Balkanisation de la RDC

Sera-t-il question de la République démocratique du Congo (RDC) au cours de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Paul Kagame, le président du Rwanda ? Sans aucun doute. Le "plan Sarkozy", dénoncé en RDC, prévoyait un partage des richesses minières, dont regorge l’immense congo avec le "petit" Rwanda. Nicolas Sarkozy souhaitait ni plus ni moins mettre en place un "marché commun" pour favoriser les échanges économiques. Il n’en fallait pas plus pour les congolais d’y voir une "OPA" rawandaise sur le riche Kivu.

En visite officielle à Kinshasa, Nicolas Sarkozy s’était défendu de disposer d’un "plan" . Selon lui, ses propos ont été "mal interprétés", et il avait réaffirmé son attachement à "l’intangibilité des frontières" de la République démocratique du Congo (RDC). "La première vérité, c’est que la souveraineté du Congo est inaliénable et la France sera toujours à vos côtés pour le respect de cette souveraineté", avait déclaré le président français à Kinshasa.

    Pour rassurer tout le monde, l’ambassadeur de France en RDC, avait martelé que la "coopération régionale est un facteur de paix" et que "la balkanisation de la RDC n’a jamais été à l’ordre du jour en France". Quel discours tiendra Nicolas Sarkozy à Paul Kagame ?

Christophe Rigaud

www.afrikarabia.com 25/02/2010

Intérêts économiques dans la région des Grands Lacs

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carte60rwandareduite.jpgA L’occasion de la visite de Nicolas Sarkozy dans l’Afrique des Grands Lacs, plusieurs médias ou organismes ont analysé la situation. La plupart d’entre eux critiquent la France qui serait, d’après eux, uniquement motivée par les retombées économique d’un tel rapprochement.

Analyse du quotidien Le Potentiel de Kinshasa

Mais auparavant, au mois de mai, lors du prochain sommet qui aura lieu à Nice, sur la Côte d’Azur, les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats de l’Afrique des Grands Lacs débattront de cette question avec le président Nicolas Sarkozy. Les directives qui y seront arrêtées, seront certainement transmises aux ministres des pays concernés qui se retrouveront au mois de juin avec les bailleurs de fonds.
Selon le Journal Les Echos, la France souhaite l’éclosion des « projets communs » entre ces pays en matière économique, notamment dans l’Energie, le développement agricole ou l’exploitation forestière. Selon la même source, « l’idée, c’est que si on veut aider à surmonter les clivages politiques, les conflits dans cette région, il faut favoriser la coopération et l’intégration régionale ».
On ne doute pas que pendant son séjour de trois heures à Kigali, le président français s’entretiendra de la tenue de cette conférence avec son homologue rwandais, le président Paul Kagame.

Marché Commun

Cependant, ce n’est pas la première fois que le président Sarkozy évoque l’organisation de cette conférence. En janvier 2009, lors de la présentation des voeux au corps diplomatique, le président français s’était attardé sur les perspectives de paix dans la région des Grands Lacs. Aussi, appelait-il à une « nouvelle approche de paix » dans l’Afrique des Grands Lacs. Il avait suggéré le « partage en commun de l’espace et les abondantes richesses minières dont regorge la République démocratique du Congo, un pays immense à la gouvernance étrange avec le « petit » Rwanda ». Il souhaitait la mise en place d’un « Marché commun » pour favoriser les échanges économiques.
C’était le « Plan Sarkozy » dénoncé par des Congolais pour autant qu’ils y voyaient une tentative de balkanisation de la RDC. En visite officielle à Kinshasa, après avoir accordé une interview à la presse congolaise, le président français s’était défendu de disposer d’un plan, que ses propos ont été mal interprétés, mais avait réaffirmé son attachement à « l’intangibilité des frontières » de la RDC. « La première vérité, c’est que la souveraineté du Congo est inaliénable et la France sera toujours à vos côtés pour le respect de cette souveraineté », avait-t-il déclaré, à Kinshasa.
A cette occasion, le président Sarkozy avait annoncé l’organisation de cette conférence en 2010. Il avait saisi cette opportunité pour déclarer qu’il avait proposé à la RDC, et à ses voisins proches, à savoir le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya, la création d’une « Agence régionale pour le développement et l’aménagement ». A son avis, cette démarche contribuerait au « bon voisinage » dans la région et donnerait un « nouvel élan » à leur coopération autour des projets communs. Sûr que la création de cette agence sera à l’ordre du jour tant à Nice, au mois de mai, qu’en juin lors de cette conférence des bailleurs de fonds de Grands Lacs. Au bout du tunnel, ce sera bien sûr la mise sur pied d’un « Marché commun ».
Abondant dans le même sens, l’ambassadeur de France à Kinshasa, Pierre Jacquemot, avait rappelé que la « coopération régionale est un facteur de paix ». Et que la balkanisation de la RDC n’a jamais été à l’ordre du jour en France.

CIRGL marginalisée?

L’abondance des biens ne nuit pas, dit-on. Mais l’abondance des initiatives de paix peut nuire à la paix. Car l’impression qui se dégage de plus en plus, c’est qu’on se bouscule un peu trop dans la région des Grands Lacs.
En effet, l’une des importantes initiatives saluées par tout le monde et qui a bénéficié du soutien de la Communauté internationale demeure justement l’institutionnalisation de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL. Elle n’a pas permis seulement aux Etats membres de signer le Pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région des Grands Lacs, mais de disposer de 10 programmes prioritaires d’actions pour la reconstruction des pays de la région. Un fonds spécial de reconstruction a même été constitué et a reçu la contribution de certains Etats membres ; notamment la République démocratique du Congo.
Bien plus, la relance de la CEPGL est également une réalité grâce aux efforts fournis dans le cadre de la CIRGL. Un groupe d’Amis des Grands Lacs se charge même de contacter des bailleurs de fonds pour la mise en œuvre des « projets intégrateurs ».
La mise en place de cette « Agence régionale de développement et d’aménagement » viendra-t-elle en appui aux projets de développement de la CIRGL ? Les bailleurs de fonds des Grands Lacs sont-ils les mêmes qui font partie du « Groupe des Amis des Grands Lacs » ? Apparemment, la réponse est négative. Cela d’autant plus vrai qu’à en croire le journal Les Echos, Elysée aurait intéressé les Américains à cette proposition et que ceux-ci « lui ont fait part de leur soutien ».
Dans l’intérêt de l’Afrique des Grands Lacs, il serait utile que toutes ces initiatives soient coordonnées et ne visent qu’un seul objectif. Question d’éviter le « télescopage » au risque de décourager certains bailleurs de fonds, voire de cette « agence de développement », au-delà ce « Marché commun », une utopie. Devant cette hypothèse, ce sont les pays de la région qui perdraient, alors que l’intégration économique est une option levée par l’Union africaine depuis l’OUA, avec le Plan d’Action de Lagos 1971, la CEPGL, la CEEAC et la CIRGL.
D’autre part, si la tendance consisterait à confier à quelques pays de la région le « leadership économique » au détriment de ceux producteurs des richesses, l’Afrique des Grands Lacs se trouverait dans la même situation que les pays du balkan. Pour des raisons économiques, les Européens sont divisés, car la Russie ne parle pas le même langage avec ses voisins européens, membres de l’OTAN qui compte également les Etats-Unis.
Or, dans les Grands Lacs, le coltan, la cassitérite, le nickel… opposent déjà l’Europe aux Etats-Unis ainsi qu’aux Asiatiques dans le Kivu.

France, Rwanda : relations politiques.

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Affaire française à Kigali pour Sarkozy  par AfricaIntelligence 18/02/2010(extraits)

La première visite à Kigali d’un président français, depuis le génocide de 1994, sera autant judiciaire que politique. (…)

(…) l’ex-premier ministre Edouard Balladur s’est (il) étranglé de rage quand il a entendu, le 26 janvier 2008, Bernard Kouchner évoquer la « faute politique » de la France au Rwanda. (…). Les plus hauts gradés de la Grande Muette sont aussi l’arme au pied sur ce dossier. (…)

C’est dire si la visite de Sarkozy à Kigali est délicate : les moindres mots et gestes du président français seront épiés autant à Paris qu’à Kigali.

Totalité de l’éditorial à lire  sur


jacques myard .png Le député UMP Jacques Myard, collaborateur de l’enquête parlementaire pour le Rwanda en 1998, réagit à l’actualité Franco-rwandaise en publiant ce communiqué :


le 25 février 2010

COMMUNIQUE DE PRESSE
de Jacques MYARD
Député UMP
Président du Cercle Nation et République


A/S : Rwanda : Non à la repentance !
Au moment où le Président de la République effectue une visite à Kigali, il convient de rappeler avec force que la France n’a pas à rougir de l’action qu’elle a menée au Rwanda pour stabiliser la situation politique et pour éviter la catastrophe.
Après les accords d’Arusha, le Président Mitterrand avait retiré tous les conseillers militaires français présents. Au moment où le Président Kagamé a ordonné d’abattre l’avion d’Habyarimana, abattu le 6 avril 1994, il n’y avait plus de troupe française au Rwanda mais des casques bleus commandés par le Général Dallaire qui s’est dérobé et n’a pas levé le petit doigt pour s’opposer au début des massacres.
Lors de l’opération Amaryllis, la France a évacué ses ressortissants, les étrangers ainsi que nombre de personnels rwandais de l’ambassade Hutus et Tutsis sans faire, bien évidemment, la différence entre les uns et les autres. Ce sont là des faits avérés.
Il est donc particulièrement scandaleux, comme l’ont fait certains médias, de mettre en avant quelques témoignages de personnels des services culturels qui n’avaient pas été évacués par les forces françaises d’Amaryllis.
La France est le premier Etat à avoir parlé de génocide après le Pape Jean-Paul II et a eu énormément de mal à convaincre les Américains, notamment, qui refusaient cette évidence pour ne pas agir.
Elle a donc supporté seule l’opération Turquoise, qui a permis effectivement de mettre un terme aux massacres, malgré les difficultés qu’il a fallu résoudre pour monter cette opération.
Il est donc entièrement faux de dire que la France avait les moyens d’empêcher les massacres dès le lendemain du 6 avril 1994.
La vérité est tout autre : l’actuel Président du Rwanda a sciemment fait abattre le Falcon qui transportait le Président Habyarimana. Il porte, à ce titre, une responsabilité énorme dans le déclenchement des massacres. C’est la raison pour laquelle il accuse des officiers français, pour mieux cacher ses crimes.
La France n’a pas à s’excuser, non à la repentance.
Jacques Myard rappelle qu’il avait activement fait partie de la mission d’information parlementaire qui a travaillé sur le sujet en 1998.

 

Relations entre la France et le Rwanda.

portrait_alain_juppe.jpgAnalyse de monsieur Alain Juppé le 1er mars 2010

A l’occasion du tout récent voyage de notre Président de la République à Kigali, la France et le Rwanda viennent de se réconcilier. C’est une bonne nouvelle pour les deux pays.(…)

 

Une commission d’enquête constituée à Kigali a établi et diffusé un rapport qui conclut en ce sens et qui taxe aussi de complicité de génocide plusieurs personnalités françaises dont Hubert Védrine, Edouard Balladur, Dominique de Villepin, François Léotard , moi-même et plusieurs officiers de l’armée française. Sur ce point, le rapport n’est évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères. Mais la technique du contre-feu est vieille comme le monde…

 

J’ai (…) quelques convictions précises, voire quelques certitudes sur la politique de la France au Rwanda d’avril 1993 à avril 1995, période où j’ai été ministre des affaires étrangères du gouvernement Balladur, sous la présidence de François Mitterrand.

Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. (…) le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française.

 

Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité.

 

Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un "aveuglement" scandaleux. (….)

Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France.

 

Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994.

 

Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions, ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre "Rwanda: cessons de diaboliser la France".

 

Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent.

Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire.

 

Lire la totalité de l’article sur le blog de monsieur Alain JuppéAlain.

 

Mais le fleuve tuera l’homme blanc

Patrick Besson, Fayard Roman 480 pages 22 euros

« Mais le fleuve tuera  l’homme blanc », un roman dans une bibliothèque rassemblant des essais, des témoignages et des récits documentaires !….une incongruité ?

Ce serait oublier que le romancier, à partir d’une trame imaginaire, peint des caractères et des situations psychologiquement réalistes. En l’occurrence pour ce qui nous intéresse ici, la morgue retorse des tutsis et la haine butée des hutus.

« Les rwandais ont engagé un officier traitant qu’ils ont l’intention de piéger (…) A travers lui ou elle, Kagamé veut atteindre la France (…) ». Voilà l’argument d’une fresque foisonnante où s’entrechoquent des personnages multiples se croisant dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest.
Le Rwanda de la période 1994 n’est pas au centre du tableau, mais quand l’auteur s’y attarde il peint avec justesse une situation tragique et nul documentaire ne donne à voir aussi crument la lumière noire du génocide. Mépris, cruauté froide, vols, viols, machettes, bière et bestialité, meurtres entre voisins. C’est saisissant de réalisme.

Celui qui écrit et qui a vu, rend témoignage à la vérité.

André Schill

Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR)

Le TPIR est le troisième tribunal international, après Nuremberg et le TPIY (Yougoslavie). Il a été créé le 8 novembre 1994 et a pour principe de « juger les personnes présumées responsables d’actes de génocide et d’autres violations graves du droit international humanitaire commises sur le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés responsables de tels actes ou violations du droit international commis sur le territoire d’États voisins entre le 1er  janvier et le 31 décembre 1994.» Sa fermeture devrait être effective avant la fin de l’année 2010 conformément à la résolution 1503 du Conseil de sécurité.

 

            Durant plus de quinze ans des juristes et enquêteurs des quatre coins du monde ont tenté de répondre à cette mission qui leur a été confiée. Aujourd’hui, avec suffisamment de recul et alors que la clôture du processus approche, des observateurs du monde entier dénoncent les déviances du système. 

CF. 

Voir les articles :

 

Paul Kagame a sacrifié les tutsi

Plus exactement Monsieur Ndagijimana met en avant les crimes commis par le FPR de Paul Kagamé, s’appuyant sur son expérience ou des rapports d’ONG.
La thèse de l’auteur, évoquée par le titre, accuse Paul Kagamé d’avoir instrumentalisé et sacrifié les victimes du génocide pour aujourd’hui asseoir sa légitimité.

 

« Le Général Paul Kagame n'a pas arrêté le génocide tutsi comme il l'a toujours prétendu. Bien au contraire, ce chef de guerre a délibérément provoqué le génocide, puis il a cyniquement et systématiquement rejeté toutes les initiatives des Forces armées rwandaises, des Nations Unies et de certains pays occidentaux pour arrêter le massacre des Tutsi. A plusieurs reprises, il a menacé de tirer sur les troupes étrangères qui tenteraient d'intervenir pour stopper le génocide. L'objectif de Kagame n'a jamais été de protéger nos parents Tutsi de l'intérieur, mais de s'en servir comme prétexte pour accéder au pouvoir par la force. Il est donc coresponsable du génocide tutsi au même titre que les autres génocidaires et doit en répondre devant la Justice et devant l'Histoire. »  JMV. Ndagijimana

CF

Rétablissement des relations France-Rwanda: à quelles conditions ?

 

Rony Brauman, né à Jérusalem en 1950, est médecin, diplômé en épidémiologie et médecine tropicale. Il est engagé depuis 1977 dans le domaine de l’aide médicale internationale. Après avoir travaillé plusieurs années comme médecin sur le terrain, il est devenu président de Médecins sans frontières en 1982 et a occupé ce poste jusqu’en 1994. Il est actuellement directeur de recherches à la Fondation médecins sans frontières. Son expérience concerne principalement l’aide médicale humanitaire dans les situations de crise – conflits armés, famines, réfugiés – qui sont les principaux terrains d’action de Médecins sans frontières

Rétablissement des relations France-Rwanda: chantage à la clef ?

Le gouvernement rwandais tente de s’opposer au juge français Bruguière.

 

Le 11 janvier 2010 le gouvernement rwandais a publié un rapport sur les circonstances de l’attentat de 1994 contre l’avion transportant le président de la république du Rwanda de l’époque. L’explosion de cet avion qui atterrissait à Kigali avait marqué le début d’un massacre généralisé des tutsis résidant au Rwanda.
Ce rapport dit Mutsinzi, s’oppose en tout point à l’enquête menée par le juge d’instruction anti-terroriste français Bruguière, qui avait conclu à l’implication de personnages proches du président en exercice Paul Kagame et avait émis en 2006 neuf mandats d’arrêts internationaux qui restent d’actualité.
Quel est le contenu et la valeur de ce contre-feu allumé à quelques semaines de la visite au Rwanda du président de la république française ?

 

Le colonel (cr) Luc Marchal, ancien adjoint du général Dallaire chef des soldats de l’ONU au Rwanda (MINUAR), monsieur Filip Reyntjens, constitutionaliste et politologue belge, le major pilote rwandais Kanyamibwa donnent ici leur avis reprenant point par point des arguments techniques.

Mais il est particulièrement frappant qu’en déclaration liminaire, les experts mettent en doute l’impartialité des auteurs du rapport Mutsinzy commandités par le gouvernement rwandais:
 

« D’emblée le comité part du postulat que les autorités rwandaises de l’après-génocide n’ont aucune implication dans l’attentat du 6 avril 1994 et que les accusations contraires sont de nature idéologique, proférées par les génocidaires et leurs alliés. Il y a de quoi s’étonner qu’une commission "indépendante" dont l’objet est, précisément, de dénouer le vrai du faux, débute ses travaux par un tel a priori. » (colonel Marchal)

 

« Dans un rapport comme celui-ci, tout dépend de l’authenticité des faits ; l’interprétation vient ensuite et se fonde sur ces faits. C’est ici que réside la grande faiblesse de ce rapport. Tout comme la commission Mucyo, « chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide », le comité Mutsinzi part d’un postulat : il est chargé de rassembler les preuves montrant l’innocence du FPR et la culpabilité des FAR dans l’attentat. Nous verrons que cela amène le comité à procéder à chaque fois de la même façon : il part de supputations non prouvées et parfois de contrevérités qu’il érige en faits ; à leur tour, ces faits permettent de dégager une vérité. » (Filip Reyntjens)

 

 

D’une manière très explicite monsieur Brauman (Médecins sans frontières) avait dit de la commission Mucyo «(…)elle est a été mise en place, elle est le produit d’un gouvernement qu’il faut bien appeler par son nom, c’est à dire une dictature qui règne par la terreur. (…)."

Mucyo, Mutsinzi, même démarches, mêmes conclusions !
AS

Consulter les archives :

Rapport de la commission Mutsinzi

Analyse du colonel Marchal

Analyse de Filip Reyntjens

Analyse du major pilote rwandais Kanyamibwa

 

Rétablissement des relations France-Rwanda : à quel prix ?

En effet, si les déclarations officielles accompagnant cette décision importante vantent les mérites du régime actuel de Kigali, elles font le silence sur les graves mises en cause de l’action des militaires français ayant servi au Rwanda, notamment de ceux qui ont participé à l’Opération Turquoise menée en 1994 pour le compte des Nations Unies. Ces mises en cause sont récurrentes : plaintes déposées en 2005 devant le Tribunal aux Armées de Paris par des Rwandais pour « complicité de génocide » ; déclarations du Président Rwandais affirmant que les militaires de Turquoise étaient « venus pour tuer les Tutsis » ; accusations portées par le Gouvernement de Kigali en Août 2008 contre des officiers français « d’avoir pleinement pris en charge le projet génocidaire ». Dix officiers ont porté plainte à la suite de ces dernières accusations.

 

Alors même que de nombreux militaires ont été longuement entendus par la Brigade criminelle en qualité de témoins, aucune suite procédurale n’a été donnée aux plaintes de 2005 qui semblent être toujours en cours d’instruction. Plus de quatre ans après, les militaires concernés s’interrogent sur les délais de cette procédure dont ils demandent l’aboutissement. Mais la presse, française et internationale, rappelle régulièrement l’existence de ces plaintes, relayant ainsi publiquement ces soi-disant charges de « complicité de génocide » qui pèsent toujours contre l’armée française. Or chacun sait qu’il est plus facile de salir une personne et une institution par des accusations infondées que de rétablir la vérité plusieurs années après.

 

Le silence officiel concernant l’ensemble des accusations portées contre l’Armée Française depuis plusieurs années peut laisser penser que celles-ci sont fondées. Validées implicitement, elles resteraient ainsi dans l’Histoire. Si ces accusations sont infondées, elles doivent être dénoncées.

 

Il est normal d’exiger beaucoup des militaires, mais ils ne peuvent être les victimes désignées et muettes de jeux diplomatiques, voire d’une réal politik. Il revient alors aux hommes politiques de prendre leurs responsabilités, y compris pour assumer le passé.

A l’heure où la France dépêche ses soldats pour servir sur des théâtres d’opérations étrangers, les militaires français qui l’ont servie et sont injustement mis en cause attendent des plus hautes Autorités de l’Etat qu’elles se prononcent sur ce grave sujet.

 

La raison d’Etat ne saurait justifier que l’honneur de ces militaires reste bafoué et la vérité historique travestie. 

                                                            Général (2S) Jean Claude Lafourcade

                                                            Commandant l’opération Turquoise en 1994.