.
  • du système de justice de la république démocratique du Congo (RDC)
  • des options de la justice transitionnelle pour la RDC

La participation de l’armée régulière du Rwanda (APR) est attestée pour les auteurs du rapport par l’existence d’un accord international (accord de Prétoria) réglant le retrait de l’APR du territoire de la RDC. Quant à l’existence d’un soutien du Rwanda à l’AFDL, il est revendiqué publiquement par les acteurs eux-mêmes :

« Dans une interview accordée au Washington Post le 9 juillet 1997, le Président rwandais Paul Kagame (ministre de la défense à l’époque) a reconnu que des troupes rwandaises avaient joué un rôle clef dans la campagne de l’AFDL. Selon le Président Kagame, le plan de bataille était composé de trois éléments:

– démanteler les camps de réfugiés,

– détruire la structure des ex-FAR et des Interahamwe basés dans les camps et autour des camps

– renverser le régime de Mobutu.

Selon l’article, le Rwanda avait planifié la rébellion et y avait participé en fournissant des armes et des munitions et des facilités d’entraînement pour les forces rebelles congolaises. Les opérations, surtout les opérations clefs, ont été dirigées, selon Kagame, par des commandants rwandais de rang intermédiaire (« Mid-level commanders »). Washington Post, «Rwandans Led Revolt in Congo », 9 juillet 1997.

Voir également l’entretien accordé par le général James Kabarebe, l’officier rwandais qui a dirigé les opérations militaires de l’AFDL, à l’Observatoire de l’Afrique centrale : « Kigali, Rwanda. Plus jamais le Congo », Volume 6, numéro 10 du 3 au 9 mars 2003.

Voir également les interviews télévisées du Président de l’Ouganda, du Président du Rwanda et du général James Kaberere expliquant en détail leurs rôles respectifs dans cette première guerre, dans « L’Afrique en morceaux », documentaire réalisé par Jihan El Tahri, Peter Chappell et Hervé Chabalier, 100 minutes, produit par canal Horizon, 2000. » (Note n°18 du rapport) (…)
« Ainsi, tant la participation des forces armées étrangères en territoire congolais que l’appui direct en matériel, armement et combattants à plusieurs groupes rebelles congolais durant toute cette période de la « deuxième guerre » permet d’affirmer qu’un conflit armé de nature internationale se déroulait en RDC en même temps que des conflits internes entre différents groupes de miliciens congolais. »

 

Ces faits étant actés les auteurs du  rapport proposent une qualification des actes violents qui sont recensés. En particulier ils s’interrogent sur la qualification juridique de génocide qui pourrait être apportée aux massacres des hutus réfugiés en RDC.

« Au moment des incidents couverts par le présent rapport, la population hutu au Zaïre (ndlr : ancien nom de la RDC), y compris les réfugiés venus du Rwanda, constituait un groupe ethnique au sens de la Convention susmentionnée. Plusieurs incidents répertoriés semblent indiquer la possibilité que les multiples attaques visaient les membres du groupe ethnique hutu comme tel, et non pas seulement les criminels responsables du génocide commis en 1994 à l’égard des Tutsi au Rwanda et qu’aucun effort n’avait prétendument été fait par l’AFDL/APR pour distinguer entre les Hutu membres des ex-FAR et les Hutu civils, réfugiés ou pas.(…).
L’intention de détruire un groupe en partie est suffisante pour constituer un crime de génocide et les tribunaux internationaux ont confirmé que la destruction d’un groupe peut-être limitée à une zone géographique particulière. (…) »

 

En conclusion

« En dressant l’inventaire des violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la RDC entre mars 1993 et juin 2003, le rapport conclut que la grande majorité des 617 incidents recensés constitue des crimes internationaux, qu’il s’agisse de crimes de guerre commis pendant les conflits armés, internes ou internationaux, ou de crimes contre l’humanité commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, ou dans de nombreux cas, qu’il s’agisse des deux. La question de savoir si les nombreux actes de violence graves commis à l’encontre des Hutu en 1996 et 1997 constituent des crimes de génocide a également été examinée et le rapport souligne qu’il existe des éléments pouvant indiquer qu’un génocide a été commis mais que la question ne pourra être tranchée que par un tribunal compétent, statuant au cas par cas. »

 

Rappelons que jusqu’à ce jour aucun militaire de l’armée régulière rwandaise (APR) ou responsable politique du Rwanda n’a été traduit devant le tribunal international pour le Rwanda (TPIR).

AS

 

Consulter le rapport mapping de l’ONU 1er octobre 2010

Article Valeurs actuelles 

Article Marianne 

Article El Païs

Carnages

couverture du livre carnages

Que dit Pierre Péan ?

Qu’après la chute du mur de Berlin (9 décembre 1989… assaut du FPR : 1er octobre 1990), l’Afrique est devenue une des aires privilégiées du déploiement du « choc des civilisations » pour les Etats-Unis aidés par la Grande-Bretagne et  pilotés par Israël.

Cette révélation de l’influence décisive d’Israël pourrait susciter des remous et je gage qu’il a fallu un courage certain à l’auteur pour la mettre en évidence aussi clairement. Pourtant on savait depuis longtemps qu’Israël était présent en Afrique dès avant les indépendances. Ce que le livre révèle au profane, c’est l’importance que l’Etat hébreux accorde au continent dans sa quête de sécurité, et notamment au Soudan qu’il considère comme un gage essentiel de profondeur stratégique.

Partant, une stratégie de déstabilisation de l’Afrique centrale va être élaborée entre les trois puissances et conduite implacablement jusqu’à aujourd’hui. Elle vise à faire d’une pierre deux coups en y remettant en cause les frontières issues de la décolonisation et en démantelant les deux géants régionaux :

– le Soudan considéré comme une plaque tournante du terrorisme islamique (nous y sommes presque),

– le Zaïre,  désigné  comme  une «erreur  géologique »  du  fait  des  richesses  contenues dans son sous-sol (nous n’en sommes pas loin).

 

Pour mener à bien cette stratégie, les Etats-Unis et leurs alliés vont s’appuyer sur les Etats des Grands Lacs et sur des hommes qu’il vont y placer: en tout premier lieu, le président ougandais Yoweri Museveni, le « Bismarck des Grands Lacs » apparenté aux Tutsi, et puis John Garang , le chef historique de la rébellion au Sud-Soudan, et encore Paul Kagame, chargé du renseignement de l’armée ougandaise avant de devenir le maître du Rwanda après la victoire du FPR et les massacres de 1994. On compte d’autres cartes dans le jeu américain : Issias Afewerki, président de l’Erythrée, Meles Zenawi, homme fort de l’Ethiopie… Ils ont le même profil : ils sont jeunes, issus de la guérilla et chrétiens dans des pays où l’islam ne cesse de progresser.

Par la même occasion, la stratégie américaine conduit à  évincer la France de son « pré carré ». On ne peut pas dire que cette perspective soit pour déplaire aux Anglo-Saxons.

Partant, tout s’enchaîne : la conquête du Rwanda par les Tutsi du FPR venus d’Ouganda, le génocide des Tutsi de l’intérieur pendant que tout le monde (y compris le FPR, mais sauf la France) regarde ailleurs, les massacres niés ou tus de Hutu par les forces de Paul Kagame, la conquête du Kivu par le nouveau pouvoir rwandais sous prétexte de sécurité, l’installation de Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa… sans compter la déstabilisation du Darfour.

 

Cette « recomposition » de l’Afrique centrale se serait accompagnée de huit millions de morts sans qu’on prononce les mots de génocide ni de crimes contre l’humanité ou si peu !

C’est que la machine à travestir la vérité qu’on avait si bien vu fonctionner à propos de la crise rwandaise et à propos de l’opération Turquoise continue à étouffer tout ce qui peut filtrer.

Pierre Péan pointe du doigt les « blancs menteurs » qu’il avait déjà dénoncés, les ONG, les services secrets, les agents d’influence. Bien sûr, il y a des lacunes, des affirmations pas toujours très étayées. Pierre Péan le reconnaît lui-même. Il est vrai que d’une guerre secrète on ne peut voir que la partie émergée, c’est-à-dire peu de choses.

Quoi qu’il en soit, ce livre éclaire beaucoup d’énigmes du drame rwandais et au-delà des crises africaines.

Personnellement, je me pose encore des questions sur l’attitude de la France qui n’a pas pu ignorer la totalité de ces faits : pourquoi alors avoir laissé faire après 1994 ? Pourquoi en 2009 ce rapprochement avec le régime de Kigali qui continue à traîner la France et ses soldats dans la boue ?

 

A ce jour, à part l’article de Jean-Dominique Merchet, dans Marianne, il y a eu peu de commentaires sur ce livre qui démonte quelques « vérités » admises. Il est vrai qu’un rapport de l’ONU vient de confirmer les massacres commis par les forces rwandaises au Kivu. Y aurait-il une conspiration du silence (gêné) ?

MF

Article Nouvel Observateur

Article Hubert Védrine

Un idéologue dans le génocide rwandais : enquête sur Ferdinand Nahimana

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Présentation de l'éditeur :

 

« Si je suis en prison, c’est à cause de vous. Mais c’est aussi à cause de vous que je suis encore en vie. » Ainsi parle Ferdinand Nahimana d’Hervé Deguine, le journaliste qui a enquêté et réuni des pièces sur lui. L’homme purge sa peine de trente années de prison, depuis que le Tribunal pénal international pour le Rwanda l’a condamné en 2008 pour « incitation directe et publique à commettre le génocide ».

Qui est Nahimana ? En France, son nom est associé à la Radio télévision libre des Mille Collines (RTLM), dont il est l’un des fondateurs en 1993. Il a contribué à organiser la propagande du président Juvénal Habyarimana, dont il est un fidèle partisan. Après l’attentat du 6 avril 1994 contre le chef de l’État rwandais, tandis que le pays sombre dans le chaos et que les extrémistes hutu perpètrent le génocide des Tutsi avec l’aide de RTLM, Nahimana rejoint les rangs du gouvernement intérimaire.

Chargé de l’Afrique à Reporters sans frontières, Hervé Deguine dénonce, dès 1993, la montée des médias extrémistes au Rwanda. Convaincu de la responsabilité de Nahimana, il collabore avec le TPIR pour faire arrêter celui qui passe pour le « théoricien de l’extermination » des Tutsi, une sorte de « Goebbels rwandais ».

Comme tous ceux qui ont vécu cette période tragique, il souhaite que justice soit faite. Mais l’enquête indépendante qu’il a poursuivie en parallèle à celle du TPIR, pendant près de quinze ans, l’amène à formuler de sérieux doutes sur la plupart des accusations portées contre Nahimana…

Ce livre est la première biographie d’un condamné du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Hervé Deguine est historien et journaliste. Il a été directeur de la recherche et secrétaire général adjoint de Reporters sans frontières."

(source : bibliosurf )

Interview du Général Lafourcade par Spectacle du Monde

« Le général Jean-Claude Lafourcade a dirigé du 22 juin au 22 août 1994 l’opération Turquoise, sous mandat de l’ONU pour mettre fin au génocide rwandais. Depuis cette date, les militaires français sont régulièrement accusés de complicité dans le génocide rwandais. Plus le mensonge est gros, plus il passe. Si l’ancien commandant de la Force Turquoise est sorti de son devoir de réserve, c’est pour rétablir la vérité et rappeler que l’armée française fut la seule à intervenir au Rwanda et à sauver des vies humaines.

 

Propos recueillis par François Bousquet

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire Opération turquoise. Rwanda, 1994, plus de quinze ans après les faits ?

 

J’ai constaté un grand décalage entre ce que j’ai vécu comme commandant d’opération au Rwanda en 1994 et ce que les médias rapportaient. Autrement dit, la réalité du terrain était en totale contradiction avec l’affirmation de complicité dans le génocide rwandais, légende que je qualifie de monstrueuse, lancée par Kigali, la capitale du Rwanda, et relayée en France par certains journalistes et collectifs engagés. Je craignais que cette fausse vérité s’inscrive dans la mémoire collective française. J’avais donc un devoir de témoigner. Je l’ai fait, en appuyant mon témoignage sur des faits solidement établis. Je constate que, finalement, la perception du génocide évolue peu à peu dans l’opinion et que ceux qui nous accusent depuis Kigali de crime contre l’humanité sont bien moins innocents qu’on ne l’a dit.

 

Reprenons les faits. Le 6 avril 1994, le président rwandais Juvénal Habyarimana, Hutu, est tué. C’est le début du génocide, qui fait, en quelques semaines, au moins 800 000 morts. Pourquoi la force des Nations Unies, présente sur place, s’est-elle retirée juste après le début des massacres ?

 

On touche, ici, l’élément essentiel du dossier. Pourquoi l’ONU, à travers le Conseil de sécurité, a-t-elle choisi de retirer, dix jours après le début des massacres, 90 % de la Minuar (Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda), forte de 2 200 soldats, et dont on peut penser qu’elle aurait pu arrêter le génocide ? C’est la grande interrogation sur laquelle la communauté internationale doit se questionner, beaucoup plus que sur l’action de la France. Huit soldats belges avaient certes été tués. L’émotion ayant été vive en Belgique, on conçoit que Bruxelles ait souhaité retirer son contingent. Mais pourquoi le retrait de la quasi-totalité des autres soldats de la Minuar ? Pour répondre à cette question, il faudra bien un jour interroger les Anglo-Saxons, et spécialement les Etats-Unis, dont la voix est prépondérante au Conseil de sécurité. Sinon comment expliquer le retrait des troupes de la Minuar, qui a laissé le champ libre aux assassins et à une stratégie de conquête du pouvoir par Paul Kagamé, à la tête du Front patriotique rwandais (FPR), composé de Tutsi ?

 

Ce qu’on oublie de rappeler…

 

Dans leur progression, les troupes de Kagamé ont commis quantité d’exactions et de massacres. Ce qui a eu pour effet d’entraîner un exode massif vers le Sud-Ouest du pays et le Zaïre voisin. Quand le FPR a eu guerre gagnée, les Forces armées rwandaises (FAR), composées de Hutu, n’ayant plus de munitions et demandant un cessez-le-feu, je suis personnellement intervenu auprès de Kagamé pour qu’il arrête les combats, car il avait de fait gagné la guerre. Il aurait ainsi épargné un exode des populations vers le Zaïre. Le Représentant Spécial des Nations Unies ainsi que les associations humanitaires ont formulé une même demande. Kagamé n’a jamais voulu entendre ces appels, refoulant un million de personnes au Kivu avec pour conséquence une épidémie de choléra et des dizaines de milliers de morts. En revanche, la zone humanitaire contrôlée par la force Turquoise a permis de protéger et de  fixer dans le sud ouest du Rwanda trois à quatre millions de réfugiés, évitant ainsi un nouvelle catastrophe humanitaire.

 

Comment en est-on venu à mettre au point l’opération Turquoise. Et pourquoi la France seule y a-t-elle participé ?

 

De tous les pays, la France était, à l’évidence, la moins bien placée pour intervenir au Rwanda, ayant fourni une assistance aux FAR lors de l’invasion  FPR-Ougandaise en 1990, même si elle a tout fait pour que les parties en présence cessent les combats. C’est sous l’impulsion de la France que les accords d’Arusha, entérinant un partage du pouvoir entre les FAR et le FPR, ont été signés fin 1993. L’armée française  a alors quitté le Rwanda. Mais l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana en 1994 a mis fin au processus de paix. Toute la question est de savoir qui en est le commanditaire.  L’entourage de Kagamé et le FPR semblent mis en cause dans le cadre d’une stratégie de conquête du pouvoir.

 

Deux enquêtes, celle du juge Jean-Louis Bruguière, en France, et celle du juge Fernando Andreu Merelles, en Espagne, aboutissent à cette conclusion…

 

Tous les éléments vont dans ce sens et remontent vers Kagamé. On peut donc penser que le FPR est à l’origine de cet attentat, mais je n’ai pas accès aux dossiers d’instruction.

 

Que répondez-vous à l’accusation lancée par l’un de vos soldats, l’adjudant-chef Thierry Prungnaud, selon lequel il aurait été empêché par sa hiérarchie, après sa découverte d’un charnier le 27 juin 1994, de se rendre à Bisesero, où étaient réfugiés de nombreux rescapés tutsi, qui allaient mourir ?

 

J’ai déjà eu l’occasion de m’inscrire en faux contre les assertions de M. Prungnaud. Tout indique qu’il est instrumentalisé.  Des journalistes, qui étaient sur place, m’ont dit contester sa version où il veut se donner le beau rôle. Nous avons démontré au cours de l’opération notre volonté de protéger au plus vite les populations menacées. Mais, les premiers jours de notre arrivée, nous disposions de très peu de troupes, sans certitude sur les intentions du FPR, qui proclamait qu’il allait nous combattre. Dans ce contexte menaçant, il nous fallait au préalable sonder le terrain, tout en prenant un minimum de mesures de sécurité pour nos soldats. On a ainsi perdu quarante-huit heures, le temps d’acheminer les troupes par avion. On oublie par ailleurs que la plupart des victimes qui y ont été massacrées à Bisesero l’ont été bien avant que nous ayons été informés du drame.

 

Les accusations de Kigali contre l’armée française ne tiennent pas la route, puisqu’on vous reproche, ni plus ni moins, « d’avoir pleinement pris en charge le projet génocidaire »…

 

Ces accusations récurrentes de Kigali sont une manière de détourner l’attention. Il suffit d’en prendre connaissance pour voir à quel point elles sont ubuesques. On va de faux témoignages en contrevérités. N’oublions pas qu’elles proviennent d’un régime totalitaire. Ce n’est pas moi qui le dit, mais tous les spécialistes de l’Afrique des Grands Lacs. Selon le quotidien allemand Kotch le récent rapport de l’Onu sur les massacres au Zaîre en 96-98 montre que Kagamé est un des dictateurs les plus sanguinaires du continent. Comment faire advenir la vérité avec les régimes totalitaires ? C’est tout le problème pour un bon exercice des justices des pays démocratiques.

 

Vous avez dû être conforté par les révélations faites par l’ancien procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Carla Del Ponte, disant qu’elle a été convoquée en mai 2003 à Washington pour qu’elle laisse le soin de l’enquête sur les crimes attribués au FPR aux autorités judiciaires locales, autrement dit aux gens du FPR, juges et parties ?

 

Je ne connais pas suffisamment le dossier. Je constate seulement qu’au Liban, le Premier ministre Rafic Hariri a été assassiné et qu’un tribunal spécial, sous mandat de l’ONU, s’est vu chargé de l’enquête. Or, au Rwanda, où, rappelons-le, deux présidents, celui du Burundi et du Rwanda, ont été assassinés le même jour dans le même avion, aucune enquête de l’ONU n’a été diligentée. C’est pour le moins suspect. Y aurait-il quelque chose à cacher ? Est-ce lié à la conquête du pouvoir par le FPR ? Je n’en sais rien, mais je m’interroge sérieusement. Si le TPIR a bien reçu mandat de juger les auteurs du génocide, c’est-à-dire essentiellement les Hutus, pourquoi n’a-t-il pas été saisi de toutes les exactions commises, de quelque camp qu’elles proviennent ? Car les exactions commises par le FPR, et il y en a eu, n’ont fait l’objet d’aucune poursuite pénale. Notez au passage que, dans les milliers de pièces et de témoignages recueillis par le TPIR, on ne trouve aucun élément à charge contre l’armée française.

 

Dans ce contexte, comment avez-vous perçu les déclarations de Nicolas Sarkozy, disant en début d’année, lors d’une visite au Rwanda, que des « graves erreurs » (et « une forme d’aveuglement ») ont été commises par la France ? Paris ménagerait-il Kigali ?

 

La reprise des relations diplomatiques avec le Rwanda est une bonne chose. Cela étant dit, je regrette le silence du Président de la République sur ce dossier, alors que le gouvernement rwandais n’a cessé de nous accuser de crime contre l’humanité et de complicité de génocide. Dès lors qu’il y a silence de l’Elysée sur ces accusations infamantes contre les militaires français, on peut penser qu’elles sont entérinées par le chef de l’Etat qui est aussi le chef des armées.

 

Avec le recul, comment jugez-vous l’opération Turquoise ? Y a-t-il des choses que vous auriez fait différemment ?

 

L’opération militaire n’était pas en elle-même compliquée. On a sans difficultés arrêté les massacres et désarmé les assassins. L’opération Turquoise venait certes trop tard mais la faute ne nous en incombe pas. Nous avons sauvé 20.000 à 30.000 vies. C’est peu au regard du génocide mais toute vie compte. Nous avons protégé trois à quatre millions de réfugiés dont nous avons surtout réussi à éviter l’exode massif vers le Zaïre. Mon regret, c’est de ne pas avoir mesuré tout de suite l’impact extrêmement nuisible de la radio des Mille collines. Nous avons mis une dizaine de jours de trop pour la neutraliser par des moyens de brouillage que nous avions fait venir de France. Cette radio a été dévastatrice. C’est elle qui a embrayé et accéléré le génocide.

 

Général Jean-Claude Lafourcade, Opération Turquoise. Rwanda, 1994, Perrin, 228 p., 18 €. »

Rwanda, le procès en révision

Que dit, en effet, ce rapport ? Que dans la foulée du génocide de 1994 au Rwanda, qui fit environ 800000 morts, principalement parmi les Tutsis, et la prise du pouvoir dans ce pays par le Tutsi Paul Kagamé, rentré à Kigali à la tête des troupes du Front patriotique rwandais (FPR), après trente-cinq ans d’exil de sa communauté en Ouganda, des massacres similaires ont fait plusieurs centaines de milliers de victimes dans la province limitrophe du Kivu. Particulièrement massifs entre 1995 et 1997, ces massacres visèrent, cette fois, les réfugiés hutus du Rwanda – y compris femmes et enfants –, considérés par les nouveaux maîtres de Kigali comme responsables du génocide de 1994.

Dès 1997, Emma Bonino, commissaire européen aux Droits de l’homme, avait attiré l’attention sur ces massacres. Mais en vain, le gouvernement de Kigali ayant réussi à bloquer toute mise en cause officielle impliquant sa responsabilité. Le rapport Mapping vient de faire sauter un verrou.

Pour saisir le contexte de ces violences, un bref retour en arrière s’impose. Fait très rare en Afrique, le Rwanda et le Burundi constituaient, avant la colonisation, deux Etats nations, patiemment forgés, à partir du XIIe siècle, par des rois et une aristocratie tutsis. Peuple de pasteurs reconnaissables à leur haute taille, arrivés dans la région par vagues successives à partir du VIIe siècle, ces derniers, représentant entre 15 et 20 % de la population, dominaient une masse hutue (au moins 60 % de la population), descendante de migrateurs bantouphones venus d’Afrique de l’Ouest il y a plus de deux mille ans, et vouée aux travaux des champs. A ces deux populations, s’ajoutaient entre 15 et 20 % de métis, qui s’affirmaient hutu ou tutsi selon les circonstances.

Le colonisateur – allemand, d’abord, puis belge – respecta cette structure jusqu’à la fin des années 1950. C’est alors que tout bascula. A l’instigation de la puissante Eglise catholique belge, ralliée aux principes de la démocratie chrétienne, une révolution hutue éclata en 1959, au cours de laquelle 50000 Tutsis furent massacrés ou mutilés (on leur scia les jambes afin de réduire leur taille). Empêchés de se défendre par l’armée belge, 300000 autres partirent se réfugier en Ouganda, le pays voisin anglophone. Porté sur les fonts baptismaux par les autorités belges, le Rwanda hutu proclama son indépendance le 1er juillet 1962. D’autres vagues de massacres et d’exodes y attendaient les Tutsis : 1964, 1973, 1986… En revanche, au Burundi (qui avait été rattaché au Rwanda en 1922, avant de retrouver son indépendance, quarante ans plus tard), les Tutsis, qui avaient tiré les leçons du Rwanda, réussirent à se maintenir au pouvoir jusqu’en 1993 en noyant dans le sang plusieurs révoltes hutues.

Le dernier cycle de violences s’est ouvert en 1990, lorsque les Tutsis réfugiés en Ouganda et rassemblés au sein du FPR entreprirent, sous la direction de Paul Kagamé, de reconquérir leur pays par les armes. Avec l’aide discrète, non seulement du gouvernement ougandais, mais aussi d’éléments britanniques et américains nourrissant sans doute l’arrière- pensée d’enfoncer un coin dans le pré carré francophone.

A mesure qu’elle pénétrait dans le pays, l’armée du FPR se livra à des massacres de paysans hutus, provoquant leur exode et entraînant, en retour, des représailles hutues contre les Tutsis de l’intérieur. Des Tutsis de l’intérieur allègrement sacrifiés car considérés avec mépris comme des « collaborateurs » du pouvoir hutu, mais dont le martyr devait servir la cause du FPR.

C’est un attentat qui a déclenché le génocide de 1994. Le 6 avril de cette année-là, alors qu’il s’apprêtait à atterrir à Kigali, l’avion du président rwandais, Juvénal Habyarimana, qui transportait également son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira – un Hutu lui aussi –, était abattu par des tirs de roquettes. Dans les heures qui suivirent, les massacres commençaient. La question de la responsabilité de ces massacres se ramène à celle des auteurs – ou des commanditaires – de cet attentat. Or, un faisceau convergent de faits désigne le FPR et Paul Kagamé.

L’armée française est intervenue en trois phases. Avant 1990, il s’agissait d’une coopération militaire classique avec l’armée et la gendarmerie rwandaises. A la suite de l’offensive du FPR, en 1990, le président hutu Habyarimana obtint de François Mitterrand un soutien prudent, sous forme d’armement (en quantité limitée), de conseillers et d’un détachement militaire destiné, avant tout, à protéger les ressortissants français. Enfin, à la suite du déclenchement du génocide, en 1994, sur décision du Conseil de sécurité de l’ONU, la France organisa l’opération Turquoise qui, sous le commandement du général Jean-Claude Lafourcade, sauva, du 22 juin au 21 août, plusieurs milliers de réfugiés fuyant les massacres.

Contrairement à ce qui fut affirmé, François Mitterrand n’a pas soutenu inconditionnellement le régime du président Habyarimana. Au contraire, en pleine guerre civile, il lui imposa même, une démocratisation qui le désorganisa face au FPR. Et, à la suite des accords d’Arusha, conclus le 4 août 1993, censés trouver une solution politique avec le FPR, il cessa même son aide, alors que d’autres, notamment l’Ouganda, continuèrent à aider discrètement Kagamé.

Vainqueur, ce dernier a réussi un temps à imposer au monde sa version des événements : tous les torts sont du côté du régime hutu de Habyarimana ; toutes les victimes du génocide de 1994 sont tutsies, et parler de « double génocide » serait faire preuve de « négationnisme » ; l’armée du FPR était une armée de libération venue mettre fin aux massacres des Tutsis ; les Français (et les Belges) ont prêté la main au génocide. C’est cette vulgate que remet aujourd’hui en cause le rapport Mapping de l’ONU. Mieux, il met en évidence la part importante de responsabilité de Kagamé dans le déclenchement de ces massacres et dans ceux qui ont suivi.

Comment l’opinion internationale, spécialement en Europe et en Amérique du Nord, a-t-elle pu être abusée ? Il s’agit sans doute d’un cas d’école. Comment des dizaines d’intellectuels, de journalistes, voire d’hommes politiques, en France et en Belgique, ont-ils pu aussi longtemps fermer les yeux sur les massacres commis dans les zones « libérées », puis au Kivu, par le FPR ? Le plus cocasse est que, habituels défenseurs sourcilleux des droits de l’homme et héritiers, pour la plupart, de ceux qui, autrefois, avaient au contraire diabolisé les Tutsis, ceux-ci se soient soudain mués en défenseurs enflammés de ces derniers et de leur régime. Certains poussèrent la crédulité jusqu’à croire que l’attentat du 6 avril 1994 fut l’oeuvre d’opposants hutus !

Quand le journaliste Pierre Péan entreprit courageusement de rétablir la vérité dans son livre Noires fureurs, Blancs mensonges (page ci-contre), il fut non seulement soumis au harcèlement judicaire des avocats de Kagamé (qui compte aussi parmi ses conseils Tony Blair), mais il eut droit à une page entière de réfutation unilatérale dans les deux principaux quotidiens nationaux français.

Quand la commission mise en place par Kagamé pour établir la « vérité » sur l’implication française dans le génocide publia son rapport, le Monde en fit sa une. Patrice de Saint-Exupéry, alors journaliste au Figaro, n’a cessé de se déchaîner pour relayer les accusations les plus insensées contre l’armée française.

Bernard Kouchner, qui entretient des liens personnels avec Kagamé – dont la nature reste à éclaircir –, a défendu constamment ce dernier depuis son arrivée au Quai d’Orsay. Pas un mot, en revanche, du gouvernement pour défendre l’armée française. Pis, Nicolas Sarkozy rendit une visite à Kagamé, en février dernier, qui revêtit aux yeux du monde, le caractère d’une visite d’excuses. Et sans aucune contrepartie, même pas qu’il soit sursis à la sortie officielle du Rwanda de la francophonie: son gouvernement a interdit le français et imposé l’anglais dans les écoles, à la rentrée 2010.

Pour comprendre comment tant de gens sensés en sont venus là, il faut sans doute prendre en compte l’appui discret du gouvernement américain et de ses innombrables relais d’opinion au camp tutsi. Un appui que Kagamé, qui avait fait un long séjour à Washington en 1990, était allé chercher. Bons guerriers, fins politiques, rompus à l'exercice du pouvoir du temps de la monarchie rwandaise, les Tutsis représentent, en effet, une élite africaine également experte dans l'art de la désinformation.

Dès avant l’offensive de 1990, les émissaires envoyés par le FPR en Europe se montrèrent très habiles pour gagner les bonnes grâces de forces i n f l u e n t e s . Ma i s leurs manœuvres n’auraient pas réussi sans la crédulité de certains milieux « bobos », cible principale de cette propagande. Les Tutsis surent jouer à fond de réflexes conditionnés, présentant le régime de Habyarimana comme corrompu – ce qu’il était, mais pas plus que la plupart des gouvernements du tiers-monde – et l’accointance entre la France, la Belgique et le régime hutu comme une entreprise néocoloniale. N’ayant pas oublié que l’Eglise belge avait appuyé la révolution hutue de 1959, ils surent aussi utiliser la carte de l’anticléricalisme. Ils approchèrent également les milieux juifs, leur faisant croire que les Tutsis étaient les juifs du Rwanda.

Kagamé et le FPR n’ont pourtant pas pris la mesure du poids que peut encore représenter un rapport de l’ONU, publié sous le double patronage du haut-commissariat aux Droits de l'homme et du haut-commissariat aux Réfugiés. L’ONG Human Rights Watch demande déjà des sanctions contre les auteurs des crimes. La publicité que le Monde a donnée au rapport Mapping, en s’en réservant l'avant-première, montre que le vent est peut-être en train de tourner."

 

Roland Hureaux Le Spectacle du Monde, Novembre 2010. (ici )

 

Disparition d’Abdul Ruzibiza

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La disparition d’Abdul Ruzibiza relance la polémique sur la validité des déclarations de cet ex lieutenant du FPR (armée du général Paul Kagamé) qui après avoir accusé ses anciens compagnons d’armes d’avoir commis l’attentat, s’était rétracté.
Lire article : Rétractation d’Abdul Ruzibiza

 

Abdul Ruzibiza  avait de nouveau été entendu par le juge Trévidic  récemment en Norvège et, selon des extraits de cette audition publiés par l’hebdomadaire français Marianne, il aurait alors affirmé être revenu sur ses accusations en raison d’intimidations du régime rwandais.

 Lire l’article de Mariannemarianne2.jpg

 

 

Réaction de Paul Kagamé aux critiques liées à sa réélection

Paul Kagamé, investi au Rwanda, rejette les critiques étrangères

06/09/2010

KIGALI (Reuters) – Le président rwandais Paul Kagamé, qui prêtait serment pour un second mandat de sept ans, a rejeté lundi des accusations le mettant en cause sur le plan des droits de l'homme et a juré de ne pas laisser orienter son pays par les détracteurs occidentaux de son régime.

Le chef de l'Etat sortant a remporté l'élection présidentielle du mois dernier avec 93% des voix, après une campagne durant laquelle l'opposition et les défenseurs des droits de l'homme ont dénoncé violence et répression.

Bien qu'on lui reconnaisse un effort de reconstruction et de retour à la paix, Paul Kagamé est accusé d'avoir stabilisé le Rwanda aux dépens de la liberté d'expression, notamment celle de la presse.

"Il nous est difficile de comprendre ceux qui veulent nous donner des leçons sur l'intégration, la tolérance et les droits de l'homme. Nous rejetons toutes leurs accusations", a affirmé le président rwandais après la cérémonie d'investiture.

Il a estimé que le plus gros problème de l'Afrique ne résidait pas dans un déficit démocratique mais dans la dépendance à l'égard des pays donateurs. Les gouvernements et les ONG occidentaux ne répondent devant aucune autorité de leurs tentatives d'empiètement politique sur les droits d'Etats souverains, a-t-il ajouté.

Kigali a réagi avec irritation à la diffusion d'un projet de rapport de l'Onu selon lequel l'armée rwandaise pourrait s'être rendue coupable de génocide dans la République démocratique du Congo (RDC) voisine durant les années 1990. Le Rwanda a menacé de retirer toutes ses troupes des opérations de maintien de la paix de l'Onu si le document n'était pas modifié.

Lors de son investiture, à laquelle assistaient une dizaine de dirigeants régionaux, Paul Kagamé a dit que des puissances étrangères continuaient de faire pression sur le Rwanda pour que sa politique soit définie selon des clivages ethniques, ce qu'il a dénoncé comme une survivance de l'époque coloniale.

"Cette méthode peut marcher ailleurs, mais dans notre cas la division et l'extrémisme politiques ont abouti à une dévastation complète de notre pays", a-t-il dit par allusion au génocide de 1994, dans lequel périrent plus de 800.000 Tutsis et Hutus modérés.

Kazio-Musoke David, Philippe Bas-Rabérin pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Opération Turquoise : Mr Alain Juppé s’engage

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Début de citation

 

"Mon Général,

 

J'ai lu avec beaucoup d'attention l'article que vous avez publié dans le Monde le 20 mai dernier sous le titre « Ma vérité sur l'opération « Turquoise » au Rwanda ».

 

Je tiens à vous redire que votre vérité est aussi la mienne.

 

Comme j'ai eu l'occasion de le déclarer devant la mission d'information parlementaire de notre Assemblée Nationale en 1998, je suis scandalisé par la tentative de réécriture de l'histoire qui vise à faire porter sur la France tout ou partie de la responsabilité de l'abominable génocide rwandais.

 

Sous l'autorité d'Edouard Balladur, le gouvernement français a tout fait en 1993 et en 1994 pour encourager la réconciliation entre les forces politiques rwandaises qui se déchiraient.

 

Nos efforts ont permis la conclusion des accords d'ARUSHA dont la mise en œuvre a commencé au début de 1994.

 

Après l'attentat qui a coûté la vie aux Présidents Rwandais et Burundais et qui a été suivi par le déclenchement de la tragédie, la France a été l'une des premières puissances à dénoncer le génocide.

 

Devant la carence de la communauté internationale qui s'était traduite à la fois par le retrait des casques bleus du Rwanda et l'inaptitude du conseil de sécurité des Nations Unies à prendre les initiatives souhaitées par leur Secrétaire Général, la France a été la seule à s'engager dans l'action humanitaire de protection des populations.

 

Ce fût l'opération « Turquoise » qui a été menée dans le strict respect du mandat que nous avions reçu du conseil de sécurité des Nations Unies. Nos soldats, comme vous l'écrivez, ont agi avec courage, loyauté et abnégation et ont sauvé des dizaines de milliers de vies.

 

Comme je l'ai déclaré devant la mission d'information parlementaire, l'opération « Turquoise » fait honneur à la France et à son armée.

 

Je tenais à vous redire ce que j'ai déjà eu l'occasion de déclarer publiquement et à vous apporter mon total soutien.

 

Vous pourrez faire de cette lettre l'usage public que vous jugerez utile. […]    Alain Juppé "

 

Fin de citation

 

Ecouter l'interview de monsieur Alain Juppé à l'occasion du dixième anniversaire du génocide au Rwanda (avril 2004)

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Revue de presse Général Lafourcade

Ma vérité sur l’opération « Turquoise » au Rwanda, par Jean-Claude Lafourcade

Depuis plusieurs années, la thèse d’une participation des militaires français au génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda est propagée et s’insinue dans les esprits. Les soldats de la force « Turquoise » sont accusés de complicité passive, mais aussi de viols, de tortures et même de participation directe aux massacres.
Ainsi donc, en 1994, les très nombreux témoins présents sur place – journalistes, membres des ONG et des organisations internationales – auraient-ils fermé les yeux ? Car pas un article, pas un commentaire, n’a relaté à l’époque cette prétendue complicité criminelle.La mission d’information parlementaire française en 1998, puis les travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ont montré la fausseté de ces allégations.
Environ 2 500 soldats français, pourtant expérimentés et endurcis, furent sur place confrontés à un drame auquel personne n’avait été préparé. Avec courage, loyauté et abnégation, ils ont oeuvré en bonne entente et efficacement avec les ONG, sauvé des dizaines de milliers de Tutsi, lutté contre le choléra, désarmé des milices, jugulé les flux de millions de civils hutu qui fuyaient devant le FPR de Paul Kagamé. Tout ne fut pas parfait, évidemment. Dans ce pays montagneux, nous n’étions pas assez nombreux pour secourir dans l’urgence tous ceux qui en avaient besoin. Et nous l’avons fait seuls. Aucune autre grande nation n’eut le courage d’intervenir.
Commandant de la force « Turquoise », je sais que nous avons agi en conscience, dans le respect d’un mandat clair, pour l’honneur de notre pays. Ces rumeurs sont indignes et salissent les hommes que j’ai eu l’honneur de commander.
De manière constante, le régime de Kigali a accusé notre pays et son armée d’avoir été directement impliqués dans le génocide des Tutsi. Cette thèse à charge est étonnamment relayée en France par certains. Alors que les relations diplomatiques ont été récemment renouées, ce qui est positif, aucune déclaration officielle n’a clairement démenti ces graves accusations, les laissant s’inscrire dans la mémoire collective.
L’HONNEUR BAFOUÉ
Aujourd’hui, le silence des plus hautes autorités de l’Etat peut laisser penser que ces accusations sont fondées. Validées implicitement, elles resteront dans l’histoire. Si ces accusations sont infondées, elles doivent être dénoncées. Et les militaires français attendent toujours que la justice se prononce sur les très étonnantes plaintes déposées contre eux il y a plus de quatre ans, laissant le doute s’installer dans l’opinion.Face à une version travestie des faits, la parole du chef des armées est essentielle pour que soit rétablie clairement la vérité sur l’opération « Turquoise ». La raison d’Etat ne pourrait justifier que l’honneur des militaires reste bafoué et la vérité historique falsifiée.

Jean-Claude Lafourcade est général (cadre de réserve), et l’auteur d' »Opération Turquoise » (Perrin, 216 p. , 18 €).