Je demande justice pour la France et ses soldats

Rencontre avec le général Didier Tauzin

 Didier Tauzin dédicacera son livre « Rwanda – Je demande justice pour la France et ses soldats » demain matin, à la presse de Saint-Séverin. L'homme a commandé le premier régiment parachutiste d'infanterie de marine, 1er RPIMA, de 1992 à 1994. À la tête de ce prestigieux régiment, il a été envoyé au Rwanda dans le cadre de l'opération Birunga – improprement appelée Chimère – et, un an plus tard, dans le cadre de l'opération Turquoise. « Avec 70 paras d'élite de son unité, Didier Tauzin sauvera un pays et une armée en déroute, mais, à l'heure de lancer l'ultime offensive, l'opération est annulée contre sa volonté. Le génocide commencera un an après… »

 

Sincérité et conviction

Dans son livre, publié aux éditions Jacob-Duvernet, Didier Tauzin, aujourd'hui général de division, raconte les missions qu'il a menées, des opérations non conventionnelles qui sont la spécialité de son unité. Il détaille le contact « si chaleureux » avec les réfugiés tutsis et dit son amour indéfectible pour l'Afrique et les Africains.


Ce livre est surtout un vibrant plaidoyer en réponse aux accusations graves portées contre l'action de la France et de ses soldats au Rwanda par certains journalistes, et surtout par le rapport Mucyo. Ce rapport, diligenté par le président rwandais Paul Kagame, prétend établir la complicité de la France dans l'organisation du génocide et la formation des génocidaires. Il accuse aussi les militaires français de viols systématiques.

Avec sincérité et conviction, Didier Tauzin demande justice pour la France et ses soldats. Pour que l'on n'oublie pas notamment « ceux qui ont laissé leur vie au Rwanda »…

Saint-Séverin · Charente

 

Général Didier Tauzin : "Il faut établir la vérité sur le Rwanda. Nous sommes traités comme des Waffen SS !"

Le Point.fr – Publié le 18/04/2011 à 21:14 – Modifié le 18/04/2011 à 21:16

Alors que la France est régulièrement mise en cause dans le génocide rwandais, des vétérans de l'opération Turquoise prennent la parole.

 


Par Jean Guisnel

Le Point.fr : Vous publiez à votre tour, après votre chef d'alors, le général Jean-Claude Lafourcade, un livre sur votre expérience au Rwanda. Que voulez-vous expliquer à vos lecteurs ?

Général Didier Tauzin : Je précise d'abord que le général Lafourcade n'a été mon chef que lors de l'opération Turquoise. Pour ma part, j'ai eu à traiter de la guerre du Rwanda de manière quotidienne de l'été 1992 à l'été 1994, comme chef de corps du 1er RPIMa. Dans ce livre, je donne d'abord le témoignage de ce que j'ai fait et vu, mais aussi fait faire à mes paras au Rwanda pendant les deux années de mon commandement du régiment. Je traite en particulier de l'opération Birunga, improprement appelée "Chimère", que j'ai commandée en février et mars 1993, ce qui n'avait encore jamais été fait. J'explique également la stratégie de conquête du Rwanda par Kagamé et ses soutiens. Je n'omets pas le soutien que lui a apporté l'association française Survie qui, depuis 1989, désinforme l'opinion française et travaille activement contre la France et son armée, en participant à la rédaction du rapport Mucyo, publié à l'été 2008 par Kigali, rapport qui n'est qu'un tissu de calomnies. Cette association tente de nouveau, ces jours-ci, de mobiliser des élus en prétendant mettre au jour des crimes qui auraient été, selon elle, commis par la France et son armée. Or, les responsabilités françaises dans cette affaire sont imaginaires, ce dont j'apporte la preuve.

 

Votre première expérience contre le FPR (Front patriotique rwandais) et les troupes de son chef Paul Kagamé remonte à l'opération Birunga de 1993. Quelles conclusions en avez-vous tirées ?

En février 1993, Kagamé déclenche une offensive générale sur un front d'environ 250 kilomètres en profitant de la tenue d'élections législatives en France. L'armée rwandaise est en déroute, Kigali menacé, les expatriés commencent à quitter le pays. Avec 69 hommes, en une semaine, je rétablis la situation qui était totalement désespérée. Mis en place le 21 février, je suis de retour à Bayonne début avril. Mais en France, les élections législatives changent la donne. Pierre Bérégovoy cède la place à Édouard Balladur. Nous avons immédiatement senti, sur le terrain, le changement de la politique française à l'égard du Rwanda, changement qui m'a conduit à annuler, contre mon gré, une contre-offensive dont je reste persuadé qu'elle aurait renvoyé le FPR d'où il venait : l'Ouganda.

Malgré cela, l'essentiel de la mission que j'avais reçue était réalisé, le FPR arrêté, Kigali sauvé, et nous avions donné aux politiques du temps pour travailler à une solution. Donc c'est un vrai succès militaire. Mais ce temps que nous leur avons donné, les politiques l'ont gâché ! Car le désengagement politique et militaire de la France a été si radical et si rapide que ce succès militaire n'a finalement donné au Rwanda qu'un sursis d'un an, et je reste persuadé que, si nous avions pu poursuivre quelques jours à peine notre contre-offensive, une situation tout autre serait apparue dans laquelle le génocide avait infiniment peu de chances de se produire.

Cette absence de cohérence et de continuité dans la politique française au Rwanda est sans doute la principale cause indirecte des massacres d'environ six millions de personnes. Je m'élève contre cette politique à courte vue.

 

Le 6 avril 1994, l'avion du président rwandais, le Hutu Habyarimana est abattu par un missile. Le génocide des Tutsis commence. Plus de deux mois et demi plus tard, vous revenez au Rwanda avec l'opération Turquoise, avec pour mission de "mettre fin aux massacres". Estimez-vous l'avoir remplie ?

Bien sûr ! Je relève avec émotion, sur Internet, les témoignages de Rwandais réagissant à mon livre. L'un d'eux, par exemple, écrit que la France et son armée, lors de Turquoise, ont sauvé deux millions de personnes menacées par les massacres et s'élève contre les mauvais procès qui nous sont intentés. Il relève aussi un fait majeur : seule la France, aidée de quelques maigres contingents africains, est intervenue pour faire cesser les massacres.

Par contre, je veux dire que cette opération Turquoise était bien trop tardive. Dès que j'ai connu la mort du président Habyarimana, c'est-à-dire le 6 avril vers 20 heures, j'avais placé le 1er RPIMa en alerte pour une opération que je pensais devoir être déclenchée dans la nuit même. J'estimais en effet que la situation ne pouvait que dégénérer, ce qui n'a pas manqué de se produire, car les massacres ont commencé dès le lendemain et que le président Mitterrand ne pouvait pas l'accepter. Mais nous ne sommes partis que deux mois et demi plus tard ; les massacres étaient pratiquement terminés, et Kagamé finissait de conquérir le Rwanda.

J'ai personnellement très mal vécu de rester "l'arme au pied", alors que se déroulaient les massacres et que s'écroulait un pays que nous avions tenu à bout de bras pendant quatre ans en prenant des risques parfois énormes. Si la France a commis une faute dans cette guerre du Rwanda, c'est bien à ce moment-là, en s'abstenant d'intervenir dès le 7 avril pour arrêter les massacres. Mais elle n'est pas la plus coupable, et de beaucoup ! Plus coupables, tous les pays qui ont tout fait pour empêcher la France d'intervenir ! Plus coupables surtout, ceux qui ont exécuté, commandité, organisé et planifié ces massacres, bien sûr ! Mais il reste à les désigner précisément, car, contrairement à ce qui est répété à l'infini, les vrais coupables ne sont pas désignés, comme le confirment les travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda qui, à ce jour, a relaxé tous les Hutus présentés comme les cerveaux du génocide.

 

Vous demeurez aujourd'hui accusé par la justice de Kigali d'avoir participé au génocide rwandais. Estimez-vous avoir été suffisamment défendu par les autorités françaises contre cette accusation infamante ?

Seules quelques voix se sont élevées pour affirmer que nous avions rempli notre mission avec honneur et s'élever contre une réécriture de l'histoire au détriment de la France. Je rends hommage à Messieurs Juppé et Védrine, mais ils n'ont pas été vraiment entendus. Surtout, les très graves calomnies proférées contre le président Mitterrand, contre des ministres, des ambassadeurs et contre une quinzaine d'officiers généraux et d'officiers supérieurs auraient dû provoquer la réaction du président de la République, chef suprême des armées. Cette réaction, Jean-David Levitte nous avait assuré qu'elle devait être faite avant le 7 novembre 2008 ; nous l'attendons encore aujourd'hui ! Et pendant ce temps, les calomniateurs réécrivent l'histoire de la guerre du Rwanda. Je ne peux pas me résoudre à ce que les enfants de France apprennent, contre toute vérité et toute justice, que leur pays a participé au Rwanda à un génocide que certains s'ingénient à comparer à la Shoah. Car c'est cela qui est aujourd'hui écrit !

 

Que reprochez-vous aux autorités françaises ?

La politique française au Rwanda a été marquée par la légèreté, l'incohérence et le manque de continuité. Aujourd'hui, je m'adresse à nos élus, en particulier au président de la République, pour leur demander de faire établir la vérité sur ce qui s'est passé au Rwanda et de faire rendre justice à la France, traitée par certains comme si elle avait été l'Allemagne nazie, et à ses soldats traités par les mêmes comme des Waffen SS.

 

Le gouvernement français a renoué des relations d'État à État avec le Rwanda. Que pensez-vous de cette situation, et du fait que vous n'avez pas été lavé des accusations pesant contre vous ?

Il fallait bien sûr un jour rétablir les relations avec le Rwanda. Mais cela a été fait dans des circonstances déshonorantes pour la France. Lorsque le juge Bruguière a émis des mandats d'arrêt internationaux contre des personnalités rwandaises très proches de Kagamé, ce dernier a rompu les relations avec la France.

Sans même s'indigner publiquement contre l'infamant rapport Mucyo, Paris a entamé les démarches pour le rétablissement des relations diplomatiques, qui a été décidé le 29 novembre 2009.

Ce faisant, le président de la République a infligé un camouflet au juge Bruguière et à la justice française ; mais il a aussi fait très peu de cas de la réputation et de l'honneur de la France et des soldats dont il est le chef suprême. Pour la petite histoire, j'ajouterai que, le jour où était annoncé le rétablissement des relations diplomatiques franco-rwandaises, étaient aussi annoncées l'admission du Rwanda au Commonwealth et sa décision d'adopter l'anglais au détriment de la langue française ! Nous n'avons décidément plus aucune fierté nationale…

Didier Tauzin, préface de Jean-Dominique Merchet, Rwanda, je demande justice pour la France et ses soldats, Jacob-Duvernet, 260 pages, 19,90 euros, ISBN : 978-2847243352

Liens complémentaires :

VIDEO: httpwww.dailymotion.comvideoxiwyp1_le-general-didier-tauzin-sur-l-action-de-la-france-au-rwanda_news.URL

                  

    

     Didier Tauzin: Sa bataille de Kigali

Carnages

couverture du livre carnages

Que dit Pierre Péan ?

Qu’après la chute du mur de Berlin (9 décembre 1989… assaut du FPR : 1er octobre 1990), l’Afrique est devenue une des aires privilégiées du déploiement du « choc des civilisations » pour les Etats-Unis aidés par la Grande-Bretagne et  pilotés par Israël.

Cette révélation de l’influence décisive d’Israël pourrait susciter des remous et je gage qu’il a fallu un courage certain à l’auteur pour la mettre en évidence aussi clairement. Pourtant on savait depuis longtemps qu’Israël était présent en Afrique dès avant les indépendances. Ce que le livre révèle au profane, c’est l’importance que l’Etat hébreux accorde au continent dans sa quête de sécurité, et notamment au Soudan qu’il considère comme un gage essentiel de profondeur stratégique.

Partant, une stratégie de déstabilisation de l’Afrique centrale va être élaborée entre les trois puissances et conduite implacablement jusqu’à aujourd’hui. Elle vise à faire d’une pierre deux coups en y remettant en cause les frontières issues de la décolonisation et en démantelant les deux géants régionaux :

– le Soudan considéré comme une plaque tournante du terrorisme islamique (nous y sommes presque),

– le Zaïre,  désigné  comme  une «erreur  géologique »  du  fait  des  richesses  contenues dans son sous-sol (nous n’en sommes pas loin).

 

Pour mener à bien cette stratégie, les Etats-Unis et leurs alliés vont s’appuyer sur les Etats des Grands Lacs et sur des hommes qu’il vont y placer: en tout premier lieu, le président ougandais Yoweri Museveni, le « Bismarck des Grands Lacs » apparenté aux Tutsi, et puis John Garang , le chef historique de la rébellion au Sud-Soudan, et encore Paul Kagame, chargé du renseignement de l’armée ougandaise avant de devenir le maître du Rwanda après la victoire du FPR et les massacres de 1994. On compte d’autres cartes dans le jeu américain : Issias Afewerki, président de l’Erythrée, Meles Zenawi, homme fort de l’Ethiopie… Ils ont le même profil : ils sont jeunes, issus de la guérilla et chrétiens dans des pays où l’islam ne cesse de progresser.

Par la même occasion, la stratégie américaine conduit à  évincer la France de son « pré carré ». On ne peut pas dire que cette perspective soit pour déplaire aux Anglo-Saxons.

Partant, tout s’enchaîne : la conquête du Rwanda par les Tutsi du FPR venus d’Ouganda, le génocide des Tutsi de l’intérieur pendant que tout le monde (y compris le FPR, mais sauf la France) regarde ailleurs, les massacres niés ou tus de Hutu par les forces de Paul Kagame, la conquête du Kivu par le nouveau pouvoir rwandais sous prétexte de sécurité, l’installation de Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa… sans compter la déstabilisation du Darfour.

 

Cette « recomposition » de l’Afrique centrale se serait accompagnée de huit millions de morts sans qu’on prononce les mots de génocide ni de crimes contre l’humanité ou si peu !

C’est que la machine à travestir la vérité qu’on avait si bien vu fonctionner à propos de la crise rwandaise et à propos de l’opération Turquoise continue à étouffer tout ce qui peut filtrer.

Pierre Péan pointe du doigt les « blancs menteurs » qu’il avait déjà dénoncés, les ONG, les services secrets, les agents d’influence. Bien sûr, il y a des lacunes, des affirmations pas toujours très étayées. Pierre Péan le reconnaît lui-même. Il est vrai que d’une guerre secrète on ne peut voir que la partie émergée, c’est-à-dire peu de choses.

Quoi qu’il en soit, ce livre éclaire beaucoup d’énigmes du drame rwandais et au-delà des crises africaines.

Personnellement, je me pose encore des questions sur l’attitude de la France qui n’a pas pu ignorer la totalité de ces faits : pourquoi alors avoir laissé faire après 1994 ? Pourquoi en 2009 ce rapprochement avec le régime de Kigali qui continue à traîner la France et ses soldats dans la boue ?

 

A ce jour, à part l’article de Jean-Dominique Merchet, dans Marianne, il y a eu peu de commentaires sur ce livre qui démonte quelques « vérités » admises. Il est vrai qu’un rapport de l’ONU vient de confirmer les massacres commis par les forces rwandaises au Kivu. Y aurait-il une conspiration du silence (gêné) ?

MF

Article Nouvel Observateur

Article Hubert Védrine

Un idéologue dans le génocide rwandais : enquête sur Ferdinand Nahimana

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Présentation de l'éditeur :

 

« Si je suis en prison, c’est à cause de vous. Mais c’est aussi à cause de vous que je suis encore en vie. » Ainsi parle Ferdinand Nahimana d’Hervé Deguine, le journaliste qui a enquêté et réuni des pièces sur lui. L’homme purge sa peine de trente années de prison, depuis que le Tribunal pénal international pour le Rwanda l’a condamné en 2008 pour « incitation directe et publique à commettre le génocide ».

Qui est Nahimana ? En France, son nom est associé à la Radio télévision libre des Mille Collines (RTLM), dont il est l’un des fondateurs en 1993. Il a contribué à organiser la propagande du président Juvénal Habyarimana, dont il est un fidèle partisan. Après l’attentat du 6 avril 1994 contre le chef de l’État rwandais, tandis que le pays sombre dans le chaos et que les extrémistes hutu perpètrent le génocide des Tutsi avec l’aide de RTLM, Nahimana rejoint les rangs du gouvernement intérimaire.

Chargé de l’Afrique à Reporters sans frontières, Hervé Deguine dénonce, dès 1993, la montée des médias extrémistes au Rwanda. Convaincu de la responsabilité de Nahimana, il collabore avec le TPIR pour faire arrêter celui qui passe pour le « théoricien de l’extermination » des Tutsi, une sorte de « Goebbels rwandais ».

Comme tous ceux qui ont vécu cette période tragique, il souhaite que justice soit faite. Mais l’enquête indépendante qu’il a poursuivie en parallèle à celle du TPIR, pendant près de quinze ans, l’amène à formuler de sérieux doutes sur la plupart des accusations portées contre Nahimana…

Ce livre est la première biographie d’un condamné du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Hervé Deguine est historien et journaliste. Il a été directeur de la recherche et secrétaire général adjoint de Reporters sans frontières."

(source : bibliosurf )

Rwanda. De la guerre au génocide

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Le livre est accompagné d’un site Internet proposant de nombreux compléments, souvent inédits.

www.rwandadelaguerreaugenocide.fr

 

Lire aussi :

TV5 MONDE   "Génocide au Rwanda : entretien avec André Guichaoua" 7 avril 2010

L’Express  "Des archives contre Kagame" 31 mars 2010
Commentaires de Claudine Vidal : Rwanda, la marche vers le génocide. 20 septembre 2010

 

Regarder :

Entretien avec André Guichaoua TV5 MONDE 23 février 2010 Durée 8′ 40 » 

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Le pouvoir ne se partage pas

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De 1993 à 1995, François Mitterrand, président de la République, et Edouard Balladur, Premier ministre, ont eu ensemble de très nombreuses conversations. (…). Conscients de leurs divergences, les deux interlocuteurs tantôt se ménagent, tantôt s’opposent. Ils collaborent lorsque l’intérêt du pays l’exige sans oublier jamais qui ils sont ni ce qu’ils veulent. (…). La complexité de ces relations où la méfiance alterne avec la confiance, où les arrière-pensées affleurent à la surface des propos, éclaire un pan de notre histoire récente.

Cet extrait de la présentation faite en quatrième de couverture du livre publié chez Fayard décrit ce que fut en cette période le processus de prise de décision en France.

 

L’éclairage ainsi donné vaut pour la préparation et l’exécution de l’intervention militaire française au Rwanda. Plusieurs modes d’action seront envisagés et amandés avant que n’intervienne un choix politique.

 

Monsieur Balladur se félicite d’avoir fait prévaloir une position prudente qu’il présente ainsi : « Si je m’étais laissé influencer par les projets discutés dans certains entourages, nous serions entrés dans la guerre civile au Rwanda et aurions été condamnés par la plupart des Africains, sans parler du reste du monde ». Plus loin il évalue le résultat : « La ligne de prudence que j’avais arrêtée montre ses heureux effets : l’on assiste à un retournement de l’opinion internationale qui multiplie les louanges, alors que longtemps elle a critiqué notre implication dans le conflit en nous faisant grief de prendre parti dans la guerre civile. (…) De toute part on nous demande de prolonger l’expédition humanitaire plus longtemps que prévu. Pour moi il n’en est pas question ; à la communauté internationale, si passive, si hypocrite, de prendre enfin ses responsabilités. »

A lire et à méditer alors que reprennent les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda et que l’armée française reste accusée d’avoir commis l’indicible.

AS

 

Editions Fayard, 430 pages 22 €

 

En mars 2010 ce livre a reçu le prix "Aujourd’hui 2010"

Mais le fleuve tuera l’homme blanc

Patrick Besson, Fayard Roman 480 pages 22 euros

« Mais le fleuve tuera  l’homme blanc », un roman dans une bibliothèque rassemblant des essais, des témoignages et des récits documentaires !….une incongruité ?

Ce serait oublier que le romancier, à partir d’une trame imaginaire, peint des caractères et des situations psychologiquement réalistes. En l’occurrence pour ce qui nous intéresse ici, la morgue retorse des tutsis et la haine butée des hutus.

« Les rwandais ont engagé un officier traitant qu’ils ont l’intention de piéger (…) A travers lui ou elle, Kagamé veut atteindre la France (…) ». Voilà l’argument d’une fresque foisonnante où s’entrechoquent des personnages multiples se croisant dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest.
Le Rwanda de la période 1994 n’est pas au centre du tableau, mais quand l’auteur s’y attarde il peint avec justesse une situation tragique et nul documentaire ne donne à voir aussi crument la lumière noire du génocide. Mépris, cruauté froide, vols, viols, machettes, bière et bestialité, meurtres entre voisins. C’est saisissant de réalisme.

Celui qui écrit et qui a vu, rend témoignage à la vérité.

André Schill

Paul Kagame a sacrifié les tutsi

Plus exactement Monsieur Ndagijimana met en avant les crimes commis par le FPR de Paul Kagamé, s’appuyant sur son expérience ou des rapports d’ONG.
La thèse de l’auteur, évoquée par le titre, accuse Paul Kagamé d’avoir instrumentalisé et sacrifié les victimes du génocide pour aujourd’hui asseoir sa légitimité.

 

« Le Général Paul Kagame n'a pas arrêté le génocide tutsi comme il l'a toujours prétendu. Bien au contraire, ce chef de guerre a délibérément provoqué le génocide, puis il a cyniquement et systématiquement rejeté toutes les initiatives des Forces armées rwandaises, des Nations Unies et de certains pays occidentaux pour arrêter le massacre des Tutsi. A plusieurs reprises, il a menacé de tirer sur les troupes étrangères qui tenteraient d'intervenir pour stopper le génocide. L'objectif de Kagame n'a jamais été de protéger nos parents Tutsi de l'intérieur, mais de s'en servir comme prétexte pour accéder au pouvoir par la force. Il est donc coresponsable du génocide tutsi au même titre que les autres génocidaires et doit en répondre devant la Justice et devant l'Histoire. »  JMV. Ndagijimana

CF

Carla Del Ponte

Le passage suivant se déroule en juin 2002, Carla Del Ponte sort d’un entretien avec Paul Kagamé (Président actuel du Rwanda et ancien chef du Front Patriotique Rwandais, guérilla tutsi), celui-ci vient de lui affirmer avec véhémence que la justice internationale n’avait pas à s’occuper des affaires et présumés crimes du FPR. Choquée de cette obstruction à la justice, elle livre au lecteur sa déception et ses craintes quant au devenir du TPIR qui, à son sens, s’installe dans une impunité dirigée.

 

« En quittant Kigali, j’avais la désagréable impression que le cycle de l’impunité au Rwanda […] n’était pas près de s’arrêter. Quant au Tribunal pour le Rwanda, il semblait bien parti pour administrer une fois de plus la justice des vainqueurs et rien d’autre. Je craignais que le Conseil de sécurité des Nations unies ne prenne aucune mesure déterminante pour réagir au refus de Kagamé de coopérer avec le Tribunal et à la campagne visant à contrecarrer les travaux du Tribunal. Seul l’enquête de Bruguière, pensais-je, pouvait encore jouer un rôle significatif pour briser le cercle vicieux de l’impunité » p 374-375.

 

Le rapport qu’elle rédigea restera sans réponse.

En mai 2003 Elle est convoquée à Washington par l’ambassadeur extraordinaire des Etats-Unis pour les crimes de guerre, Pierre Prosper :

 

« Prosper laissa la parole aux Rwandais. Ils souhaitaient que les enquêtes sur les crimes attribués au Front Patriotique rwandais soient confiées à leurs autorités judiciaires locales, des juridictions dominées par les tutsi, et non au Tribunal International. De la part des Rwandais cette demande e me surprit d’autant moins que je l’avais déjà entendue à maintes reprises. Ce fut en revanche Prosper qui me surprit, en prenant le parti des Rwandais. Il me proposa de transférer les enquêtes et les poursuites des crimes présumés du FPR […] au gouvernement rwandais  d’obédience tutsi, celui là même qui, selon Human Right Watch, ne laissait aux victimes des crimes du FPR « pratiquement aucune chance d’obtenir justice auprès du tribunal rwandais » ».

 

Plus loin Carle Del Ponte raconte qu’à la suite de son refus, l’ambassadeur lui annonce que son mandat, qui s’achève quatre mois plus tard, ne sera pas renouvelé…

La Traque, les criminels de guerre et moi, Editions Héloïse d’Ormesson, Paris, 2009.

 

CF.

Rwanda, enfer des règles implicites

Pierre-Célestin BAKUNDA i’CYCARO

400 pages l’Harmattan 29 euros

  

Pour l’auteur la violente tragédie de 1994 au Rwanda ne résulte pas d’évènements conjoncturels ni soudains. En analysant l’histoire du Rwanda depuis 1898 il décrit  la rivalité grandissante entre les Hutu et les Tutsis que ni la colonisation, ni les actions de l’Eglise catholique, ni l’indépendance et l’avènement d’une république n’ont pu conjurer. En effet l’auteur soutient la thèse que la société rwandaise reste profondément marquée jusqu’à ce jour par un code ésotérique « Ubwiru » qui par ses règles implicites maintient la société rwandaise dans une logique de clivage ethnique, de relations ambiguës, de jeu d’intérêt divergents et en définitive de haine derrière une fraternité de façade.

 

Cette réflexion se termine sur une question sans véritable réponse : Comment éteindre les feux de la haine inter rwandaise au profit d’une société plus transparente où l’individu double n’existerait plus, du moins de manière aussi tragique ?

AS

La France au Rwanda (1990 1994)

LA FRANCE AU RWANDA (1990_1994).

« Entre abstention impossible et engagement ambivalent »

Olivier LANOTTE

2007 Editions Complexe GRIP

 

Le 1er octobre 1990, le retour armé des anciens réfugiés rwandais au sein du Front patriotique rwandais (Fpr) marque l’entrée en guerre du Rwanda. Une sale guerre, au cours de laquelle la France sera militairement présente, et qui trouve son épilogue en juillet 1994 à la faveur de la victoire du Fpr. Entre temps, la guerre d’usure menée par le Fpr, les manipulations de l’ethnicité orchestrées par le régime Habyarimana, la stratégie du chaos poursuivie par les faucons des deux bords, et surtout le génocide perpétré par les extrémistes hutus, ont causé la mort de plus d’un million de personnes.

Le propos de cet ouvrage est de décrire, d’analyser et d’expliquer le processus de prise de décision ayant conduit le président Mitterrand à engager l’armée française au Rwanda entre 1990 et 1994. L’étude menée ici récuse avec rigueur scientifique, à la fois ceux qui encensent la politique de la France et ceux qui condamnent sans discernement et évoquent une « complicité » de la République française dans le génocide. De toute évidence, entre les conclusions de la Mission d’information et celles des censeurs, exégètes et autres sycophantes de la politique africaine de la France, les divergences d’analyse sont d’envergure. Il importe donc de les décrypter pour en apprécier la pertinence. Quelles étaient les motivations réelles de la présence française au Rwanda ? Au-delà du constat d’échec de cette politique rwandaise, quels facteurs ont contribués in fine à ruiner les effets de la politique prônée par François Mitterrand ? Quel crédit enfin accorder aux accusations de « complicité de génocide » proférées à l’encontre des soldats de l’opération Turquoise, La France serait elle « la seule nation coupable parmi les nations saintes et pures » ?

Docteur en sciences politiques (relations internationales), spécialiste de l’Afrique centrale, Olivier LANOTTE est chercheur au Centre d’études des crises et des conflits internationaux (CECRI) de l’université catholique de Louvain.

Entre autre, il a publié en 2003 aux éditions Complexe/GRIP « Guerres sans frontières en République démocratique du Congo »

 

Voxafrica –  émission Vice-Versa – Entretien avec Olivier Lanotte avril 2009 43 minutes

 

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